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LE CHRISTIANISME
UNE EGLISE DES HUMBLES A LA CONQUETE DU POUVOIR.
AVANT-PROPOS
Dans son livre "Le Christianisme va-t-il mourir ?" Jean Delumeau, professeur au Collège de France,
rapporte l'incident auquel fut confronté au l8e siècle l'abbé Dubois, curé d'Umegies. Sa paroisse dépendait de
l'abbaye de Saint-Amand qui, chaque année, percevait les dîmes traditionnelles : lors des moissons, huit gerbes
sur cent lui étaient réservées, alors que le curé en recevait une. En 1702 la convention régissant cette forme
d'impôt se termina, mais le prêtre continua d'exiger sa prébende, sans s'en référer à l'abbaye. Les villageois le
soupçonnèrent de vouloir imposer une nouvelle dîme et l'accablèrent de leurs sarcasmes. L'abbé Dubois n'avait pourtant
commis aucune indélicatesse : il exigeait tout simplement ce qu'il croyait être son dû. Il était le commis des structures
opprimantes du christianisme qui avait renié ses principes originels. En effet, ce système matérialiste avait été mis sur
pied petit à petit par l'Eglise catholique romaine du quatrième siècle.
Multipliant les faux pas, elle ne put se désolidariser des agissements politiques ambigus de son temps. Engagée à fond sur cette
voie de la puissance, l'Eglise des pauvres se distanciait de plus en plus de ses origines. L'histoire des premiers
siècles du christianisme est d'une grand complexité et ses péripéties sont innombrables.
Des documents fort anciens démontrent une certaine authenticité de notre reconstitution historique.
Le mode de pensée et la représentation du monde des Anciens ont bien entendu influencé leur époque.
La crédulité était grande, mais la pensée des intellectuels était tendue vers plus d'individualisme à l'instar
du stoïcisme et de l'épicurisme et vers la recherche de cultes initiatiques. Le scepticisme est propre à l'individualisme,
c'est-à-dire un genre de réalisme qui parfois dissimule l'impuissance et l'abandon.
Cet état d'esprit est courant. Des épitaphes du début de notre ère nous le rappellent :
Non fui, fui, non sum,non disedero (Je n'y étais pas, j'y étais, je n'y suis pas maintenant, ça me laisse indifférent.
ou encore :
Ne passe pas le long de ma tombe, voyageur, sans méditer, car
dans l'Hades, il n'y a ni bateau, ni passeur Charon, il n'y a pas non plus de portier Aeacus, pas plus que de chien Cerbère. Ici-bas
nous sommes cendres et ossements… et rien d'autre ! Je l'ai dit de vive voix.
Poursuis ton chemin voyageur, sinon tu me prendras,
même après ma mort, pour un incorrigible blagueur.
Les premiers chrétiens se recrutaient surtout parmi le peuple; par désespoir ils se détournaient de
l'Ordre établi et aspiraient à une existence meilleure, conforme à la pensée développée par l'eschatologie juive
traditionnelle. Nous allons voir comment une secte aussi insignifiante devint une puissance redoutable.
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CHAPITRE I : INTRODUCTION
Les premiers chrétiens : en général des personnes très simples.
Il est fréquemment suggéré que les premières communautés chrétiennes étaient exclusivement
constituées de membres de basse extraction. C'est, d'une manière générale, pure vérité et tout au long de cet exposé,
il en sera fréquemment question.Cette position traditionnelle ne fait pourtant plus l'unanimité chez les historiens
contemporains. Lorsque Paul écrit dans sa première épître aux Corinthiens (Cor.I,1,26) : 'Considérez, mes frères, que
parmi ceux d'entre vous qui ont été appelés à la foi, peu de sages l'ont été selon la mesure humaine, peu de puissants
aussi et peu de nobles'- il nous confirme dans nos dires. Mais cette lettre ne s'adresse bien entendu qu'aux Corinthiens.
Et s'il est vrai que le statut de multiples chrétiens de l'origine se situait généralement au bas de l'échelle sociale,
il faut relativiser le discours de l'apôtre Paul. Le christianisme paulinien n'étant pas une secte, il devint rapidement un culte.
D'après une récente enquête sociologique, c'est aussi dans les classes moyennes et supérieures que recrutent les zélateurs d'une religion naissante.
Et le christianisme des prémices ne fit rien d'autre : mais si son prosélytisme intéresse le bas peuple,
il attire aussi l'attention d'individus plus riches et plus instruits. Paul possédait une certaine culture,
mais il était lui-même un travailleur manuel et, tardivement, il dut gagner son pain à la sueur de son front.
Le prologue de l'Evangile de Jean témoigne d'une connaissance philosophique indubitable. Quelques premiers Juifs
convertis ne faisaient point partie de la lie de la société, mais ils craignaient Dieu et fréquentaient les synagogues.
En outre, les Evangiles nous apprennent que, tout au début, les disciples de Jésus pouvaient compter sur quelques sympathisants
des classes supérieures. Parmi les plus connus, on peut citer le conseiller Joseph d'Arimathée (qui gardait le secret sur ses
contacts), le notable Nicodème (1)
(il livra la myrrhe et l'aloès quand Jésus fut mis au tombeau), son fils Gorion,
un homme politique influent de Jérusalem (2) et Jeanne,
l'épouse de Chuzas, régisseur des biens d'Hérode Antipas, qu'elle aida grâce à ses dons
d'argent (selon Luc (8,3). Peut-être les premiers apôtres ne furent-ils pas aussi pauvres que l'on a l'habitude de penser.
En effet, dans son épître aux Romains (Rom.16,24), Paul salue un certain 'Eraste, administrateur des finances urbaines',
un concitoyen sans doute bien nanti! D'une lettre à Philémon, on peut conclure que celui-ci tenait au moins un domestique en
esclavage (Onésime, un évadé). Philémon, un converti de la première heure, n'était certes pas pauvre! Dans les 'Actes des Apötres' -
un instrument de propagande camouflé - il est question de la conversion à Thessalonique de 'Grecs craignant Dieu et de femmes
remarquables' (Actes, 17,4). (3)
Luc y dénomme Théophile 'Votre Seigneurie', car sans doute est-il un fonctionnaire porteur
d'un grade supérieur. Dans son épître aux Corinthiens (Cor.1, 11) Paul attribue plusieurs domestiques à Chloé.
Il est même possible que le proconsul Serge se lia d'amitié avec Paul et que sa fille Sergia Palla, ainsi que son petit-fils,
Caristanus Fronto devinrent des adeptes du 'Chemin'. Cette famille était très en vue à Antioche (notes de Wilson, 20, p.300 citant
Bruce, que confirment les 'Hearing of Recent Discoveries' de Ramsay).
Selon Marc, Jésus et ses apôtres ne semblent pas avoir vécu dans le dénuement, car ils étaient soutenus matériellement.
Le même Marc (1,20) rapporte que les fils de Zébédée, Jacob et Jean 'laissèrent leur père dans le bateau avec les journaliers '
quand Jésus les appela. Le père de ces premiers disciples possédait en effet deux embarcations et il occupait du personnel.
On sait aussi que ces disciples des premiers jours se réunirent après le décès du Maître dans des propriétés privées dont
les possesseurs étaient aussi leurs protecteurs. Sans doute ces riches étaient-ils déjà conquis par les idées nouvelles ou plus même,
apportaient-ils leurs collaboration au mouvement. Un cas au moins est connu: Lydia, une femme d'affaires (exception à cette époque)
de Philippas en Macédoine hébergea Paul et fut peut-être à l'origine des premières réunions familiales dans la diaspora.
Les 'repas pris en commun' par les premiers chrétiens laissent supposer que des dons importants les accompagnèrent et
leur provenance n'était sûrement pas due aux seules paroles de Jésus 'Vends tout et suis-moi'. Les convertis fortunés de
la première heure étaient certainement plus fréquents que ce que l'on croyait habituellement auparavant,
mais il ne faut pourtant pas exagérer leur nombre et de toute manière ils étaient très discrets sur l'importance de leurs biens.
On considère que jusqu'au début du IIIe siècle il y eut peu de dirigeants issus d'une classe supérieure. Des ouvrages patristiques
plus tardifs l'ont confirmé, mais on doit considérer ces écrits de manière critique et avec le recul historique requis.
Eusèbe écrit que la communauté chrétienne fit de substantiels progrès sous le règne de Commode (180-196) parce que la paix à
cette époque 'contribuait beaucoup à son expansion et encourageait des hommes fortunés et de haut rang à se convertir au christianisme,
tout en entraînant la famille, la domesticité, ainsi que leurs biens' . Origène abonde également dans ce sens.
Il signale que sous Alexandre Sévère (222-235) 'les riches aussi et beaucoup de citoyens investis de hautes fonctions,
de même que des femmes nobles vivant dans le luxe accueillaient le message chrétien '. Mais en guise de contradiction,
on pourrait soutenir que les riches de ce temps n'étaient pas légion ! Les chrétiens (4)
constituèrent une communauté assez modeste jusqu'au IIIe siècle (5) .
Rodney Stark fournit des éléments importants sur ce sujet (6) . Quoi qu'il en soit
cette minorité était surtout composée d'individus humbles (7) .
Le converti Tatien (170) tira un portrait saisissant des chrétiens 'il (le chrétien) repousse gloire et argent, il est pauvre en tout et sans prétention '.
Ces paroles de Tatien peuvent avoir aussi été celles des soi-disant évangélistes, mais rien n'est moins sûr.
Et en dépit de toutes les hypothèses, s'ils étaient humbles, ils savaient lire et écrire, ce qui n'était
pas du tout courant à cette époque parmi les plus pauvres. On peut difficilement les considérer comme les prototypes
de ce que nous appellerions des historiens consciencieux. Cette absence d'exactitude historique mena régulièrement à
des interprétations falsifiées. Les Evangiles mêmes n'en sont pas exempts (8)
(9) . Ces contrevérités sont pourtant
compréhensibles si on ne les considère que comme des narrations sans fondement historique véritable. Les citations
attribuées à Jésus (périkopes) s'appuient sur la tradition orale. De plus ces conteurs voulaient prouver que Jésus était
l'accomplissement des promesses faites aux Hébreux par Iahvé et le considéraient comme l'ultime sauveur de l'univers.
Enfin les Evangiles ont été rédigés plus tardivement par rapport aux événements racontés, car on estime qu'ils
auraient pu s'être produits des décennies auparavant. Ces écrits tardifs n'étaient pas destinés à informer
la postérité de ce qui s'était exactement passé. Pour cette raison peut-être, Papias d'Hiérapolis avait sa
méthode bien à lui pour reprendre dans son œuvre les éléments tels qu'ils s'étaient déroulés du temps de Jésus.
(10) (11) .
Les "Bonnes nouvelles" étaient avant tout des écrits édifiants appropriés à l'histoire sainte hébraïque.
Mathieu et Luc en sont un bon exemple. Dans ces relations se trouvent probablement des faits véridiques,
mais l'authenticité historique ne préoccupe pas trop leurs auteurs. Ne perdons surtout pas de vue qu'il sera toujours
très malaisé de commenter la vie de Jésus en se basant sur des normes actuelles, car vingt siècles nous
séparent de ces péripéties fabuleuses (12)
(15) .Tenter de situer et de repérer des paroles du Christ est d'une naïveté désolante.
R.L. Fox constate que 'les discours varient selon les Evangiles et leurs dates sont discordantes. Très souvent,
nous ne sommes pas confrontés avec ce que Jésus a dit ou voulu exprimer, mais bien avec ce qu'il signifiait pour
les auteurs ou pour leurs sources qu'ils acceptaient'.
La tradition pharisienne n'est pas tout à fait étrangère à la représentation de Jésus (13)
: formules lapidaires, paraboles, maximes et comparaisons forçaient l'assistance à prêter
l'oreille et ainsi mémoriser, ce qui était d'une importance primordiale dans une société où la tradition orale
était l'unique moyen de communiquer du peuple. Mais les documents d'époque peuvent parfois nous mener sur la voie
d'anecdotes réelles. Outre la description du déroulement de la vie quotidienne, ils commentent plus particulièrement
les faits et gestes des premières communautés chrétiennes. Les racines du christianisme des origines (Jésus et ses apôtres)
étaient juives et ses adhérents peuplaient la Palestine. De cosmopolitisme il n'était alors aucunement question!
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CHAPITRE II : SUR CERTAINS ASPECTS DU CHRISTIANISME NAISSANT.
1.CONTRE LES RICHES.
Pour comprendre son évolution, il est tout d'abord indispensable de faire la lumière sur certains
aspects propres au christianisme originel, que l'on situe un peu arbitrairement entre les années 35 et 120,
cette dernière date étant considérée comme l'aboutissement
de la mission apostolique. On l'a dit et répété : les premiers chrétiens étaient pauvres et plus précisément,
i1s constituaient le rebut de la société. Les Evangiles et écrits antiques chrétiens· se font une obligation
de mettre la pauvreté en exergue (et l'exploitation du paupérisme, par exemple) de manière à consolider
l'appartenance des adhérents et propager le recrutement. Les textes sont d'ailleurs révélateurs
(16)
(17).
Sans aucune ambiguïté, ils précisent le rejet des classes fortunées. Le riche est littéralement maudit
(18)
(19)
(20).
Même celui qui, moins bien nanti, vit pourtant dans une certaine aisance, ne peut attendre aucune bienveillance du mouvement
(21)
(22).
Quoique Jésus soit parfois dépeint comme un bon vivant (23),
les premiers auteurs chrétiens critiquent assez haineusement
et fanatiquement tout ce qui se rapporte aux richesses. Voilà bien une réaction humaine! Mais il faut le souligner,
la population de cette province tumultueuse était sans cesse prête à se soulever contre un occupant romain
(24) qui
l'exploitait avec violence et lui faisait subir les pires traitements : intrigues, concussions, corruption, arguties
juridiques de tous genres, impôts écrasants, etc. La richesse se trouvait alors entre les mains d'une minorité; le commerce,
surtout de luxe, était un gaspillage gigantesque qui en fin de compte, bénéficiait uniquement à certains privilégiés de Rome.
En ces temps fébriles où les traditions judéennes étaient de plus en plus menacées par la culture gréco-romaine
(25) et
l'influence grandissante de l'Orient - Saul de Tarse prit même le nom de Paul - l'occupant institutionnalisa impitoyablement
l'injustice tant dans les structures que dans la vie sociale (26).
Soutenus par leurs vassaux locaux, les rois Hérode et
leurs fidèles servants spirituels (les prêtres de la caste aristocratique saducéenne et plus spécifiquement 'hérodienne'
(27) ),
les Romains pouvaient donc s'affubler d'un masque de normalité voire de légalité. A l'opposé, les Zélotes s'adonnaient à la guérilla, tandis que
les Pharisiens (28),
plus proches du peuple (29) et plus pacifiques
étaient passés maîtres dans le recours à l'intrigue (30)
(31)
du moins selon les dires des auteurs des évangiles. Les Esséniens, pour leur part, étaient plutôt soumis, mais quand par hasard ils
se mutinaient, ils utilisaient une tactique propre à certaines sectes et ils se retiraient alors dans le désert ou dans un
lieu isolé, en vue d'édifier leur société idéale, dans l'attente d'un messie (32).
Ces divers courants doivent toutefois être relativisés. D.S.Russel fait remarquer à juste titre qu'il s'agissait
sans aucun doute de positions très influentes dans le cadre du judaïsme de l'époque. Mais si nous voulons
les ramener à leur exacte proportion, elles ne représentaient vraiment qu'une petite minorité en Palestine.
On a calculé que tous ensemble Pharisiens, Saduccéens et Esséniens ne constituaient que 30 à 35.000
personnes sur un total de 500 à 600.000 Juifs au début de notre ère. Les Pharisiens formaient vraisemblablement
5% de la population totale, tandis que les Saduccéens et les Esséniens n'étaient que 2% (D.S.Russel, Entre Malachie et Mathieu, p.43) .
La plupart des partisans du Nazaréen étaient principalement des citadins (de Jérusalem, surtout au début du mouvement)
(33).
C'est assez étonnant, car ils auraient normalement dû provenir du pays natal de Jésus, la Galilée, où il avait prêché.
Mais peut-être Jérusalem avait-elle d'autres atouts? En effet, dans cette ville se rassemblaient chaque année de nombreux pelerins,
ce qui permit aux premiers disciples du Christ de les approcher et de convertir certains d'entre eux.
Mais plus tard des problèmes se posèrent attendu que des groupes juifs non palestiniens acquis au
Message de Jésus se montrèrent récalcitrants à l'égard du Temple alors que Jacques lui était encore favorable
(extrait libre, selon Trocmé, 39). Le choix de Sion se justifie aussi parce que les premiers disciples du
Messie étaient convaincus de l'accomplissement de la parousie à Jérusalem. Ils étaient les représentants
d'un courant modeste et peu significatif et se manifestaient parallèlement à d'autres organisations
- parfois apocalyptiques - dont les diverses croyances évoluaient dans l'espace multidimensionnel religieux
juif de l'époque. (34)
(35). C'est dans cette ambiance turbulente que le nouveau groupement 'chrétien'
s'éleva contre le colonialisme impitoyable et, en général, contre tous les potentats. Il agissait
par nécessité, mais vu sa faiblesse, il restait dans la légalité. Et déjà même on pouvait constater des
divergences au sein de ce groupuscule. Dès l'origine, un rassemblement marginal se serait formé en Palestine
sous l'égide de l'apôtre Jean, et se serait dénommé 'Cercle Johannique', sans toutefois avoir jamais eu
l'intention de rompre avec l'Eglise de ce temps. Ces derniers courants partageaient une vision identique
globale, soit le récit des souffrances exposées dans le quatrième Evangile qui ressemblait fortement aux
trois précédents et dont la personne de Jésus était montée en épingle (Trocmé) . Dès la première heure,
Philippe s'était installé à Césarée, mais concernant le recrutement, il ne se conformait pas aux directives
de l' 'Eglise-mère' dirigée à Jérusalem par Jacques et Pierre (voir Actes 8,4-14). Marc non plus n'était pas
très indulgent à son égard, car il ne voit pas les premiers dirigeants de l'Eglise à Jérusalem sous un jour
très favorable (Marc 8,32-33; 10,35-40). De plus, il n'hésite pas à rappeler à l'ordre la famille de
Jésus-(dans laquelle il inclut Jacques) (36),
(Marc.6, 1-6) ce qui laisse soupçonner ses mauvais rapports avec ce dernier.
2. Communauté de biens.
Il nous faut encore le répéter: la grande majorité des premiers chrétiens était nécessiteuse.
Ces adeptes vivaient pour la plupart en marge de la société et ils étaient rejetés par leurs compatriotes
à cause de leur origine, de leurs occupations et de leur mode de vie. Il est même probable que Jésus
lui-même appartenait à cette collectivité (37).
Les petits artisans n'étaient guère considérés et leur
classe sociale se situait certainement sous celle des paysans. Mais les avis sont partagés à ce sujet
et l'opinion relative à l'artisanat doit être nuancée. Les apprentis tanneurs par exemple se trouvaient
au bas de l'échelle (et à l'heure actuelle en Orient. leur position semble avoir peu évolué),
tandis que d'autres artisans pouvaient compter sur plus de respect. C'est ainsi que Jacques Duquesne,
dans son livre 'Jésus' pense que le père de celui-ci faisait partie des notables de la petite ville
de Nazareth, car le travail manuel était sanctifié par les Juifs
(38) . Quand Jésus prêchait,
on pouvait déjà constater que, parmi ses acolytes, se dessinait une tendance à communautariser les biens, sans aucun
doute une mesure de facilité et d'efficacité. Et Judas tenait la bourse commune (39).
Il en consacrait le contenu aux dépenses de première nécessité et s'il y avait un excédent,
il le partageait entre les pauvres. La sécurité sociale était une denrée rare qui consistait
plutôt en une forme de charité. Les disciples mangeaient avec le maître et cet usage devint plus
tard une tradition. Les repas pris en commun (une coutume méditerranéenne?) et le soutien réciproque
des membres (40)
(41) , formaient en tous cas un lien puissant qui unissait les réunions de la communauté
chrétienne initiale et donnait ainsi naissance à une espèce de solidarité.
Partager la nourriture est le geste qui généralement constitue le prélude d'une communauté.
Distribuer au pauvre les moyens de consommation les plus essentiels aboutit à une relation complexe
d'échanges mutuels. Très tôt naquit le besoin de puiser dans des richesses personnelles mises à
la disposition de la collectivité, afin d'adoucir la misère de disciples moins bien lotis (42).
A l'origine du mouvement il ne s'agissait que de vivres. Il eut été alors bien malaisé de distribuer
d'autres biens. Acquérir de l'immobilier en commun par exemple , aurait attiré l'attention de
l'autorité au service d'empereurs méfiants interdisant toute association, selon eux, de mauvais aloi
(43).
Cohabiter, soit à la campagne, soit dans une habitation particulière était totalement exclu. Prendre
même part à des repas en commun n'était pas complètement inoffensif, car l'occupant romain pouvait y
trouver l'indice d'une conspiration. En conséquence, ces agapes avaient lieu dans des endroits discrets.
Elles se limitaient aux citadins (colporteurs, mendiants, apprentis tanneurs - des impurs -, journaliers, estropiés),
ce qui laisse supposer la grande médiocrité de ces collations. Et parmi les convives s'attablaient sans
doute des hommes peu honorables, tels les parasites et les profiteurs. Les esclaves formaient une classe
particulière car, en principe, ils étaient nourris par leurs maîtres. Mais il y eut très peu d'esclaves
qui se joignirent aux premiers chrétiens. Ceux-ci ne leur étaient pas opposés, mais des nuances s'imposent:
un esclave, même au sein de cette nouvelle communauté, ne prenait une signification véritable que lorsqu'il
avait retrouvé la liberté (soit après affranchissement, soit par rachat). Le christianisme primitif a
maintenu l'esclavage par respect pour l'appareil étatique, mais il mit tout en œuvre pour améliorer le
sort des esclaves (Chadwick, 59). L'épître de Paul aux Corinthiens en parle d'abondance
(44)(45).
L'éthique des chrétiens se situait d'abord dans l'intériorité, c'est-à-dire qu'ils s'interrogeaient surtout sur
la façon de se comporter entre eux. La communauté comptait peu de paysans, étant donné qu'elle s'était développée
en milieu urbain et que les campagnards ne connaissaient habituellement pas la faim. Mais restons prudents
et relativisons, car la disette s'était installée petit à petit dans certaines régions agricoles de Judée
(46).
Duquesne remarque à ce sujet que les petits paysans possédaient des biens dont ils avaient hérités, mais ils
travaillaient en tant qu'ouvriers agricoles, comme les esclaves (peu nombreux cependant et surtout étrangers)
sur de vastes propriétés terriennes. Quand ils pouvaient trouver du travail! L'exposé que Mathieu consacre à ce
thème "les travailleurs de la onzième heure" (47),
laisse présumer que le chômage régnait à la campagne.
Mais il est nécessaire de chercher ailleurs si l'on veut savoir pourquoi il y avait aussi peu d'adeptes
ruraux au début de l'ère chrétienne (48).
Revenons à l'importance significative des repas pris en commun.
S'asseoir ensemble à table (et vraisemblablement ne pas payer) insufflait à l'individu une impression d égalité.
Par ailleurs, selon les Evangiles, ces réunions se déroulaient dans une ambiance des plus cordiale,
tout en obligeant les participants à une certaine réciprocité sociale et à une discipline de groupe.
C'est ainsi que, dès l'origine, se dessina une tendance exigeant de chaque membre de la communauté qu'il
vendit une part importante de ses biens, afin de pouvoir tenir l'argent récolté à la disposition des misérables
(de leur propre association bien entendu). Les explications des évangélistes sont très claires
à ce sujet (49)
(50). La générosité optimale entre les frères et les soeurs de la collectivité était
en principe spontanée, mais gare à ceux qui manquaient de générosité et tentaient de dissimuler certains avoirs!
Tel fut le cas pour Ananias et Saffira: ils durent payer leur tromperie de leur propre vie, s'il faut en croire le récit qui leur est consacré
(51) .
3. Le débat entre les 'Juifs Chrétiens' et les 'Gentils' convertis.
Les disciples de Jésus semblent avoir récolté rapidement et fructueusement le fruit de leur 'bonne parole'
dans les murs (52) mais aussi hors de
Jérusalem (53). Les Actes l'affirment avec force. Dans le courant de la première
année (Bennet Peter, 136) les communautés se multiplièrent de plus en plus vite : les araméennes à Jérusalem,
dans toute la Judée et en Galilée; celles où le grec était la langue véhiculaire en Césarée, à Ptolémaïs, Tyr, Sidon,
Antioche et il y en avait aussi vraisemblablement en Samarie (Actes 9, 31). Malgré les déplacements
de populations entre Jérusalem et les régions du Levantin occupées par les Romains, aucun autre culte
ne réussit à se développer dans l'empire aussi promptement que le christianisme (54).
