LE
MONDE | 25.05.05 |
Tête
rituelle de l'ethnie Lega, RDC du Congo. Ivoire à patine blonde de 12 cm, datée
du XIX siècle ou antérieur, vendu 380,000 € hors frais.
Marché de
l’art.
Soumises à une législation
sévère, ces sculptures essentiellement originaires du Bénin et du Congo
seront vendues à Paris début juin. Une
occasion rare
Deux
collections d'ivoires africains seront dispersées sur le marché parisien lundi
6 juin 2005.
Fraysse & associés propose un pan de la collection Bela Hein, tandis que
Sotheby's affiche un ensemble provenant du couple Jenô et Rosa Studer-Koch.
De quoi
animer un marché extrêmement confidentiel. «L'ivoire est toujours plus cher
que le reste, et ça irrite certains collectionneurs. Le marché est aux
antipodes du goût actuel pour les pièces spectaculaires », remarque le
marchand d'art primitif bruxellois Bernard de Grunne.
Les objets
en ivoire se déclinent dans tout le continent africain; surtout au Bénin et au
Congo. « L'ivoire est apprécie pour la symbolique de l'éléphant, associée
à la notion de pouvoir. Les ivoires étaient toujours réserves aux
dignitaires, qu'il s'agisse des défenses complètes ou des objets sculptes »,
indique Marguerite de Sabran, spécialiste de Sotheby's. Chez les Lega du Congo,
l'ivoire est le pré carré
de l'association du Bwami, régissant une société très hiérarchisée.
Transmises selon les liens avunculaires, les statuettes, reconnaissables au
motif « point de cercle », maintiennent les règles morales, sociales et
juridiques défendues par leurs anciens détenteurs.
Rares sur
le marché, les ivoires Lega sont très cotés. En septembre 2002, un masque
Lega de la collection Carlo Monzino était acheté pour 78 950 ,euros par M. de
Grunne.
Il faudra
miser plus pour le masque d'initié de la collection Bela Hein proposé par
Fraysse & Associés. Sculpté dans un ovale presque parfait, il est estimé
de 400 000 à 600 000 euros.
DOUBLER
SON ESTIMATION
Les ivoires Lega, valent souvent plus chers que ceux d'autres ethnies. Dans la
vente de Sotheby's,
une petite tête Lega offrant un visage aux traits tirés est estimé de 10000
à 15000 euros, alors qu'un pendentif Pende de même dimension affiche de 4 000
à 5 000 euros. «A priori, les prix pourraient être comparables, vu la
proximité des volumes, mais ça ne l'est pas, remarque Patrick Caput, spécialiste
de Sotheby's. De plus, les têtes en ivoire de petite dimension, dénuées de
cou ou de socle, sont très rares dans la statuaire Lega. »Bien que moins coté
que les Lega, les ivoires Pende promettent parfois de jolies surprises. En décembre
2004, un pendentif Pende représentant un visage humain au front bombé grimpait
de son estimation de 1200 euros pour atteindre 19387 euros chez Christie's.
Même si
les ivoires Lega dament le pion, à d'autres objets, la rareté prime. Un éventail
d'apparat Fang du Gabon au manche représentant un couple en ivoire est ainsi
estimé de 400 000 à 600 000 euros dans la vente de Fraysse & Associés.
Le travail
en ivoire du Bénin n'est pas moins apprécié. En novembre 2004 à New York,
une paire de bracelets datant du XVI" siècle partait pour 20 800 dollars
chez Sotheby's. Un pendentif Luba du Congo doublait son estimation avec 75000
euros chez Christie's en décembre 2004.
DIFFERENTES
TEINTES
La teinte des ivoires varie selon les ethnies. Les Mangbetu du Congo préservaient
leur couleur blanche en les conservant dans des sachets. Les Lega les
enduisaient d'huile, d'où la patine cou-leur miel ou rougeâtre, très appréciée.
«Comme pour les sculptures en bois, les objets dépourvus de patine valent deux
à trois fois moins cher », souligne le marchand d'art primitif Yann Ferrandin.
L'ivoire est soumis à une législation sévère. Dans les pays ayant ratifié
la convention de Washington de 1973, seuls les spécimens antérieurs à 1976
sont exportables.
Roxana
Azimi
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