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LA PATROUILLE DES LIBELLULES
Yann-Hardy
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La Patrouille des Libellules est une bd réalisée par Yann (scénario) et Hardy (dessin) , paru dans Circus de 1985 à 1988.
Trois albums ont été publiés chez Glénat: "Le Chien des Cisterciens", "Défaite Eclair" et "Requiem pour un Pimpf". Le quatrième tome "Pas d'Ausweiss pour Auschwitz" n'a jamais paru. Ces albums ne sont plus disponibles; en cherchant bien on peut les trouver chez des marchands spécialisés. Une réédition en néerlandais est prévue.
 
"Mon rêve était d'être scout. Hélas, j'ai raté mes épreuves d'initiation, n'ayant jamais pu distinguer la gauche de la droite. C'est l'échec de ma vie. J'ai tout de même été enfant de choeur, c'était plus facile. J'étais le champion de la quête, il faut dire que je restais planté devant les paroissiens jusqu'ils sortent l'argent de leurs sacs. Mon totem paroissial était Souriceau Malicieux".
Yann(dans Circus)

 
 
La Patrouille des Libellules fit sa première apparition dans deux histoires courtes: "Opération Survie" et "Le Petit Louveteau Triste", deux histoires loufoques et scabreuses typiques de Yann à l'époque. Ces planches (10 au total) ont paru dans des numéros hors séries thématiques de Circus, le HS "Survie" et le HS "Putes". On y trouve déjà des éléments qui reviendront ultérieurement dans la série, notamment les bolchéviques. A voir également, une préfiguration de Lolo et Suçette.  On peut encore trouver ces numéros hors série chez certains bouquinistes.


 
"Pauvre Sainte Russie...ce que ta noblesse avait de plus sacré finit dans le siphon sordide d'un vieux lavabo prolétarien et déglingué..."
Le Chien des Cisterciens

Le début du Chien des Cisterciens fait drôlement penser aux premiers albums des Castors. Pourtant Yann déclare qu'il ne connaît pas vraiment cette série. C'est plausible. Quand on fait une histoire avec des scouts, on se retrouve vite avec les mêmes trames: une patrouille, surprise par le mauvais temps, s'égare dans les bois et tombe sur les ruïnes d'une abbaye (d' un chateau etc). Des légendes courent à propos de ce monument: il serait hanté, un trésor s'y cache, une bête monstrueuse y habite... Les villageois se méfient des étrangers, une bande locale de voyous s'oppose à leurs principes de vertu et de discipline etc., etc. Rien d'original là-dedans, et l'excellente  parodie qu'en fait Yann ne suffit pas à expliquer l'attrait de l'album. L'autre versant du récit,  l'histoire des derniers descendants des Romanovs, n'est pas si original non plus. C'est typiquement une de ces histoires romanesques pour des jeunes comme on en publiait à partir des années '30 dans la série "Signe de Piste", à laquelle Yann fait ouvertement référence. Bizarrement, les deux lignes narratives ne s'entrecroisent que très peu. Les deux conflits se situent à des niveaux différents. Au niveau local, anecdotique, la bagarre entre scouts catho 'cul-béni' et les villageois, anticléricaux, opportunistes, platement matérialistes, débauchés, soi-disant communistes mais à genoux devant le Comité Central. A un niveau plus universel,  le combat entre Russes blancs tzaristes, défendeurs d'un passé révolu, l'ancien régime, et le Guépeou russe, prônant un futur totalitaire. Les scoutes, complètement absorbées par leur croisade pour une morale traditionnaliste, ne se réalisent jamais quel drame se déroule autour d'elles. Et pourtant, pour le lecteur, les deux niveaux ont la meme importance, et les querelles internes, la rébellion d'une partie des Libellules sont traîtées avec le même (manque de) sérieux que la partie de chasse netre russes blancs et rouges. Comme toujours chez Yann, il n'y a pas de vainqueurs et les deux idéologies sont vouées à l'échec. Le radicalisme missionnaire de Rainette mène aux mêmes excès que le zèle purgateur des collectivistes, elle se fait d'ailleurs traiter de "Stalinette en jupons".
Tout n'a pas été dit sur cet album qui grouille de références culturelles, littéraires et graphiques. C'est bien sûr avant tout un album extrêmement drôle. Et délicieusement irrévérencieux.
 

