Musée des arts derniers
trouvé sur afrik.com
vendredi 7 juillet 2006
le
site du musée des Arts derniers
Musée des Arts Derniers
105 rue Mademoiselle - 75015 paris
T/F : 0144499570
Paris
M° : Cambronne
Du 29 juin au 31 juillet 2006
Entrée gratuite
Musée des arts derniers : le mythe
d’une Afrique sans Histoire
groupe de discussion sur l'Art Africain
Par amour pour l'Art Africain.
L’exposition « Des hommes sans Histoire ? »
dénonce le pillage des biens culturels
L’exposition « Des hommes sans Histoire ? »
a ouvert ses portes, jusqu’au 31 juillet, au musée des arts derniers à
Paris. Dix-huit artistes internationaux se sont penchés sur le thème de la
spoliation des biens culturels. A travers leurs œuvres, ils entendent dénoncer
ce pillage en montrant le vide que ces vols ont laissés, en particulier sur le
continent africain. Interview d’Olivier Sultan, commissaire de l’exposition.
Alors que se déroule au Quai Branly, à Paris, une exposition censée redonner
toute sa valeur à l’art africain, le musée
des Arts derniers, au travers de l’exposition « Des hommes sans
histoire ? », entend dénoncer la spoliation de la culture africaine
par les civilisations occidentales. Une exposition engagée, axée sur le
dialogue entre artistes contemporains africains et européens, ouverte
jusqu’au 31 juillet prochain. Les créations inédites de 18 plasticiens
doivent permettre de faire écho au vide laissé par les objets dérobés à
partir de la période coloniale et relevant des patrimoines nationaux. Une
civilisation sans patrimoine peut-elle avoir une histoire ? L’exposition
ouvre une fenêtre sur un thème récurrent dont on parle trop peu. Elle dénonce
ce pillage culturel et redonne une mémoire collective à l’Afrique... Ce
projet a pris naissance il y a un an et demi à l’initiative d’Olivier
Sultan. Commissaire de l’exposition, mais aussi artiste, il a réalisé spécialement
pour cette exposition une installation qui se nomme « La guerre de l’art ».
Entretien.
Afrik.com : Quel a été le point de départ
de ce cheminement artistique sur la spoliation des biens culturels ?
Olivier Sultan : Le thème c’est l’Afrique contemporaine. On a
demandé à 18 artistes français et africains d’exprimer, chacun à sa manière,
ce qu’ils ressentaient par rapport à ce manque de patrimoine culturel. Il
s’agissait aussi de montrer le vide, laissé en Afrique, suite au pillage du
temps de la colonisation ainsi qu’au pillage contemporain. Ces œuvres ont été
commandées spécialement pour l’exposition, il y a un an et demi. La seule
contrainte était le thème de départ, après ils pouvaient faire ce qu’ils
voulaient. Les approches artistiques sont très diversifiées. Et le résultat
montre des visions différentes sur la spoliation des biens culturels.
Afrik.com : Cette exposition a aussi
une portée symbolique pour les artistes...
Olivier Sultan : Oui, l’art c’est aussi le symbole. On a enlevé
des œuvres à ces peuples que les artistes font revivre symboliquement et de façon
contemporaine. Il est un peu utopique et illusoire de penser que tout le
patrimoine africain va être restitué. Par contre, répondre à ce vide par des
œuvres d’art est un geste fort. D’une certaine façon, les artistes
remettent tous ces objets volés dans la mémoire collective.
Afrik.com : Quel était l’état
d’esprit de ces artistes occidentaux et africains ?
Olivier Sultan : Ce sont avant tout des artistes engagés. A
travers leurs œuvres, ils avaient la volonté de dénoncer le monde dans lequel
nous vivons, ce rapport qu’on entretien avec l’Afrique... Mais aussi ce
silence. Quand on va jusqu’au bout, quand on ouvre cette boite-là, quand on
met les pieds dans le plat, on entre en plein dans le problème. C’est un peu
ce que les artistes ont fait. Le rôle de l’Europe pendant la colonisation et
aujourd’hui par rapport à l’Afrique n’est pas très clair. Et je pense
que c’est Franck Scurti qui a collé le plus au thème dans l’exposition. Il
a fait un moulage de la chose qui n’est plus là, c’est-à-dire un masque
africain blanc en plastique. Avec tout le symbole que ça peu comporter... Ce
masque, c’est la forme de ce qui n’est plus là. C’est aussi l’empreinte
qu’ont peut-être laissé ces masques dans l’imagination et dans la culture.