La plupart des tout premiers chrétiens furent des Juifs pieux (55)
qui observaient strictement les règles de la loi judaïque. La petite communauté de Jérusalem ne prit donc pas ses distances à l'égard de la Thora
(56), mais semble,
au contraire, en avoir suivi les préceptes à la lettre (57).
En ce temps Jérusalem était le foyer de la foi
juive et de nombreux israélites y accomplissaient leurs devoirs religieux; ils se rendaient également au Temple
de Sion au moins une fois par an. Et si la Galilée était la région la plus hellénisée, les croyances de ses habitants
étaient tout autres. Mais il était des Juifs, surtout à Jérusalem, qui dans leur vie quotidienne avaient adopté
la façon de vivre païenne grecque. Il faut pourtant souligner que déjà, selon la tradition, plus de deux siècles
auparavant septante-deux Juifs ( Septuagésime) avaient traduit dans un grec clair et vivant l'Ancien Testament
hébreu plutôt nébuleux et confus, contribuant ainsi à assouplir la culture hébraïque notamment chez les
Juifs de la diaspora, c'est-à-dire à Antioche, Corinthe, Damas, Ephèse, Edesse et autres lieux, mais surtout
à Alexandrie où beaucoup d'Hébreux étaient installés et y vivaient dans l'opulence. Cette cité était renommée
de près et de loin à cause de sa culture juive florissante. En Palestine les Juifs pouvaient être entre 600.000
et 2.500.000 et on les estime à plus de 4.000.000 pour l'ensemble de la diaspora. Ces derniers étaient très 'libéraux'
car ils composaient tantôt avec leur propre culture tantôt avec celle des Hellènes. Le philosophe juif Philon d'Alexandrie
(30 av.J.C-32 apr.J.C.) en était pleinement conscient et il avait tenté de réinterpréter le judaïsme en fonction
de la sagesse hellénique. A la façon des Grecs 'modernes' qui donnaient un sens allégorique à leur mythologie
et l'adaptaient aux tout nouveaux concepts philosophiques, Philon suivit ce chemin afin de rendre la Thora
plus accessible et suggéra, par exemple, que les desseins de Moïse étaient beaucoup plus étendus que ceux décrits
dans le livre sacré. Philon anticipa, sans le savoir, sur les enseignements tardifs de l'apôtre Paul. L'Alexandrin
souligne que seul les forces émanant de Dieu expliquent le mystère divin. Il dénomma Logos la première émanation,
soit la volonté de Dieu communiquée aux humains par la parole. Du Logos lui-même procèdent d'autre multiples
émanations surnommées 'anges', messagers éthérés ondoyant entre le divin et le terrestre. Nous sommes ici en
pleine concordance avec le mysticisme juif et le gnosticisme chrétien qui suivra (Slavenburg, VE, p.27).
La situation des Hébreux de la diaspora était ambiguë à maint égard : beaucoup d'entre eux continuaient
d'honorer Jahve, priaient dans les synagogues, mais étaient réticents vis-à-vis de certaines prescriptions
telles que la circoncision, le repos sabbatique, la visite obligatoire au Temple, les règles alimentaires,
etc. Leur vie quotidienne n'était donc en rien facilitée; et certainement pas ' à l'étranger'. Mais d'autres
avaient carrément renié la foi de leurs ancêtres sans avoir opté pour une religion de substitut, étant donné
qu'ils n'en éprouvaient pas le besoin, mais tout en restant ouverts aux nouveaux courants d'opinions. Parmi
eux les premiers prosélytes chrétiens ont sans doute enregistré leurs succès initiaux. A l'heure actuelle,
ce procédé est toujours d'actualité ! (58).
Mais le christianisme paulinien était également un heureux
compromis chez les croyants 'modérés' de la communauté juive hellénistique, où l'on pressentait déjà la
rupture avec une certaine tradition, car il représentait une continuité et, plus encore, le nouvel enseignement
lui procurait une échappatoire sans avoir à renier son identité culturelle propre : Jésus était Juif et le
Nouveau Testament n'était que le parachèvement, le couronnement de l'Ancien. D'après les Actes, Paul paraît
avoir eu ses premiers succès chez ceux qu'on appelait 'Dévots'. Le récit de Lydie est un exemple significatif
(Actes,16,12-13). Les 'adorateurs de Dieu' étaient des gentils très attirés par l'hébraïsme, mais ils ne
s'étaient pas totalement convertis. S'ils interprétaient la Thora à leur façon et suivaient les offices
à la Synagogue, ils ne se laissaient point baptiser ni ne se soumettaient au rituel des injonctions
sévères de la loi juive institutionnalisées par des rédacteurs stricts et méthodiques. A l'époque de Néron
par exemple, le judaïsme s'était répandu comme une rage, parce que de nombreux non-Juifs se sentaient
attirés par un monothéisme d'accès aisé. Poppée, l'épouse de Néron, appartint vraisemblablement au groupe
des 'dévots' (Wilson,13). Lors des guerres juives à la fin du Ier siècle, les empereurs Flaviens
décrétèrent l'illégalité de la circoncision chez les non-Juifs tout en considérant cette action comme criminelle
(Wilson, 125). Mais la force d'attraction du judaïsme reste grande. Dans la diaspora , les synagogues se réjouissaient
de ce phénomène et accueillaient avec emphase Juifs hellénisés et autres sympathisants (en contradiction avec
les écrits des scribes experts de Jérusalem!). Ces visiteurs pieux n'étaient pas toujours des gens du peuple :
Lydie, une non-Juive, exploitait un commerce de pourpres qui lui assurait de plantureux revenus. Elle doit
sans doute avoir été une femme assez indépendante, car elle mit sa demeure de Philippes à la disposition de
la communauté, après avoir reçu, ainsi que sa domesticité, le baptême des mains de Paul en personne.
Il existait certes des hommes 'dévots', mais la foi nouvelle rencontrait plus de succès chez la gent féminine.
On admet de plus en plus le récit du penchant prononcé d'épouses de païens à l'égard de la religion des Hébreux.
Flavius Josèphe dépeint ce phénomène dans sa 'Guerre juive' (59).
Des disparités dans l'orthodoxie du mode de
vie des chrétiens d'origine juive de Jérusalem allaient bientôt se manifester. D'une part se tenait le groupe
israélite local dirigé par Jacob (le Juste), frère de Jésus, qui respectait minutieusement la loi mosaïque;
d'autre part on trouvait les chrétiens hellénisants (60)
sous l'autorité de Stéphane, beau parleur mais irascible.
Ce qui finalement lui valut de perdre la vie après avoir été confronté avec le Grand Sanhédrin
(61).
Des discussions virulentes étaient monnaie courante entre les deux groupements, mais après la mort de Stéphane
et aussi à cause de la surexcitation manifeste et de l'ambiance haineuse qui régnaient à Jérusalem, des
chrétiens juifs hellénisés quittèrent la ville vers l'an 38. On pense même que certains d'entre eux étaient
(ou avaient été) membres d'un culte initiatique, ce que pourrait expliquer une infiltration précoce du
gnosticisme dans les milieux chrétiens. Cette interprétation se justifierait par l'opposition de Paul à
d'éventuelles opinions remontant au 'christianisme gnostique des premiers jours' (I,Cor.14 et surtout I
Tim.1,3-4, peut-être encore Ef.5,11-14) qui tentaient de se faufiler dans 'ses' communautés. Certains de
ces premiers chrétiens hellénisants s'installèrent malgré tout à Antioche. Là ils réussirent à convertir
les personnes, qui comme eux, avaient adopté la culture grecque.
Ils annoncèrent le christianisme en se servant de l'hellénisme (abandonnant ainsi la tradition juive)
(62),
tout simplement parce qu'ils se sentaient eux-mêmes Grecs par des aspects variés : et ce fut la clé de leur succès.
La conduite assez hardie (non juive) de ces chrétiens antiochéens fit souvent froncer les sourcils de l'Eglise-mère
de Jérusalem, car la nouvelle communauté d'Antioche se lançait sur des chemins de plus en plus téméraires.
Une délégation conduite par Barnabé fut envoyée dans cette ville. Immédiatement convaincu de la droiture des
chrétiens antiochéens, Barnabé décide de s'y installer et de soutenir la communauté tout en faisant appel
pour l'aider à un Juif à peine converti originaire de Tarse en Cilicie. Antioche était une grande ville
cosmopolite où l'Evangile se répandait en dehors de la synagogue. Des prédicateurs de Chypre et de Cyrénaïque
le révélaient aux Grecs et Juifs païens. Plusieurs prêcheurs hellénistiques sont bien connus : Simon Niger,
Lucien de Cyrénaïque ainsi que Manaën, ami de jeunesse d'Hérode Antipas... En résumé, l'Eglise d'Antioche
se composait partiellement d'hellénistes qui étaient venus s'installer dans cette cité et elle avait adopté
des règles étrangères à celles de l'Eglise-mère de Jérusalem. Cette communauté s'était constituée sous
la pression d'un environnement complexe activé par une ville cosmopolite (traduction libre d'après Trocmé).
Mais Jérusalem n'a pas dit son dernier mot. Les libertés prises par les Antiochéens devaient être bridées
coûte que coûte. La ville sainte envoie un signal très net : quiconque est infidèle à la Loi relative à
la circoncision et aux autres obligations qui lui incombent, ne peut croire fructueusement au Christ et
n'a aucune chance de salut ! On essaie tout d'abord d'arriver à un compromis, mais aucune des deux parties
ne veut s'incliner. Finalement on décide de soumettre le litige au jugement des apôtres et des anciens à
Jérusalem. Une première assemblée (synode ou premier concile ?) se réunit vers 48-49. Après d'ardues
discussions, Jacques réconcilie les parties à la surprise générale
(63). (Dans les épîtres de Paul, il ne
sera jamais question de compromis ou d'un quelconque accord )
(64). Le respect de la loi de Moïse n'est
plus indispensable au salut des gentils convertis au christianisme (sic). Jésus (ou Paul peut-être) n'avait-il
pas affirmé que le rideau du Temple (séparant les juifs des gentils) se déchirerait pour qu'au regard de Dieu,
il n'y ait plus aucune barrière entre les peuples (Wilson,I). C'est à ce moment que le christianisme primitif
se dégage de son carcan ethnique juif et se tourne résolument vers l'hellénisme. Paul, le révisionniste
(65)
(66),
en fera largement usage quand il recevra la mission de propager la 'Parole' parmi les (vrais) païens. D'après
lui Jésus avait remplacé l'Ancienne alliance par la Nouvelle. Il était le Messie annoncé. En vérité, sa mort et
sa résurrection avaient introduit une phase inédite dans l'instruction de la rédemption, car il incarnait
la Nouvelle alliance. Et plus encore, sa Venue était immanente. Ce retour du Christ fut attendu à l'unanimité
et solidairement par la première communauté chrétienne. Circoncision, prescriptions alimentaires et autres
interdictions étaient surannées. Par son non conformisme, Paul s'opposera souvent aux Juifs orthodoxes à l'occasion
de ses pérégrinations. De même, l'assise du christianisme ne se situerait plus à l'endroit (Jérusalem)
imaginé par Jacob le Tsaddik(le Juste)(67).
Mais à l'occasion de la première réunion dans cette ville,
on discuta finances: Paul et ses collaborateurs s'engagèrent à verser l'argent qu'ils récolteraient au
cours de leurs voyages aux pauvres de Jérusalem (ce que l'apôtre fit vers 57 quand il y revint avec des
fonds offerts par des chrétiens fortunés de Macédoine et d'Achaïe). Comment Paul allait-il procéder ? Etant
donné sa personnalité et sa disposition d'esprit, ce furent sans aucun doute les Juifs hellénisés qui jouirent
en premier lieu de ses bienfaits. Ces Hébreux étaient en effet attirés par le nouvel enseignement qui, dans une
certaine mesure, venait compléter leur culture
originelle. Et Paul, le Juif, pouvait ainsi s'introduire plus facilement chez ses compatriotes de la diaspora.
Ils étaient innombrables ! Certains auteurs contemporains sont prolixes quand ils traitent cette matière. Il
est généralement admis que les Juifs eurent tôt fait de rejetter le message chrétien, mais Rodney Stark pense
au contraire qu'ils propagèrent le christianisme jusque la moitié du deuxième siècle
(68). Suétone mentionne incidemment
qu'à Rome vers l'an 50, des Israélites se querellèrent entre eux 'sur l'instigation d'un certain Christos ',
ce qui pouvait laisser supposer que les conceptions des Hébreux et des chrétiens n'étaient pas tellement
différentes. A la suite de ces altercations, l'empereur Claude prit une mesure de banissement contre les Juifs
qui furent chassés de Rome. Mais qu'advint-il des chrétiens ? Il est bon de souligner que l'expansion
de la nouvelle religion s'accéléra à cette époque, là où les Juifs de la diaspora étaient particulièrement
bien représentés. Mais c'est en Judée que la compétition entre les deux groupes s'avéra la plus puissante.
Vers la fin du deuxième siècle, peu après la chute de Jérusalem, les rabbins fulminaient dans leurs synagogues
et incluaient dans les dix-huit prières et louanges quotidiennes l'anathème suivant (une 'malédiction' mais,
en fait, par euphémisme, une 'bénédiction') : "puissent les Nazaréens et les païens être immédiatement anéantis
et disparaître du livre de la Vie". Cette antipathie profonde des rabbins vis-à-vis des disciples de Jésus fut encore
renforcée par leurs reproches à l'égard des Juifs chrétiens pour avoir fui pendant le siège de Jérusalem, et avant sa
chute, s'être réfugiés à Pella au lieu d'être restés pour aider à défendre la sainte Sion et son Temple. La rupture
définitive entre les deux mouvements se situe après la dernière révolte juive contre Rome, menée de 132 à 135 par Ben
Kocheba, condidéré par beaucoup comme le Messie attendu de longue date et faisant de ce soulèvement une insurrection
purement messianique. Considérant que Jésus- Christ était le véritable Messie, les Juifs chrétiens s'abstinrent et
refusèrent de verser le sang. Qualifiés de traîtres et de peu fiables, ils s'attirèrent à nouveau les foudres de leurs
adversaires. Celte n'estimait pas les Hébreux, mais il les respectait, car 'ils continuaient de professer la foi de
leurs ancêtres, alors que les chrétiens n'avaient aucun précédent religieux traditionnel et n'accordaient aucune
attention à la religion juive, tout en soulignant que leur morale religieuse avait ses racines dans la tradition
hébraïque'. Le résultat de fouilles archéologiques permet de conclure qu'au moins dans un cas , le lieu de réunion
des chrétiens était proche de la synagogue, et plus précisément à Capharnaüm où ces deux emplacements se situaient
l'un en face de l'autre, dans la même rue, et ce jusqu'au septième siècle. C'est du moins ce qu' affirment les archéologues.
Revenez à l'index.
CHAPITRE III :LA METAMORPHOSE SILENCIEUSE DE LA COMMUNAUTE CHRETIENNE PRIMITIVE.
1.LA MISE EN COIMMUN DES BIENS NE POUVAIT SE POURSUIVRE.
Nous avons déjà dit qu'une communauté de biens restreinte était l'une des caractéristiques
du groupement chrétien originel. Chaque membre devait donc vraisemblablement vendre toutes (ou presque)
ses possessions dans le but d'en partager le profit avec ses frères et soeurs (certains spécialistes y
dénotent une très nette influence essénienne) (69).
Pour maintes raisons cette expérience ne pouvait
évidemment se prolonger dans le temps.En premier lieu, il faudrait supposer qu'au moins la moitié de la
population de l'époque serait restée incroyante, car autrement, il n'y aurait eu personne à qui les
chrétiens auraient pu acheter les marchandises dont ils avaient besoin. D'autre part, une classe
productrice de biens devait nécessairement subsister. En second lieu, les croyants propriétaires
n'étaient guère nombreux à cette époque. Il n'y avait donc pas tellement de choses à partager et
sûrement pas si l'on continuait à exclure riches et même propriétaires modestes. On peut en trouver
le motif principal bien camouflé dans la perspective eschatologique des premiers disciples de Jésus.
Pour les esséniens aussi la fin des temps représentait la perspective d'un nouvel ordre imminent.
Jean le Baptiste menaçait les gens d'anéantissement s'ils ne se convertissaient pas avant l'arrivée
du nouvel avènement (Sanders, Jésus) (Mt.3,7-10 et Luc,3,7-9). Le Royaume des Cieux n'était-il pas proche
(70) ?
Jésus ne leur avait-il pas annoncé la venue du Royaume de Dieu, si ce n'était de leur vivant, sûrement
peu après leur trépas (71)
(72)
(73) ? La mise en commun des biens et la solidarité que les chrétiens
manifestaient entre eux étaient surtout une mesure temporaire dans l'attente de la parousie ou de
la seconde arrivée du Fils de l'homme (74) .
Le premier siècle de la communauté chrétienne se caractérise
par une attente fébrile d' une 'très rapide réapparition du Seigneur' (75).
Même Joseph d'Arimathée vécut en espérant le royaume futur (Mc.15,43) (76)
(77) .
2. L'ACCROISSEMENT DES CHRETIENS.
Les premières communautés chrétiennes ne se perdaient pas de vue et
entretenaient des contacts suivis. Les informations que l'on possède à leur sujet sont
assez rares, mais il semblerait que, tout au début de leur existence, il n'y eut pas de
véritable divulgation ordonnée du message chrétien. Les disciples initiaux de Jésus étaient
des prêcheurs itinérants et sans doute sans aucune profession, qui cheminaient d'un lieu à
l'autre en tentant de convertir ou en instruisant et encourageant les chrétiens de fraîche
date qu'ils rencontraient. Etant donné que ces disciples issus du peuple avaient perdu
leur source de revenus habituels en quittant la Galilée, on peut supposer que les membres de
leurs familles les avaient accompagnés. Paul confirme indirectement ce fait dans son épître
aux Corinthiens (Cor.9,3-6) - et qu'ils étaient tous aidés matériellement par les personnes
qu'ils avaient convaincues et autres sympathisants. De plus, c'était un grand honneur de pouvoir
recevoir et soutenir un proche du Seigneur, car il ne devait subir aucune privation.Tel était
le cas du mouvement dès l'origine, mais lorsque la bonne nouvelle dut être annoncée bien en-dehors
des frontières de la Palestine, de nouveaux missionnaires oeuvrèrent sans relâche à l'édification
de groupements chrétiens.Quand ils entreprennent leurs longues randonnées et parcourent les pays
à l'est de la Méditerranée, ils trouvent un énorme soutien parmi des groupes très fermes dans leur
croyance (et certainement convertis dès les prémices du christianisme) et se sentent mieux soutenus
que lors de leurs contacts avec des milieux plus proches de Jésus-Christ qui ne pouvaient compter
que sur eux-mêmes. Mais cette situation exista-t-elle réellement (78) ? Les missionnaires
(des deux sexes) n'étaient pas continuellement en route et l'on sait qu'ils étaient parfois
les hôtes temporaires des communautés visitées. Ces hébergements facilitaient sans doute l'accompagnement
des épouses des missionnaires accompagnées de leur progéniture au cours de ces pérégrinations.
" A côté des prédicateurs ambulants de l'ancien type et des envoyés du nouveau genre, on peut aussi
distinguer dans cette deuxième catégorie une troisième espèce de missionnaires, tels que Prisca et
Aquila, restant sur place pour coopérer à la formation d'une communauté en fondant un groupe local.
Vers le milieu du premier siècle, la vie des chrétiens s'édifie ainsi dans la variété et procure à
des personnes diverses d'origine de statut et de sexe, la possibilité de vivre leur conviction en
concordance avec leur dignité propre et leur capacité. Le rôle des femmes dans ces diverses activités
ne peut être nullement contesté "(traduction libre d'après S.Heine). Les communautés initiales semblent
avoir surtout vécu en autarcie, ce que confirment des auteurs différents (79)
(80). Ces chrétiens auraient
été en quelque sorte élitaires (81) et on les aurait soupçonnés de recourir à des pratiques
inhabituelles (82)
combattues ultérieurement par Origène (83). Tacite avait signalé auparavant que les
chrétiens n'étaient pas du tout estimés par les habitants de Rome. Il leur reprochait lui-même leur
'haine du sexe humain'. D'autres adversaires se moquaient d'eux et les surnommaient 'le troisième sexe',
parce qu'ils n'étaient pas juifs et encore moins païens. Certains auteurs vont encore plus loin et soutiennent
qu'immédiatement après l'époque apostolique, les chrétiens mirent peu de zèle à convertir les gentils.
Ces propos ne reflètent pas la réalité, car la foi nouvelle se répandit sans discontinuer, ce qui ne signifie
pourtant pas que les individus approchés et montrant un semblant d'intérêt se convertirent tous ou moururent
chrétiennement. Les échecs côtoyèrent les réussites. Des moments plus ou moins longs furent aussi vraisemblablement
consacrés à la consolidation des collectivités récemment créées. Mais il ne faut surtout pas ignorer les persécutions
et les méchancetés qui en maints endroits accablèrent les chrétiens. Des non croyants poussés par la curiosité
et se muant en espions et dénonciateurs peuvent avoir été chassés des cérémonies et, par vengeance, avoir provoqué ces mauvais traitements.
(84).
Les rites de l'époque n'étaient pas particulièrement attrayants sauf pour le peuple primitif ou à peine éduqué.
Rappelons-nous que des chrétiens s'assemblèrent dans des endroits privés, car des temples n'avaient
pas encore été bâtis. Chaque individu, homme ou femme, pouvait en principe prêcher s'il avait le don
d'éloquence , mais l'intellect des orateurs était modeste, leur langage n'était pas châtié et leurs
sermons révélaient la naïveté des croyances populaires. L'assistance comprenait ces paraboles simples
et elles étaient appropriées à l'ingénuité des sujets pieux (85).
Mais cette manière ô combien paradoxale amenait justement des païens à la conversion
(86) , car la langue employée était sincère, spontanée et
venait droit du coeur. De plus les chrétiens présentaient un monothéisme simple et par conséquent
attirant, opposé la plupart du temps au labyrinthe du polythéisme toujours à l'honneur, mais qui
psychologiquement (et d'un point de vue thérapeutique) ne donnait plus entière satisfaction et
commençait à montrer des signes de disfonctionnement (87),
et surtout quand des épidémies ravagèrent l'empire. En 165, sous le règne de Marc Aurèle, une maladie très contagieuse
(certainement la petite vérole) extermina, selon les estimations, 10 %(d'après Litman) et même entre 25 et 30% (d'après Mac Neill) de l'ensemble
de la population. Un siècle plus tard, cette situation se reproduisit et les témoignages furent
plus nombreux. En 251 Cyprien écrivit que 'beaucoup d'entre nous mouraient ... Les justes et les
injustes rendaient l'âme...' Suivant certains décomptes de un à deux tiers des Alexandrins auraient
péri. Cette maladie s'était transmise à la vitesse de l'éclair et avait fauché autant de gens à la
campagne que dans les villes. Des contrées entières furent décimées et restèrent longtemps
improductives. La réaction à une telle malédiction fut à multiples facettes - " Pourquoi cette
calamité doit-elle survenir ?" fut sans doute la réaction de beaucoup. Les philosophes en ignoraient
la raison. "Pourquoi mes frères et soeurs ont-ils été atteints dans leur chair, alors que j'ai
été épargné ? Fallait-il que mes enfants meurent? Quel était donc le dessein des dieux ?". Vu les
circonstances, ces pensées étaient des plus pertinentes. Les divinités païennes restaient muettes et
nonobstant les suppliques qui leur étaient adressées, la maladie redoublait de vigueur. Les prêtres
étaient impuissants et perdaient leur prestige. Mais la situation était autre parmi les chrétiens.