"Créer La Patrouille des Libellules était un besoin viscéral. Besoin de pureté dans ces pages étouffantes du journal (Circus), emplies d'érotisme torrides et de groupes callypiges... Pourquoi des filles? Et bien, il me semblait  qu'il était plus difficile, et donc plus intéressant, d'être scout ET femme. Concilier le sens de l'honneur et du devoir, et la féminité. Se conduire en soldat, et porter une jupette. D'autre part, c'est plus commercial."  Le personnage de Lynx, fille qui se comporte comme un garçon mais qui se découvre des sentiments plus ambigus au cours de l'histoire, répond bien à ce souci.
 
 



 
"Moi je suis détenu politique, Franc-maçon, slave et juif!... Mais ça aurait pu être pire...ils ne savent pas que je suis homosexuel!"
Défaite Eclair
 


 
"Comme souvent lorsque je lance une nouvelle série, le tome 1 tient lieu de galop d'essai. Il permet de vérifier que le concept de départ est bon, de le modifier au besoin, et surtout de tester la collaboration avec un nouveau partenaire. Dès le tome 2, Hardy et moi avons conçu une stratégie à long terme. Notre intention est en effet d'aller jusqu'à la fin de la guerre, mais d'en modifier l'issue. Nous ferons triompher Hitler grâce à des armes secrètes qui lui permettront de vaincre les Russes comme les américains. Hitler lui-même mourra rapidement (de joie, peut-être) et nous ferons de la politique-fiction en confiant le destin du Reich à Von Braun et Rudolf Hess, qui entreprendront derechef la colonisation de l'espace." (Yann dans les Cahiers de la BD)
 
Le deuxième tome commence à un moment ou un ordre établi est abandonné et avant qu'un nouvel ordre est installé. Tout fout le camp, littéralement et moralement. Rainette devient la proie des soldats alliés, seule son insigne de scout la sauve de la violation. Le ton est donné. Rainette se voit déjà en vierge sainte alors que le Sauveur est crucifié par Adolf Hitler et Staline. Le déclin des valeurs anciennes ne peut plus être arrêté. Tout le monde cherche à se débrouiller,  à ne pas trop souffrir de la situation. Seule Rainette est inébranlable, la pensée du Prince Eric la soutient dans ses moments de faiblesse.
La vision de la guerre mondiale que nous donne Yann est certainement peu orthodoxe et très loin des livres d'école. Cependant, comme le remarque Laurent Rullier, il y a une véracité dans la description des événements et des dans la psychologie des personnages. Yann cherche à expliquer les faits de l'histoire en partant de motivations très individuelles chez les protagonistes: le désir de créer sa propre mythe en écrivant ses mémoires chez De Gaulle, le souvenir d'un maître d'école juif chez Hitler, la croyance dans les astres chez Hess, le besoin de prouver son courage aux yeux de sa copine chez Werther.

Avec Défaite Eclair, nous sommes parti pour une longue saga, une histoire complexe et riche en lignes narratives. A la fin de ce tome les protagonistes comme les antagonistes se sont multipliés et nous suivons avec intérêt les errements de Léontine, de Tortue et son oncle juif, du jeune pimpf allemand Werther qui espère empêcher la trahison de Hess, du Général de Gaulle, de Churchill (ou de son sosie) sans oublier les membres de la Patrouille qui de plus en plus s'éloignent de la ligne de conduite prescrite par Rainette.
 
 
 

L'humour noir cède de temps en temps la place au tragique.
Un moment émotionnel au milieu d'un monde chaotique et cruel.
 
 

 
"Aujourd'hui je sors de votre bureau, mais demain j'y entrerai, tête haute, dans l'Encyclopaedia Brittanica!"
Requiem pour un Pimpf
  
Les choses commencent à se préciser. Les Allemands ont enfin retrouvé le maître d'école juif dont la recherche était à l'origine du holocauste. Hess a pu contacter le remplaçant de Churchill, mais celui-ci se fait assassiner, ce qui oblige les Anglais à sortir le vrai Churchill de l'asile. Plus question de faire des compromis, la vrai bagarre peut commencer. De son côté, le Général De Gaulle va trouver les ressources pour réaliser le projet qui va définitivement confirmer sa propre gloire et celle de la France (ce qui revient au même).
Dans la Patrouille des Libellules rien ne va plus. Haridelle est amoureuse d'une mouche à merde, Génisse est enceinte d'un soldat noir. Rainette devient de plus en plus folle, au point de voir un prince enchanté dans une grenouille et de tomber amoureuse du jeune allemand Werther...au dériment du prince Eric, qui bizarrement apparaît ici sous sa forme physique. Quand elle sera trompée par celui qu'elle pense être son prince, sa vengeance sera terrible et elle prend de nouveau conscience de sa mission sacrée. "Au diable les princes charmants! La France attend que ses filles fassent leur devoir et elles le feront!"
 