Afrik.com : Ce vide qu’ils veulent décrire
ne reflète-t-il pas le monde dans lequel nous vivons ?
Olivier Sultan : Oui. C’est lié et c’est cela qui est très
intéressant. Chaque artiste a pu montrer, à sa manière, qu’il y avait un
lien entre le pillage du patrimoine culturel, le pillage des ressources
naturelles et les flux migratoires. C’est vrai qu’il y a une relation de
domination et d’inégalité entre l’Afrique et l’Occident, qui prend plus
qu’il ne donne au continent africain. C’est valable pour les gens, les
ressources, ou les biens culturels. Cela a été un des thèmes abordés par les
artistes. Ils ont, eux-mêmes, sans qu’on leur demande, fait ce cheminement
puisque au départ le thème était assez vague.
Afrik.com : Comment expliquez-vous
cette fascination des artistes pour l’art africain ?
Olivier Sultan : Il y a tout d’abord une fascination pour des œuvres
qui étaient libres de toute pression, de toute influence académique. Ces
objets dégageaient une très grande force plastique et étaient, en fin de
compte, très contemporaines, même au niveau stricte de l’histoire, dans les
lignes et dans la composition. Des artistes comme Picasso, Braque, Matisse
voulaient se débarrasser de carcans académiques et esthétiques. Ils voulaient
également, comme par exemple les dadaïstes ou les surréalistes, se dégager
d’une pesanteur de la société. Nous étions à l’époque des expositions
coloniales, et ils dénonçaient la fascination un peu malsaine pour
l’exotisme, les soi-disant barbares, les peuples non-civilisés, voir
primitifs. Ils ont milité pour qu’on reconnaisse les artistes africains comme
des artistes à part entière. Il y a, par exemple, un très bel article de
Guillaume Apollinaire, de 1909, qui dit que ces œuvres devraient être exposées
au musée du Louvre au lieu d’être exposées dans des musées d’ethnologie.
Aujourd’hui, les musées les exposent.
Afrik.com : En exposant des objets
spoliés ne refait-on pas, finalement, ce qu’on a fait au moment de la
colonisation ?
Olivier Sultan : On est passé par une phase d’ethnologie,
d’anthropologie, de façon un peu forcenée. On classifiait ces objets en
fonction d’ethnies. Et maintenant, on passe à l’extrême inverse : ce
sont des œuvres d’art sans lien avec la communauté, sans lien avec les
conditions dans lesquelles elles ont été prises. On utilise un euphémisme, en
disant qu’elles ont été « prélevées », alors qu’elles ont été
pillées dans des circonstances très brutales (conflits, guerres). Le contexte
politique actuel de la France et les débats, qui ont été ouverts avec la
colonisation et l’esclavage, sont propices pour se pencher sur la question.
Les objets qui sont exposés au musée du Quai Branly sont des objets qui ont été
dérobés.
Afrik.com : Justement, que pensez-vous
de ce musée ?
Olivier Sultan : Qu’est-ce qu’on célèbre à travers ce très
beau musée ? Pour moi, on dissimule plus qu’on ne célèbre. On célèbre
sa propre image, on voudrait montrer une image magnifique de la France qui
brille dans le monde entier et qui respecte toutes les cultures. Mais notre
rapport concret à l’Afrique est moins beau et moins clair. J’ai
l’impression que c’est un peu comme une sorte de mauvaise conscience qu’on
a vis-à-vis de l’Afrique et dont on voudrait se laver. Ce musée est supposé
célébrer notre rapport à l’autre, à toutes les cultures qui sont malmenées.
Et en même temps il y a des images d’une extrême violence, des gens qui
passent par-dessus les barbelés à Melilla, aux Canaries, une politique
d’immigration en France avec des enfants qui se font éjecter alors qu’ils
sont à l’école. Les 18 artistes de l’exposition ont ce quelquechose en
commun : s’élever contre cette hypocrisie. Ce musée est un écrin de
verre magnifique pour se nettoyer de tout ce qu’on fait par ailleurs. Et en
parallèle, le soutien aux dictateurs, le pillage des ressources continuent...
Afrik.com : Dérober le patrimoine
culturel d’une civilisation n’est-ce pas, finalement, lui enlever son
Histoire ?