Leur religion leur apportait plus de consolation dans ces épreuves terribles.L'altruisme avait été
toujours l'un de leurs principes fondamentaux. Jésus n'avait-il pas été formel sur le salut de ses
sujets miséricordieux lorsqu'ils se présenteraient devant Lui le jour du jugement et Paul n'avait-il
pas affirmé que 'quand un membre souffre, les autres membres souffrent aussi ?' Et Matthieu était
on ne peut plus clair (Matth.25, 37-40) : ' Alors les justes Lui répondront : Seigneur, quand est-ce
que nous Vous avons vu avoir faim et que nous Vous avons donné à manger; ou avoir soif, et que nous
Vous avons donné à boire? Quand est-ce que nous Vous avons vu sans logement, et que nous Vous avons
logé; ou sans habits, et que nous Vous avons revêtu? Et quand est-ce que nous Vous avons vu malade,
ou en prison, et que nous sommes venus Vous visiter? Et le Roi leur répondra : Je vous dis en vérité,
autant de fois que vous l'avez fait à l'égard de l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à Moi-même
que vous l'avez fait '. Au cours des ans, les chrétiens avaient créé des réseaux de solidarité
(88) qui
étaient renforcés par une doctrine aussi solide -et divine - que le fer, tandis que la relation que
les païens avaient avec leurs dieux était plutôt égocentrique, en opposition au grand esprit de sacrifice
des nazaréens. Dès le début de l'épidémie, l'évêque Denys d'Alexandrie (248-264) déclara : ' ...Mais
la conduite des païens contrastait vivement. Ils abandonnaient même les membres les plus proches de leur
parenté. Ils les jetaient dans la rue alors qu'ils n'étaient pas encore décédés et considéraient les
cadavres à enterrer comme des déchets repoussants, car ils ne se souciaient que d'échapper à la terrible
maladie ' . Les païens appréciaient certes la solidarité, mais les dieux ne l'imposaient point et laissaient les fidèles se débrouiller entre eux.
A la question relative à une éventuelle vie après la mort, les chrétiens offraient une réponse pleine
d'espérance. Généralement la foi juive alliait en toute certitude la sévérité d'un code moral à la simplicité
d'une philosophie monothéiste (Wilson I,126). Les chrétiens ajoutèrent impérativement qu'une récompense
attendait désormais les trépassés. En ce temps-là, les religions libératrices foisonnaient, mais les
raisons assez précises des promesses chrétiennes d'un au-delà par rapport à leur croyance (les prophéties
et le 'miracle ' de la résurrection du Christ) faisaient renoncer de nombreuses âmes simples à la
religion de leurs ancêtres. Le christianisme, surtout à ses débuts, répondait au besoin de magie et
d'une cour des miracles matérialisées par un culte indispensable à l'époque
(89) . Avec un brin
d'imagination, nous pouvons nous représenter toutes ces superstitions (nil novi sub sole)
(90). La
confiance absolue accordée par les gens de tous les milieux aux oracles de Didyme et de Claros confirme
cet état de choses. Et tels Asclépios, Isis l'orientale, Sérapis, Cybèle et autres divinités créatrices
de merveilles (sans omettre Apollionos de Tyane, philosophe païen et faiseur de miracles), le Dieu
des Chrétiens et ses apôtres ne pouvaient démériter. L'enseignement des miracles est caractéristique
de l'époque et le christianisme y a pris ses racines. La pensée magique imprégnait la vie en commun.
Ces phénomènes alors ordinaires influençaient grandement la mentalité du peuple et ils contribuèrent
pour une bonne part à la diffusion de l'enseignement de Jésus (91)
(92).
3. LA PAROUSIE SE FAIT ATTENDRE.
Les premiers chrétiens étaient attentifs aux signaux annonciateurs de leur Sauveur,
mais les présages spectaculaires prévus (93)
faisaient cruellement défaut. Cette attente vaine
était pour eux très embarrassante, car l'une des prédictions de Jésus, à savoir que certains le
reverraient encore pendant leur vie , ne se réaliserait pas. Les Thessaloniciens étaient profondément
bouleversés et Paul, dans ses épîtres, tenta de les rassurer en faisant appel à leurs émotions
pour leur affirmer que les trépassés ressusciteraient après le retour du Seigneur et qu'ils seraient
admis au Royaume des Cieux. Jusque la fin du premier siècle, les disciples du début de la chrétienté
eurent beaucoup de mal à s'habituer à l'attente vaine de la parousie. La deuxième épître de Pierre
en est l'éloquent témoignage (94) .
Ils devaient néanmoins rester sur le qui vive, car le dernier
jour les surprendrait 'comme un voleur au plus profond de la nuit' (1,Thess.5,2, etc.). L'idée
d'une intervention dramatique de Dieu a sans doute été conçue par Jésus lui-même (elle est à resituer
dans le cadre eschatologique général de la pensée juive exposée notamment par Jean le Baptiste),
car, rappelons-le, la croyance dans la parousie était fortement ancrée chez Paul (tout au début de
sa mission) et il ne pouvait donc avoir pris connaissance des évangiles (puisqu'ils n'avaient pas encore
été rédigés). Plus longue était l'attente, plus la communauté devait se préparer à un séjour prolongé
sur terre.Les repas pris ensemble et une espèce d'union mutuelle avaient jusqu'alors maintenu la
cohésion parmi les adeptes, mais étant donné que les groupements étaient en pleine expansion, il leur
fallait des moyens financiers de plus en plus importants afin de perpétuer leurs oeuvres charitables.
Toutefois une mentalité inédite s'introduit subrepticement dans les communautés. Dans une certaine
mesure, on retrouve ce nouvel état d'esprit chez Matthieu l'évangéliste. Le texte qui lui est attribué par
la tradition orale (s'agirait-il d'un second Matthieu ?) fut transcrit vers les années 70-80. Matthieu
aurait trouvé l'inspiration à d'autres sources, celles de Thomas peut-être (écrites entre 55 et 66, soit
de 15 à 20 ans avant les épîtres du deuxième Matthieu. Certains chercheurs spécialistes de la Bible
émettent cet avis, mais selon d'autres experts, l'Evangile de Thomas a un accent gnostique et daterait
de 150 environ (Personnellement, je ne serais pas surpris par l'existence de chrétiens primitifs
gnostiques issus des cultes initiatiques de leur temps...Des chrétiens en quête individuelle d'un
Dieu 'bon' allaient ainsi au devant de leur ardent désir de découvrir personnellement et surtout
de rencontrer la Vérité divine...). Les écrits du nouveau Matthieu sont 'dépoussiérés' et 'prédisposés'
(95).
Il n'est absolument pas exclu que le peuple auquel ce ( second ) Matthieu s'adressait était un public
(juif) différent de celui qui avait été concerné par Marc ou un premier Matthieu. Comme chacun attendait
la parousie, il n'y avait pratiquement pas de dirigeants dans les petites communes des origines.Certes
on écoutait et respectait des personnes remarquables par leur force de caractère, leur sagesse, leur
sens de la justice et leur probité : c'étaient elles qui effectivement guidaient les communautés .
Mais excepté les apôtres peut-être, ils avaient leurs propres occupations professionnelles.
Peu après la fondation de l'Eglise paulinienne, on avait vu apparaître une nouvelle sorte
de chrétiens : les missionnaires nomades, que l'on dénommait également apôtres
(96) . Du fait
de leurs continuels déplacements , ils ne pouvaient exercer un véritable métier et afin de pourvoir
à leurs besoins quotidiens, ils s'étaient munis du bâton de mendiant mais restaient attentifs aux
paroles de Jésus et n'en faisaient pas leur profession (97).
La plupart du temps, ils étaient entretenus
par la commune qu'ils visitaient et cette coutume se transforma rapidement en une règle morale applicable
à tout apôtre en déplacement.Paul aborde ce sujet subtilement quand il doit trancher un différend avec les Corinthiens
(98).
Mieux encore, l'épître (99)
qu'il leur adresse à ce propos remue véritablement le couteau dans la plaie.
C'est un dommage qui portera atteinte aux 'apôtres' tardifs surnommés les marcheurs libertins.
La Didachè (dans ce cas, l'enseignement du Seigneur communiqué par les douze apôtres aux gentils -
les chrétiens hellénistiques), une missive d'entre 135 et 170, tente clairement de limiter cette déviation.
La Didachè est un manuel concis pour le prêcheur itinérant. On y trouve notamment une définition de la vie en commun et surtout de l'hospitalité
(100).
Il était important que la commune ne fut point submergée et exploitée par des pseudo apôtres ou escrocs.
A l'instar de Lucien le cynique, les conteurs païens y trouvent abondamment leur inspiration.
Le récit que Lucien consacre à Peregrine Protée est convaincant à maints égards
(101). Ces anecdotes nous
laissent entrevoir les travers qui affligeaient les communautés chrétiennes primitives et les remèdes qu'il convenait d'y apporter d'urgence.
4. LE RECRUTEMENT PREND UNE NOUVELLE TOURNURE
Ceux que l'on a surnommés 'apôtres' n'avaient aucun domicile fixe. Leur but
primordial était d'accroître les communautés et de les encourager au cours de leurs visites.
Mais elles devinrent si nombreuses qu'il leur fut alors impossible de procéder comme par le passé.
Et les groupements urbains prenaient des proportions de plus en plus vastes. La nécessité de nommer
un 'responsable' rétribué par une grande commune (et moins indigente) était devenue urgente.
Ce délégué devait avoir comme tâche exclusive de faire connaître et d'expliquer le 'message'
dans sa cité et aux alentours.On lui accorda le titre de 'prophète'. Mais les missionnaires
itinérants étaient eux aussi entretenus par les communautés et les prophètes les considérèrent
comme des concurrents. Malgré des revenus plus élevés, les moyens financiers des communes chrétiennes
restaient toutefois limités. D'indispensables, les apôtres devinrent bientôt indésirables.
Ne correspondant plus aux conditions sociales requises, ils entrèrent dans l'anachronisme et disparurent.
Un prophète (ou une prophétesse ?) (102)
authentique méritait sa rémunération : il (elle) était en
permanence à la disposition de tous. De plus, cette présence continuelle dans un lieu déterminé
minimisait l'influence des apôtres voyageurs. La vie des prophètes était donc loin d'être médiocre,
mais il fallait se méfier des faux messagers; la Didachè (103)
(104) met ces deux points en exergue et
montre la voie à suivre pour ne pas se laisser duper. Des frictions divisaient donc parfois les grandes
communautés (105)
et des problèmes les plus variés étaient apparus tout au début parmi les groupements
chrétiens, car les querelles relatives au rapport des forces entre personnes semblent avoir joué un rôle
prépondérant. Prenons par exemple les Corinthiens chrétiens. Ces citoyens sans doute pas commodes se disputaient
régulièrement avec leur 'Conseil des Anciens' (vieillards, du grec presbutës). Ces derniers constituaient
les membres les plus influents de la commune et ils choisissaient son chef qui devenait soit surveillant soit
évêque (106) .
Il n'est pas aisé de se représenter la véracité de certains faits rapportés, mais on peut en
déduire que la majorité des membres ordinaires ont voulu démettre en bloc les anciens du Conseil corinthien.
L'évêque de Rome Clément Ier intervient à ce moment, mais il reste très prudent dans ses tractations.
Il expose clairement aux chrétiens corinthiens que les croyants ne peuvent se soustraire à leur
reponsabilité, s'ils veulent limoger le Conseil. Mais Clément ne l'interdit point formellement.
Des luttes intestines apparurent très tôt au sein des communautés. La transmission de l'enseignement
laissait également à désirer et de fausses doctrines virent le jour. Des habitants de Colosse
croyaient, par exemple, que l'assemblée des chrétiens était dirigées par les anges. Epaphras,
fondateur de ce groupement et élève de Paul, demande à son maître de lui préciser le rôle des anges,
car il était absolument nécessaire de se concilier leur bienveillance
(107). Ces interprétations
erronées faisaient évidemment partie d'une culture traditionnellement 'superstitieuse' renforcée par
une vision magique colportée par les apôtres et prophètes. Cette croyance superficielle courante
et sans prétention reflète bien le contexte de l'époque et donne un aperçu, selon nous, des futilités
et du verbalisme inconsistant qui occupaient la plupart des réunions chrétiennes. Celse ne perd aucune
occasion pour les accabler de ses sarcasmes (108) .
Mais tout comme les 'apôtres', les prophètes,
assez ignorants, devaient aussi partir en mission. Ils étaient généralement bien intentionnés et croyaient
ce qu'ils disaient, alors que leurs discours reposaient souvent sur un vide. Des académiciens de ce temps,
d'abord peu ou modérément intéressés par une pensée aussi curieuse, furent assez vite choqués par le langage
fruste des disciples de celui qu'on appelait Christ. Il y eut probablement des exceptions, mais les
missionnaires éclairés peut-être par leur foi qui présidaient sereinement les cérémonies s'égaraient
dès qu'ils prenaient la parole. A l'homme cultivé, ils paraissaient infantiles et primitifs.Le style
des premiers écrits chrétiens est tout simplement abominable (sermo sordidus). On trouve dans les textes
grecs et latins une syntaxe et une orthographe réduites à leur plus simple expression : c'était en fait un
idiome populaire confié au papyrus sans aucun respect pour la grammaire. Augustin (354-430) était parfaitement
conscient de cette imperfection, mais il ne semblait pas en être perturbé outre mesure
(109) . Ambroise
parvenait même à l'idéaliser (110) .
Les premiers écrivains connaissaient à peine la rhétorique classique
avec ses règles contraignantes et maints auteurs chrétiens s'y opposèrent même dès la Didachè et plus nettement
encore chez Tertullien ainsi que beaucoup plus tard chez Jérôme (111)
(112). Et surtout les évangélistes étaient
beaucoup plus proches des langues sémitiques que des manuscrits gréco-romains. N'oublions pas non plus que
l'arrière plan social et les causes 'psychotechniques' (la propagande) étaient responsables de cette déficience
du langage. La populace devait être persuadée à tout prix. C'est alors que naît une troisième catégorie
de pionniers : les professeurs.Cette nouveauté laisse supposer qu'une nette évolution de la situation
est en train de se réaliser (113).
Parfois l'une ou l'autre personne riche ralliait la cause chrétienne
par conviction. Rappelons cependant qu'à l'origine, les riches n'étaient pas vraiment les bienvenus ,
mais on avait admis que d'authentiques philanthropes rejoignent les rangs chrétiens quand ils abandonnaient
tout ou partie de leurs biens, ou encore des personnages fortunés d'âges divers déjà blasés par le nihilisme
de leur existence et attirés par l'idéalisme de la foi nouvelle. Submergés par leur propre opulence, ils avaient
conçu une véritable aversion pour les possessions matérielles. Certains, après avoir connu une jeunesse débridée,
avaient fini par haïr la jouissance corporelle ainsi que les plaisirs mondains. Ayant tout vendu, ils prenaient
la voie de l'ascétisme et tentaient une renaissance morale. A l'aube du déclin de l'empire romain, cet état
d'esprit se généralisa, encourageant l'abandon des croyances ancestrales. Cyprien
(114) et Augustin aboutirent
de cette manière à l'enseignement du Galiléen. Les Eglises primitives continuèrent d'exercer une sorte
d'attraction parmi les classes inférieures et moyennes de la population, complétées parfois par des
coreligionnaires un peu plus fortunés. Mais ceux-ci étaient l'exception et les communautés n'en tiraient
guère profit. Dès qu'elles prenaient plus d'importance, leurs besoins matériels augmentaient d'office.
Peu à peu le recrutement prit une autre orientation. Les motifs de ce revirement sont à facettes multiples
et il n'est plus facile de le reconstituer, mais une première phase d'aliénation des anciens idéaux se
concrétisa rapidement. Il ne fut surtout jamais perdu de vue qu'à Jérusalem, la plupart des convertis
de la première heure étaient ordinairement des Juifs orthodoxes (115)
qui continuèrent de se rendre à la
synagoge jusque la fin du premier siècle. Leur représentation du monde était hébraïque et ils étaient
membres des mouvements apocalyptiques de leur temps. La destruction de Jérusalem et de son Temple ,
les missions fructueuses de Paul et de ses acolytes dans une diaspora 'hellénique' eurent incontestablement
des suites qui déjà se firent sentir à court terme. La récolte de Paul ne se satisfaisait pas des gens,
mais elle captait également leur culture païenne antique et des novices n'acceptaient que difficilement
cette méthode du pêcheur typiquement chrétienne. En outre, pour répondre par écrit et avec brio aux
attaques permanentes des gentils , les chrétiens cultivés devaient prendre sans cesse l'initiative. Ces
zélateurs de l'Eglise transcrivaient aussi adroitement que possible les apologies sur des parchemins (le papyrus).
Leur instruction approfondie (entre autres la connaissance de la sagesse grecque et de la rhétorique) jouaient
en leur faveur (116).
Tatien et les apologistes tardifs ne se priveront pas de 'plagier les oeuvres des
auteurs païens pour prouver le bien-fondé de leurs assertions'
(117) . Parfois ils le firent de
bonne foi...mais ce ne fut pas toujours le cas, loin de là (118) . Ces apologistes durent
également combattre le gnosticisme qui d'Asie mineure avait infiltré les Eglises locales par l'intermédiaire
de récents convertis orientaux hellénistiques. Comme ils étaient les défenseurs de la tradition ecclésiale,
les apologistes allaient de l'avant, car leurs propos prônaient la prépondérance de la philosophie chrétienne
contenant en soi une vérité morale que ni Platon ni le stoïcisme n'avaient jamais pu découvrir. C'est dans
le courant des deuxième et troisième siècles que fut livrée la bataille menant au succès. Les auteurs
apologétiques étaient des érudits d'un format largement supérieur à celui des propagandistes initiaux.
Ils s'abreuvaient aux sources de la philosophie païenne pour convaincre les gentils instruits et ainsi
progresser vers l'universalisation de la chrétienté. L'échec de la confrontation de Paul avec les épicuriens
et les stoïciens d'Athènes était déjà un lointain souvenir
(119). Mais les travaux de christologie de ces
pseudo-philosophes n'étaient pas du tout parfaits : ils manquaient de profondeur et d'acuité. Celse les
raillait et prétendait même qu'ils frôlaient le crétinisme. Leurs démonstrations manquaient de sagacité,
de finesse et d'intériorité; elles ne représentaient en fin de compte qu'un intellectualisme vulgaire et
de mauvais aloi. Mais le signal avait été envoyé et l'endoctrinement d'individus plus riches et entreprenants
allait en s'accentuant. Clément d'Alexandrie(180), philosophe chrétien cultivé tenta de les amadouer
et écrivit à leur intention 'Quel riche sera sauvé ?'.
Clément était le type même issu de la tradition intellectuelle alexandrine, élève du renommé
Pantène à qui il succédera. Avec son disciple Origène, ils réussiront tous deux à imposer
le respect de la nouvelle foi. C'est ainsi que bien involontairement le prosélytisme chrétien fut soutenu
par la critique séculaire des philosophes grecs naturalistes du panthéon et du polythéisme
anthropomorphique traditionnels. La religion naissante avait ici sans le vouloir tous les atouts
entre les mains et présentait dans ses grandes lignes
(120) un monothéisme purifié. Le concept
messianique - et plus spécifiquement dans sa signification 'homme-dieu' - était ici aussi en
harmonie avec les idées prédominantes. Alexandre n'était-il pas un dieu et les empereurs romains
des personnages divins (121) ?
Le platonisme renouait à cette époque avec le succès et Platon
n'avait-il pas assuré que l'âme survivait au corps humain ? Les notions chétiennes relatives
à la vie après la mort participaient au sentiment général d'incertitude existentielle , d'aliénation
d'une fraction de l'élite en un temps d'oppression et réglaient surtout leur compte à une surabondance
de cultes initiatiques dont les mystères pour la majorité restaient impénétrables. Le message
apporté par les disciples du Christ est limpide. Il libère en effet l'individu de cette charge
incommensurable qu'est la liberté, car il lui propose un choix implicite, c'est-à-dire un accès sans
ambages vers le salut à la portée de quiconque. Les persécutions n'aboutirent pas toujours au
résultat escompté. Dans des cas spécifiques (122)
il s'ensuivit même un effet inverse.Des poursuites
persistantes, harassantes et bien souvent insensées dans certaines régions renforçaient la cohésion
des opprimés. De plus, ceux-ci éveillaient parfois une admiration secrète chez leurs adversaires,
surtout quand ils étaient nombreux à rester fidèles à leurs principes. Tertullien écrivit à Scapula ,
gouverneur romain des territoires africains et persécuteur notoire : " Vous devez savoir que le
christianisme devient un chantier plus solide quand il semble chanceler. Qui peut effectivement
constater l'énorme acharnement des chrétiens s'inquiète et s'interroge. Dès qu'il découvre la
vérité, il s'affilie lui aussi à ce mouvement". Et ensuite : "mais par son essence même, la
religion n'a pas la vocation d'utiliser la force pour recruter des adeptes : elle doit être admise
telle quelle sans violence". Ces états d'âme émotionnels tactiques reflètent une mentalité qui
allant de pair avec l'accentuation de la désintégration feutrée de l'empire romain est bénéfique
pour l'Eglise néophyte dont les positions et l'influence deviennent de plus en plus prépondérantes.
La consolidation de ses structures et de son administration est la prochaine étape à parcourir.
Revenez à l'index.
CHAPITRE IV : L'EGLISE DES HUMBLES DEVIENT TOUTE PUISSANTE.
1. LE COÛT DE LA PREMIERE REUSSITE: LA DIVERSITE DES OPINIONS.
Vers la fin du deuxième siècle, le christianisme avait pris une extension assez
considérable, mais sa base structurelle n'était pas suffisamment solide pour lui permettre d'éliminer
les scories dommageables pour la foi. Des groupes rivaux foisonnaient, tel le docétisme
(123) soutenant
que le Christ étant né humain n'avait souffert qu'en 'apparence', ou encore les judaïstes s'accrochant
aux usages hébreux et source de soucis pour Ignace d'Antioche
(124) . Carpocrate professait qu'une
fois assurés de leur salut, les êtres étaient entièrement libres de leur conduite, avec comme
conséquence finale une sexualité débridée (125)
et une atteinte à la bonne réputation des chrétiens.
Marcion prétendait que les prophètes de l'Ancien Testament ne s'appliquaient pas à Jésus, que l'on
ne devait croire qu'un seul Evangile (126),
celui de Luc, et que l'enseignement du Christ était
seulement contenu dans les épîtres de Paul et surtout dans celle adressée aux Galates. Montan
utilisait des langues étrangères pour émettre des prophéties soi-disant inspirées par le Saint-Esprit
et prêchait une ascèse assez extravagante (127) .
Tels les 'prophètes' de la première heure, le charisme
était sans doute l'un de ses atouts, puisqu'il parvint à convaincre Tertullien (160-225) de la validité
de ses dires. Pour leur part, les gnostiques (128)
propageaient l'idée qu'ils possédaient une connaissance
secrète confiée par Jésus via ses apôtres. Il s'agissait d'une sorte d'enseignement ésotérique, que
quiconque pouvait pénétrer à condition de s'y préparer en ouvrant son coeur. Enfin, les manichéens
(la liste n'est pas close pour autant) n'étaient pas chrétiens à proprement parler
(129), mais outre
leurs livres saints, ils ne dédaignaient pas consulter les 'Actes des Apôtres' qu'ils avaient remaniés
(ou falsifiés ?) . Sur certains points ils rejoignaient les montanistes et étaient désapprouvés par les
chrétiens, mais comme ils avaient une organisation identique et avaient fondé leurs couvents, ils ne
faisaient qu'ajouter à la confusion qui régnait parmi cette mosaïque d'incalculables groupuscules chrétiens
avec leurs tendances, leurs partis, leurs interprétations et leurs sensibilités les plus variées.
2. UNE STRUCTURE AUTORITAIRE S'EBAUCHE .
En ce temps là, le christianisme était surtout constitué d'un réseau de communes qui s'étendait
sur une vaste région côtière le long desquelles prospéraient des cités principalement grecques - parfois
modestes, parfois beaucoup plus importantes. Vu la multiplication des communes il avait fallu procéder
rapidement à la répartition des tâches. Les apôtres (les authentiques) s'étaient déjà plaint de ne plus
pouvoir assurer la totalité de leurs obligations (130).
Rien de plus normal, car ils étaient sans cesse
en mouvement et leurs discours (sermons) abondants accaparaient la majeure partie de leur temps si précieux.
Mais n'était-ce pas ce que l'on escomptait des proches collaborateurs de Jésus? De plus, ils devaient veiller
à la parfaite correction de la distribution des biens et des victuailles ... et ils assuraient même le service
de table! Le nombre des adeptes augmentant, ce ne fut plus praticable et, à leur requête, ils furent exemptés
de ces corvées. On désigna alors des diacres (131)
- de simples serveurs mais eux non plus ne purent totalement
accomplir ces travaux. Pourtant il fallait aussi gérer les fonds recueillis auprès des membres, ce qui était
autrement compliqué que de desservir les tables ! Il y avait de plus en plus d'adhérents et la gestion des
finances et des biens reposait surtout sur la confiance.
