


Le début du Chien des Cisterciens fait
drôlement
penser aux premiers albums des Castors. Pourtant Yann déclare
qu'il
ne connaît pas vraiment cette série. C'est plausible.
Quand
on fait une histoire avec des scouts, on se retrouve vite avec les
mêmes
trames: une patrouille, surprise par le mauvais temps, s'égare
dans
les bois et tombe sur les ruïnes d'une abbaye (d' un chateau etc).
Des légendes courent à propos de ce monument: il serait
hanté,
un trésor s'y cache, une bête monstrueuse y habite... Les
villageois se méfient des étrangers, une bande locale de
voyous s'oppose à leurs principes de vertu et de discipline
etc.,
etc.
Rien
d'original
là-dedans, et l'excellente parodie qu'en fait Yann ne
suffit
pas à expliquer l'attrait de l'album. L'autre versant du
récit,
l'histoire des derniers descendants des Romanovs, n'est pas si original
non plus. C'est typiquement une de ces histoires romanesques pour des
jeunes
comme on en publiait à partir des années '30 dans la
série
"Signe de Piste", à laquelle Yann fait ouvertement
référence.
Bizarrement, les deux lignes narratives ne s'entrecroisent que
très
peu. Les deux conflits se situent à des niveaux
différents.
Au niveau local, anecdotique, la bagarre entre scouts catho
'cul-béni'
et les villageois, anticléricaux, opportunistes, platement
matérialistes,
débauchés, soi-disant communistes mais à genoux
devant
le Comité Central. A un niveau plus universel, le combat
entre
Russes blancs tzaristes, défendeurs d'un passé
révolu,
l'ancien régime, et le Guépeou russe, prônant un
futur
totalitaire. Les scoutes, complètement absorbées par leur
croisade pour une morale traditionnaliste, ne se réalisent
jamais
quel drame se déroule autour d'elles. Et pourtant, pour le
lecteur,
les deux niveaux ont la meme importance, et les querelles internes, la
rébellion d'une partie des Libellules sont traîtées
avec le même (manque de) sérieux que la partie de chasse
netre
russes blancs et rouges. Comme toujours chez Yann, il n'y a pas de
vainqueurs
et les deux idéologies sont vouées à
l'échec.
Le radicalisme missionnaire de Rainette mène aux mêmes
excès
que le zèle purgateur des collectivistes, elle se fait
d'ailleurs
traiter de "Stalinette en jupons".
Tout n'a pas été dit sur cet album qui grouille de
références
culturelles, littéraires et graphiques. C'est bien sûr
avant
tout un album extrêmement drôle. Et délicieusement
irrévérencieux.
"Créer
La Patrouille des Libellules était un besoin viscéral.
Besoin
de pureté dans ces pages étouffantes du journal (Circus),
emplies d'érotisme torrides et de groupes callypiges... Pourquoi
des filles? Et bien, il me semblait qu'il était plus
difficile,
et donc plus intéressant, d'être scout ET femme. Concilier
le sens de l'honneur et du devoir, et la féminité. Se
conduire
en soldat, et porter une jupette. D'autre part, c'est plus
commercial."
Le personnage de Lynx, fille qui se comporte comme un garçon
mais qui se découvre des sentiments plus ambigus au cours de
l'histoire,
répond bien à ce souci.

