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Trésors exotiques dans toute la France
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MONDE | 12.01.07
A Issoudun, le Musée de l'hospice Saint-Roch a reçu en 2002 d'importantes collections d'arts primitifs (1 000 pièces, essentiellement de Papouasie-Nouvelle-Guinée) données par la congrégation des missionnaires du Sacré-Coeur, rejointes par la donation de Cécile et Fred Deux, artistes qui habitent la région. L'établissement est aujourd'hui fermé pour agrandissement. Le Muséum de La Rochelle (arts polynésiens provenant notamment des voyages de Dumont d'Urville), lui aussi en travaux, doit rouvrir en juin 2007. Comme celui d'Angoulême (très bel ensemble africain), qui devrait rouvrir en 2008. Le Muséum de Toulouse a récupéré sa grande sculpture nimba (Guinée) ; elle sera au centre de ses collections d'arts primitifs, qui seront présentées en 2008. Le Musée des confluences de Lyon, héritier du Muséum d'histoire naturelle, doit ouvrir en 2009 son bâtiment futuriste à la pointe de la presqu'île, entre saône et Rhône. Mais son directeur, Michel Côté, expose déjà régulièrement ses collections extra-européennes, qu'il complète par ses achats. A Rouen, le Muséum, fermé depuis des années, présente dans quelques jours les pièces majeures rapportées du Pacifique, dans les années 1830, par l'amiral Cécille. Notamment une proue de bateau maori, "chef-d'oeuvre considérable", estime Roger Boulay, qui achève l'annuaire des collections océaniennes de 112 musées de France. Il a ainsi repéré quelques trésors comme la collection de Mgr Douarre, premier évêque de Nouvelle-Calédonie, conservée au Musée Bargoin de Clermont-Ferrand ("une perche des îles Cook, unique dans les collections françaises", affirme-t-il). Au Musée de Dieppe, le chercheur a repéré 60 pièces océaniennes, un résultat modeste : "Mais il s'agit des vestiges de l'expédition menée par l'amiral Duperré, à bord de La Coquille, dans les années 1830, dont un précieux cahier rempli d'échantillons de tapas (tissus à bases de fibres végétales)". Elle est révolue l'époque où le Musée d'art et d'histoire de Saint-Brieuc mettait sur le trottoir, sans états d'âme, des pièces "exotiques" tirées des réserves de la caserne Charner où il était installé ; c'était dans les années 1960, mais au milieu des années 1990, le conservateur du Musée des beaux-arts de Lille expédiait encore ses collections d'arts primitifs au Muséum d'histoire naturelle, pour faire la place à une collection de marbres académiques du XIXe siècle. Aujourd'hui, le "primitif" - l'expression "arts premiers" n'a pas convaincu - a le vent en poupe. Pourquoi cet engouement ? Il y a incontestablement eu un "effet quai Branly". Les conservateurs de musée comme le public ont vu les projecteurs de l'actualité braqués sur ces pièces. Roger Boulay remarque que les opérations pédagogiques, les conférences ou les présentations de ces objets font le plein auprès de tous les types de visiteurs. Et on assiste à un envol du prix de ces pièces sur le marché de l'art - le masque blanc du Ngil fang vendu par les héritiers du collectionneur et marchand Pierre Vérité, a été adjugé, en juin 2006, 5 millions d'euros. Les élus, eux aussi, sont devenus sensibles à ces collections dont les valeurs d'assurance grimpent tous les jours. "Prosaïquement, ce qui a de la valeur est digne d'être montré", constate Claude Stéfani, attaché de conservation au Musée de Rochefort, et qui avait déjà inventorié les collections océaniennes du Musée de Chartres. Il remarque que le désintérêt pour les collections d'outre-mer avait coïncidé "avec la décolonisation ; l'intérêt revient quand cette page d'histoire a été tournée, non sans mal". "Aujourd'hui, explique François Coulon, conservateur au Musée de Rennes, privilégier le discours anthropologique par rapport au discours esthétique, ou l'inverse, est totalement obsolète. Parce que ces collections concernent, à différents titres, les Français de toutes origines, à commencer par ceux dont les racines sont, par exemple, africaines ou océaniennes. Ces témoignages font partie, qu'on le veuille ou non, de notre patrimoine. Mais, du coup, il faut cesser d'avoir un point de vue occidentalocentriste." Claude Stéfani appelle de ses voeux la mise en place d'un réseau d'établissements concernés par les arts extra-européens. Le Musée du quai Branly, hier menaçant (il était soupçonné de vouloir siphonner les plus belles pièces des musées de province pour les exposer à Paris), a déjà engagé un début de collaboration avec les principaux établissements des régions.
Emmanuel de Roux
Article paru dans l'édition du 13.01.07
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