On attendait des diacres qu'ils fussent vraiment honnêtes (132), mais ils devaient être aussi
d'excellents hommes d'affaires et répartir les biens de consommation équitablement. Afin de coordonner
(et contrôler) leur travaux, mais aussi pour aplanir les malentendus entre 'anciens', on procéda à
l'installation d'un surveillant aussi dénommé évêque. Il devait être intrinsèquement honnête et de
conduite irréprochable afin d'être respecté par la totalité du groupement et par chacun en particulier,
en d'autres mots, il devait pouvoir intercéder, pardonner et prendre la parole en toute sagesse et sérénité.
Dans le courant du troisième siècle, si l'on en croit un texte syriaque ancien, on donnait la préférence à
un évêque ayant une réputation sans reproche, de plus de cinquante ans et époux d'une chrétienne. Il ne
pouvait être remarié et ses propres enfants, des chrétiens, devaient mener une vie exemplaire. On le concevait
pur et doux, bon samaritain et capable de résoudre les conflits pacifiquement. Culture et humilité représentaient
des qualités complémentaires. Et tant pis s'il n'était pas trop lettré mais connaissait la Bible ! Si l'Eglise
était modeste et si ses membres le soutenaient, alors l'évêque pouvait être plus jeune. En réalité, il menait
une vie sobre faite de gestes de tous les jours, et l'on sait qu'avant l'époque de Constantin, l'évêque
n'était revêtu d'aucune parure sacerdotale mais qu'il s'occupait intensément de ses paroissiens. Bien que
sa communauté l'eut nommé à vie, c'était surtout Dieu - au sens strict du mot - qui en premier lieu l'avait
choisi et Se manifestait lors de son installation (initiation) et se révélait parfois même par un signe (divin)
inattendu. 'Lorsque par exemple Fabien dut être intronisé évêque de Rome, une colombe se posa sur la tête de
ce personnage assez douteux, ce qui fut interprété comme une confirmation divine de son élection. Mais les
évêques des alentours étaient également concernés par le suffrage et à l'époque de Cyprien, on en requérait
au moins trois. Le 'choix spontané' de l'évêque, tel qu'il se pratiquait dans les cités importantes, et favorisant
un nanti, n'était guère étonnant, surtout quand il était disposé à faire des dons importants à la communauté
locale. Et le népotisme se disposait à régner en maître. Vers la moitié du deuxième siècle, on a pu
constater qu'une famille comptait sept évêques! A la fin du quatrième siècle, cette 'prédominance' de
candidats originaires des couches les plus favorisées de la population conduisait régulièrement à des
querelles on ne peut plus profanes. Au cours de ce siècle plusieurs conciles interdirent la présence de
'claqueurs' recrutés par les parties en présence dans le but de perturber d'éventuelles élections' (Sanders).
La responsabilité de l'évêque était énorme. Au cours des siècles et dans des régions délimitées, cette
dignité devint héréditaire et s'adressa plus particulièrement aux frères de l'évêque, celui-ci, vieillissant,
désignant même parfois son successeur. La puissance du chef du diocèse devenait réalité dès sa nomination.
Et l'épanouissement du christianisme était dû par surcroît à son étroite communion avec des associations de
personnes, 'regroupements' dont l'engagement total était spontané. L'égalité entre ses membres, les frères
et les soeurs, était la première des obligations, ce qui menait à un genre de vie en contradiction flagrante
avec les coutumes de ce temps, car dans ces communes chrétiennes l'esclavage était inconnu. On ne
pouvait malheureusement éviter les situations de conflits, parfois carrément concurrentiels, entre les
disciples de villes différentes, litiges que les synodes s'efforçaient d'aplanir dans le respect des
traditions locales (133).
Le bon sens primait sur l'autoritarisme car on tenait compte des us des
communautés fondatrices. Cette autonomie jusqu'alors si choyée " allait s'amenuiser au cours des ans
et devenir de plus en plus hypothétique.Les chrétiens s'aperçurent finalement qu'ils faisaient partie
d'une société méthodiquement organisée. Quel modèle avait donc été retenu? Des recherches approfondies
pour élucider ce point n'étaient guère fondées. En effet, l'efficience du gouvernement romain avait fait
ses preuves, provoquant l'admiration non seulement de ses fidèles mais aussi celle de ses adversaires.
Ce modèle administratif était basé sur le principe des limites territoriales. L'empire ne dirigeait pas des peuples
mais bien des régions et Dioclétien avait pris grand soin de perfectionner le système. Il avait divisé les
contrées en 101 provinces gérées chacune par un gouverneur. Chaque province comptait 17 diocèses et autant
de vicaires pour les administrer. Chaque diocèse comportait 4 préfectures.En plus du pouvoir civil, chaque province
jouissait d'un commandement militaire. L'Empire n'avait jamais disposé d'un réseau de fonctionnaires important,
mais il avait maintenant une force administrative que l'on ne pouvait dédaigner. Une caste bureaucratique n'était
certes pas sans inconvénient, mais elle possédait néanmoins un avantage incontestable : un bon fonctionnement
des rouages de l'Etat. Et cette structure fut prise en exemple par les chrétiens, puisqu'ils adoptèrent
graduellement ce système impérial. Ce choix (inévitable) comportait une phase nouvelle conduisant à l'éloignement
irréversible du christianisme originel. Vu l'accroissement du nombre de disciples, les liens qui maintenaient
l'union entre les groupes s'étaient relâchés avant de s'évanouir en silence - l'Eglise des Corinthiens devint
l'Eglise de Corinthe - avantageant ainsi le principe de territorialité qui connut un véritable essor grâce à la
nouvelle direction ecclésiale. Ce point de non retour a été manifestement sous-estimé. L'Eglise 'primitive' était
vouée à une disparition à terme parce que, administrativement parlant, l' 'Eglise communautaire' était condamnée.
Plusieurs dignitaires ecclésiastiques de l'époque ayant vu le danger furent vite écartés
(134). Ils furent
soit marginalisés, soit excommuniés. Le Catholicisme flambant neuf supplanta alors la Tradition.
3. L'EGLISE CATHOLIQUE : L'INSTRUMENT DE LA PUISSANCE.
Les communautés chrétiennes étaient en pleine expansion et les problèmes se
diversifiaient énormément. L'évêque personnifiait l'ensemble des vertus, mais il ne pouvait
être niais. Son intuition devait lui permettre de repérer les imposteurs parmi la masse des pauvres hères.
Il fallait parfois exclure des membres indignes qui, à vrai dire, étaient rapidement remplacés par de
nouveaux adeptes. On discutait croyances et rituels. Le statut féminin était aussi abordé , mais,
généralement, il n'en sortait pas ennobli. Jésus palabra-t-il à ce sujet ?Cela paraît assez invraisemblable,
car l'égalité entre l'homme et la femme ne faisait pas partie des traditions juives. Et cette éventualité
fut de moins en moins évidente dès que les disciples du Christ s'en occupèrent. Dans son Epître aux
Corinthiens, Paul explique pourquoi les femmes doivent se couvrir la tête: "...Car un homme est l'image
de Dieu et un reflet de son excellence , alors que la femme à son tour est la gloire de son époux.
Le corps de la
femme n'est point en sa puissance, mais en celle du mari; de même le corps du mari n'est pas en sa
puissance, mais en celle de sa femme "(1 Cor.7, etc.). Mais Paul tempère en poursuivant (1 Cor.11) :
"Toutefois ni l'homme n'est point sans la femme, ni la femme sans l'homme en notre Seigneur. Car comme
la femme a au commencement été tirée de l'homme, aussi maintenant l'homme naît de la femme, et tout
vient de Dieu". Mais les femmes de Paul sont immédiatement réduites au silence ; "Que les femmes parmi
vous se taisent dans les églises, puisqu'il ne leur est point permis d'y parler, mais elles doivent
être soumises, selon que la loi l'ordonne "(1 Cor.14, 28). Cette proposition doit pourtant être relativisée,
car les hommes eux-aussi doivent parfois se taire, mais alors seulement quand ils n'ont rien
à raconter (Cor.14,28).L'Eglise seule n'était pas inamicale vis-à-vis de la gent féminine,
car dans leurs discours, nombre de Pères , dont Irénée (135),
Tertullien (136),
Ambroise (137),
Augustin (138)
et Epiphanie (139) se révélaient leurs véritables ennemis. Des instructions ecclésiales,
telle la didascalie syriaque du troisième siècle, ne sont guère favorables aux femmes. Mais quand-même,
dans certaines situations le statut de la femme fut amélioré chez les chrétiens
(140). Et puis, en
outre, les querelles quotidiennes étaient on ne peut plus variées, parfois mesquines. C'étaient alors
l'évêque et le conseil des sages qui tranchaient. Bien que, dans les Evangiles, Jésus ne fasse aucune
allusion aux évêques, Irénée dévoila déjà vers 170 une liste de ces dignitaires romains et Tertullien
prétendit que les apôtres avaient consacré des évêques dans les grandes villes et que leurs églises
contenaient des 'actes' indiquant qu'ils les avaient eux-mêmes nommés. Cyprien alla encore plus loin :
pour lui, les vrais apôtres avaient été évêques.
Nous avons déjà laissé entrevoir que ces derniers avaient exercé le pouvoir dès les origines.
C'est dans la lettre qu'Ignace d'Antioche envoya en 110 aux chrétiens de Smyrne qu'apparut le
terme 'catholique' pour la toute première fois. Le message est limpide : " Où se trouve l'évêque"
écrit-il "se situe également le peuple, tout comme où Jésus-Christ est, là aussi se trouve l'Eglise
catholique". L'indépendance de ce dignitaire ecclésiastique était remarquable et son influence s'accrut considérablement..
Plus l'évêque restait en fonction, et s'il était vraiment compétent, plus sa puissance augmentait.
Mais il n'en allait pas toujours ainsi , car il pouvoir créer problème, surtout au temps des
premières communautés chrétiennes et quand il agissait en rustre
(141). Mais dans la réalité
quotidienne et au fil des ans, l'évêque s'était métamorphosé en une sorte de fonctionnaire payé
par la caisse commune, caisse qu'il gérait en personne. Il était aidé directement par ses diacres
qui devinrent eux-aussi appointés et rémunérés par cette même source. Comme l'évêque oeuvrait en
étroite collaboration avec ses 'commis', on lui demandait conseil quand il s'agissait de nommer le
diacre le plus compétent. Il se forma ainsi une sorte de caste administrative qui bientôt détint les
rênes du pouvoir au sein des communes chrétiennes. De plus, comme l'évêque ne pouvait être partout en
même temps, il était obligé de se faire représenter et dans les faubourgs et en dehors des grandes métropoles,
comme Alexandrie par exemple. Ces délégués pouvaient être aussi bien les diacres que les sages
(les futurs 'prêtres'). Les 'anciens' s'installaient alors dans la ville pour y jouer un rôle important.
La fonction des évêques était l'une des caractéristiques des Eglises orientales (vers 170 il y avait très
peu d'évêques en Gaule cisalpine). L'influence de ces 'prêtres' devint chaque jour plus puissante et finit
par donner naissance à une communauté bureaucratique (le clergé) chapeautée par l'évêque du lieu. Et c'est
à partir de cet instant que se produisit une fêlure entre le clergé et les simples disciples. Par ailleurs
cette toute nouvelle hiérarchie provoqua des remous dans l'organisation traditionnelle. Les évêques et
leurs auxiliaires, instigateurs des pratiques quotidiennes, volontiers prudents, serviables et maintenant
sédentaires et assidus des 'salons' allaient dès lors s'occuper d'aménagements et plus particulièrement des
rapports de la communauté avec les fortunés (les évêques étaient trésoriers) et par conséquent réinterpréter
avec largesse l'enseignement originel relatif aux contacts avec ces nantis
(142). Comme ceux-ci représentaient
alors pour la plupart le potentiel intellectuel d'un groupement , le poids de leur emprise sociale sur les
membres n'était nullement négligeable surtout quand l'évêque les soutenait. L'enseignement chrétien concernant
les personnes aisées ayant été assoupli, les résultats se manifestèrent déjà à court terme . Le rigorisme et
l'ancrage aux valeurs traditionnelles cédèrent le pas à une espèce d'opportunisme. Etant donné l'agrandissement
des communes, l'instruction des commis fut alors dispensée au domicile de l'évêque , mais il était indispensable
que les enseignants sachent quelle matière ils devaient apprendre aux postulants. Quand le mode d'aministration
romain fut adopté, et en s'inspirant de la politique impériale dans des cas spécifiques, il fut essentiel de
disposer d'un enseignement reconnu et détaillé dont l'uniformité était incontestable, car sinon on risquait d'aller
droit à l'échec. Toute déviation de cette instruction officielle devait être formellement combattue avec tous les
instruments dont on disposait. Il fallait se montrer ferme à l'égard de toutes formes d'enseignements bizarres et
tombant hors de l'orthodoxie; le moment de conforter la méthode éducative ne pouvait plus être retardé. Mais
comme la Tradition en était le fondement, là se situait la difficulté. De multiples écrits qualifiés d' 'apostoliques'
circulaient, mais certains d'entre eux étaient l'objet de contestations. Etaient-ils véritablement canoniques ?
Irénée (140-190) avait rédigé une oeuvre importante contre les païens (gnostiques) .Tertullien (233) avait attaqué
Marcion avec virulence et s'était consacré à des considérations théologales et ecclésiales très profondes.
Cyprien (200-258), évêque de Carthage, était très préoccupé dans ses lettres à ses collègues par 'l'unité de
l'Eglise catholique' après que des divergences d'opinions se fussent manifestées au sujet de la règle d'admission
des chrétiens apostats (laps et relaps) . Cyprien postulait qu' ' En dehors de l' Eglise (et ses chefs de diocèses)
il n'y avait aucun salut '(143).
Origène (254) excellait dans le genre épistolaire pour combattre le fameux Celse.
En guise de couronnement, il rédigea ses 'Principes' (De Principiis), polémiques finalement condamnées et rayées
en 553. Le plus ancien canon conservé (celui de Muratori) fut composé vers 200. C'était un premier pas vers l'uniformité
et il contenait le germe qui poserait les jalons d'une future évolution
(144). "Il faudra attendre le quatrième
siècle avant que les écrivains chrétiens énumèrent convenablement les livres que nous considérons maintenant comme
la Bible chrétienne et laissent percevoir qu'une telle liste exclut toute autre littérature"(Robert Lane Fox, 162).
4. ET EN GUISE DE CONCLUSION.
Le canon le plus explicite fut adopté au concile d'Elvira en Espagne
(en 300 ou 302).Les conceptions romaines de l'uniformité furent admises. Le caractère
disciplinaire de la jurisprudence était surtout souligné et ceci en totale contradiction avec
le charisme et l'esprit philanthropique des convertis de la première heure. Les conclusions
d'Elvira illustrent bien le chemin qui avait été parcouru
(145).L'espoir séduisant de pouvoir
trôner après son trépas à côté du Christ dans son Royaume exigeait une discipline formelle,
une soumission quasi aveugle du disciple ordinaire. L'annonce par Cyprien dans le courant
de la première moitié du troisième siècle de la totale indépendance de chaque commune eut
comme effet d'encore augmenter la pression que la chrétienté exerçait dans le monde. Les
conclusions arrêtées par une majorité (de communes) à l'occasion d'un synode ou d'un concile
engagèrent et lièrent tous les chrétiens moralement, conférant ainsi à ces conclusions un aspect
pratiquement légal. L'Eglise devait devenir une(catholique) et agir en conséquence. La porte de
sortie était désignée à ces quelques isolés qui n'étaient pas d'accord et ils devaient savoir que
désormais tout accès à une quelconque communauté leur était interdit. L'excomunication provoquait
des ravages : l'appareil qui expulsait un membre ou un groupe était redouté, car il était devenu un
instrument politique et sa puissance qui tentait de réaliser l'uniformité apparente du monde chrétien
n'avait nullement échappé à la vigilance des empereurs. Moins l'individualité était considérée, plus
croissait l'influence de l'évêque. Il maniait maintenant les rouages d'une administration évoluée et
d'un outil de propagande efficient et appréhendé. Il avait le champ libre, car il ne représentait plus
seulement son groupement mais bien l'Eglise unifiée. Et comme il choisissait lui-même ses employés,
il ne jetait son dévolu que sur ses plus chauds partisans. L'évêque aboutit ainsi à un stade faisant
de lui une sorte de monarque, car ce n'était plus le peuple qui l'élisait , mais bien les prêtres qui
accomplissaient cette pure formalité. La commune fut alors rabaissée à un niveau mineur. Les ouailles
de l'évêque étaient à ses pieds et les Césars savaient utiliser cet absolutisme clérical à une époque
d'indécision et de confusion, car ces adeptes chrétiens étaient relativement disciplinés et presque
totalement dévoués aux princes de l'Eglise. Ceux-ci détenaient les rênes d'un pouvoir véritable (effectif)
sur lequel il fallait compter, mais que l'on pouvait à l'occasion subtilement manipuler. L'empereur en
tirait tout avantage avec un minimum de risques en jouant sur cet échiquier politiquement troublé. Les
chefs d'empire de ce temps n'ignoraient point que les chrétiens avaient depuis longtemps conquis des positions
stratégiques aussi bien à dans leurs armées que dans leurs entourages. Des conflits entre les Césars
déchirèrent l'empire dans le courant du quatrième siècle et celui qui s'en était tiré à meilleur compte
avait su utiliser au maximum la force 'épiscopale'.
Et il s'appelait Constantin (272 ?- 337). L'Eglise des humbles, devenue Eglise 'catholique',
pouvait enfin fonctionner en toute légitimité. L'Eglise et l'Empire constituaient désormais deux
aspects inséparables de la puissance suprême et ce fut Théodose (346-395) qui fit du catholicisme
une religion d'Etat. Et cette Eglise officielle était bien décidée à ne pas se laisser dessaisir du pouvoir.
Avec la bénédiction divine débutait et allait se poursuivre à travers les siècles l'exploitation feutrée mais
déterminée du genre humain (146).
C Delwaide.
E-mail : chris.delwaide@pandora.be
Revenez à l'index.
Notes
(1) Nicodème, un homme riche, était membre
du Sanhedrin et vraisemblablement du Comité urbain.Selon Flavius Josèphe, il était opposé à toute
révolution, mais il était aussi bien l'adversaire des Romains que des Sadducéens. Au cours d'un
entretien secret qu'il eut avec Jésus, il ne put parvenir à un accord avec son interlocuteur,
sans doute parce que le Christ voulait suivre la voie qu'il s'était tracée. D'après des sources
rabbiniques, Gorin, le 'fils' de Nicodème, aurait aussi été l'un des dirigeants de la cité.
Il était même énormément riche et avait de grandes propriétés aux environs de Jérusalem.
Il possédait des biens agricoles si étendus, disait-on, que la ville entière aurait pu vivre des
rentrées de ses récoltes de grain et de vin. Sa fortune était connue de tous à Jérusalem.Sa soeur
avait reçu une dot d'un million de dinars et on cite même le cas d'une cousine dont l'allocation
mensuelle pour ses parfums s'élevait à quatre cents dinars(Wroe Anne, Pilate, 153). Tout au début
du soulèvement , il prit part aux pourparlers qui aboutirent à la reddition de la garnison romaine
stationnée à Jérusalem (David Flusser,p.134)
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(2) Dans le passage relatif au 'repas miraculeux', quand se
pose la question de sustenter la masse des fidèles composant sa suite, Marc suggère effectivement
que Jésus et ses apôtres disposent d'une somme d'argent et il laisse à ces derniers le soin d'interroger
leur maître à ce sujet (Marc 6, 37-38) 'Mais il leur répondit ' : "Donnez-leur à manger". 'Alors ils lui
dirent ' : "Devons-nous acheter du pain pour cent dinars afin de les nourrir ?". Les fonds de Judas étaient
donc à ce moment d'au moins cent dinars (et sans doute plus) (Luc 8, 1-3).
Retour au texte
(3)Les véritables Juifs hellénistiques (non chrétiens)
avaient tout autant une ferveur missionnaire(modérée). Ils s'intéressaient également aux gentils
évoluant dans leur sphère et ceux qui étaient favorables à leurs idées étaient désignés comme 'vivant dans la
crainte de Dieu ' , les Juifs ne leur demandant pas plus que de respecter 'les commandements de Noé',
c'est-à-dire ceux ne s'adressant qu'à ses descendances non juives : interdiction de l'idolâtrie, des
mauvaises moeurs et des crimes de sang. Au début du premier siècle de notre ère, on y ajouta la défense
du vol et du blasphème et, plus tardivement, celle de consommer de la viande d'un animal vivant. Obtenir
un jugement structuré fit partie des obligations. Un grand nombre de ces gens 'craignant Dieu ' n'étaient pas
du tout pauvres. Evoluait aussi parallèlement le groupe des 'prosélytes', du grec 'prosélatos', signifiant "nouveau venu dans un pays".
Païens convertis au judaïsme, ils se faisaient circoncire. Les prosélytes étaient accueillis avec chaleur dans la diaspora,
car les Juifs les choyaient et leur accordaient leur protection (Qui opprime un prosélyte, opprime Dieu). Mais ces mêmes
prosélytes étaient catégoriquement repoussés par les Hébreux orthodoxes de Jérusalem. (traduction libre d'après Eginhard
Meijering - Histoire du christianisme des origines, p.76).
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(4) Peu après son trépas, les disciples de Jésus
se réunirent à Jérusalem. Les textes dénommés 'Actes des Apôtres' nous renseignent sur le
nombre de participants à cette assemblée où Pierre prit la parole. ' En ces jours-là , Pierre
se tenait au milieu des frères; il y avait un groupe d'environ 120 personnes ' (Actes : I, 1,15).
Etant donné la tendance orientale à exagérer les récits, ce nombre de 120 est peu crédible. Il ne
faut pas perdre de vue que 'Les Actes' furent rédigés relativement tard (90-110) dans un pur dessein
de 'propagande' - certains linguistes cultivés connaisseurs de la Bible soupçonnent Luc d'être l'auteur
virtuel de ces 'Actes', mais sans avancer aucune preuve . Ce Luc ( un médecin syrien compagnon de Paul)
écrivit (probablement) 'son' Evangile sans doute sur l'instigation de ce dernier.
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(5) Selon certains auteurs (mais les chiffres ne sont
que pure spéculation), il existait en l'an 98 environ 42 endroits où se trouvait une communauté
chrétienne, et ces entités s'élevaient à 74 en 180. On estime que 4 % des habitants de Rome
étaient chrétiens en 250. En l'an 325, il y aurait eu plus de 550 communautés chrétiennes établies
dans le monde connu de cette époque. Mais elles ne représentaient partout qu'une minorité importante
de la population. Même lors du règne de Constantin, le christianisme était une religion minoritaire.
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(6) Plus récente est l'estimation de Rodney Stark.
Il projette mathématiquement le nombre de chrétiens en se basant sur la période allant de 40 à l'année 350.
Bien sûr, ce n'est aussi qu'une hypothèse, mais elle pourrait serrer la vérité de très près. Stark pense
que les chrétiens croissaient de 40 % par décennie (3,42 % par an) et arrive au résultat ci-après :
| ANNéE |
CHRETIENS |
POURCENTAGE DE LA POPULATION |
| 40 |
1.000 |
0,0017 |
| 50 |
1.400 |
0.0023 |
| 100 |
7.530 |
0.0126 |
| 150 |
40.496 |
0.07 |
| 200 |
217.795 |
0.36 |
| 250 |
1.171.556 |
1.9 |
| 300 |
6.299.832 |
10.5 |
| 350 |
33.882.008 |
56.5 |
Base : les 60 millions d'êtres constituant la population totale de l'empire sous le règne de Constantin.
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(7) Les auteurs non convertis racontent que la gent locale se moquait
des chrétiens. Celse (150), philosophe 'païen', et ennemi du christianisme était l'un d'eux. Voici un
exemple de cette littérature : "Que les personnes cultivées, sages et équilibrées se tiennent à l'écart,
sont de mauvaises recommandations, selon nous. Mais il faut y laisser aller l'ignorant, le borné, le mal
éduqué ou le simple d'esprit, car la chrétienté ne peut attirer que les âmes stupides, naïves et de niveau
médiocre, les esclaves, les femmes pauvres et les enfants. Mais quelle est la raison de l'échec quand on a
de l'instruction et qu'on apprécie la connaissance ? S'agit-il d'un obstacle qui empêche de rencontrer Dieu ? ".
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(8)
Luc l'évangéliste explique le voyage de Joseph et Marie à Bethléem en raison d'un recensement romain
de la population sous le règne de l'empereur Auguste. Mais les experts contestent la réalité de ce
recensement. De plus, la Judée ne devint une province romaine qu'après l'attribution d'une date à la
naissance de Jésus. Un comptage à domicile eut effectivement lieu en 6 ou 7 avant J.C., quand un certain
Quirinius gouvernait, mais en Judée, Samarie et Idumée (les provinces de Judée et de Syrie étaient soumises
aux Romains) et certainement pas en Galilée, semi-indépendante (où résidaient les parents de Jésus).
