Le musée royal de l'Afrique centrale (MRAC) à Tervuren possède de
fabuleuses archives sur la musique de l'Afrique sub-saharienne et plus particulièrement
des cultures musicales du Congo, du Rwanda et du Burundi.
Au total, il conserve plus de 3 000 heures de musique enregistrée, les plus
anciens enregistrements datant de 1910. Cette collection fut constituée durant
et après la période coloniale belge et forme la mémoire musicale la plus
riche au monde pour cette région de l'Afrique centrale. Les premiers
enregistrements sont conservés sous forme de 457 rouleaux de cire Edison
enregistrés en 1910 par le capitaine Armand Hutereau dans la province de Uele
au Congo. Les enregistrements sonores étaient alors encore à une période de
balbutiements. Ces rouleaux sont extrêmement fragiles et sensibles aux
conditions climatiques du Congo. Ils ont dû d'abord être restaurés puis copiés
sur un support digital durable avant d'être transcrits sur un disque dur.
La collection de Sonofils est tout aussi fragile et exceptionnelle. Il s'agit
d'un fil métallique très fin enroulé sur une bobine et qui doit, dans de
nombreux cas, être d'abord démêlé puis passé dans un lecteur adéquat,
avant d'être copié. La collection du MRAC comprend aussi 1 142 disques 78 et
45 tours datant des années 40 et 50, et 1 750 bandes d'une durée moyenne de 60
minutes. Les musiques de très nombreuses ethnies sont ainsi conservées, dernière
survivance bien souvent de ce patrimoine.
Le directeur du musée de Tervuren, Guido Gryseels, rappelle qu'il y a trois
objectifs à cette digitalisation des collections du musée. D'abord, la
conservation. Les bandes sons, comme les photos anciennes et les films étant très
fragiles. Ensuite, l'accès. Gryseels rappelle que moins de 1 pc des collections
sont montrées. C'est-à-dire que 99 pc des collections restent dans les stocks.
En digitalisant ces collections, on permet à tout le monde d'y avoir accès par
Internet, y compris aux chercheurs africains, les premiers concernés par la
survivance de leur mémoire culturelle. On sait que le nouveau musée du quai
Branly à Paris a profité de son déménagement pour digitaliser complètement
ses collections. On peut même dire que tout ce qui n'est pas digitalisé risque
d'échapper à la recherche mondiale. Enfin, digitaliser permet d'améliorer la
gestion des collections grâce à l'encodage des métadonnées et de la
contextualisation des musiques.
Et maintenant les photos
Pour mener à bien cette digitalisation, l'institution de Tervuren a fait
appel à trois partenaires externes : le Département informatique de
l'Université de Gand (TELIN UGent), l'Institut pour psycho-acoustique et
musique électronique, toujours rattaché à l'université gantoise et le Département
de Musicologie de l'ULB.
Guido Gryseels souligne que le musée dépense aujourd'hui 600 000 euros par
an pour la digitalisation, largement payés par des crédits spéciaux de la
Politique scientifique. Le projet de digitalisation des musiques, le projet
DEKKMA, aura nécessité quatre ans de travail et sera clôturé en septembre
prochain. Toutes les métadonnées seront alors stockées dans une banque de
données accessibles via Internet.
Après la digitalisation des musiques, il s'agira de réaliser celle des
photos (le musée possède un million de photos dont beaucoup sont fragiles) et
ensuite la digitalisation des objets ethnographiques. "La numérisation est
notre priorité", souligne le directeur.
Infos : Web www.music.africamuseum.be