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La collection d´art africain du Musée Dapper dans ses habits neufs


Five days in Paris 
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Musée Dapper, 35, rue Paul-Valéry Paris 16e. Tél. : 01-45-00-01-50.

Après deux ans de travaux, l´établissement rouvre ses portes. Les amateurs pourront reprendre le chemin du 16e arrondissement de Paris pour découvrir, dans un bâtiment rénové et agrandi, les expositions et les nouvelles activités, du spectacle vivant à l´édition, proposées par cette fondation privée.

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Le Monde daté du vendredi 1er décembre 2000

LA COLLECTION Dapper, appréciée comme repère important dans la connaissance des arts africains, vient de changer d´adresse. Sans changer de quartier. Le musée a seulement opéré une translation au sein du même pâté de maisons. Il fallait naguère traverser, au 50 de l´avenue Victor-Hugo, une cour plantée de bambous et de fougères pour accéder à l´entrée. Celle-ci donne désormais de plain-pied sur la rue Paul-Valéry, au numéro 35. Au passage, l´établissement aura doublé ses surfaces (aujourd´hui 1 800 m2) et acquis un nouveau statut. L´institution vouée aux expositions temporaires a l´ambition de devenir un centre culturel à part entière.

Pourquoi cette mutation ? Il y a d´abord eu une opportunité immobilière. Des travaux importants devaient se faire dans l´immeuble voisin ; un ancien garage, aveugle, était à vendre. Le musée y a vu l´occasion de s´agrandir et d´amplifier son action. « Cela fait quinze ans que l´on fait des expositions ; la scène parisienne a changé ; je voulais me remettre en question », explique Christiane Falgayrettes-Leveau, la directrice du musée.

Quinze ans en effet. La première manifestation publique organisée par le Musée Dapper s´est déroulée en mai 1986 sous la forme de trois expositions distinctes : deux dans l´hôtel particulier de l´avenue Victor-Hugo, la troisième, la plus importante, au Musée des arts décoratifs. L´Afrique, introduite par une reproduction de la Vénus de Lespugue (12 000 ans av. J.-C.), découverte en 1922 en Haute-Garonne, une idole grecque des Cyclades (2 500 ans av. J.-C.) et un bronze d´Henri Laurens (1913), y était bien évidemment à l´honneur. Une fondation portant le nom du géographe néerlandais Dapper – elle est toujours basée à Amsterdam – avait été créée trois ans plus tôt par un ingénieur des Mines, Michel Leveau, à l´époque PDG de la Comilog, importante société minière implantée notamment au Gabon.

Ce polytechnicien était en train de rassembler les premiers éléments de ce qui allait devenir l´une des plus abondantes collections d´art africain en Europe. La Fondation, de droit hollandais, vite tranformée en musée privé, dirigé par sa femme, Christiane Falgayrettes, allait susciter beaucoup d´interrogations, nourries par le mutisme de son initiateur.

Quel était son but ? Comment était-elle financée ? Promouvoir l´art africain, répondait laconiquement l´industriel, à qui l´on prêtait a priori les plus noirs desseins. Il précisait que les bénéfices d´une de ses sociétés étaient exclusivement destinés à la Fondation. Le succès aidant, ces questions firent bientôt place à une certaine considération. Y compris de la part des pouvoirs publics. Jacques Sallois, nouveau directeur des Musées de France, y faisait explicitement allusion en tentant d´arracher à sa torpeur le Musée des arts d´Afrique et d´Océanie, endormi dans sa poussière, à la porte Dorée.

Il est vrai que le Musée Dapper, installé dans le 16e arrondissement de Paris, loin des circuits habituels, a réussi à fidéliser un vrai public : la fréquentation de ses expositions (deux par ans) s´échelonne entre 40 000 et 100 000 visiteurs pour les plus courues : « Fang » (1991), « Dogon » (1994), ou « Masques » (1995), dont les épais catalogues (toujours moins de 300 F) sont maintes fois réédités. Pourquoi, dans ces conditions, vouloir modifier une formule qui avait fait ses preuves ?

« Sous peine d´enlisement, nous devons élargir notre programmation et notre public », estime Christiane Falgayrettes. Si l´exposition inaugurale tourne à l´anthologie des arts d´Afrique (lire ci-dessous), elle est précédée par une sélection des œuvres de Françoise Huguier, photographe qui arpente le continent depuis longtemps – elle a notamment réalisé un reportage remarqué sur les traces du livre de Michel Leiris, l´Afrique fantôme. Car, sans quitter le domaine des arts plastiques, socle de l´institution, il s´agit de l´ouvrir à d´autres disciplines. La photographie, mais aussi la danse, la peinture, la musique, et même l´anthropologie. « Nous préparons une exposition sur les coiffures africaines, les cheveux comme signe d´identité des Noirs, et une autre sur le geste et la gestuelle dans l´art kongo ». L´ouverture sera aussi géographique. « A la promotion des arts d´Afrique nous voulons adjoindre tous les autres aspects culturels des diasporas issues du continent noir. Notamment celles de la Caraïbe et des deux Amériques. Car, par méconnaissance ou indifférence, on continue d´ignorer ces cultures. » Une prochaine exposition sera dédiée à l´œuvre du peintre cubain Wifredo Lam (1902-1982), qui a toujours revendiqué ses lointaines origines africaines. « Il est temps de revisiter ce passé sans vouloir retrouver à toute force des traces africaines là où elles ont disparu. Nous ne voulons pas transformer le Musée Dapper en ghetto de la culture noire mais en faire davantage un lieu d´échange, convivial. »