Le but de cet enregistrement était d'instituer l'impôt sur les propriétés foncières (les recenseurs se
déplaçaient et non les recensés). Si ces faits correspondent à la réalité - et tel semble être le cas -
le voyage à Bethléem était inutile et n'a jamais eu lieu. Pas plus que la naissance de Jésus dans une étable.
Et si pourtant Joseph s'était rendu à Bethléem ? Pourquoi, selon Luc, devait-il accomplir cette randonnée?
N'était-ce pas à cause de sa profession, comme le croit F.O.Busch ? N'admet-on pas généralement que Joseph
était charpentier ? ('tektron' en grec). Mais toujours selon Busch : ' En Palestine à cette époque, ce mot
signifiait aussi bien entrepreneur que maçon ou tailleur de pierres, mais pas charpentier. A part quelques
endroits boisés, la Palestine était alors un désert rocheux .Le bois étant rare, il n'était généralement pas
utilisé dans la construction des habitations - Toutes les maisons étaient en pierres et ne disposaient à la
campagne que d'une seule salle de séjour avec un toit voûté../... Et en ce temps-là, les habitants de Bethléem
étaient connus à la ronde à cause de leur réputation de tailleurs de pierres particulièrement doués .Ils étaient
très recherchés quand on entreprenait de grands travaux de construction à Jérusalem, Hébron et sur l'autre rive
de la mer Morte. N'est-il pas surprenant qu'avant 1914 on faisait encore venir des maçons de Bethléem pour édifier
des maisons à Nazareth? Dès que les pluies hivernales étaient terminées, ces ouvriers qualifiés se mettaient en
route et ne rentraient au pays qu'avant l'hiver suivant, en novembre, pour entretenir leurs champs...Des familles
rurales propriétaires de terres agricoles se transmettaient leurs biens de génération en génération. Leur exploitation
se faisait en commun par les membres de ces familles - et ce aussi en Palestine jusque avant 1914. Par conséquent,
Joseph devait retourner dans "sa propre ville" pour le recensement ! Et le fait d'avoir (temporairement) vécu
à Nazareth n'est peut être pas étranger à la reconstruction de Sephoris. Comme le suggère Ian Wilson , Jésus
aurait pu travailler avec son père dans cette dernière 'ville', capitale administrative de la Galilée. Hérode
Antipas l'avait en effet rebâtie et elle était devenue sa nouvelle capitale.Sephoris s'élevait à environ six kilomètres de Nazareth.
Jésus aurait pu également se prononcer dans ce sens (ses paroles relatives au style de la menuiserie)
(Luc 6, 47-49; 14,28-30; 20, 17 = entrepreneur). Mais la Nazareth d'alors était-elle identique à l'actuelle ?
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(9) La généalogie de Jésus, selon Luc, constitue une
autre énigme... Il mentionne (Luc 1,39) que Joseph descendant de David dut, pour ce motif,
se rendre à Jérusalem pour le recensement. Sanders remarque à juste titre que : " Selon la généalogie
de Luc, David vécut 42 générations avant celle de Joseph... En pratique ,si quelqu'un pouvait vraiment
remonter à autant d'ascendances , il semblerait qu'il aurait des ancêtres incalculables (En remontant
à la vingtième génération, leur nombre est déjà considérable). David devait certainement avoir eu des
dizaines de milliers de descendants toujours vivants à cette époque. A-t-on pu les identifier tous ?
Dans l'affirmative comment auraient-ils pu être enregistrés dans un aussi petit village ? ".
(Traduction libre d'après Sanders, Mythe, p.111).
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(10) Papias d'Hiérapolis écrit en 130 (d'après Eusèbe):
'Quand quelqu'un ayant rendu visite aux Anciens (les collaborateurs des apôtres encore en vie)
venait me voir, je cherchais à savoir ce qu'ils avaient enseigné et interrogeais mon visiteur :
que dit André à ce sujet, et Pierre (Képhas), Philippe, Thomas ou Jacques, Jean ou Matthieu ou encore
tout autre apôtre de Jésus, et que dirent aussi Ariston et Jean d'Ephèse et bien d'autres disciples
du Seigneur? Ce que les livres décrivaient me paraissait moins crédible que ce que nous avions appris
d'abord oralement et entendu raconter sur la base de souvenirs '.
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(11) Papias, évêque d'Hiérapolis (province Asie) dans
la première décennie du deuxième siècle, avait eu l'avantage de rencontrer et interroger les successeurs
des premiers disciples de Pierre, Philippe, Thomas, Jacques, Jean et Matthieu. Pour Papias, ils représentaient
la 'voix vivante' du Seigneur, à laquelle il accordait plus de foi qu'à ce que les livres racontaient.
(Papias était un compatriote de Polycarpe de Smyrne. Tous deux étaient des élèves du 'presbytre' Jean.
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(12) En ce qui concerne les évangélistes, des experts
admettent que les premières citations attribuées à Jésus et écrites sur le papyrus étaient nécessaires
(fonctionnellement) pour diverses raisons (par exemple pour se défendre, pour convaincre autrui, pour
annoter des citations lors de débats, etc.). Ces Saintes écritures furent rassemblées plus tard et
transcrites sur papyrus par des auteurs anonymes (sans doute par rubriques) à l'intention d'une communauté
bien déterminée (les textes auraient donc pu être différents selon les groupes auxquels ils étaient destinés) ;
ils étaient donc adaptés aux besoins d'une communauté déterminée dans un temps délimité. Les recueils de ces
Saintes écritures s'abreuvent à la source des Evangiles initiaux rudimentaires composés par des inconnus
(proto-évangiles) . Des Evangiles précoces ne virent le jour qu'après un processus de développement.
On admet les environs de l'an 70 comme la date d'apparition du tout premier, mais les compilations initiales
de citations furent sans doute les oeuvres d'auteurs anonymes, accolées maladroitement les unes à la suite
des autres de manière à obtenir un récit plus ou moins complet. Et peut-être les noms des évangélistes que
nous connaissons actuellement ne furent-ils décernés que beaucoup plus tard, comme le croit Sanders,
probablement au début du second siècle (mais je ne partage pas son avis). L'anonymat était alors plus
fiable qu'il ne l'est maintenant, ce qui peut paraître étonnant.
D'après R.L. Fox, les premiers Evangiles auraient pu être rédigés entre 30 et 50 après J.C. Robert Lane Fox : La Bible, vérité et fiction, p.218.
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(13) Pour Sanders les évangélistes sont des 'théologiens idéalistes'.
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(14) B.Chilton explique que le 'cercle rabbinique' constitue l'unique déclaration des Evangiles 'synoptiques'.
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(15) (Evangiles et exactitude) Les inexactitudes que
contiennent les Evangiles est un phénomène logique. On a très tôt commencé à les recopier.
Les premiers copistes étaient des amateurs qui n'étaient pas toujours très soigneux (négligences et fautes
d'orthographe) . Par leur caractère propre et leur but, ces écrits devaient persuader.On les destinait à un
usage déterminé : éduquer et fonder de nouvelles communautés. On n'était pas très regardant sur l'exactitude
tant que 'l'esprit' du message était respecté (la transcription n'était guère rigoureuse). Bien souvent on
étudiait des textes par coeur car les livres étaient insuffisants, et ainsi la tradition orale était respectée.
Des rectifications de textes étaient parfois faites arbitrairement et en connaissance de cause par certains
transcripteurs. Leur tendance à améliorer l'écriture de leur propre chef (selon ce qu'ils croyaient être juste)
les conduisait à introduire des ajouts ou à procéder à des suppressions (Traduction libre d'après Vansegbroek).
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(16) Thomas, 54: 'Soyez bienheureux vous les pauvres, car le royaume des Cieux vous appartient'.
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(17) Luc 6, 20 : Il (Jésus) leva les yeux, regarda
ses disciples et dit : ' Bienheureux toi qui es pauvre, car le royaume de Dieu t'appartient '.
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(18) Luc, 16, 19-26 : ' Il y avait un homme riche qui
était vêtu de pourpre et de lin et qui se traitait magnifiquement tous les jours. Il y avait
aussi un pauvre appelé Lazare, étendu à sa porte, tout couvert d'ulcères, qui eut bien voulu se
rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche; mais personne ne lui en donnait : et les
chiens venaient lui lécher ses plaies. Or il arriva que ce pauvre mourut et fut emporté par les anges
dans le sein d'Abraham. Le riche mourut aussi et eut l'enfer pour sépulcre. Et lorsqu'il était dans
les tourments il leva les yeux et vit de loin Abraham et Lazare en son sein; et s'écriant, il dit
ces paroles : Père Abraham ayez pitié de moi et envoyez-moi Lazare, afin qu'il trempe le bout de
son doigt dans l'eau pour me rafraîchir la langue, parce que je souffre d'extrêmes tourments
dans cette flamme. Mais Abraham lui répondit : Mon fils, souvenez-vous que vous avez reçu vos biens
dans votre vie et que Lazare n'y a eu que des maux; c'est pourquoi il est maintenant dans la
consolation et vous dans les tourments. De plus il y a pour toujours un grand abîme entre nous
et vous ; de sorte que ceux qui voudraient passer d'ici vers vous ne le peuvent, comme on ne peut passer ici du lieu où vous êtes '.
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(19)) Luc fait aussi dire à Jésus: ' Et Jésus voyant
qu'il était devenu triste, dit : Qu'il est difficile pour ceux qui ont des richesses d'entrer dans
le royaume de Dieu ! Il est plus aisé qu'un chameau passe par le trou d'une aiguille, qu'il ne l'est
qu'un riche entre dans le royaume de Dieu ! ' (Luc 18, 24-25). En d'autres mots, ce qu'il nomme royaume
de Dieu sera difficilement accessible au riche, pas parce qu'il aurait commis un méfait, mais uniquement
à cause de sa richesse. Ce qui peut signifier que l'attachement aux possessions terrestres verouille la porte d'accès du bonheur.
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(20)Et toujours de Luc 6, 24: ' Mais malheur
à vous riches, parce que vous avez votre consolation dans ce monde '
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(21) Mais si beaucoup de biens ou être riche peut
apporter la malédiction, goûter les délices terrestres n'est pas plus à conseiller. Ecoutons
Jésus ( Luc 6, 21 etc.) : ' Vous êtes bienheureux, vous qui avez faim maintenant,
parce que vous serez rassasiés. Vous êtes bienheureux, vous qui pleurez maintenant, parce que
vous rirez ' . Mais soyez sur vos gardes vous les riches, car vous avez eu votre satisfaction.
Et vous autres aussi qui êtes rassasiés, car vous connaîtrez la faim. Et soyez avertis vous qui
riez en ce moment, car le chagrin vous envahira et vous pleurerez'. Le rire est même suspecté de menacer l'état de béatitude.
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(22) L'apôtre Jacques peut à peine dissimuler (à juste titre peut-être)
sa haine des riches : ' Mais vous riches, pleurez; poussez des cris et comme des hurlements dans
la vue des misères qui doivent fondre sur vous . La pourriture consume les richesses que vous gardez,
les vers mangent les vêtements que vous avez en réserve. La rouille gâte l'or et l'argent que vous
cachez, et cette rouille s'élèvera en témoignage contre vous et dévorera votre chair comme un feu.
C'est là le trésor de colère que vous vous amassez pour les derniers jours. Sachez que le salaire
que vous faites perdre aux ouvriers qui ont fait la récolte de vos champs crie contre vous et que
leurs cris sont montés jusqu'aux oreilles du Dieu des armées. Vous avez vécu sur la terre dans les
délices et dans le luxe; vous vous êtes engraissés comme des victimes préparées pour le jour du sacrifice.
Vous avez condamné et tué le juste, sans qu'il vous eût résisté. Mais vous mes frères, persévérez dans la
patience jusqu'à l'avènement du Seigneur '. (Epître de Jacques 5, 1-7). On peut avoir ici un
aperçu de la manière dont les riches (ou certains d'entre eux) traitaient leurs travailleurs (réduits à l'esclavage à cause de leurs dettes ?).
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(23) Les Evangiles permettent de nouveau à Jésus de renverser
momentanément des valeurs sûres de son temps, afin sans doute de parvenir à une morale épurée.
C'est ainsi qu'il prend régulièrement ses repas avec des personnages de mauvais aloi (considérés
comme tels par les Juifs) et qu'il s'entretient sans le moindre problème avec des publicains
(le plus souvent collaborateurs des Romains et des Hérodes), des prostituées et des 'pécheurs' .
Les disciples de Jésus sont critiqués par ceux de Jean le Baptiste parce qu'ils ne pratiquent pas
le jeûne. Le Christ semble avoir été un bon vivant (' un amateur de bonne chère' , Matthieu 11, 18-19;
Luc 7, 33-34 ). A noter aussi les expressions ' les premiers seront les derniers et les derniers
les premiers ' (Mt.19; Marc 10, 31; Mt.20, 16; Luc 13
, 30; Marc 9, 35) ; ' chacun doit redevenir comme un enfant ' (Mt. 18, 1-4; Marc 10, 13-16;
Luc 18, 15-17). Voir également la parabole du propriétaire terrien ayant engagé plusieurs
travailleurs à des heures différentes et qui, la journée terminée, règle un salaire identique à chacun d'entre
eux (Mt. 20, 1-16). Et celle du roi qui envoie des invitations pour célébrer les
noces de son fils, mais ne voyant venir personne, convie les passants qu'il rencontre à l'extérieur. (Mt.22, 1-10).
Jésus ne laisse-t-il pas ses disciples procéder aux récoltes les jours de sabbat (Mt.12, 1; Marc 2, 23) ?
Et le Christ ne guérit-il pas aussi une femme un jour saint et ne réplique-t-il pas vertement à ses détracteurs (Luc, 13, 10) ?
Il ne se lave même pas avant de manger... ( Luc 11, 37 etc.). Ce sont donc des conduites et des opinions ne
correspondant pas du tout à la morale et aux us juifs de l'époque et Jésus ne s'en soucie vraiment pas !
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(24) Les régions que les Romains contrôlaient avaient surtout
fait l'objet de conquêtes. Rome menait parfois une politique coloniale très rude et ces contrées qui
résistaient à l'envahisseur constituaient une proie idéale pour y lever des impôts. Les procurateurs s'en
donnaient à coeur joie et ne laissaient passer aucune occasion de s'enrichir aux dépens de l'Etat. Tous les
moyens étaient bons. Ponce dit Pilate, un ancien officier de cavalerie, était le modèle même de ces
procurateurs (préfets). Ce nom de Ponce (Pontius) semble être originaire de Samnium. (' Pilatus ' - Pilate - signifie 'javelot'
arme avec laquelle Ponce se serait distingué à l'armée). L' empereur lui avait sans doute accordé
cet instrument en guise de récompense honorifique. Procurateur de l'empire, Ponce Pilate dépendait
du légat de Syrie. Celui-ci, Lucien Vitellius, l'avait nommé sur la recommandation de Séjan, conseiller
de Tibère. Ponce Pilate dirigeait la Judée, mais son pouvoir avait des limites. Pourtant, comme il était
également préfet, il avait entre ses mains les rênes de la police et de l'armée. Une série d'incidents
dont il avait été le responsable peu après son entrée en fonction lui avait valu l'inimitié des Juifs.
Il avait aussi permis à ses troupes de transporter en plein jour les aigles d'argent et d'autres
emblèmes militaires de Césarée à Jérusalem, alors que les Hébreux interdisaient la représentation de symboles
et autre iconographie. Pilate avait dû en subir les fâcheuses conséquences. Lorsqu'il utilisa une partie des
fonds du saint trésor 'le corban' afin de construire un aqueduc indispensable, le peuple se souleva.
Philon d'Alexandrie (25-50 après J.C.) parle d'une troisième émeute provoquée par le geste de Romains
ayant suspendu dans le prétoire des boucliers en or consacrés au seul empereur Tibère. Il s'agissait
d'un pur hommage qui ne comportait aucune autre représentation. Les Juifs considérèrent néanmoins que
cette exposition dans l'ancien palais royal constituait une injure très grave et ils déposèrent plainte contre le procurateur auprès de l'empereur.
Les écus devaient disparaître.
Aux yeux de Rome, ce procurateur n'était pas à la hauteur. Dans une lettre à Philon, Agrippa Ier qualifie Pilate
d'un caractère dur et inflexible.( Il s'agit donc de ce que Philon fait dire à Agrippa). Il lui reproche corruption ,
actes violents, vols, mauvais traitements, humiliations, continuelles exécutions sans aucun jugement et cruautés
insupportables. Sa dureté et son inexorabilité étaient la cause de situations insoutenables et les Romains
eux-mêmes en avaient ras le bol. Le gouverneur Vitellius (commandant du corps de troupe) de Syrie rappela Pilate
en 36 après qu'il eût fait massacrer Simon le magicien et un groupe important de Samaritains à l'occasion de leur
rassemblement sur leur montagne sainte de Gerizim. Mais il s'agissait vraisemblablement d'un malentendu reposant
sur une information fautive et une mauvaise interprétation des services de renseignements de Pilate (ils pensaient
en effet que les Samaritains préparaient un complot contre Rome).
( Corban signifie littéralement offrande. D'après l'enseignement des érudits, les dons au Temple ne pouvaient
être destinés à un usage profane, car ils étaient pour Dieu. Dans l'ivrite - l'hébreu moderne - ce mot trouve toujours sa place).
Mais on doit rester prudent concernant les rubriques relatives à Ponce Pilate. Philon était Juif
et il haïssait les Romains. Le Pilate des Evangiles qui voulait libérer Jésus ne correspond certes pas à celui
que Flavius et Agrippa décrivent. Par ailleurs, les évangélistes espèrent faire adopter 'la bonne nouvelle'
et ils ne s'en tirent pas trop mal - et en tant que Romain, Ponce Pilate ne s'en sort pas trop mal non plus -
(même quand Jésus doit mourir). Comme procurateur, il ne fut sans doute pas meilleur - fut-il pire ? - que
d'autres gouverneurs qui sans cesse devaient réprimer les mouvements séditieux parmi le peuple. Concession et
douceur étaient considérées comme des signes de faiblesse.
Pilate fut démis de ses fonctions. Il dut aller à Rome en 39 pour rendre des comptes à l'empereur.
Tibère étant mort, ce fut son successeur Caligula qui le dégrada sans même avoir entendu la totalité de ce
qu'il voulait exposer pour se justifier. Le nouveau César considérait comme un mauvais présage la façon dont
ce procurateur avait agi à l'encontre des Juifs tout au long de ce mandat en les provoquant sans cesse. Mais
(selon Barnett Paul , 78) la situation politique telle qu'elle se présentait à Rome aurait pu être le conséquence
de la mise à pied de Pilate. Celui-ci était le protégé de Séjan. Suivant Philon , Séjan avait pris des mesures
contre les Juifs en Italie (Légation à Gaius 159-161). Après le trépas de Séjan, Tibère envoya une lettre à ses
préfets pour leur interdire de sévir contre les coutumes hébraïques. C'est à partir de ce moment que Pilate devint
véritablement vulnérable (La hiérarchie du Temple était alors très puissante et pouvait mettre Ponce Pilate sous pression
dans le but de faire exécuter Jésus-Christ ' car autrement il contrarierait l'empereur ' . Après la chute de Séjan,
les prêtres supérieurs usèrent de leur pouvoir pour intimider Pilate).
On ne sait comment se termina la vie de Ponce Pilate. La relation de son bannissement à Vienne, en Gaule,
la description de son tombeau, le mont portant son nom en Suisse sont autant de fantaisies que le récit
de son suicide. L'Evangile apocryphe tardif de Nicodème ( quatrième siècle - Les Actes de Pilate) soutient
que Pilate - vu sa tentative de sauver Jésus - était plus estimé par les premiers chrétiens que par les Juifs, haïsseurs des Romains.
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(25) L'hellénisation des Hébreux de la diaspora ressort
des inscriptions relevées dans les catacombes juives de la Rome antique. 74% sont en grec,
24% environ en latin et moins de 2 % dans les idiomes hébraïque et araméen
( Finegam, L'archéologie du Nouveau Testament, Princeton Press, 1992).
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(26) Les Zélotes radicaux (et les Sicariens) luttaient
pour - selon eux - se libérer de la société aliénée et refusaient de payer les impôts,
croyant que Dieu enverrait un Messie qui délivrerait Israel des Romains. Ils avaient organisé
la résistance dans les montagnes et tentaient d'imposer leur messianisme politique par la violence.
On sait que parmi les premiers suiveurs de Jésus se trouvaient aussi des Zélotes. Simon le Zélote est
mentionné comme un très proche du Christ ( Luc 6, 15). Selon certains auteurs, Judas, le désenchanté,
aurait été un Sicarien. Effectivement les membres de cette tribu étaient des assassins.
Et d'autres textes suggèrent que la capture de Jésus ne se serait pas déroulée sans brutalité.
L'historien ecclésiastique Lactance (250-330) cite le témoignage de Sussien Hieroclès, fonctionnaire supérieur
à l'époque des persécutions de Dioclétien contre les chrétiens. Il avait successivement été procurateur
de Phénicie, Arabie, Libanie, Bithynie et finalement préfet d'Egypte. Suivant Hieroclès, Jésus étant ' à la tête
de neuf cents partisans, il fut vaincu et emmené prisonnier par les Juifs' ( Carmichael, 'La mort de Jésus', Moussault, Amsterdam, 1967, p.131).
Un texte hébreu médiéval paraphrasant Flavius Josèphe raconte que Jésus avait plus de deux mille
partisans au mont des Oliviers (Ib. Les écrits de Flavius en slavon (russe ancien) ont été édités
en deux volumes par Robert Eisler dans la série 'Religionswissenschaftliche Bibliothek, Carl
Winters Universitätbuchland, Heidelberg, 1929, p.Lp xxv et p.II, 253).
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(27) Les Sadducéens provenaient d'une classe riche
et aristocratique, mais ils étaient surtout bien représentés au sein du puissant clergé de Jérusalem
(Flavius Josèphe parle d'eux comme des membres d'une 'secte'). Si la plupart des Sadducéens étaient
sans doute prêtres, on ne peut toutefois les identifier à l'ensemble du clergé. Ils comptaient aussi
dans leurs rangs des marchands fortunés, des fonctionnaires gouvernementaux et des représentants de
bien d'autres professions (Russel, 46). En réalité, ils détenaient les rênes du pouvoir et surtout celles
des affaires religieuses. Ils étaient les descendants de Sadoc, ce prêtre qui avait soutenu Salomon
dans sa lutte pour conquérir le trône. En guise de remerciement, le roi l'avait élevé au grade le
plus élevé des ordres religieux et ce titre était héréditaire. Ecoutons le prophète Ezéchiel : ' Les
emplacements au côté nord (du Temple) sont destinés aux prêtres qui desservent l'autel. Ils sont les
fils de Sadoc qui ,étant les seuls enfants de Levi ,ont le droit de paraître devant la divinité pour le servir '(Echéchiel, 40. 45).
Les Sadducéens faisaient tout leur possible pour se maintenir au pouvoir. Quand Jésus parut
devant les aristocrates cléricaux du Temple, ils avaient déjà imité le mode de vie grec avant
d'adopter celui des Romains. Ils dirigeaient aussi le Sanhedrin, Cour suprême de Justice ,
ainsi que le Conseil d'Etat juif. Ils suivaient les precriptions de la Thora et se préoccupaient
à peine de la Mishnah. Et surtout ils ne croyaient aucunement à la résurrection des morts et encore
moins au châtiment après le trépas; en revanche, ils célébraient la vie dans sa plénitude.Ils se
satisfaisaient des tables de la Loi de Moïse ; Dieu récompense et punit ici-bas. Le libre arbitre
était pour eux primordial. Il n'était pas question de prédestination (divine) et ils étaient d'avis
que l'âme disparaissait avec le corps. Ils plaçaient l'être au premier plan, l'estimant responsable
de son propre bonheur ou de son malheur, mais à la fin, il devait rendre des comptes à son Dieu.
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(28) Les Pharisiens étaient tout le contraire des Sadducéens
et ils convoitaient leur puissance.Il s'ensuivit donc une lutte à peine dissimulée (en général de discussions)
entre 'la Synagogue et le Temple'. Les Pharisiens appartenaient principalement à la classe dite moyenne.
