<< D'un regard l'autre >>
Le titre de la première exposition
temporaire du musée du Quai-Branly (01.56.61.71.72) n'est pas très
explicite.
Il s'agit de traiter comme un juste retour des choses, après l'ouverture en fanfare de cette institution à la thématique forte, du regard porté dans l'histoire sur ces civilisations lointaines. Elle aurait pu s'appeler « Les Exotiques », ce qui aurait bien résumé le sujet mais l'opération ne se veut absolument pas polémique. En fait, à partir du XVe siècle les techniques de navigation et les ambitions royales et impériales ouvrent au regard européen de nouveaux territoires. C'est de cette relativité de vue sur des peuplades jugées si « étranges », dont il est question sans trop d'esprit critique.
L'exposition est colossale. Des objets d'ivoire tournés dans les cours allemandes du XVIIe siècle, dont la matière première a été rapportée d'Afrique, jusqu'aux collections historiques d'art africain, le parcours est riche, mais un peu décevant. D'abord parce que le lieu d'exposition temporaire - grand espace ouvert - paraît mal adapté. Mais aussi parce que l'exposé est sans ressort, malgré la richesse et les surprises possibles du sujet. Ainsi la partie consacrée à « la figure du sauvage » est bien sage, alors qu'on n'est pas sans savoir que, dans les esprits les plus obscurantistes, l'homme noir n'était rien de moins que le diable. Le sujet est cependant l'occasion de voir des pièces exceptionnelles comme une cassette sculptée en Rhénanie vers 1460 qui illustre la vie quotidienne des sauvages ou le buste d'une servante mauresque conçue dans la faïence et plus exactement dans la majolique de Faenza au XVIe siècle. Sa peau noire est figurée en bleu, le noir étant impossible à obtenir avec cette technique de cuisson de la céramique à l'époque.
L'un des thèmes les plus amusants est celui consacré aux « destins singuliers d'objets », ces pièces rapportées de longue date chez nous et qui ont fait, avec le temps, l'objet d'un intérêt différent. Il y a par exemple cette statue primitive de grès amazonienne, qui servit longtemps de marche d'autel avant d'être utilisée comme lest dans un bateau pour enfin arriver au Louvre... Enfin, on pourrait rester longtemps, en fin de parcours, à observer les 120 photos du XIXe siècle consacrées à ces « ailleurs » et à ses habitants mais on les retrouve dans un excellent ouvrage « D'un regard l'autre, photographies du XIXe siècle » paru chez Actes Sud (39 euros). Jusqu'au 21 janvier.
Dans les régions
Il ne reste que ce week-end pour voir, à Marseille, dans le beau Musée Cantini (04.91.54.77.75) l'exposition consacrée à l'un des grands modernes, co-inventeur du cubisme, Georges Braque, et à ses paysages peints entre 1906 et 1963.
A l'étranger
La Chines'éveille clairement à l'art contemporain et la sixième édition de la Biennale de Shanghai, qui se tient jusqu'au 5 novembre au Shanghai Art Museum (www.shanghaibiennale.com), en est une démonstration. Une programmation internationale, bien que majoritairement asiatique, en 96 artistes, sur le thème des relations entre art et design. On ne peut pas dire que l'exposé soit exceptionnel, mais il permet des découvertes.



