Dora Janssen precolombien at African Antiques
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L'incroyable saga de la dation Janssen d'Art PrécolombienGUY DUPLAT trouvé le 01/08/2006 sur lalibre.be read also pre-columbian art (english)
ANALYSE © Photo : Hugues Dubois, Bruxelles Dès le 15 septembre, et pendant plus de huit mois, jusqu'au 29 avril, le public belge et international pourra enfin admirer la collection d'art précolombien de Paul et Dora Janssen au musée du Cinquantenaire. Une exposition exceptionnelle en soi, tant cette collection est riche, représentant toutes les grandes civilisations de l'Amérique précolombienne: les énigmatiques masques olmèques, les grandes figures humaines et les chiens de Véracruz, les récipients en onyx aztèques, l'orfèvrerie en or de Colombie, etc. Cette exposition sera un hommage aux maîtres de l'art précolombien, ces grands artistes qui réalisèrent souvent ces merveilles lorsque nous étions encore plongés dans les temps barbares.
Les faits en six points 1 Dora Janssen souhaite faire une dation et son dossier est étudié par la commission dation. Les experts (dont des représentants des grands musées fédéraux) étudient les pièces de la collection et sont d'accord sur leur valeur exceptionnelle. Mais le problème est aussi de vérifier leur provenance. En effet, les collections récentes d'art précolombien, d'art africain, ou d'art antique sont suspectes de venir de fouilles illégales et d'exportation illégale de trésors nationaux. Le sujet est chaque jour plus sensible. On a vu comment le musée Getty, à Los Angeles, doit rendre des pièces archéologiques à Rome car elles provenaient de fouilles illégales. Le Metropolitan fait de même. Et de nombreux musées doivent rendre des pièces aux pays d'origine. Le risque en recevant la collection Janssen est que des pays sud-américains ne réclament un jour les pièces en démontrant qu'elles viennent d'exportations illégales. Pour certains, toutes les acquisitions de ces dernières années sont forcément entachées de ce risque. Mais Dora Janssen a pu présenter tous les documents nécessaires et prouver qu'elle avait acquis ses pièces auprès d'antiquaires et de maisons de vente reconnues, en toute légalité. Cela n'empêche pas qu'on découvre un jour des irrégularités intervenues en amont et inconnues de Dora Janssen. C'est pourquoi la commission a écarté quelques pièces qui pourraient être douteuses mais a accepté l'essentiel de la collection en dation. 2 La loi à cette époque, avant juillet 2005, indiquait que la dation se faisait à l'Etat fédéral (et Dora Janssen, qui se sent très belge, voulait la léguer au musée fédéral du Cinquantenaire, à Bruxelles) et que l'Etat devait ensuite rembourser la valeur des droits de succession à la Flandre (ici, 7,5 millions d'euros). Mais problème: le ministre fédéral du Budget refuse fermement de payer cette somme (même avec des modalités proposées par son homologue flamand Dirk Van Mechelen), de crainte sans doute que cela passe mal auprès de l'opinion publique qu'on dépense une somme importante pour des oeuvres d'art. 3 Pour éviter l'obstacle et rendre la loi plus cohérente avec l'évolution institutionnelle du pays, on votait, en juillet 2005, dans une loi-cadre générale, une nouvelle loi qui invite les représentants des régions dans la commission dation et qui précise dans les faits que c'est à la région bénéficiaire des droits de succession de donner son accord ou non au projet de dation et de décider de l'emplacement futur de celle-ci. Certes, cela signifierait sans doute que la collection Janssen n'irait pas à Bruxelles, pourtant capitale de la Flandre et que la collection rejoindrait plutôt le musée ethnographique d'Anvers, candidat à cela. 4 Mais, curieusement, la Flandre a refusé cette loi, car elle estime qu'elle n'a pas été votée avec la majorité des deux tiers nécessaire et qu'elle ne peut, d'autre part, pas s'appliquer au cas de Dora Janssen puisque ce dossier a été introduit avant la nouvelle loi. La Flandre a, dès lors, introduit un recours en annulation auprès de la cour d'arbitrage et, en attendant, a bloqué le fonctionnement de la commission dation en n'y envoyant pas de délégué (pendant des mois, cela a complètement bloqué le fonctionnement de la commission). En réalité, il semble qu'au sein du gouvernement flamand, il n'y a pas d'unanimité sur la position de fond à adopter. Certains, comme le précisera plus tard le ministre VLD bruxellois Guy Van Hengel, estiment qu'il ne faut pas accepter une dation d'art précolombien et «payer» pour un art qui ne touche en rien au patrimoine flamand. D'autres, surtout autour d'Anvers et Louvain, candidats à recevoir la collection, sont d'un avis contraire, expliquant qu'une telle collection peut être un formidable atout pour leur ville. Le gouvernement flamand, par son recours, a cherché à ne pas se prononcer sur le fond et a renvoyé la «patate chaude» au fédéral. 5 En attendant l'arrêt de la Cour d'arbitrage, d'autres dossiers de dation restaient en attente comme la succession Gillon. Roland Gillon, Bruxellois, proposait de régler la succession de son père (21 millions d'euros) par la dation de sa collection Art nouveau constituée avec son épouse Anne-Marie Crowet. Le ministre des Finances a passé outre au blocage de la Flandre et demandé à la commission dation d'étudier le dossier, sans représentant flamand mais avec le représentant bruxellois qui a accepté la dation. 6 A la mi-juillet 2006, la cour d'arbitrage a rejeté le recours flamand. La loi est donc valide. La Flandre désignait, le 20 juillet, son représentant au sein de la commission dation qui peut de nouveau fonctionner normalement. Didier Reynders annonçait que la Flandre devrait, enfin, se prononcer sur le fond de la dation Janssen. Mais, surprise, la Flandre refuse toujours de le faire, arguant que le dossier Janssen est antérieur à la nouvelle loi et que celle-ci ne peut donc s'appliquer à ce cas. Une thèse réfutée par le ministre des Finances fédéral et par la Région bruxelloise puisque dans le cas de la dation Gillon, le décès était également antérieur à la nouvelle loi. On ne voit pas qui pourrait trancher ce litige si ce n'est - peut-être - le comité de concertation région-fédéral qui se réunira en septembre avec ce point à l'ordre du jour. Et, en attendant, la Flandre non seulement refuse de fait la collection Janssen, mais ne reçoit pas non plus les droits de succession bloqués tant que le litige est pendant et ne recevra pas les intérêts de la somme, car Didier Reynders a opportunément signalé à Dora Janssen qu'elle ne devrait pas payer des intérêts de retard sur une succession retardée par l'incurie de l'Etat. © La Libre Belgique 2006 - - - - - - - - - - -
L'ESPRIT DU COLLECTIONNEUR (extrait de la préface du catalogue)
À travers sa collection, Dora Janssen exprime son
être le plus intime. La regarder s’animer devant une pièce ou un groupe de
pièces est un spectacle inspirant. Les œuvres qu’elle a réunies sont
émouvantes, expressives, puissantes, parfois comiques. C’est son propre
humanisme qui l’a guidée vers l’art de l’Amérique ancienne. Une
Amérique que d’autres ont évitée ou ignorée, en dépit de sa beauté et de
sa sensibilité, par pur aveuglement eurocentrique. Car nombre d’entre nous
ont été formés à ne reconnaître l’existence d’une civilisation que dans
la mesure où elle a des antécédents européens. La collection de Dora Janssen se révèle de grande
envergure. Elle comprend des chefs-d’œuvre en provenance de l’Égypte
ancienne, de Mésopotamie, d’Inde, du Japon, d’Océanie et d’Afrique –
sans compter l’Europe. Mais c’est sur l’Amérique ancienne que Dora
Janssen a focalisé son attention. Pour la plupart des gens, l’Amérique
ancienne est synonyme de sacrifices sanglants, de cœurs arrachés, de crânes
et de guerre – le monde aztèque tel que Cortés et ses conquistadors
espagnols le découvrirent. Nous sommes encore choqués par le grand tzompantli,
ou mur des crânes, de Mexico. La plupart des gens ne soupçonnent pas que, plus
au nord – de l’autre côté du lac de Mexico – se trouve Tenancingo, le
palais d’été de l’empereur-poète Netzahualcóyotl, avec son aqueduc et
ses baignoires tridirectionnelles taillées dans le roc, sur la colline où les
jardins fleuris des Aztèques sont retournés à l’état sauvage. L’Amérique ancienne et sa civilisation ont souvent