On les appelait les exégètes de la Loi. Et pour cette raison notamment, ils se situaient aux côtés du
peuple avec lequel ils entretenaient des contacts étroits, palabrant avec les gens rencontrés quotidiennement
dans les venelles et dans les synagogues ,où ils engageaient même parfois des débats animés. Les Pharisiens
étaient généralement des laïques qui s'étaient intéressés à la connaissance de la Loi souvent par intérêt,
dans le but de l'interpréter et de la faire concorder avec la vie habituelle de l'homme de tous les jours.
Par conséquent, ils étaient les précurseurs des rabbins. Ils étaient considérés comme des professeurs
chargés d' expliquer la Loi en utilisant un idiome compréhensible par tous. C'était leur manière de se
rendre populaires.Ils croyaient au destin, à la prédestination et à l'immortalité de l'âme. Leur influence
sur le peuple était donc relativement importante, mais leur puissance effective était assez faible.
Au temps des Asmonéens, ils représentaient une force politique très grande, mais ils furent réduits
au silence sous le règne de Hérode le Grand qui détestait les interventionnistes. A ce moment ,les
Pharisiens étaient au nombre de 6000, si l'on en croit Sanders.
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(29) Marc dit très explicitement que certains scribes
recherchent la faveur du peuple; tout en s'enrichissant, ils s'impliquent complètement dans
la lutte pour le pouvoir. Autrement dit : ils ont une double face. Marc ne mentionne pas le
nom 'Pharisien' mais son texte le laisse deviner. Ecoutons-le (Marc 12, 38,39,40) lorsqu'en
enseignant, il lance l'avertissement suivant : ' Et il leur disait en instruisant : Gardez-vous
des scribes qui aiment se promener avec de longues robes, et à être salués sur les places publiques;
à occuper les premières chaires dans les synagogues et les premières places dans les festins; qui
envahissent les maisons des veuves, sous le prétexte qu'ils y font de longues prières.
Ces personnes en recevront une condamnation plus rigoureuse '.
Restons prudents quant aux considérations générales relatives aux Pharisiens ! Ils n'étaient
évidemment pas tous corrompus...pas plus que les prêtres ! Mais on sait qu'en général le clergé sadducéen était très consciencieux.
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(30) Le préjugé contre les Pharisiens était vraisemblablement
beaucoup plus profondément ancré. Au cours des siècles, leurs commentaires avaient progressivement
dépouillé la Loi de sons sens véritable et ramené les obligations religieuses (l'exercice des
commandements et des interdits) à de simples formalités peu significatives. Les reproches
spécifiques (valables dans ce contexte) que Matthieu et Luc adressent aux Pharisiens montrent sans
ambages que la dimension spirituelle avait beaucoup souffert :
' Mais malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, parce que vous fermez aux hommes le royaume
des cieux : car vous n'y entrez pas vous-mêmes et vous vous opposez encore à ceux qui désirent y entrer.
Malheur à vous docteurs de la Loi, qui vous êtes saisis de la clef de la science et qui n'y étant pas
entrés vous-mêmes l'avez encore fermée à ceux qui voulaient y entrer ' (Matthieu 23, 13 et Luc 11,52).
Analysons ces points. En enseignant et expliquant la Thora et en l'appliquant à la vie quotidienne,
les Pharisiens ont voulu 'démocratiser' la religion afin de la personnaliser pour la rendre plus intelligible
au commun des mortels. La synagogue était le lieu le plus propice pour propager la
Thora, car ce temple était devenu un instrument puissant non seulement à Jérusalem mais aussi
dans la diaspora. Le pharisaïsme s'était finalement imprégné très fortement de légalisme qui l'avait
conduit en douceur au formalisme mentionné ci-avant , pour aboutir à nouveau à une sorte d'apparence
et d'invraisemblance ' (Russel, 45). Il ne faut bien entendu pas classer la
totalité des Pharisiens dans une seule catégorie. car de leurs rangs ont émergé les grands
maîtres Shammai et Hillel. Ce dernier, d'origine babylonienne, vécut aux environs de 50 av.
J.C. jusque 10 après J.C. et fut particulièrement apprécié par les Juifs. Il était un homme
modéré et réputé par maints discours très sages qui, par certains aspects, montraient des ressemblances avec
ceux que Jésus, son contemporain tardif, tiendrait plus tard. Le Christ était par exemple très proche des
opinions avancées par Hillel, connu surtout comme réformateur de la Loi. Et l'on doit particulièrement
souligner que ce seront les Pharisiens qui défendront les chrétiens. Ainsi, ce sera le professeur de
Paul, Gamaliël, qui sauvera la vie des apôtres (Actes 5, 17-42). David Flusser insiste sur ce qui suit :
quand en l'an 62, Jacques, frère de Jésus , et d'autres compères sans aucun droit réel, sont condamnés,
les Pharisiens adressent une supplique au roi qui, accédant à leur requête, démet le grand-prêtre Ananos de ses
fonctions (Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, 20,199-203).
Certains auteurs prétendent que Jésus était lui-même un Pharisien, car il expliquait assez souvent
des textes ayant trait à la vie de tous les jours. L'inimitié manifestée aux Pharisiens ne serait
apparue que bien plus tard et aurait été provoquée par les invectives de Paul (il avait pourtant été
l'élève du talentueux Gamaliël), ce qui conduisit pour terminer à la rupture entre juifs et chrétiens.
Rien n'indique au surplus que Jésus voulait assouplir, entre autres règles hébraïques, celle de la circoncision.
Les Pharisiens ne furent pas diabolisés par Jésus, mais bien par Paul et, plus tard, par les premiers auteurs
chrétiens (Wilson,292). Toutefois , n'oublions pas que les Pharisiens n'avaient ni poursuivi ni exécuté Jésus et
qu'ils étaient encore moins les alliés de Ponce-Pilate. Ils n'étaient pas non plus opposés à la conversion des gentils.
Ils enseignaient que la Loi avait été transmise par le Dieu Tout-puissant, qu'elle était sainte,
ne pouvait être modifiée et était universelle. Elle était donc destinée à tous, païens et Juifs et ,
pour cette raison, il était indispensable d'expliquer la Thora partout et toujours à ceux qui étaient
disposés et capables d'écouter(Wilson, 142). Les Pharisiens sont certainement à l'origine de la tradition
rabbinique telle qu'elle se pratique encore à l'heure actuelle.
Selon l'Evangile de Thomas (rapportant les paroles secrètes du Christ Vivant et transcrites par
Didyme Judas Thomas), Jésus déclare lui-même que les Pharisiens sont les détenteurs de la gnose : sentence 39
' Les Pharisiens et les scribes ont reçu les clés de la connaissance et les ont mises à l'abri...'
L'antipathie à l'encontre des Pharisiens peut encore avoir une autre cause (E.Trocmé, 130). On ne peut perdre
de vue que l'Evangile de Matthieu a été rédigé vers 90-95. Jérusalem était tombée 20 ans auparavant et
Jochanan ben Zakkai, un Pharisien, avait obtenu des Romains l'autorisation de créer une école rabbinique
à Jamnia. Cet établissement était rigoureux en ce qui concernait le vécu de la loi juive.Après la chute de
Jérusalem, un judaïsme de stricte observance avait émergé et il était peu disposé à conclure des compromis
avec d'autres tendances, les chrétiennes notamment. L'Evangile de Matthieu tente à nouveau d'attirer les
synagogues hellénisantes aux idées chrétiennes, mais ce sera pourtant la thèse de l'école de Jamnia qui l'emportera.
( traduction libre d'après Trocmé). L'antipathie que Matthieu porte aux Pharisiens est donc fondée. Cette
école de Jamnia fut par la suite décisivement considérée comme la détentrice de la religion juive, coulée
dans ce moule pharisien. Gamaliël II, en charge du Sanhédrin de Jamnia à la fin du premier siècle, convoqua
une assemblée générale à laquelle la totalité de la judaïté était représentée. Il y fit dresser une liste
des écrits appartenant au canon biblique (juif) et fit ajouter une phrase à la douzième des dix-huit
bénédictions récitées dans les synagogues; il s'agissait d'un anathème maudissant aussi bien les minimes (païens)
que les Nazaréens. Par conséquent, les derniers chrétiens assidus des synagogues furent exclus. S'il
faut accorder foi au quatrième Evangile, on les avait chassés avant !
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(31) ' Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, parce que
vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat, tandis qu'intérieurement ils sont remplis de vols et d'impuretés '
(Matthieu 23, 25). Presque tout le chapitre 23 constitue une agression contre les scribes et surtout les Pharisiens.
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(32) ' Ainsi que les installations à la mer Morte, où
ils habitaient, n'ayant que des palmiers en guise de compagnons' (Pline l'Ancien, Histoire naturelle,
5e livre). L'appellation 'Essénien' couvre vraisemblablement plusieurs groupes n'ayant pas toujours
les mêmes convictions religieuses ni le . respect identique de certaines valeurs, mais qui, néanmoins,
se ressemblent sur plusieurs points (Russel,47). La Thora et son étude formaient la base de leur vie en commun.
Etant donné que les communes dans les environs de Qumràm représentait sans doute une tendance importante
dans le judaïsme palestinien, on doit considérer que la judaïcité ne correspondait pas toujours à l'image
d'une société gérée par les rabbis pharisiens (Van Segbroek,p.69). Telle était certainement la situation
du vivant de Jésus. Que celui-ci ait, d'après les Evangiles, été régulièrement en conflit avec les Pharisiens
et autres érudits, pourrait démontrer que le Nouveau Testament fut écrit à une époque où les querelles avec
le rabbinisme au delà de l'an 70 furent très fréquentes après la fondation de l'Ecole de Jamnia. Mais attention !
Il n'existe aucune certitude. Jésus a pu observer les événements quotidiens de son entourage et exprimer très
vertement son opinion (voir note 23). On peut facilement dépister sa personnalité à l'occasion des remontrances
qu'on lui adresse parce qu'il ignore les ablutions d'avant les repas (Luc 11, 37 etc.). Du moins ...
si les paroles qu'on lui a attribuées sont bien siennes !
Trocmé soutient que les Esséniens auraient eu une influence certaine sur les tout
premiers chrétiens. Les Esséniens ignoraient la propriété privée et leur morale était stricte. Quiconque enfreignait les
règles était exclu de la communauté. Leur intérêt pour le baptême était remarquable; ils prenaient leurs repas en
commun et ils aidaient les veuves et les orphelins.Ce sont ces caractéristiques que l'on retrouve dans l'Eglise
primitive de Jérusalem.On y dénote aussi la diversité des dénominations qualifiant Jésus et extraites du riche
vocabulaire messianique : souverain, sauveur, messie. Les Esséniens avaient effectivement propagé ces appellations.
Une mission scientifique récente a découvert qu'un quartier essénien avait bien existé à Jérusalem.
(Trocmé, Les premières années du christianisme, p.32).
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(33) Les premiers chrétiens étaient essentiellement
des citadins et cette situation se prolongea assez longtemps. Les coutumes païennes de la campagne
étaient beaucoup plus profondément ancrées et les conversions furent plus tardives . Stark (p.10)
souligne que le mot 'paganisme' confirme cette situation.'Paganus' (païen) signifie littéralement 'habitant de la plaine',
soit celui qui, en général, ' n'était pas chrétien' (mais bien païen). Certains auteurs décrivent le christianisme
du début comme une 'religion de Cockney' qui ne s'adressait qu'au petit peuple des grandes villes (Robin Lane Fox, p.273).
Meijering présente une autre version assez valable des difficultés relatives de la chrétienté pour s'implanter
à la campagne. Les prédicateurs parlaient surtout le grec, langue peu connue en dehors des agglomérations;
les contacts entre ces personnes aussi différentes n'étaient donc guère très aisés (traduction libre d'après
Meijering, Histoire du christianisme des origines, p.450, note 26).
Irénée, évêque de Lyon, fit plus tard une constatation assez identique, car la grande majorité des habitants
de son diocèse ne parlaient qu'un idiome celtique.
Selon les Evangiles, il s'agit ici d'un contraste frappant avec la manière de procéder de Jésus qui prêchait
rarement dans les villes et prenait même grand soin de les éviter. Et quand il lui arriva de se trouver sur
le territoire de Dekapolis (deux fois, d'après Marc), on ne peut déceler qu'il se rendit dans l'enceinte des
cités. Il évita aussi Tyr et Sidon réputées pour leur corruption. Entouré habituellement de gens simples,
Jésus allait de village en village, dédaignant le cosmopolitisme urbain. Son 'quartier général ' se situait
à Capharnaùm, mais il cheminait inlassablement à l'instar des romanichels contemporains (on pourrait également
le comparer aux cyniques ambulants), n'ayant sans doute ni épouse ni enfants, mais suivi par des fidèles des
deux sexes. Ces indications sont fournies par les Evangiles.
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(34) A.N Wilson écrit : "...Dans le climat explosif
des années 33-64 on rencontrait beaucoup de messies et de mouvements messianiques dans le judaïsme.
La plupart des Juifs religieux engagés politiquement luttaient pour libérer Jérusalem du joug des Romains ,
croyant que l'Oint du Seigneur mettrait tout en oeuvre pour obtenir cette délivrance " (A.N.Wilson. Paul.1977.16)
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(35) La littérature profane mentionne sectes,
formations et courants qui proliférèrent à cette époque. Des interprétations variées, des croyances
divergentes et des influences multiples qui ne correspondent pas
du tout aux conceptions développées par les parties en présence sont aussi dévoilées.
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(36) Marc rapporte les réactions des habitants de Nazareth quand
ils sont mis en présence des agissements de Jésus. Ils sont (désagréablement) surpris et demandent : "N'est-il pas le
charpentier, le fils de Marie et le frère de Jacques et Joseph et Judas et Simon? Et ses soeurs ne demeurent-elles
pas chez nous ? Et ils y virent scandale " (Marc 6, 3). Jean aussi parle des frères de Jésus qui , n'appréciant
guère ses démonstrations, lui demandèrent de quitter la Galilée, 'car ils ne croyaient pas en lui '(Jean 7,5).
Flavius Josèphe ( Antiquités judaïques.XX.200) signale qu'un frère de Jésus dénommé Jacques fut condamné à
mort par des prêtres de haut rang. Selon une information qui lui aurait été confiée par Hegesippe (260-340),
Eusèbe raconte dans son 'Histoire ecclésiastique' qu'après Jacques, un cousin de Jésus, Siméon, eut la commune
en charge et que deux petits-fils de Judas, un autre frère du Christ, furent mis aux arrêts et durent paraître devant
l'empereur romain Domitien (81-96) parce qu'ils auraient été prétendants au trône hébreu , mais n'étant que de
pauvres paysans, ils furent immédiatement disculpés.
' Après leur libération, ils dirigèrent l'Eglise en tant que témoins et parents du Seigneur '( Eusèbe,
Histoire ecclésiastique.III.35). Si les faits rapportés sont exacts, ils restèrent à la tête de l'Eglise
palestinienne jusque l'année 98, sous le règne de l'empereur Trajan.
Des passages de l'Evangile de Marc constituent un grand problème pour les catholiques romains. En effet,
si Jésus avait des frères (entre autres Jacques , son aîné présumé) et des soeurs, comment Marie pouvait-elle
être vierge ?Jérôme se posa cette question avec acuité quand il rédigea sa 'Vulgate' entre 386 et 405.Dans sa
traduction, il escamota le mot 'frères' par celui de 'cousins'. Les ouvrages de l'Eglise catholique romaine
restèrent fidèles à l'interprétation de Jérôme pendant très longtemps, car les rectifications n'eurent lieu
que récemment. Jérôme était un falsificateur né : dans sa Vulgate, n'avait-il pas aussi déformé des textes
et de l'Ancien et du Nouveau Testament dans le but de conformer la traduction de la Bible à l'enseignement
chrétien 'orthodoxe ' ? Les textes évangéliques utilisent toutefois le mot adelphi , ce qui signifie 'frères'.
Pour cousins, on se servait d'anepsioi, comme le fait Paul dans son épître aux Colossiens( Col.4, 10) (Duquesne, 72).
Par ailleurs, certaines écritures apocryphes (Evangiles de Jacques et Pierre) soulignent que les parents de Marie
avaient décidé de consacrer leur fille au Seigneur (= le Temple). Ceci signifiait qu'elle devait rester vierge.
On ne peut non plus exclure l'hypothèse que Joseph était veuf et avait conçu plusieurs enfants avant d'épouser Marie.
Jésus aurait été son premier né(Luc.2,7) (Si ceci est véridique, Jacques était donc plus jeune que Jésus. Dans le
cas contraire, alors Joseph aurait vraiment eu des enfants d'un mariage précédent).
Je penche personnellement pour une version du Talmud. Marie peut avoir été la mère - la très jeune mère peut-être -
du fruit du viol d'un soldat romain ou d'un simple quidam. (Sa mère Marie était la fiancée enceinte de Joseph quand
ils se mirent en ménage) (Matthieu.1, 18). (Le Talmud cite même le nom du légionnaire romain violenteur : Panthera.
Paul avait tourné la difficulté en transformant ce nom en celui de 'Panthena' (vierge) . Des recherches auraient
permis de localiser un certain Panthera dans un bivouac de la légion romaine stationné sur les rives du Rhin. Ce
soldat aurait été en poste à Césarée peu avant la naissance du Christ qui aurait alors été dénommé Jehoshua Ben Panthera.
Il faut naturellement aborder ce texte avec les réserves d'usage sans pour autant le rejeter totalement). Joseph adulte,
veuf peut-être, aurait alors épousé la toute jeune maman ou aurait eut l'intention de le faire avant le viol, ce qui de
toute façon ne l'aurait pas fait renoncer à son projet (par amour, dévouement, compassion, simplement pour avoir une
compagne ou encore parce qu'il était doué d'une très grande bonté). Ce ne sont évidemment que de pures spéculations.
On doit certainement se méfier du contenu du Talmud qui considère les chrétiens comme de parfaits crétins et tente,
par cette histoire, de placer le fondateur (un bâtard !) de la chrétienté sous un mauvais jour.
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(37) Il existe en effet une probabilité. Si l'on se réfère au
texte de Marc mentionné ci-avant et que l'on ait tendance à classer Jésus dans la classe artisanale,
l'anthropologie aurait vite fait de nous rappeler qu'une véritable classe moyenne était pratiquement
inconnue dans le plat pays, suivant les données de Crossan (Crossan, op.Cit).
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(38)
Duquesne écrit par exemple que les plus grands rabbis, les scribes les plus connus n'ont jamais
développé de complexe de supériorité, car ils étaient de simples bûcherons, cordonniers, boulangers, etc. '
Quand l'artisan travaille, il ne doit en aucun cas se lever en présence de l'intellectuel réputé '
disaient les rabbis. Et les charpentiers étaient particulièrement visés. Des experts prétendent que
'charpentier ' dans l'idiome local et en grec aurait pu signifier qu'il s'agissait d'un petit entrepreneur.
On exige surtout de lui l'exactitude lui permettant de calculer la juste mesure. Pour cette raison, il
devait être droit en tout et Matthieu lui décernait la qualification de ' rectitude'. Le Talmud, dépositaire
de l'Ecriture, explique que, lors d'un débat judiciaire délicat, il fut demandé s'il se trouvait dans le
prétoire un charpentier ou son fils pour répondre à la question posée ' (Duquesne, 31).
L'interprétation du Nouveau Testament concorde pourtant avec l'avis de Crossan. En tant que charpentier, Joseph
ne semble pas avoir joué un rôle prépondérant : au Temple, en guise de rituel de purification, il offrit une
tourterelle à Marie, c'est-à-dire une offrande de pauvres gens.
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(39) Récit de Jean (12.6-7) : ' Il (Judas) dit ceci, non pas
parce que les pauvres le préoccupaient, mais parce qu'il était un voleur et qu'il pillait la bourse
dont il avait la garde ' . La caisse n'était donc pas continuellement vide; le texte ci-dessus le prouve.
On sait également que Jésus était convié régulièrement à certaines agapes( Marc 2. 15-17,
Levi le publicain); (Luc 7. 36-50 , un Pharisien inconnu); (Luc 19, 1-10, Zachée, chef publicain).
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(40) A ce sujet, les Actes sont très clairs concernant la vie des premiers
chrétiens : " Ils se penchaient très sérieusement sur l'enseignement des apôtres, restant fidèles à
la vie communautaire et au rituel de la rupture du pain Tous ceux qui avaient embrassé la foi étaient
à l'unisson et avaient mis tous leurs biens en commun; ils avaient pris l'habitude de vendre leurs
possessions et leurs marchandises pour que chacun put en tirer profit. Ils visitaient tous le Temple
fidèlement et quotidiennement, rompaient le pain ici ou ailleurs, jouissant ensemble de leurs nourritures
dans la joie et la simplicité du coeur (Actes 2. 42 et suivants).
Cette belle unanimité des premières années ne tint pourtant pas très longtemps. On peut constater que
cette discipline très stricte se relâcha assez vite, tandis que la possession des biens en commun
disparut pour faire place à une activité caritative. (Galates 2.10 et Romains 15. 25-27)
(Traduction libre d'après Trocmé, 42).
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(41) Et plus avant : " Car il n'y avait aucun nécessiteux parmi eux;
parce que tous ceux qui possédaient des terres ou des maisons les vendaient et remettaient aux apôtres les
liquidités qu'ils en retiraient; on les distribuait ensuite à chacun selon ses besoins " (Actes 4. 34,35).
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(42) Ici aussi on doit nuancer : les propriétaires ne partageaient
naturellement pas tous leurs biens, mais ils offraient uniquement le superflu. Ils exerçaient l' amour patriarcal ',
comme le dit si bien Meijering (traduction libre d'après Meijering, Histoire du Christianisme des origines, p.105).
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(43) Déjà au terme de la République, la méfiance des détenteurs du
pouvoir était grande vis-à-vis d'associations politiques et de cercles philanthropiques. Les empereurs s'empressèrent
de les liquider, car les autocrates redoutaient la force des organisations sociales. Cette politique fut la règle
générale et elle eut parfois des conséquences sensibles. C'est ainsi qu'Auguste ne permit qu' à de très anciennes
associations de subsister. Après l'incendie qui ravagea Nicomédie, Pline le Jeune, gouverneur de Bithynie en 112,
demanda à l'empereur Trajan d'accepter la création d'un corps de pompiers volontaires qui n'excéderait pas 150 hommes.
Comme un tel nombre était aisément contrôlable, le consentement du souverain était escompté. Mais Trajan ne voulut
rien entendre : il estimait que cette corporation aurait pu présenter un grand danger et conséquemment il rejetta la requête de Pline.
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(44) Dans une lettre à Philémon, qu'il avait converti,
Paul intervient en faveur de son esclave Onésime, en fuite après avoir été soupçonné de vol par son
maître. L'apôtre lui enjoint de retourner chez Philémon et prie celui-ci d'être clément tout en lui
demandant d'examiner la possibilité de son émancipation (Phil.1, 16) "Peut-être était-ce la vraie raison de son
éloignement ? Il te reviendra définitivement, plus comme ton esclave, mais pour être considéré sous un autre jour,
c'est-à-dire comme un frère aimé. C'est ce qu'il est déjà pour moi, beaucoup plus que pour toi, en tant qu ' être et chrétien ".
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(45)Calixte (ou Calliste) esclave affranchi par un maître chrétien devint même évêque de
Rome (217-225).
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(46) A cette époque , les finances des paysans étaient au plus
bas. ' L'agriculture ainsi que la propriété terrienne constituaient le fondement économique de la Judée-
Palestine et la source principale de ses revenus. Le gouvernement romain et les autorités juives ne l'ignoraient
point. La confiscation de propriétés, l'installation sur les terres conquises d'anciens légionnaires romains,
la corruption et autres manipulations douteuses étaient monnaie courante. Les petits paysans s'appauvrissaient de
plus en plus au dépens de propriétaires terriens de plus en plus importants. Dans les années 20 et 60, la pression
fiscale s'accrut et des moissons calamiteuses ancrèrent la famine, tandis que les épidémies décimaient la population '.
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(47) Matthieu confirme indirectement l'existence du chômage à la
campagne (Matt.20, 1-16). Dans la parabole des ouvriers et de la vigne, un viticulteur est à la recherche de
journaliers. Et il les trouve sans difficulté aussi bien au début de la matinée qu'à la troisième, sixième et
neuvième heure. Quand il cherche à la onzième heure (15 h.), des chômeurs attendent toujours leur embauche.
L'employeur leur demande alors : " Etes-vous vraiment sans travail toute la journée ? " . Et ils répondent : " Personne n'a loué nos services" .
