AP/FRANÇOIS MORI Le président de la République,
Jacques Chirac, lors de l'inauguration du Musée du quai
Branly à Paris, le 20 juin 2006.
acques Chirac a inauguré, mardi matin 20 juin, le nouveau
Musée du quai Branly, dont il avait engagé le projet il y a
dix ans. Cet édifice, conçu par l'architecte Jean Nouvel, réunit
les collections du département d'ethnologie du Musée de
l'homme, au Trocadéro, et celles du Musée des arts africains
et océaniens de la porte Dorée. 3 500 objets forment les
collections permanentes, présentées sur un seul et vaste
plateau de 4500 m2.
AFP/FRED
DUFOUR L'une des salles du Musée du quai Branly à Paris
consacrée à l'Océanie, lors de l'inauguration pour la
presse, le 19 juin 2006.
La cérémonie a eu lieu dans l'amphithéâtre qui porte le
nom du grand anthropologue Claude Lévi-Strauss, âgé de 98
ans – celui-ci a visité le musée dimanche dernier –, en
présence, notamment, du secrétaire général de l'ONU, Kofi
Annan, du secrétaire général de l'Organisation
internationale de la francophonie, Abdou Diouf, de la Guatémaltèque
Rigoberta Menchu Tum, Prix Nobel de la paix 1992, du premier
ministre du territoire inuit autonome de la Fédération
canadienne, le Nunavut, et des anciens premiers ministres
Lionel Jospin et Jean-Pierre Raffarin.
"Cette nouvelle institution dédiée aux cultures
autres sera, pour ceux qui la visiteront, une incomparable expérience
esthétique en même temps qu'une leçon d'humanité
indispensable à notre temps", a déclaré Jacques
Chirac en fin de matinée. Le chef de l'Etat a ajouté que la
création de ce nouveau lieu était nécessaire pour "rendre
justice à l'infinie diversité des cultures" et pour
porter un autre regard "sur le génie des peuples et
des civilisations d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et des Amériques".
Le président de la République a aussi rappelé que la création
du musée avait été décidée en 1998, "en accord
avec le premier ministre, M. Lionel Jospin". M.
Chirac a insisté sur l'hommage de la France "à des
peuples auxquels, au fil des âges, l'histoire a trop souvent
fait violence. Peuples brutalisés, exterminés par des conquérants
avides et brutaux. Peuples humiliés et méprisés, auxquels
on allait jusqu'à dénier qu'ils eussent une histoire.
Peuples aujourd'hui encore souvent marginalisés, fragilisés,
menacés par l'avancée inexorable de la modernité".
AP/FRANÇOIS
MORI Une des salles d'exposition du Musée du quai Branly à
Paris, le 19 juin 2006
M. Chirac a également précisé dans son discours : "Au
cœur de notre démarche, il y a le refus de l'ethnocentrisme,
de cette prétention déraisonnable de l'Occident à porter,
en lui seul, le destin de l'humanité. Il y a le rejet de ce
faux évolutionnisme qui prétend que certains peuples
seraient comme figés à un stade antérieur de l'évolution
humaine, que leurs cultures dites 'primitives' ne vaudraient
que comme objets d'étude pour l'ethnologue ou, au mieux,
sources d'inspiration pour l'artiste occidental."
"Ce sont là des préjugés absurdes et choquants.
Ils doivent être combattus. Car il n'existe pas plus de hiérarchie
entre les arts qu'il n'existe de hiérarchie entre les
peuples. C'est d'abord cette conviction, celle de l'égale
dignité des cultures du monde, qui fonde le Musée du quai
Branly."
Le chef de l'Etat a aussi expliqué que ce nouveau musée,
"loin des stéréotypes du sauvage ou du primitif (…),
veut faire comprendre la valeur éminente de ces cultures différentes,
parfois englouties, souvent menacées, ces 'fleurs fragiles de
la différence' qu'évoque Claude Lévi-Strauss et qu'il faut
à tout prix préserver".