Olivier Sultan : On projette sur l’Afrique l’idée qu’elle
se trouve hors du temps, hors de l’Histoire, hors de la culture, hors du
mouvement universel. Ce qui est faux. C’est l’un des propos de
l’exposition. L’Afrique a une Histoire. Il y avait une Histoire avant la
colonisation avec des guerres, des échanges, des invasions de territoires, des
rois... On fait comme si il y avait une sorte de vide avant l’arrivée des
colons. Dans le musée du quai Branly, on va trouver des objets, datant des années
20 ou 30, qui côtoient des objets datant d’il y a 2000 ans. Et ce qui m’a
choqué le plus, c’est de voir, dans la cession Océanie, les peintures
contemporaines sur toile des aborigènes sans nom, sans étiquette... C’est
une aberration ! Qui dit art, dit individualité, dit artiste.
D’ailleurs, il y a des chercheurs qui ont prouvé qu’on pouvait retrouver
les noms de certains artistes africains dit « primitifs ». Cette
mentalité et cette idéologie occidentales veulent laisser croire que tous ces
objets sont utilitaires, traditionnels et qu’il n’y a pas derrière une
volonté artistique. C’est choquant. D’où le thème de l’exposition :
« Des hommes sans Histoire ? » et l’engagement des artistes.
Afrik.com : En parlant de spoliation,
le trafic d’œuvres d’art qui se perpétue-t-il encore aujourd’hui ?
Olivier Sultan : Pour cette exposition, j’ai fait pas mal de
recherches sur les circuits de trafics de biens culturels. D’après Interpol
et l’Unesco, c’est le troisième trafic après la drogue et les armes.
C’est un circuit international, un peu comme le commerce triangulaire, mais
pour l’art. Et en Afrique, ce marché est gigantesque : des sites archéologiques
sont, par exemple, pillés en Egypte... On trouve des complicités internes,
dans les pays même. Car il y a aussi, à l’intérieur de ces régimes, des
personnes qui s’enrichissent en vendant les patrimoines nationaux. J’ai été
assez effaré par les circuits de blanchiment d’œuvres d’art qui sont un
peu comme les circuits de blanchiments de l’argent sale. C’est-à-dire
qu’elles sont d’abord vendues dans des petites ventes aux enchères, des
galeries d’art, ensuite elles sont authentifiées au carbone 14. Elles acquièrent
ainsi un nouveau passeport. Au bout de 5 à 6 opérations, elles passent dans
des labos pour être authentifiées. Après, avec tous ces documents, on arrive
à en vendre à des musées ou alors à de grandes galeries. On entend souvent
l’argument de dire qu’il est mieux de garder ici ces oeuvres, car si elles
retournaient en Afrique, elles seraient volées. C’est peut être vrai. Mais
en même temps, on oublie de dire que ces mêmes institutions qui disent cela
participent aussi à ces trafics. Je ne vais pas citer de noms parce que je
n’ai pas de bons avocats, mais il y a des galeries parisiennes qui
s’approvisionnent et qui sont sollicitées par des musés africains.
Afrik.com : Pensez-vous que les
artistes contemporains, en se penchant sur ce sujet, enlèvent le préjugé
d’une Afrique sans Histoire ?
Olivier Sultan : Chaque artiste développe sa vision par rapport
ce sujet. C’est ce qui fait que la culture contemporaine est vivante. Ce sont
leurs réflexions artistiques sur notre rapport à l’Afrique qui peuvent faire
avancer le débat. C’est vrai que nous sommes bourrés de préjugés dès
qu’on aborde ce continent. On a encore des gens qui viennent nous dire
qu’ils veulent voir des Africains dans leur milieu naturel ! Il y a eu,
l’année dernière, un zoo humain à Augsbourg.
En 2005, vous vous rendez compte ! Cela a fait un énorme scandale qu’une
famille africaine soit exposée comme du bétail. Lorsqu’elle s’est faite
interviewée, la directrice du zoo a dit qu’elle avait ce zoo parce qu’elle
voulait « que les Allemands aient une meilleure connaissance des Noirs ».
Il est vraiment choquant d’entendre de telles aberrations. On pense que les
zoos humains datent d’il y a un siècle, alors qu’il y en avait l’an
dernier...Cette fascination est malsaine. Pour moi, c’est l’inverse du mot
connaissance. Quand on est ébloui et on ne peut pas bien voir, regarder et
connaître. Par rapport à l’Afrique, nous avons une relation de fascination
face à des images horribles de guerre ou alors face à l’exotisme, quelque
chose qui nous fait rêver. Il n’y pas de demi mesures, pas de justes
connaissances de l’autre dans sa culture et dans son quotidien. Et les
artistes sont là pour faire avancer ce débat.