L´architecte Alain Moatti a eu la charge de remplacer le musée intimiste, tapi au fond de sa cour, protégé par un rideau végétal, par une série de boîtes coincées au centre d´un immeuble, sans lumière du jour, et de rendre cet espace convivial. D´où l´entrée aux couleurs chaudes et une cafétéria installée à côté de la librairie, au fond d´un sous-sol ouvert que l´on doit franchir par une passerelle avant de gagner les trois salles d´expositions (environ 500 m2), modulables à volonté. Au-dessus d´elles, une vraie salle de spectacles, lambrissée de bois sombre, spacieuse, d´une capacité de 165 à 190 personnes, accueillera des spectacles de danse, des concerts, et plus tard des représentations théâtrales.

LITTÉRATURE ET LIVRES D´ART

Cette programmation sera complétée par des projections vidéo, des animations pour les enfants et des cycles de conférences, des rencontres, des débats, en rapport avec les expositions et les nouveautés de la collection Dapper littérature. Car le musée est aussi devenu une maison d´édition. Elle a publié une trentaine de livres d´art – autant que d´expositions – mais aussi une douzaine de titres pour la jeunesse.

Depuis 1999, Dapper littérature entend donner la parole aux auteurs du continent africain et à ceux de sa diaspora. La tâche est difficile car les francophones « préfèrent s´adresser directement aux éditeurs de littérature générale ayant pignon sur rue à Paris, constate Christina Falgayrettes. Nous devons donc nous tourner presque exclusivement vers des traductions, ce qui alourdit nos charges. » Aussi, la petite dizaine d´auteurs qui portent les couleurs de l´écurie Dapper sont-ils pour l´instant massivement anglophones : sud-africain, kényan, nigérian, mauricien, caribéen (Sainte-Lucie) ou américain. Une exception l´Angolais Manuel Rui qui rédige en portugais.

Cette boulimie d´activités a un poids financier. Le Musée Dapper ne risque-t-il pas de succomber sous le fardeau de ses multiples ambitions ? Il a ouvert avec cinq personnes, il en emploie seize aujourd´hui. Son budget annuel est passé de 4 millions de francs à 7 millions de francs. La Fondation, propriétaire de la collection, devrait contribuer à alimenter la moitié du budget du musée. A ce dernier de dégager des recettes supplémentaires. Le public des expositions augmentera-t-il de façon significative ? On peut en douter. Restent les spectacles vivants et les diverses animations, le pari de Christiane Falgayrettes.

Emmanuel de Roux

Exposition.

Arts d´Afrique, Musée Dapper, 35, rue Paul-Valéry Paris 16e. Tél. : 01-45-00-01-50. Tous les jours de 11 heures à 19 heures, 30 F (gratuit le dernier mercredi de chaque mois). Du 1er décembre au 30 juin 2001.

Rencontre.

Présence des dieux yorubas, avec Henry John Drewal, professeur d´histoire de l´art à l´université de Wisconsin-Madison, auteur de plusieurs textes sur les cultures yorubas, et Michèle Laforest, écrivain, traductrice du récit La Femme de plume, d´Amos Tutuola, publié aux éditions Dapper. Le 1er décembre à 18 h 30. Entrée libre sur réservation au 01-45-00-01-50.

Livre.

Arts d´Afrique, sous la direction de Christiane Falgayrettes, musée Dapper/Gallimard, 360 pages, 220 illustrations, 300 F.


Ce médecin hollandais n´a jamais exercé et ce géographe prudent, auteur d´une monumentale Description de l´Afrique, n´a jamais, semble-t-il, quitté Amsterdam où il est né vers 1635. Pourtant, ce gros volume reste une des sources essentielles de l´histoire africaine. Quand il publie son ouvrage, en 1668 (la traduction française est de 1686), cela fait deux siècles que les premiers navigateurs portugais ont franchi le Cap-Vert, ouvrant la voie à des relations commerciales entre l´Europe et l´Afrique, relations qui allaient vite se traduire par le déplacement forcé de populations réduites en esclavage, vers les Amériques.

Dapper a compilé méthodiquement les récits de ses compatriotes, interrogé marins et voyageurs qui avaient bourlingué sur ces côtes mal connues. Explorateur en chambre, il a su, au-delà des récits plus ou moins prodigieux, s´intéresser aussi aux circuits commerciaux, à l´organisation politique et aux croyances des populations qu´il décrit.

Le Monde daté du vendredi 1er décembre 2000

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