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(48) Par nature, les paysans étaient conservateurs et
partisans du statu quo. Ils étaient méfiants à l'encontre de toute association. On doit néanmoins
constater qu'en désespoir de cause un bon nombre d'entre eux rejoignaient les rangs des Zélotes;
étant ruinés, ils étaient placés devant le dilemme suivant :
ou ils devenaient esclaves à cause de leurs dettes ou ils sympathisaient avec les desperados
qui avaient tourné le dos à toute forme d'ordre social établi. Quand ils étaient finalement acculés,
ils prenaient plutôt le parti des Zélotes. Juste avant la chute de Jérusalem, c'était surtout les ouvriers
agricoles qui constituaient leur majorité, mais ils ne s'entendaient pas toujours entre eux et ils en
venaient régulièrement aux poings. C'est ce que conte Josèphe Flavius dans ses Antiquités juives.
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(49) D'après les Evangiles, les exigences que Jésus requiert de ses compagnons sont toujours identiques :
Luc 14, 12-33 : " Celui qui entre vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple " .
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(50) ) Le récit du jeune riche que l'on trouve dans
Matthieu.19,16-22 est très édifiant : " Alors un jeune homme s'approcha et
lui dit : Bon maître, quel bien faut-il que je fasse pour acquérir la Vie éternelle ?
Jésus lui répondit : Pourquoi m'appelez-vous bon ? Dieu seul est bon ! Si vous voulez entrer dans la Vie,
gardez les commandements. Quels commandements ? lui dit-il. Jésus répondit : Vous ne tuerez point; vous ne commettrez
pas d'adultère; vous ne déroberez point; vous ne ferez pas de faux témoignage. Honorez votre père et votre mère et
aimez votre prochain comme vous- même. Ce jeune homme lui répondit :
J'ai gardé tous ces commandements dans ma jeunesse, que me manque-t- il encore ? Jésus lui dit :
Si vous voulez être parfait, allez, vendez ce que vous avez et donnez-le aux pauvres et vous aurez un trésor au Ciel,
puis venez et suivez-moi . Ce jeune homme s'en alla tout triste après avoir entendu ces paroles parce qu'il avait de grands biens ".
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(51) " Alors un homme nommé Ananie et sa femme Saphire vendirent un
fonds de terrain, et cet homme, ayant retenu de concert avec son épouse une partie du prix qu'il en avait reçu,
apporta le reste et le déposa aux pieds des apôtres. Mais Pierre dit : comment le diable a-t-il tenté votre coeur,
jusqu'à vous faire mentir au Saint-Esprit et détourner une partie du prix de ce fonds de terre ? Ne vous serait-il
pas toujours demeuré si vous aviez voulu le garder; et après même l'avoir vendu , le montant touché ne vous appartenait-il
pas encore ? Comment avez-vous donc conçu ce dessein dans votre coeur ? Ce n'est pas aux hommes que vous avez menti,
mais à Dieu. Ananie, ayant entendu ces paroles, tomba et mourut ; et tous ceux qui en entendirent parler furent saisis d'un grand effroi ".
(Actes 5, 1-5). Hélas ! c'est également ce sort qui frappera Saphire quand elle se présentera.
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(52) Tout allait comme un charme à Jérusalem, si l'on
en croit les Actes 6,7 : " Cependant la parole du Seigneur se répandait de plus en plus et
le nombre de disciples augmentait constamment à Jérusalem.
Et beaucoup de prêtres étaient aussi attirés par la foi ". Cette phrase doit être interprétée avec les
réserves d'usage, mais peut-être s'agit-il d'une indication que le christianisme initial était une affaire
purement juive, étant donné que le succès des premières conversions sont dues aux prêtres et/ou aux fonctionnaires familiers des temples.
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(53) Il existe plusieurs hypothèses concernant
l'extension aussi rapide du christianisme dans les lieux les plus divers, sans qu'il soit
encore question de missions planifiées. Voici quelques raisons (matérielles) de cet essaimage :
1) Beaucoup de chrétiens étaient Juifs et leurs contacts avec la communauté israélite de la 'lointaine
diaspora ' étaient permanents. Ceci peut justifier la présence de ces premiers fidèles aux coins les plus reculés
de l'empire où des Hébreux séjournaient (des zones d'habitat juives ont déjà pu être décelées à Lyon après la
chute de Jérusalem ou après la deuxième révolte juive).
2) La destruction de Jérusalem par les Romains rendait impossible la cohabitation entre chrétiens
'gentils' et partisans hébreux de Jésus.Ces derniers furent marginalisés (Ebionites et Nazaréens).
Les chrétiens 'gentils' ne devaient plus rendre des comptes aux 'circoncis' de Jérusalem (Wilson 29).
3) L'empire romain s'efforça d'accroître ces multiples classes d'esclaves dociles et fit en sorte que les marchands
puissent atteindre les populations en créant des routes commerciales (Wilson 29).
4) Les premiers chrétiens étaient dans la ligne de mire des marchands grecs et orientaux (par exemple
Dura Europos et Afrique du Nord).
5) Les légions romaines furent des agents indirects du développement, surtout en Occident (p.e.
Bretagne du Nord).
6) L'intolérance des schismes qui divisèrent les chrétiens poussèrent les déviants à s'éloigner du berceau
d'origine (en s'installant dans le nord de l'Afrique, p.e.).
7) Pour fuir les persécutions, des communautés chrétiennes s'installèrent dans des contrées plus clémentes.
Elles choisissaient le calme de la campagne et évitaient les villes (p.e. dans les rudes plaines d'Arménie, après les persécutions d'Adrien).
8) Un autre facteur souvent oublié de l'extension de la 'lingua franca' dans l'empire romain de
l'époque fut le grec. Dans maintes cités, les chrétiens zélateurs (helléniques) pouvaient s'expliquer sans trop de difficultés.
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(54) On part de la constatation que le christianisme continua de se propager . Stark ( p.90 et suivantes)
pense que la cause (doit ?) en être trouvée dans les maladies contagieuses. Quand deux épidémies
décimèrent sans doute plusieurs millions de personnes en moins d'un siècle, les chrétiens ne s'enfuirent
point. Au contraire, ils se seraient occupés activement de leurs malades, suivant ainsi l'enseignement
de leur religion. Les non- chrétiens s'en allèrent en grand nombre, abandonnant dans la panique des membres
de leur famille et des amis qui réclamaient leurs soins. Une réaction assez normale et compréhensible en ces
temps reculés. La médecine moderne sait que les malades contaminés ont plus de chance de survivre quand ils
reçoivent le traitement adéquat, surtout au stade initial ( Mac Neill Wiliam, ' Plaies du peuple ' ,
1976, Garden City, NY : Doubleday).
Le taux de survie des chrétiens était étonnement élevé et de toute manière plus important que celui des
païen, abandonnés à leur sort, quand, dans la mesure du possible, ils n'étaient pas aidés par leurs
compatriotes convertis . Et si, grâce à ce secours, ils guérissaient, alors leur gratitude était immense
à l'égard des disciples du Galiléen. Ceux-ci augmentaient constamment en nombre, car le païen, une fois
guéri, ne pouvait plus compter sur les autres gentils qui, ou avaient fui ou avaient été décimés; comme
il devait se reconstituer une vie sociale, il n'est pas exclu qu'accompagné des membres de sa famille,
il ait rejoint ces croyants qui lui avaient permis de survivre et ait adopté leur religion. D'un autre côté,
il n'est pas à exclure que le christianisme ne se soit développé qu'à cause de son amour du prochain
'effectif' sachant que les gentils avaient constaté que les miracles des chrétiens n'auraient pu être
réalisés que parce que leur taux de mortalité était moins élevé, leur permettant ainsi de sauver leurs prochains.
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(55) Jacques, un frère de Jésus, surnommé le Tsaddiek (le Juste)
aurait été le chef de l'Eglise de Jérusalem. Il était un homme pieux et modeste; il inspirait tant
de respect qu'il eut la permission de revêtir l'habit sacerdotal. (A l'origine, la chrétienté était
constituée de trois groupes : ceux de Jacques et de Pierre et celui d'Etienne qui ne fonctionna qu'un
court moment). Jacques était un Juif orthodoxe qui refusait les errements des gentils convertis au
christianisme. Ces Juifs chrétiens divergeaient sur deux points avec leurs compatriotes : ils étaient
convaincus que Jésus de Nazareth était apparu comme le Messie ou un dernier prophète et ils entretenaient
dans leur communauté un lien très fort que l'on a qualifié de "communisme primitif. On peut admettre que
les tout premiers chrétiens ont édifié une liturgie assez bien structurée. Quand les prières juives étaient
récitées, les membres de la communauté chrétienne se réunissaient dans le parvis du temple où ils attiraient
l'attention du peuple, tandis que les réactions du clergé établi étaient mitigées. On ignore pratiquement
tout des repas quotidiens pris en commun où intervenaient des rites liturgiques; il s'agissait d'agapes
plus ou moins privées ayant lieu dans les habitations des frères. Les premiers disciples de Jésus
ajoutaient de nouveaux éléments au rituel juif et le soir précédant le sabbat ou le lendemain matin ,
on célébrait à domicile la résurrection du Christ (en évoquant ses apparitions). Il faut peut-être y
voir l'origine de la pratique de la messe dominicale (traduction libre d'après Trocmé).
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(56) (Hilberink.133) Les prescriptions religieuses
de la Thora destinées aux Juifs étaient au nombre de 613 ( 365 commandements et 248 interdictions).
Après la réunion ecclésiale de Jérusalem, les precriptions destinées aux gentils (incirconcis)
chrétiens furent drastiquement ramenées à 4 : ne pas manger de viande saignante, ne pas boire de sang,
ne pas se marier hors des règles, croire à la résurrection et à la rédemption.
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(57) Il n'est indiqué nulle part que Jésus devait répandre
son message messianique en dehors de la judéité. Le contraire est cependant parfois bien réel :
lire le passage relatif à la femme samaritaine. Ce n'est qu'après le décès de Jésus-Christ que,
dans les Actes des Apôtres, son message est valables pour l'humanité. Le Talmud mentionne que Jésus
ne se soumettait pas à certaines coutumes religieuses juives.
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(58) D'après une enquête réalisée par Shinn en 1983,
il ressort qu'un tiers des Américains membres du mouvement Hare-Krishna étaient originaires de familles juives non pratiquantes.
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(59) Flavius Josèphe mentionne qu'après avoir conquis
Jérusalem en 67, Caïus Cestius dut se retirer précipitamment, et les habitants de Damas le surent.
Mais ils prirent le parti des Romains vaincus et emprisonnèrent beaucoup de Juifs résidant parmi eux.
Ils les avaient enfermés dans un gymnase dans le but de les tuer. L'historien précise : ' Ils (les Damascéniens)
craignaient surtout que leurs femmes qui pratiquaient dans leur grande majorité la religion hébraïque ne le sachent.
Ils mirent donc tout en oeuvre pour qu'elles ignorent leurs intentions ' .
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(60) De récentes découvertes détaillent comment et par
qui l'hellène (le grec koinè) était parlé dans la Galilée de Jésus. Rappelons qu'Hérode Ier
le Grand avait fait du grec la langue officielle de son royaume. ' A la campagne, le grec restait naturellement
la seconde langue. Mais il est certain qu'il prenait de plus en plus d'importance en Palestine. On trouve dans
l'araméen un nombre croissant de mots provenant du grec et les Juifs aux noms hellènes n'étaient plus une rareté.
Les Esséniens eux-mêmes, d'habitude réfractaires à tout ce qui était étranger, ne pouvaient se dispenser de
parler cette langue. On a trouvé à Qumran des fragments de papyrus dont certaines pièces présentaient la
traduction grecque de l'Ancien Testament... Dans les sermons de Jésus, on ne trouve pratiquement aucune trace
de philosophie hellénistique sur la vie, mais il n'est pas explicitement contre les critères de cette philosophie '
(E.Meijering, Histoire du christianisme des origines,p.18-41).
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(61) Etienne, Juif hellénisé, avait un sens certain du renouveau.
Il prétendait qu'en suivant pas à pas l'histoire juive, on pouvait constater sans aucun doute possible qu'
Iahvé s'était manifesté en dehors de Jérusalem et que le temple de cette cité n'était pas l'unique endroit
où l'on pouvait honorer Dieu. Etienne déclara sans ambages devant le Sanhedrin: " Le Tout-puissant n'habite
pas dans ce qui a été construit de la main de l'homme. Comme le prophète l'énonce : le Ciel est mon trône à
Moi, la terre un support pour Mes pieds. Quel genre de maison Me construirez-vous donc, dit le Seigneur, ou
quel sera l'endroit de Mon repos ? Ma main n'a-t-elle donc pas tout créé ? " (Actes.7, 48-50). Autrement dit,
Etienne fait du judaïsme une religion qui n'a plus rien de tribal; de la Thora, un livre que l'on ne doit pas
toujours littéralement interpréter. Ce discours provoqua un fameux remue-ménage parmi les (grands) prêtres .
Etienne fut alors traîné hors de la ville par les zélateurs surexcités pour être lapidé (avec le 'blasphème'
comme justification). On prétend qu'il affirma avoir eu une vision de Jésus debout à la droite de Dieu. (Wilson 24).
Il ne faut pas considérer comme si exceptionnelle l'histoire de la croyance d'Etienne. Suivant l'information
de Flavius Josèphe , on sait que l'enseignement du Christ attira bon nombre de Juifs et de Grecs.
La confirmation viendrait-elle de la suggestion qu'il s'exprimait parfois sommairement en grec? Quel idiome
utilisait-il par exemple quand il s'entretenait avec une femme syro-phénicienne ? (Marc.7,26).
Matthieu (4,25) dit aussi : Et un grand nombre de personnes le suivirent :
de la Galilée, de la Décapole, de Jérusalem, de la Judée et d'au-delà du Jourdain. Mais (d'après les Juifs 'impurs' )
Jésus ne se rendit jamais dans les villes de la Décapole, ce qui laisse supposer qu'il était un Juif assez orthodoxe.
" Le nom de Décapole (du grec 'Dix-villes' ) apparaît pour la premère fois chez Josèphe Flavius (Bell III, 9-7)
en 70 après J.C., chez Marc (5.20 : 7,31) et Matthieu (4.25). J.Flavius écrit que Skythopolis est la plus grande agglomération
de la Décapole (Bell III,446) . Des dix villes, elle est la seule à être située sur la rive occidentale du Jourdain,
à environ 20 km.au sud du lac de Genesareth, au croisement d'artères vitales de l'Antiquité.
Dans la plus ancienne liste connue des cités de la Décapole, Pline cite en 79 après J.C. : Damas(?),
Philadelphia, Raphana, Skythopolis, Gadara, Hippos, Dion, Gelasa (=Gerasa), Gergesa et Kanatha
(Histoire Naturelle 5.74). D'autres auteurs plus tardifs citent moins de dix villes et leurs dénominations sont différentes.
Le rôle de ces cités à l'époque du Christ reste assez obscur. Certains croient qu'elles auraient servi de tampon entre
les Etats juif d'une part et nabatéen d'autre part, après leur conquête par Pompée en 64 avant J.C. Il n'existe
aucune indication relative à un statut confédéral. On parlait beaucoup l'idiome hellène en Décapole.
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(62) La situation d'Etienne et de ses compagnons hellénisés est un peu semblable à celle que les Juifs
'émancipés' du 19e siècle subissait.Ils avaient pleinement conscience de leur judéité,
mais ils ne pouvaient (et ne voulaient surtout pas) ignorer les conceptions d'une nouvelle société qui était aussi la leur.
Ils devaient sortir de leur marginalité et deux façons étaient envisageables :
ou ils s'assimilaient totalement - et s'il y avait urgence, ils pouvaient par exemple se convertir au catholicisme -
ou ils embrassaient la modernité en se tournant vers une espèce de judaïsme 'réformé',
libéral et tolérant une foi qui n'était plus ethnique.
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(63) Les Actes des Apôtres.15, 19 à 21 : "C'est pourquoi je juge qu'il
ne faut point inquiéter ceux d'entre les gentils qui se convertissent à Dieu, mais qu'on doit seulement leur écrire qu'ils
s'abstiennent des souillures, des idoles, de la fornication, des chairs étouffées et du sang. Quant aux Juifs,
il y a depuis longtemps en chaque ville des hommes qui leur annoncent les enseignements de Moïse dans les synagogues,
où on les lit chaque jour du sabbat ". Ces écrits rendaient à nouveau possible l'existence de communautés mixtes.
Car pour Jacques, une vie en commun de croyants d'origine juive et de païens convertis n'était pas évidente.
Ces règles, destinées en premier lieu aux Eglises de Syrie et de Cilicie, furent plus tard adoptées partout (Trocmé, 77).
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(64) Déjà en 1831 un prédicateur de l'Ecole de Tübingen
(F.C. Bauer) signalait qu'à l'origine, il n'y avait pas un Evangile unique mais bien deux. L'un ,enseigné à
l'Eglise de Jérusalem par les frères de Jésus, Jacques et Pierre, soulignait qu'il était indispensable, même
pour les convertis non-Juifs, d'accepter la totalité des lois hébraïques - comprenant notamment la circoncision,
les règles alimentaires et celles du mariage - avant de devenir un fidèle de Jésus (Wilson, 154).
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(65) Des récits divers circulent au sujet de Paul (Saul = le petit).
Il aurait été originaire de Tarse, parfois surnommée l ' 'Antioche sur Cydnus '. Tarse était un port prospère
auquel Paul devait vraisemblablement son penchant pour la navigation. Deux cultes importants étaient pratiqués
dans cette ville. En premier lieu on y honorait le culte d'Héraclès, qui avait notamment emprunté aux religions
orientales la croyance ' de la mort et de la renaissance '. Tarse était également un centre où le dieu Mithra
était adoré. Du taureau abattu par Héraclès s'écoule non seulement le sang, mais aussi et ,à profusion ,la
vie et le grain. C'était le symbole du renouvellement de la vie, aussi par delà le tombeau. Les habitants de
Tarse étaient des adeptes des Theoi Soteres et vénéraient leurs dieux rédempteurs (Wilson 40).
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(66) Paul était assez égocentrique ( à constater dans son épître
aux Galates !) et il ne s'entendait pas avec les 'circoncis' de Jérusalem. Non seulement il
était Juif, mais en plus, depuis sa naissance, il bénéficiait du droit civil romain, transmis sans doute
par ses parents ou ses grands-parents (ce droit avait-il été acheté ?) . Il parlait le grec et appartenait
à trois mondes. Ses géniteurs semblent avoir été des Juifs orthodoxes de stricte appartenance qui parlaient
l'hébreu et respectaient à leur domicile les us traditionnels (Selon Jérôme, ses parents auraient été originaires
de Giscala (Galilée), en auraient été expulsés par les Romains et se seraient alors installés à Tarse).
Ils étaient persuadés de l'excellence d'une éducation religieuse, et pour réaliser ce but, ils avaient
envoyé leur fils à Jérusalem où demeurait vraisemblablement une soeur mariée plus âgée. C'est là, en
effet, qu'il apprit tout des habitudes et de la manière de vivre de ses co-religionnaires. Mais il a
pu être également un personnage agité et aventureux qui considérait Kefas (Pierre), Jacques et leur
entourage trop vieux jeu. Paul voulait un renouvellement total. Il avait d'abord étudié chez Gamaliel
l'Ancien (lui-même élève du renommé Hillel), où il avait appris la Thora. Après s'être affilié au pharisianisme,
il constata assez rapidement que la Thora constituait une barrière à sa propre liberté. Il décida par la suite
de devenir zélateur au service des chrétiens dont il estimait devoir aménager l'enseignement. Voilà donc le récit que l'on lit la plupart du temps.
Mais d'autres informations relatives à Paul ont été diffusées. On sait que Paul parlait le grec; il pensait
et lisait aussi dans cette langue. Certains disent même qu'il aurait pu être Hellène et pas du tout Juif.
Les Ebionites, qui respectaient scrupuleusement les usages hébreux ,ne pouvaient pardonner à Paul d'avoir
déformé le message originel de Jésus en l'ouvrant aux non-Juifs. Dans un manuscrit arabe du dixième siècle
et originaire d'Istamboul (analysé par Shlomo Pines) se trouvent des indices d'écrits ébionites où il est
reproché à Paul non pas tellement de convertir les Romains au christianisme, mais bien de rendre possible
que des chrétiens deviennent Romains. Suivant Epiphane, auteur du quatrième siècle, les Ebionites croyaient
que ' le saint apôtre Paul n'était pas du tout un Juif, mais bien un Grec venu à Jérusalem afin d'épouser
la fille d'un prêtre. Pour être en état de se marier, il se fit circoncire et se convertit au judaïsme.
Ne la recevant néanmoins pas comme épouse, il se mit dans une rage inouie et se retourna dans ses épîtres
contre la circoncision, le sabbat et la Loi ' (traduction libre d'après Wilson).
Dans son épître aux Philippins, il souligne (trop peut-être) qu' il est un Juif 'circoncis au huitième jour,
étant de la race d'Israël, de la tribu de Benjamin, né hébreu de pères hébreux ' (Philippins.3, 5).
Et, pour conclure, jetons un coup d'oeil sur l'écrit ( non fiable) d'un chrétien orthodoxe. Les actions
de Paul (160) contiennent la soi-disant légende de Thekla. Ce texte donne même une description de
l'homme Paul : une petite taille, les cheveux clairsemés et des jambes bancales, un corp sain, des
genoux pointus, de grands yeux, des sourcils broussailleux, un nez assez crochu et surtout un grand
charisme; ressemblant tantôt à un être humain, tantôt à un ange.
Dans son ouvrage 'La vie secrète de Saint Paul ' (Editions Robert Laffont, S.A. 1972) Robert Amberlain
prétend que Paul était réellement un prince idumien. Sa théorie semble intéressante, mais nous ne pouvons la développer dans ce cadre.
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(67) Le philosophe néo-platonicien Porphyre (270)
s'attarde sur le différend entre Pierre et Paul. Dans son oeuvre 'Contre les chrétiens ', il se demande
comment les 'saints fondateurs' d'une soi-disant Eglise 'véridique', les apôtres, pourraient être
infaillibles si ces piliers du christianisme se disputent déjà entre eux. Ceci implique que parmi les premiers
chrétiens, une partie au moins des adhérents pensait que l'autre partie avait certainement tort.
On peut constater que ces oppositions virent assez rapidement le jour dans une épître aux Galates
(vers l'an 50) par laquelle Paul met en garde contre les prédications déformées. Ce serait ces
divergences dans l'annonce de la 'bonne nouvelle ' qui auraient abouti à une assemblée des Eglises à Jérusalem
en 48. Mais on peut admettre que déjà des positions schismatiques naquirent dans les 15 à 20 années après la
crucifixion de Jésus ( Hilberink 137) . Paul lui-même n'est pas du tout rassuré quand il retourne à Jérusalem :
il se méfie des partisans de la judaïcité et redoute même pour sa vie; c'est ce qu'il ressort des 'Actes des
Apôtres'. Mais dans ce contexte, on doit toujours s'interroger sur le quotient de véracité de ces écritures.
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(68) Stark (p.66) avance une hypothèse intéressante.
Il suggère que le mouvement de Marcion est à resituer entièrement dans son opposition à l'influence
juive dominante (et à sa prédominance) au sein du nouveau groupement chrétien. Marcion considère
d'ailleurs que l' Ancien Testament était à exclure du nouvel enseignement. Le Dieu de ce Testament
était un être supérieur assoiffé de vengeance, ne s'occupant que du peuple d'Israël et, par conséquent,
ne satisfaisant que les Israélites. Marcion alla même très loin. Il prit ses distances à l'égard des
auteurs du Nouveau Testament qui, selon lui, flattaient trop les Hébreux (voir Matthieu, Marc,
Les Actes et l'Epître de Paul aux Hébreux). Seul l'Evangile révisé de Luc (sans le récit de la Nativité)
et dix épîtres de Paul trouvèrent grâce à ses yeux. Marcion se serait heurté à une' judaïcité' croissante
du christianisme. Stark pense même que l'antisémitisme des ouvrages de Jean Chrysostome aurait été dû à la très longue vague de conversions d'Israélites.
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(69) Le Juif Flavius Josèphe fut capturé lors de l'occupation de Jérusalem puis, après sa libération, il
passa à la romanité. Il décrit dans sa 'Guerre juive' les différents courants qui, en ce temps,
sillonnaient sa religion. S'occupant plus particulièrement des Esséniens, il raconte : " Ils méprisent
la richesse et leur sens communautaire est étonnant. Il est impossible de déceler parmi eux un individu
possédant plus qu'un autre.Le règlement impose en effet aux nouveaux membres d'abandonner leurs biens
à la secte, dès qu'ils s'y affilient. Et bien entendu on y trouve ni misère ni richesse excessives.
Tout appartient à la communauté et, tels des frères, ils en profitent tous "(122 Hilberinck 92).
