YAMBI: Intégrer la vie dans l'art

Photo : Simon Tshiamala
Yambi Art contemporain du Congo à Bruxelles
site officiel : www.yambi.be
La Libre 28/09/2007 trouvé sur africatime.com
Au Botanique, les artistes congolais investissent le
contexte socio-historique. Une sélection rigoureuse révélatrice de la jeune
création.
Deux écueils guettent l'art africain contemporain : d'une part, l'enfermement
dans des formes anciennes sous prétexte de maintenir la tradition, de l'autre,
la course à l'imitation des tendances internationales pour s'agripper aux
basques des ténors mondiaux. On pourrait ajouter l'académisme, la tendance
picturale illustrative et narrative populaire, voire les élans
postcolonialistes.
Heureusement, rien de cela n'a été retenu pour l'exposition phare de l'énorme
festival Yambi qui domine actuellement Bruxelles et une partie de la Wallonie.
La sélection pour le Botanique, opérée par notre confrère Roger-Pierre
Turine, en la circonstance commissaire d'exposition et vrai explorateur de l'art
congolais contemporain, est sévère et personnelle. Si on n'y rencontre pas de
noms très connus chez nous, on y fait, par contre, des découvertes
d'excellente qualité. Limité aux artistes de la République démocratique du
Congo, l'ensemble constitue en premier lieu un aperçu de la création actuelle
concentrée principalement à Kinshasa et à Lubumbashi où des groupes de
plasticiens ont résolument pris de la distance avec les expressions convenues.
La plupart d'entre eux se sont d'ailleurs frottés à la création européenne,
voire ont accédé à cet enseignement, ce qui explique probablement qu'ils sont
aguerris à toutes les techniques d'aujourd'hui, ont recours en connaissance de
cause à la vidéo autant qu'à la peinture, aux installations comme à la
photographie manipulée.
Le divin devin
Le constat le plus intéressant ne réside finalement pas dans l'aspect formel
mais, et c'est non seulement heureux mais capital pour l'avenir, dans le
contenu. Une visite de l'exposition sans relever les identités révèle
d'emblée l'implication de ces artistes, certes dans les questionnements
plastiques et esthétiques : "Dis, dis-moi comment on dit nature morte au
pays des grands lacs", s'interroge superbement Michèle Magema, mais plus
profondément dans le contexte socio-historique de leur pays, Gulda El Magambo
photographie admirablement "le divin devin". Au coeur de chacune de
ces oeuvres s'inscrit une préoccupation humaine fondamentale en un art qui
trouve l'équilibre de son langage dans une étroite association. Ni
ethnologique ni copie conforme, il est proche des réalités vécues tout en
conservant une distance critique indispensable, évacuant le folklore mais sans
jamais perdre la mémoire. Cette authentique complexité n'est jamais ni forcée
ni démonstrative, elle se livre avec naturel - et ce n'est pas la moindre de
ses qualités - en des formulations fermement accomplies.
Il faut aussi souligner le jeune âge de la plupart des participants, plus d'un
se situant encore dans la vingtaine, l'aîné venant d'atteindre la quarantaine.
De bel augure pour le futur tout en remarquant une maturité de bon aloi.
Le plus connu d'entre eux est sans doute Freddy Tsimba, sculpteur du corps
humain surtout féminin, pour célébrer la vie... à l'aide de douilles
récupérées et soudées.
Simplement, tout est dit des drames, des espoirs, du passé récent, du
quotidien, des plaies et d'une volonté de vivre.
Et ce corps humain est omniprésent comme s'il était le meilleur véhicule
imagier des sentiments, des émotions, des faits et de la pensée. "Corps
objet" pour le photographe Christian Tundula, corps un peu halluciné pour
Freddy Mutombo avec "Procès I" ou corps personnel dans les
autoportraits de Nono Katanga Kacha.
La Gécamines
Aucun commentaire n'est nécessaire aux photomontages prenants jusqu'au silence
imposant et brassant le temps de Sammy Baloji sur les "Travailleurs de la
Gécamines", et pas plus face à l'installation d'Aimé Mpane où ombre
portée et géante mais fragile créature est confrontée au destin alors que
roule un peu plus loin une rutilante voiture.
Les contrastes ne manquent point, mais le plus perceptible dans les oeuvres
restent les interrogations sociales, personnelles, politiques; les peurs, les
traumatismes et le lendemain.
"Le Congo sous perfusion" montre et clame l'excellent Vitshois
Mwilambwe à travers une performance, des peintures et installations. Là,
l'inquiétude et l'extrême sensibilité sont directement perceptibles tout
comme dans les dessins pourtant beaucoup plus en retrait de Kura Shomali.