été niées par ceux qui considéraient le Nouveau Monde comme un univers
inculte peuplé de barbares, mais heureusement dompté et civilisé par les
Européens et la chrétienté. Car telle était la propagande inventée pour
justifier l’asservissement des indigènes, la mainmise sur leurs terres et le
pillage de leurs cultures. Le dénouement nous hante encore. Les Européens
étaient porteurs de maladies qui ravagèrent des cités entières au point de
les rayer de la carte. Pour soumettre les peuples conquis, ils utilisèrent des
chevaux, des armures, de la poudre, des mâtins, des canons et des arbalètes. Les humains sont les seuls animaux capables de créer
une image et de l’interpréter 30 000 ans plus tard. Aucun autre animal ne
peut sculpter, dessiner ou expliquer ces images. Pourquoi se sont-ils vêtus et
parés, pourquoi ont-ils édifié des maisons et des temples et inventé des
systèmes d’écriture ? Le plus étonnant, c’est que l’humanité semble
toujours tenue de respecter un modèle ou de suivre une direction. Les premiers
hommes débarquèrent dans les Amériques accompagnés de chiens, bien avant les
débuts de l’élevage dans le Vieux Monde. Il est presque certain qu’ils
apportèrent des outils en pierre. Dans le Vieux Monde, les êtres humains
domestiquaient les animaux alors que, dans le Nouveau Monde, la culture andine
était seule à apprivoiser le lama, l’alpaga et le cobaye. Les Américains
ont en outre développé séparément le tressage des corbeilles, le tissage des
vêtements, une technologie lithique et une métallurgie particulièrement
riches, ainsi que des architectures perfectionnées – même si elles n’ont
pas abouti à la voûte. Autant de faits qui ont envoûté Dora. Non seulement
les anciens Américains ont conçu toutes ces inventions sans intervention
extérieure, mais ils se sont également révélés des artistes accomplis.
Aucun lien culturel n’existe manifestement entre l’Amérique ancienne et l’Europe.
On peut tout au plus concevoir que le métier à tisser portatif, le papier d’écorce
et les sceaux soient arrivés dans les Amériques par l’océan Pacifique. Mais
tout le reste a été inventé indépendamment du continent européen. L’art
de l’Amérique ancienne est riche et complexe, et il fait bonne figure
vis-à-vis de l’art du Vieux Monde. (…) Le goût universel qui se déploie dans la collection
de Dora Janssen témoigne de son admiration face à la créativité de l’humanité
à travers les âges. Les œuvres ainsi rassemblées révèlent l’ouverture d’esprit
de cette aventurière avide de découvrir de nouveaux mondes. S’apercevant que
les Européens sous-estimaient l’art des Amériques anciennes et s’en
désintéressaient en le taxant de « primitif », elle lui a consacré une part
perpétuellement croissante de son énergie de collectionneuse. Elle fut, dans
un premier temps, éblouie par l’or précolombien, issu généralement d’un
alliage dénommé « tumbaga » contenant du cuivre et de l’antimoine. Malgré
le fait que l’on trouve des feuilles d’or martelées, la majorité des
pièces furent coulées par la méthode de la fonte à la cire perdue. Ensemble exceptionnel, la collection d’objets en or
de Dora Janssen englobe toute l’histoire de l’orfèvrerie des Amériques,
contribuant de manière conséquente à son étude minutieuse. Du Pérou, la
métallurgie gagna l’Équateur, la Colombie, le Panama et le Costa Rica, pour
atteindre le Mexique vers l’an mil de notre ère, au terme d’un voyage de 2
500 ans. L’orfèvrerie mixtèque et aztèque découverte au Mexique lors de la
Conquête fut volée et fondue par les Espagnols. La collection Dora Janssen
apporte une importante contribution à l’histoire de la métallurgie de l’Amérique
ancienne. En parallèle, Dora Janssen est également tombée sous
le charme de l’art de la plume sous ses diverses formes : manteaux, sacs et
coiffes confectionnés à base de plumes aux couleurs vives. Bien que la
plumasserie ait été répandue dans de nombreuses régions, ses œuvres n’ont
échappé à la détérioration que dans les zones désertiques ; la plupart de
ces pièces proviennent du Pérou, où elles avaient été préservées par la
sécheresse de l’air côtier. Lors de la conquête du Mexique, la plumasserie
émerveilla les conquistadors presque autant que l’orfèvrerie.
