-- 2ième partie --
Le week-end suivant, le vilebrequin est sorti. Dans une
société spécialisée, on constate qu'il n'est
pas tordu et qu'il n'a pas de fissures. Il peut être rectifié
également, mais le problème serait de trouver des coussinets
d'une épaisseur plus grande que les surdimensionnés d'origine,
qui donc ne suffisent plus pour compenser la rectification du vilebrequin.
Il a fallu attendre durant quelques semaines, mais finalement,
ils ont trouvé des coussinets qui n'étaient pas d'origine,
mais qui pouvaient être travaillés pour faire l'affaire.

Tout de suite, le bloc nu a été nettoyé à fond, puis apporté à cette société. Leur prix était le meilleur. Même avec le remontage du vilebrequin et des pistons, j'ai payé moins que j'aurais payé ailleurs uniquement pour les pièces.

Quelle chance, et quel gain de temps. Une chose néanmoins:
ils me demandaient de la patience.

Bien que la patience soit une vertu, ce ne soit pas du
tout mon tempérament; il faut que je m'occupe, que je fasse avancer
les choses.
Donc, puisque le moteur est enlevé, et le reste
plus ou moins démonté, pourquoi pas m'occuper de la carrosserie.
Alors, la calandre et le châssis le long du moteur
sont remis contre l'arrière du tracteur, toute la tôlerie
enlevée et le tracteur entièrement dénudé.
Ensuite, il fallait des heures et des jours de nettoyage et redressage
de la tôlerie là où c'était nécessaire.

Un tracteur avec châssis: Pratique, n'est-ce pas?,
... Et moderne !!!
En plus, pas de cabine, pas d'hydraulique, le câblage
électrique enlevable en une seule fois, gardes boue fixés
sur le pont tout simplement par quelques boulons, le tracteur complet en
une seule couleur, ..., quel luxe !
Est-ce que vous avez déjà réparé
ou démonté (et surtout remonté) un tracteur moderne?
Et bien, moi oui !
* * * *
Quelques semaines plus tard, après quelques week-ends de travail intense, tout est peint.

Je me suis servi de peinture 2 composants. Les endroits
les plus rouillés ont été traités par un produit
spécial neutralisant la rouille.
Par Internet, j'ai appris que la couleur idéale
se trouve 'quelque part' entre RAL-3002 et RAL-3003. J'ai choisi 75% de
RAL-3003, mélangé avec 25% de RAL-3002, et le résultat
me paraît très bien réussi.

Le week-end suivant, tout a été remonté.
Les travaux ont avancé bon train, tout ça avant que le moteur
soit de retour.
Les pneus ont été démontés,
afin de pouvoir peindre les jantes également à l'intérieur,
ce qui était bien nécessaire pour les roues avant. J'ai remis
les pneus, mais vu leur âge respectable, les pneus avant ont sautés
dès le premier essai sur la route.

Une vue vide, n'est pas? Un tracteur sans moteur. Bon,
patienter maintenant, et attendre que les congés commencent (pour
les autres!)
* * * *
Jeudi soir, le 11/07/2002:
Je peux aller chercher le moteur, et le soir-même,
je le peins encore en vitesse, après avoir mis provisoirement la
culasse et la cache soupapes.
* * * *
Samedi matin: Montage de la tôle arrière,
du volant et de l'embrayage.
La culasse y est toujours provisoirement.

Ce n'est pas si évident de monter le joint autour
du vilebrequin du côté du volant. Il s'agit d'un joint en
feutre en deux parties, et à première vue, il semble beaucoup
trop grand.
Montage de la tôle avant et des pignons de la distribution:

Je n’avais pas démonté la pompe d'injection, montée sur la tôle avant, pour être sûr de garder le bon timing de la pompe. Il n'est néanmoins pas facile de travailler de cette façon, puisqu'il y a un boulon presque inaccessible derrière le pignon de la pompe d'injection.

Montage de la cache distribution, de la poulie du vilebrequin,
de la pompe à eau, des courroies et du thermostat:
La culasse y est toujours provisoirement.
* * * *
Dimanche matin: temps de mettre la culasse.

Et voilà, premier contretemps: Le démontage des goujons, fait par la société spécialisée, avait laissé apparaître quelques dégâts. En effet, deux filetages dans le bloc étant totalement inutilisables, le remontage des goujons d'origine était impossible.
Deuxième contretemps ce même dimanche matin: la culasse, que je n'avait pas encore nettoyée à ce moment-là, présentait une petite fissure entre les deux soupapes du deuxième piston: Que faire maintenant ?
Après quelques heures, ayant les pensées un peu plus claires, il me semblait que, 26 ans plus tôt, lorsque j’avais ouvert le moteur pour la première fois, j'avais déjà vu cette fissure. S'il avait fonctionné aussi longtemps, pourquoi pas le remonter comme ça? On verrait.

Mais tout d'abord, il fallait trouver une solution pour
les deux goujons. J'ai donc du faire fabriquer d'autres goujons, avec filetage
M14*1.5 en bas au lieu de 1/2" (M14 est un peu plus grand qu'une demi pouce),
et dans le bloc faire le même filetage, ce qui a très bien
marché. Les goujons, d'une matière spéciale, n'étaient
pas gratuits !!!
* * * *
13 août 2002:
Le voilà, mon tracteur, tournant devant la maison
de mon beau-frère. Il a déjà tourné environ
2 heures, et il le fait très bien: peu (pas) de fumée, sinon
tout de suite après le démarrage, une pression d'huile qui
monte à 2.5 bar à 1000 tours et un son sûr et sain,
si typique pour ce moteur. De temps en temps, une petite bulbe d'air qui
monte dans le radiateur, mais pas pour s'en inquiéter: apparemment,
la fissure s'étend tout de même jusque dans les canaux d'eau
de la culasse.

Entre-temps, par une mauvaise manipulation, la calandre du tracteur tombe à terre, et, et en plus de quelques bosses et de la peinture à refaire, le radiateur, n'étant plus en très bon état, se casse complètement. Encore des frais imprévus.

Je n'ai pas du tout de regret pour les frais de cet restauration: le plaisir de revoir vivre ce vieux garçon dont j'ai pris grand soin pendant 8 ans pour le garder tournant, me donne tellement de satisfaction qu'on n'y pense plus. Les autres choses, telles qu'autocollants, nouveaux instruments, éclairage, chapeau du filtre à air, nouveau pot d'échappement, ... seront pour plus tard, quand la bourse et le temps le me permettront.
Puisque je n'avais pas de papiers du tracteur, ("acheté" comme ferraille, rappelez-vous ?) ça m'a pris environ un mois pour obtenir les papiers nécessaires pour pouvoir demander l'immatriculation 'old-timer' (Douane, importateur, contrôle technique, assurance, ...). Une aventure à vivre, soyez sûrs, mais je préfère tout de même un vieux moteur capricieux qu'à la lourde administration belge.
J'espère que Saint-Nicolas m'apportera le 6 décembre
les pièces qui me manquent, de sorte que je puisse installer au
moins un éclairage réglementaire, afin de pouvoir me promener
un peu sur la route la saison prochaine.
Le beau chapeau rond du filtre à air, il ne le
trouvera certainement pas, mais peut-être quelqu'un entre vous pourrait
m'aider. La plaque en bas près de l'embrayage me manque aussi. N'hésitez
pas à me contacter, et merci d'avance.
Carl DEVLIES, Wevelgem, octobre 2002.