La plupart de ces artistes participent également à d'autres expositions où
ont été invités en solo en centres d'art ou galeries. Ainsi une occasion est
donnée de faire plus ample connaissance avec des oeuvres appréciées. Reste à
espérer que ces artistes retrouvent régulièrement le chemin de nos lieux
d'exposition.
Claude Lorent
Mis en ligne le 28/09/2007
- - - - - - - - - - - © Copyright La Libre
« Yambi », la Rdc n’est pas que la guerre…
Par Freddy Monsa Iyaka Duku/Le
Potentiel Kinshasa,
28/09/2007 / trouvé sur digitalcongo.net
Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations unies,
disait ceci à l’aéroport de Kisangani, peu avant la fin de son dernier
voyage en République démocratique du Congo et du mandat à l’Onu.
« Les Congolais doivent cesser de se considérer comme des
victimes ». Propos significatifs qui veulent tout simplement dire qu’avec
plus d’idées, d’imagination, de volonté et de détermination, les
Congolais sont à même de trouver des solutions à leurs problèmes, plutôt
que de pousser des jérémiades. Aujourd’hui, des échos qui nous
parviennent de Bruxelles avec l’organisation de cette manifestation
culturelle, « Yambi », la République démocratique du Congo n’est
pas seulement que la guerre. Elle est aussi une véritable mine de talents à
même de déplacer des montagnes.
Bruxelles accueille depuis ce 27 septembre, une grande manifestation
culturelle, dénommée Yambi. La dimension culturelle de cette manifestation
honorée de la présence de Mme Olive Lembe Kabila, épouse du président de
la République, a été largement commentée par nos chroniqueurs culturels.
Ils s’acquitteront de cette obligation tout au long de cette fête
culturelle qui connaît la participation de 150 artistes congolais.
Mais le meilleur son de cloche est venu des autres observateurs qui
découvrent en cette manifestation un « autre Congo ». Pas celui de
la guerre, de la misère; de la compassion. Mais un Congo qui a de nombreuses
potentialités humaines, capables d’effacer cette image hideuse, humiliante
qui fait le tour du monde. Notre consoeur Colette Braeckman du journal Le
Soir paraissant en Belgique, considérée comme la spécialiste des questions
congolaises, est également surprise parce qu’elle voit devant elle. Elle
saisit cette opportunité pour faire remarquer que la RDC, c’est à cause
de la guerre qui a fait que ce pays a été isolé, demeure enclavé.
Oublié au point de redevenir une tache grise sur la carte, livré aux
ambitions de nouveaux aventuriers. Plus loin, Colette Braeckman ne cesse d’interpeller
les Congolais, sur ce qui se déroule sous ses yeux, qu’ils ne sont
« pas seulement des victimes, des objets de compassion humanitaire,
mais des hommes et des femmes (ndlr: qui ont le droit de vivre, d’être pris
en considération), de décider eux-mêmes de leur destin ».
Témoin privilégié, elle voit les Suisses, les Français, les Canadiens,
défilés devant les Congolais pour proposer des contrats de représentation
aux artistes congolais. Ce qui pourrait leur permettre sans nul doute d’évoluer
sous d’autres cieux en vue de s’épanouir, d’éclore, mais surtout de
porter si haut l’étendard congolais. Elle vient de réaliser que la
République démocratique du Congo est également un gisement de
talents. Donc, tout ne s’arrête pas seulement au diamant, à l’or, au
coltan, au cuivre, et bientôt au pétrole.
Mieux cerner la diplomatie de paix et de
développement
Il est vrai que le message de « Yambi » s’adresse directement
à la classe politique congolaise. Souvent versatile, sacrifiant plusieurs
fois l’utile et l’essentiel pour la boulimie du pouvoir, elle s’illustre
par une démarche politique boiteuse qui n’ouvre pas d’autres horizons.
Ce qui explique cette humiliation subie, cette démarche tonitruante et cette
évolution en dents de scie du processus politique et économique en
République démocratique du Congo.
Aussi, grâce à ce message de Yambi, il y a lieu d’enrichir cette
diplomatie de « paix et de développement », en intégrant la
dimension culturelle pour redresser ce front longtemps courbé. Au fait, c’est
en temps de crise que l’on découvre de nombreux talents. Yambi est une belle
illustration d’esprit d’initiatives pour sortir des sentiers battus et
tendre justement vers un développement durable.
Colette Braeckman le dit peut être mieux que nous « Yambi se veut le
reflet des citoyens debout, décidés à lutter pour leur avenir et celui
de leur pays ». Qui dit le contraire ?...
(Th)
Last edited: 28/09/2007
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