Ultérieurement, les Espagnols commandèrent aux plumassiers des icônes
chrétiennes, ainsi que des robes et des chapeaux pour leurs hauts dignitaires
religieux. Peu de ces œuvres parvinrent jusqu’à nous. En revanche, des
pièces anciennes de toute beauté ont survécu dans le désert péruvien. Leur
réalisation a nécessité des milliers de plumes minuscules qui furent
transportées de la jungle amazonienne à la côte aride du Pacifique par-dessus
la cordillère des Andes. Un seul manteau de plumes exigeait une quantité
phénoménale d’oiseaux, et l’assiduité requise pour accomplir ce travail
de tissage est pratiquement inconcevable à notre époque. Un groupe en céramique grandeur nature, représentant
un homme assis accompagné de deux chiens à l’aspect menaçant, a autrefois
bouleversé Dora Janssen au point de faire d’elle une collectionneuse
passionnée d’art précolombien. Exhumée dans le centre du Veracruz, d’où
proviennent quelques-unes des œuvres d’art les plus touchantes et les plus
originales jamais mises au jour, la sculpture demeure un groupe puissant,
énigmatique et obsédant. Dora Janssen a perçu tout ce qu’il avait de
remarquable, indépendamment de sa provenance géographique. Si l’Amérique
ancienne était capable de produire de telles œuvres, elle pouvait aisément
soutenir la comparaison avec les arts les plus prestigieux du monde. La force de la collection Dora Janssen tient avant tout
aux splendides exemples d’art maya sur lesquels elle s’axe. Sa pièce la
plus monumentale est une stèle maya rehaussée de glyphes élégamment gravés.
Cette œuvre, signée avec fierté par son sculpteur, se dresse dans une vaste
niche brillamment éclairée – et, à sa vue, tout spectateur a le souffle
coupé. Il s’agit d’un portrait sur lequel l’artiste a pris plaisir à
reproduire les motifs brodés sur les vêtements de la souveraine. Dans sa quête de la civilisation maya, Dora a très
tôt visité l’extraordinaire site de Palenque. Elle a gravi les degrés de l’imposant
Temple des Inscriptions et descendu l’escalier menant à la tombe de Pacal,
qui régna sur Palenque au VIIe siècle. Cette expérience l’émut tant qu’elle
dessina des galeries souterraines pour y abriter sa collection. Celle-ci
comporte un profil en stuc du fils et successeur de Pacal, Kan Balam, ayant
conservé des traces de polychromie. Parmi les pièces maya de Dora Janssen
figure aussi un superbe silex « excentrique » reprenant les neuf profils de K’awiil
– un des plus beaux exemplaires connus. Ces silex symbolisent le lignage et le
pouvoir de l’éclair et de la pluie. Dora Janssen détient en outre plusieurs
belles figurines en céramique en provenance de Jaina, l’île aux sépultures.
Sans compter de rares figurines du Petén. Des vases du Classique récent,
appartenant à différents styles et écoles, démontrent à suffisance que les
Mayas étaient des peintres imaginatifs et talentueux. La collection de Dora
Janssen comprend un étonnant récipient en mosaïque de jade sur bois datant du
Classique ancien, de magnifiques exemplaires de pectoraux et de pendants d’oreilles
en jade, et un beau pendentif en coquillages. Elle intègre également un grand
vase en marbre de la vallée de l’Ulúa qui fut produit à la frontière du
monde maya du Classique récent. La collection de Dora rassemble encore de splendides
exemples du savoir-faire olmèque en matière de sculpture de jade et de
céramique. La plus ancienne – mais aussi la plus puissante – des
civilisations mésoaméricaines s’affirma à partir de 1200 à 500 avant notre
ère. Les Olmèques acquirent une virtuosité extraordinaire dans le travail du
jade, minéral d’une extrême dureté qu’ils travaillaient en utilisant du
sable, de l’eau, ainsi que de la corde et des roseaux. Une méthode simple qui
leur permit d’accomplir des miracles. Les masques et les figures olmèques en
jade – souvent considérés comme les œuvres les plus raffinées jamais
réalisées par des artistes précolombiens – sont splendides et d’une force
extraordinaire. La civilisation s’illustra également dans l’art de la
céramique. Leurs plus belles créations sont des figurines creuses de bébés
et des vases à effigies. Dora Janssen en a rassemblé d’intéressants
spécimens, dont plusieurs bébés et effigies d’oiseaux, de poissons et de
canards. Ainsi, cette admirable collection inclut des œuvres d’art
ancien, originaires de la plupart des pays des Amériques. Elle a pour but d’éclairer
les Européens sur les énergies créatrices des indigènes américains et de
les situer par rapport à l’art européen de haut niveau. L’élan qui pousse l’humanité à dessiner, peindre
et sculpter est universel. Il est grand temps que nous reconnaissions le
potentiel créateur de l’être humain, quelle que soient ses origines. Dora
Janssen a légué à la Belgique, son pays, une collection d’art américain
ancien aussi riche que variée. Un somptueux cadeau. Gillett Griffin,
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