"Comme souvent lorsque je lance une nouvelle série, le tome
1 tient lieu de galop d'essai. Il permet de vérifier que le
concept
de départ est bon, de le modifier au besoin, et surtout de
tester
la collaboration avec un nouveau partenaire. Dès le tome 2,
Hardy
et moi avons conçu une stratégie à long terme.
Notre
intention est en effet d'aller jusqu'à la fin de la guerre, mais
d'en modifier l'issue. Nous ferons triompher Hitler grâce
à
des armes secrètes qui lui permettront de vaincre les Russes
comme
les américains. Hitler lui-même mourra rapidement (de
joie,
peut-être) et nous ferons de la politique-fiction en confiant le
destin du Reich à Von Braun et Rudolf Hess, qui entreprendront
derechef
la colonisation de l'espace." (Yann dans les Cahiers de la BD)
Le deuxième tome commence à un moment ou un ordre
établi
est abandonné et avant qu'un nouvel ordre est installé.
Tout
fout le camp, littéralement et moralement. Rainette devient la
proie
des soldats alliés, seule son insigne de scout la sauve de la
violation.
Le ton est donné. Rainette se voit déjà en vierge
sainte alors que le Sauveur est crucifié par Adolf Hitler et
Staline.
Le déclin des valeurs anciennes ne peut plus être
arrêté.
Tout le monde cherche à se débrouiller, à ne
pas trop souffrir de la situation. Seule Rainette est
inébranlable,
la pensée du Prince Eric la soutient dans ses moments de
faiblesse.
La vision de la guerre mondiale que nous donne Yann est certainement
peu orthodoxe et très loin des livres d'école. Cependant,
comme le remarque Laurent Rullier, il y a une véracité
dans
la description des événements et des dans la psychologie
des personnages. Yann cherche à expliquer les faits de
l'histoire
en partant de motivations très individuelles chez les
protagonistes:
le désir de créer sa propre mythe en écrivant ses
mémoires chez De Gaulle, le souvenir d'un maître
d'école
juif chez Hitler, la croyance dans les astres chez Hess, le besoin de
prouver
son courage aux yeux de sa copine chez Werther.
Avec
Défaite Eclair, nous sommes parti pour une longue saga, une
histoire
complexe et riche en lignes narratives. A la fin de ce tome les
protagonistes
comme les antagonistes se sont multipliés et nous suivons avec
intérêt
les errements de Léontine, de Tortue et son oncle juif, du jeune
pimpf allemand Werther qui espère empêcher la trahison de
Hess, du Général de Gaulle, de Churchill (ou de son
sosie)
sans oublier les membres de la Patrouille qui de plus en plus
s'éloignent
de la ligne de conduite prescrite par Rainette.



En prenant à la lettre certains propos dans "Défaite
éclair"
et "Requiem pour un pimpf" on pourrait croire que Yann fait
l'éloge
de certaines idées révisionnistes. On a accusé
Yann
et Hardy de racisme. C'est vrai que les tronches des juifs vus par
Hardy
sont peu flatteuses. C'est vrai qu'il y a des blagues sur les camps de
concentration, les abat-jour en peau de juif etc. Les noirs non plus ne
sont pas épargnés. Ni les Français, Anglais,
Allemands,
Belges etc.
"Je ne laisserai pas dépeupler la Grande-Bretagne de ses
meilleurs
éléments! Never!
- Mais sir...la communauté juive anglaise est peu nombreuse...
et puis ça ferait tellement plaisir au Führer...
- What? Je parle de la communauté homosexuelle
évidemment!"
Les réactions étaient prévisibles et il faut
souligner
le courage de Yann et Hardy qui ne se sont pas laissé influencer
par la peur de censures et boycotts éventuels.
Il y a beaucoup de provocation voulue là-dedans. On sait depuis
les hauts-de-pages dans Spirou que Yann ne respecte rien, qu'il a
horreur
qu'on lui lise la leçon et que ceux qui ne partagent pas sons
sens
de l'humour peuvent aller se faire f...
Bien évidemment, il faut voir ces allusions dans leur contexte.
Il faut avoir lu et apprécié les albums pour comprendre
qu'il
ne faut en aucun cas prendre au sérieux les idéologies
extremistes,
ni chez les Allemands, ni chez les alliés. L'absurdité
d'un
fanatisme aveugle est illustrée par la scène où
les
détenus politiques communistes dénoncent une femme de
leur
baraque parce qu'elle est trotskiste.
Franchement...
Biographie de Hardy
Le Fetiche des
Marolles-
site de Yann
La Saga du
Prince
Eric
contact: immensk acroll telenet.be