"Mon petit doigt me dit qu'un putsch a lieu dans son petit coeur d'artichaut et qu'un général y a détrôné un prince..." dixit Punaise. Le général De Gaulle réussit là ou Rainette avait échoué: rétablir l'unanimité, l'esprit d'équipe, vaincre le défaitisme grâce à un projèt grandiose. Qu'importe si le projet est des plus loufoques, l'acte est symbolique. Hélas, la France libre nourrit une vipère en son sein et les libellules paieront leur prouesse de leur liberté. Survivront-elles à un détail de l'histoire?
Requiem pour un pimpf est un album plein de rebondissements tant sur le plan des événements que sur le plan émotif.  Les positions deviennent de plus en plus extrêmes, les dialogues plus vitriolés, les situations absolument cocasses. Mais c'est aussi un album ou la tension monte sans cesse,  déclenchant pas mal de moments forts, des confrontations très dramatiques. Le dessin même semble parfois ne plus savoir se contenir. Le graphisme, très osé et expressif a tendance à devenir excessif.  Le cocktail Yann-Hardy n'a jamais été aussi explosif qu'ici. On ne comprendra jamais les raisons qui ont pu mener à la décision d'arrêter une série qui n'a pas son égal dans l'histoire de la bd.
 Hardy à la manière de Tex Avery.
Remarquez le motif du pijama.

Un conflit mondial vécu au niveau des adolescents: la confrontation entre le jeune Allemand Werther, membre de l'Hitler-jugend, et Rainette, déchirés entre l'amour et la haine. Deux idéalistes mandatés de missions sacrées mais incompatibles.
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 
 
" Le plus étrange est que l'humour semble le véritable ciment de la réflexion sur l'Histoire de Yann. C'est quand il se laisse aller au gag, quand il s'autorise la plus grande liberté par rapport au fait historique, qu'il touche à une vérité et que l'histoire devient un propos et non une toile décorative."(Laurent Rullier, Les Cahiers de la BD)



UNE BD REVISIONNISTE?

En prenant à la lettre certains propos dans "Défaite éclair" et "Requiem pour un pimpf" on pourrait croire que Yann fait l'éloge de certaines idées révisionnistes. On a accusé Yann et Hardy de racisme. C'est vrai que les tronches des juifs vus par Hardy sont peu flatteuses. C'est vrai qu'il y a des blagues sur les camps de concentration, les abat-jour en peau de juif etc. Les noirs non plus ne sont pas épargnés. Ni les Français, Anglais, Allemands, Belges etc. 
"Je ne laisserai pas dépeupler la Grande-Bretagne de ses meilleurs éléments! Never!
- Mais sir...la communauté juive anglaise est peu nombreuse... et puis ça ferait tellement plaisir au Führer...
- What? Je parle de la communauté homosexuelle évidemment!"
Les réactions étaient prévisibles et il faut souligner le courage de Yann et Hardy qui ne se sont pas laissé influencer par la peur de censures et boycotts éventuels.
Il y a beaucoup de provocation voulue là-dedans. On sait depuis les hauts-de-pages dans Spirou que Yann ne respecte rien, qu'il a horreur qu'on lui lise la leçon et que ceux qui ne partagent pas sons sens de l'humour peuvent aller se faire f...
Bien évidemment, il faut voir ces allusions dans leur contexte. Il faut avoir lu et apprécié les albums pour comprendre qu'il ne faut en aucun cas prendre au sérieux les idéologies extremistes, ni chez les Allemands, ni chez les alliés. L'absurdité d'un fanatisme aveugle est illustrée par la scène où les détenus politiques communistes dénoncent une femme de leur baraque parce qu'elle est trotskiste.
Franchement...
 




Pourquoi la série s'est elle arrêtée au numéro trois?
Hardy: "Les ventes n'étaient plus suffisantes. L'éditeur n'y croyait plus, il aurait voulu que nous fassions autre chose. Il était prêt éventuellement par la suite à en reprendre un... Mais à partir du moment où l'éditeur n'y croit pas, cela ne vaut pas la peine de poursuivre. On avait un contrat de cinq albums chez Glénat, mais on a préféré arrêter."
(extrait d'une interview dans Auracan)


 LIENS
 

www.marchardy.com 

Biographie de Hardy
Le Fetiche des Marolles- site de Yann
La Saga du Prince Eric

contact: immensk acroll telenet.be

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