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(70) Marc 1. 14-15 : " Mais après que Jean eût été mis en prison,
Jésus vint en Galilée, prêchant l'évangile du royaume de Dieu et disant : ' Le temps est accompli et le royaume de Dieu est proche :
faites pénitence et croyez à l'évangile' ".
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(71) Matthieu 16, 28 : " Je vous dis en vérité: il
y en a plusieurs parmi nous ici présents qui n'éprouveront point la mort avant d'avoir vu le Fils de l'homme venir en son Règne ".
Marc abonde dans ce sens : " En vérité, je vous de dis, certains d'entre vous ici présents
ne connaîtront pas la mort avant d'avoir constaté la venue du Règne de Dieu dans sa puissance immense".
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(72) Pour favoriser la venue de ce royaume qui devait
être nécessairement instauré, il fallait que l'ensemble des Juifs vivent selon les prescriptions de
la Thora et que paix et justice soient respectées. Les 'Actes 'considèrent que la parousie est un élément
primordial de la pensée hébraïque de cette époque. Ces 'Actes' constituent un deuxième ouvrage de
l'écrivain et débutent avec l'ultime réunion de Jésus et de ses apôtres (après sa soi-disant résurrection).
Hilberink remarque avec raison que les apôtres ne demandent pas au Christ comment il
peut apparaître en ce moment même, alors qu'il était mort (cette interrogation aurait naturellement été
du plus haut intérêt). Mais ils demandent en premier lieu : " Seigneur, allez-Vous maintenant rétablir le royaume d'Israël ? "
(Actes 1, 6).
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(73) Jésus répète à plusieurs reprises que le royaume des Cieux sera rétabli.
Il cite parfois le royaume de Dieu. Suivant Sanders, la notion de Dieu régnant dans la sphère
céleste était une opinion courante chez les Hébreux. Mais si Dieu n'avait pas entre-temps décidé d'intervenir
(très peu ?) dans la vie des êtres, le jour viendra pourtant où Il fera cesser l'histoire de l'homme et
gouvernera le monde. En résumé, le Royaume de Dieu existe déjà là-bas, a toujour été et sera ici dans le futur.
Telle est l'interprétation de Sanders.
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(74) Matthieu (24,44) fait dire à Jésus : " Toi aussi sois donc prêt,
car le Fils de l'homme arrive au moment où tu ne L'attends pas ".
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(75) Paul 1, Tess.4, 15 : "Et nous pouvons vous le transmettre
d'après un dire du Seigneur : nous qui restons en vie jusque l'avènement du Seigneur, en aucun cas, nous ne précéderons les morts ".
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(76) Jésus lui-même n'échappe pas à cette
pensée eschatologique (juive). Il était radical quant à l'eschatologie, dit Sanders, continuant comme suit
: 'il (Jésus) croyait que Dieu agirait péremptoirement et changerait aussi fondamentalement l'état des
choses. Comme presque tous les Hébreux du premier siècle, il était convaincu de la reconstruction du Temple
(après le retour). Mais, en vérité, il ne livrait aucun détail à ce sujet ' (Sanders, p.315).
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(77) Ceci doit être examiné à la lueur de toute la littérature
apocalyptique juive. Elle fut en vogue de 160 avant J.C. jusqu'à 90 après J.C., mais elle subsista encore
assez longtemps et fut assez populaire chez les premiers chrétiens. Le modèle de l'Apocalypse hébraïque se
situe nettement dans le canon du Nouveau Testament et plus particulièrement dans l'Apocalypse de Jean et
aussi dans ce que l'on désigne communément la Petite Apocalypse de Marc (13). Ceci n'a rien d'étonnant,
car le message des écrivains juifs de l'Apocalypse était conforme à l'espoir et à l'attente des chrétiens.
De plus, ils recommandaient aux humains de se distancier de ce monde du mal et de la turpitude et de se
préparer à l'instant de la fondation du Royaume de la justice et de la paix par le Dieu tout puissant. Et ce jour était très proche...
Au début de notre ère, les spéculations de certains Juifs concernant l'avènement du Royaume allaient bon train.
On pourrait les comparer avec celles des Témoins de Jéhovah qui, jusqu'il y a peu, et sans succès d'ailleurs,
faisaient des pronostics sur la date de la venue de leur Royaume. Ce groupement est également influencé par
l'eschatologie et il peut être comparé sur plusieurs points avec les chrétiens primitifs : le mode de
recrutement, la classe sociale, le refus du service militaire (voir Tertullien), se tenir à l'écart,
etc..Presentement, on ne peut plus considérer les Témoins de Jéhovah comme une secte, mais bien comme un culte.
Quand les espérances chrétiennes d'un retour rapide du Seigneur se furent révélées vaines,
ces oeuvres et leurs partisans chrétiens tombèrent en désuétude (Russel, p.80-81).
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(78) Meijering n'exclut pourtant pas que ' le cercle intime
des douze disciples ait été formé par Jésus en personne. En outre, d'autres groupes de fidèles ont existé
et ont pu fonctionner en tant que communautés locales. Lorsque le Christ était en vie, il avait donné son nom
à son propre groupe, comparable en principe avec ceux des prédicateurs itinérants ' (Meijering, Histoire du christianisme primitif, p.46-49).
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(79)Celse compare les chrétiens à un ' attroupement de grenouilles
coassant autour d'une mare ' ou à une ' agglomération de vers de terre qui se rassemblent dans un coin
dégoûtant et se demandent lequel d'entre eux a en ce moment même le plus grand péché sur la conscience...' (Origène, Contre Celse IV, 23).
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(80) Minucius Felix fait dire à Caelicius que les chrétiens se
présentent comme ' un peuple qui craint la clarté et se cache; ils se taisent en société mais, en aparté,
ils tiennent des conciliabules intarissables '(Minucius Felix, Octavien.8, 4)
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(81) Celse : " Si tous les êtres voulaient devenir chrétiens, les chrétiens ne voudraient plus être
chrétiens " Origène, Contre Celse. III, 9).
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(82) Lucien de Samosate (125-185) : " Les chrétiens ont
abandonné les dieux de la Grèce pour un sophiste crucifié, aussi mage, qui a dévoilé de nouveaux
mystères et s'est évertué à convaincre ses disciples qu'à lui seul les honneurs étaient dus. Si l'on
en croit les rumeurs, les chrétiens vénéraient la tête d'un âne et dévoraient de petits enfants à l'occasion
de leurs rites initiatiques(...). Se rendre complice de tels forfaits garantit que le secret sera bien gardé ".
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(83) Origène réagit contre Celse qui reproche à la chrétienté de se
destiner surtout à la conversion des citadins. Les chrétiens omettent de se consacrer aux habitants de la campagne,
ceci étant l'une de leurs caractéristiques. Origène répond :' Ils (les chrétiens) ne visitent pas uniquement
les villes, mais aussi les villages et les fermes, afin d'amener plus de gens à croire en Dieu '.
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(84) Cette sphère entourée de secrets et d'informations erronées
sur les assemblées chrétiennes était à la source de nombreuses médisances; ces réunions pieuses auraient été
un prétexte pour pratiquer le sexe en groupe, l'inceste, le cannibalisme, le meurtre rituel d'enfants, etc. entraînant ainsi des pogroms toujours répétés.
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(85) Celse : "Ils ne viennent jamais aux réunions de personnes
intelligentes et, partant, n'osent pas leur exposer leurs belles théories. Mais dès qu'ils voient des
jeunes gens ou une bande d'esclaves ou d'imbéciles, alors ils font les fanfarons et commencent leur discours (...)
On rencontre dans des habitations particulières, des cardeurs de laine, des cordonniers, des fouleurs, ainsi que
les êtres les moins cultivés ne possédant aucune éducation. A l'opposé, en présence de maîtres expérimentés sachant
penser, ils n'osent pas ouvrir la bouche; mais s'ils rencontrent leurs enfants et leurs femmes sans cervelle, et
s'ils peuvent leur parler séparément, alors ils débitent leurs sornettes miraculeuses
(...). Ils sont seuls à estimer comment il faut vivre (...). S'ils veulent vraiment le savoir, ils peuvent
laisser leurs pères et leurs mentors avec leurs sommes de connaissances et, accompagnés des femmes et de leurs
camarades de jeux, se rendre à l'atelier de tissage, à la stalle du cordonnier ou à l'atelier du fouleur afin
d'y atteindre la perfection". (Origène, Contre Celse III, 50-55).
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(86) Tatien écrit en rapport avec sa conversion : " Ma croyance dans l'Ecriture
fut occasionnée par le style sans prétention, la manière toute simple des orateurs... "
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(87) Robin Lane Fox pense que cette hypothèse ne peut en aucun cas être sérieusement étayée
(R.L. Fox ' Le rêve de Constantin ' ) .
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(88) L'empereur Julien, qui voulait rétablir le paganisme,
attira, dans plusieurs missives, l'attention des prêtres (païens) de certains sanctuaires sur le succès
du christianisme, dû en grande part à sa capacité d'aider les faibles et les malades moralement et matériellement.
Il les incita à prendre la chrétienté en exemple et surtout son éthique (l'amour du prochain), 'même si cet
intérêt était feint '. Ce fut un échec. Le paganisme avait vécu et n'avait plus la force de remonter le temps. La tradition sociale lui faisait défaut.
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(89) La Magie emprunte pratiquement tout son pouvoir à la manipulation
et aux dénominations.Le nom du Dieu des Juifs ne pouvait être prononcé et, ainsi, il incarnait la puissance.
Les dénominations attribuées aux anges du Dieu d'Israël étaient sensées et parfois efficaces pour les devins.
Pline et Lucien estiment que la magie était une dignité juive traditionnelle, bien que l'Ecriture l'eut interdite
(Wilson 140). ...Même ceux qui craignaient Dieu pouvaient l'invoquer, copier des textes,
car ils pouvaient consulter les livres saints hébreux. En faisant appel aux noms du Dieu d'Israël
et à ceux de ses anges, ils pouvaient exorciser les démons et guérir les malades; le mage qui usait
de ces pouvoirs devenait un personnage influent (Wilson 126). Pendant longtemps au Moyen-Âge, les
rabbins récitaient les psaumes à cause de leur signification astrologique et pour appuyer leurs prédictions.
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(90) Quand Paul et Barnabé guérirent à Lystra un prétendu paralysé,
les assistants crurent apercevoir Zeus et Mercure descendus sur terre après s'être parés en humains (Actes 14. 11-12).
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(91) Origène (né vers 185) crut même que les miracles
s'étaient prolongés jusqu'à son époque. Il trouvait que le succès originel du christianisme ne pouvait
être expliqué sans eux. Ces miracles incitaient les païens à abandonner leurs croyances. Mais on peut
constater qu'ils sont déjà moins nombreux quand Origène en débat. Il accentue en effet le facteur spirituel
et moral que constitue chaque conversion au christianisme.. Il dit par exemple que ' le recouvrement de la
ludicité interne grâce à la conversion est beaucoup plus significatif que la guérision d'un vrai (sic) aveugle '.
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(92) D'après Marc, les apôtres eux-mêmes n'étaient pas toujours
impressionnés par les miracles de Jésus. Ceux-ci n'ont pas toujours dû être convaincants puisque le Christ
devait régulièrement adjurer ses disciples fidèles de lui accorder plus de confiance. Les motivations de
Jésus ne sont pas toujours persuasives et Celse ironise car, dit-il, parfois il se fâche et menace.
De cette manière, continue Celse, il affiche son incapacité à convaincre, alors qu'un dieu et même
un homme doué de raison le pourraient... (Origène, Contre Celse 2.76).
Selon les Evangiles, des non-Juifs semblent même avoir cru plus en Jésus (p.e. la femme qui
avait des hémorragies, la femme syrienne, le centurion à Capharnaüm, Jaïre). On trouve cette preuve de la
confiance (et de la foi) hésitante des premiers disciples dans la fuite de presque tous les apôtres, Pierre excepté,
lors de la capture de Jésus. Mais Pierre ne devait-il pas, peu après, renier par trois fois son
maître ? Suivant les évangiles synoptiques, la plupart de ses adeptes sont assez éloignés de l'endroit
de sa crucifixion. A part Jean et quelques femmes, personne ne se trouvait aux pieds du calvaire quand
il rendit le dernier soupir. Jean le mentionne dans son Evangile.
Les miracles deviennent de plus en plus spectaculaires dans les Evangiles rédigés tardivement.
N'est-ce pas étonnant ? On lit ainsi dans Marc (Marc 5. 21) que la fillette de Jaül n'était
pas morte mais gravement malade. Luc (Luc 7,11) parle du réveil du garçonnet de Naïn qui
venait de trépasser. Chez Jean (Jean 10, 11) enfin, Lazare est déjà mort depuis quatre jours
et de son corps émanent des signes de décomposition. Ici aussi, il faut être prudent ! Des chercheurs modernes,
dont le nombre ne cesse de croître, sont enclins à considérer que tous les Evangiles auraient été écrits entre
les années 50 et 80.Mais on sait que Jésus n'était pas seul à détenir des pouvoirs surnaturels. Apollonios
(de Tyane) pouvait aussi ressusciter les morts.
Les Juifs étaient considérés comme des faiseurs de miracles (Sanders). Suivant Flavius Josèphe,
ce serait parce qu'ils avaient hérité de la sagesse de Salomon et savaient aussi comment guérir et chasser les
démons. On croyait que la maladie et une conduite fantasque étaient dues à la possession du corps par
l'esprit malin;celui qui avait le pouvoir de chasser Satan était très populaire. L'époque était favorable
aux guérisseurs et au charisme. Avant la naissance de Jésus, Honi (Onias), le traceur de cercles sur le
sol ' s'était fait connaître par sa prière amenant la pluie ' Après le décès du Christ, le guérisseur renommé
Hanina Ben Hosa fut appelé par Gamaliël au chevet de son fils malade. D'autres devins étaient fameux et Tendas
l'Egyptien, par exemple, avait des disciples fidèles. Dès que ces magiciens dépassaient les bornes, ils étaient
éloignés (voire éliminés) par les Romains.
Dans son oeuvre 'L'histoire antique ' (Testamentium Flavianum) , Flavius Josèphe écrit concernant
le Christ : ' Un homme sage dénommé Jésus apparut à cette époque - si dans ce cas nous pouvons parler
d'un homme - car il réalisa des choses stupéfiantes et guérit des personnes qui écoutaient avidement
tout ce qu'ils voulaient justement croire. Il parvint à convaincre un bon nombre de Juifs et de Grecs...'
Ce passage relatif à Jésus (intercalé dans sa description de Pilate) a été considéré pendant longtemps
comme une falsification des copistes chrétiens , mais, en ce moment, des chercheurs pensent qu'il est
authentique sur plusieurs points, notamment quand Jésus est qualifié d' 'homme sage' , de
'faiseur de miracles' et de guérisseur d' 'êtres simples et naïfs' (traduction libre d'après A.Wroe 160).
Dans les évangiles apocryphes et suivant la tradition des Templiers, il est suggéré que Jésus était un
disciple des mages orientaux et qu'il s'occupait d'occultisme par lequel il interpellait dans l'empire romain
des esprits receptibles, c'est-à-dire des gens qui, aussi bien sur le plan physique que psychique ,étaient en
quête de guérison. Dans les ' Actes de Pilate ', on accuse également le Christ de sorcellerie
(il aurait notamment chassé les démons un jour de sabbat avec l'aide de Belzébuth ).
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(93) Marc 13, 24 à 27 : " Mais dans ces jours-là
et après cette affliction, le soleil s'obscurcira et la lune ne luira plus : les étoiles tomberont du
ciel et les puissances qui sont dans les cieux seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l'homme qui
viendra sur les nuées avec une grande puissance et une grande gloire. Et il enverra ses anges pour rassembler
ses élus des quatre coins du monde, depuis l'extrémité de la terre jusqu'à l'extrémité du ciel ".
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(94) 2 Pierre 3, 3-4 " Sachez avant toutes choses,
qu'aux derniers temps, il viendra des imposteurs et des moqueurs qui suivront leurs propres passions et diront
: ' Qu'est devenue la promesse de son avènement ? Car depuis que les pères sont dans le sommeil de la mort ,
toutes choses demeurent au même état où elles étaient au début du monde ' ". Peu après, Pierre (?) continue : (Pierre 3, 8,9)
" Mais il y a une chose que vous ne devez pas ignorer, mes amis,. Aux yeux du Seigneur un jour est
comme mille ans et mille ans comme un jour. Ainsi le Seigneur n'a point retardé l'accomplissement
de se promesse comme certains l'imaginent; mais c'est qu'il exerce contre vous sa patience , ne voulant
qu'aucun périsse, mais que tous retournent à Lui par la pénitence ".
Comme Sanders l'écrit laconiquement : Nous constatons que les chrétiens ont surmonté cette découverte hâtive de l'erreur de Jésus (dans la parousie) ".
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(95) Si Thomas dit sans détour: " Bienheureux vous
les pauvres, car le Royaume des cieux vous appartient", Matthieu procède à un ajout (une concession ?)
en intercalant des mots complémentaires dans le corps de la phrase, lui donnant ainsi une toute autre dimension.
Il écrit littéralement : "Heureux les pauvres d'esprit, car le Royaume des cieux leur appartient ". Ici aussi
la prudence est de règle, car des spécialistes de la Bible assurent que l'Evangile de Thomas est d'origine
hellénique et qu'il aurait vu le jour vers l'an 150. Mais il aurait aussi naturellement pu avoir été rédigé
parmi les cercles gnostiques primitifs, tel que le texte ci-dessus le présente ou dans un milieu hébraïque comme le prétend Quispel.
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(96) Etymologiquement, le mot apôtre provient du grec 'apostolon' qui signifie 'missionnaire'.
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(97) " Ne vous mettez point en peine d'avoir de l'or ou de l'argent ou
d'autres monnaies dans votre bourse. Entrant dans la maison, saluez en disant : ' Que la paix soit dans cette demeure'.
Si cette maison en est digne, votre paix la recouvrira, sinon elle vous reviendra. Restez dans cette
demeure, mangez et buvez ce qui vous est offert, car le travailleur est digne de son salaire. N'allez
pas d'une maison à l'autre. Dans chaque ville où vous allez et où vous êtes reçu, mangez ce qui vous est
présenté " (Matthieu 10).
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(98) I Corinthiens 9, 7-11: " Qui va à la guerre à
ses dépens ? Qui plante une vigne et n'en mange point les fruits ? Quel est celui qui mène paître
un troupeau et n'en boit point le lait ? Si donc nous avons semé parmi vous des biens spirituels, est-il si pénible de recueillir un peu de vos biens
temporels ? " .
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(99) I Corinthiens 9, 3-6 : Voici ma défense contre
ceux qui m'attaquent. N'avons-nous pas le droit d'être soumis à vos dépens ? Ne pouvons-nous pas emmener partout
avec nous une femme qui soit notre soeur en Jésus-Christ, comme le font les autres apôtres et les frères de Notre
Seigneur ainsi que Céphas ? Serions-nous donc seuls Barnabé et moi, à ne pas avoir cette possibilité d'en user de la
sorte ?
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(100) On suppose que la Didachè est effectivement d'origine juive hellénisante
et que l'auteur a simplement utilisé un écrit hébreu, probablement une instruction pour les prosélytes, et qu'il
en a fait un document chrétien (Meijering). Certaines parties de la Didachè remontent peut-être
à l'époque de collaborateurs proches de Jésus parmi la diaspora. C'était clair que parfois certains développements
évoluaient dans une mauvaise direction. La Didachè raconte par exemple : "Chaque apôtre qui vient vers nous doit être
reçu comme un maître. Il ne restera pas plus d'un jour, mais une seconde journée pourra être indispensable. S'il
séjourne trois jours, alors il est un faux prophète. A son départ, l'apôtre ne peut recevoir que le pain nécessaire
à son déplacement avant d'atteindre le lieu où le lendemain il devra loger. S'il désire de l'argent, alors il est un faux prophète ".
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(101) Lucien narre l'histoire triste mais audacieuse de Pelegrinus.
Celui-ci, qui avait peut-être assassiné son père, se réfugie au Hellespont où il fait la connaissance de chrétiens,
s'intéresse à leur enseignement et devient une espèce de 'prophète' chrétien dont l'influence est considérable.
Il est arrêté à cause de cette foi et enfermé dans une geôle où ses coreligionnaires des alentours et d'horizons
plus lointains viennent le réconforter. Quand il corrompt ses gardiens, il est autorisé à partager sa cellule
la nuit avec l'un ou l'autre de ses ami(e)s chrétien(nes) , selon Lucien bien entendu. Il reçoit un grand soutien
moral de ses frères et de ses soeurs, mais il accepte aussi de l'argent. Comme la renommée de Pelegrinus va en
s'accroissant, le préfet décide de le libérer, et c'est avec une bourse remplie de sesterces qu'il sort de la prison.
Il est critiqué au sein de sa commune (chrétienne) qui finalement le chasse. Pelegrinus se tourne alors vers le cynisme
afin de devenir un philosophe ascétique et se livrer au vagabondage. Il termine sa vie tragiquement à Olympie en se
jetant ostensiblement sur un bûcher ardent au clair de la lune à minuit.
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(102) On serait trop vite enclin à considérer la chrétienté comme
une affaire purement masculine. Au contraire, à ses origines, elle rencontra un succès énorme auprès des femmes,
et elles y jouèrent un rôle important. A l'époque de Paul, c'étaient elles surtout qui travaillaient aux champs.
Quand eurent lieu les persécutions, elles moururent fidèles à leur foi. Chez les montanistes, des femmes fonctionnèrent
en tant que prophétesses, ' l'Esprit s'exprimant au travers d'elles '. Quand on examine les noms féminins des
collaboratrices de Paul énoncés dans l'épître aux Romains, on peut conclure qu'au début du christianisme ces femmes
furent certainement aussi actives que les hommes dans l' annonce de la Bonne Nouvelle. Et soulignons que Jésus apparut
d'abord à Marie-Madeleine après sa résurrection (Evangile de Jean).
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(103) " Tout prophète authentique qui veut s'installer chez vous
mérite d'être nourri(...) Les prophètes sont vos grands prêtres et vous devez leur offrir toutes les prémices
des pressoirs et de la grange, du bétail et des brebis ".
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(104) " Celui qui parle au nom de l'Esprit n'est pas toujours
un prophète s'il ne se comporte pas comme le Seigneur.C'est à ses agissements que l'on distingue le vrai du
faux prophète. Il n'existe aucun prohète qui, poussé par l'esprit divin, réclame un repas. "
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(105) Dans son épître aux Corinthiens (Cor. 11-12),
Paul émet des regrets : "...qu'il y a des contestations entre vous. Je veux dire que chacun a sa devise
: 'Je suis le partisan de Paul' 'Moi d'Apollos' 'Moi de Pierre' 'Moi de Christ'. Christ est-il donc en plusieurs pièces ? ".
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(106) Episkopos (évêque) signifie examinateur,
surveillant. Dans les villes d'Asie Mineure, des associations étaient dirigées par des fonctionnaires
appelés Epimeletes ou Episkopos. La dénomination similaire fut employée par les services urbains pour des actes administratifs bien précis.
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(107) Colossiens 2.18 : " Que nul ne vous ravisse
le prix de votre course en affectant de paraître humble par un culte superstitieux des
anges et par un esprit enflé par de vaines imaginations (...) ".
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(108) Celse : " Il existe beaucoup de personnes
ne possédant pourtant aucun nom ou renommée qui, à la première et meilleure opportunité, se
conduisent aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur des sanctuaires comme si elles étaient inspirées
par une prédiction prophétique. D'autres font de même et circulent comme des mendiants dans les villes et
les campements militaires (!). Elles sont toutes très confuses et débutent toujours avec les phrases
: ' Je suis Dieu, le Fils de Dieu ou l'Esprit de Dieu. Certains hommes disent encore : Je suis venu parce
que la fin du monde est proche et que vous, humains, serez anéantis par votre injustice. Mais je veux vous
sauver et vous me verrez prochainement descendre avec la puissance céleste ! Bienheureux ceux qui m'honorent
maintenant ! Je condamnerai tous les autres au feu éternel. Ils modifieront alors en vain leur façon de penser
et le regretteront ! A ceux qui croyaient en moi, j'accorderai donc la protection éternelle '. Ces personnes
complètent encore ces menaces de mots rares, pas très sensés et absolument incompréhensibles, obscurs et
n'ayant aucune signification; même les plus intelligents ne les comprennent pas ! Seul celui qui a l'esprit
le plus dérangé ou le mystificateur peut l'expliquer selon ce qui lui convient (...) Après m'être entretenu
avec ces soi-disant prophètes qu'à plusieurs reprises j'avais déjà entendus de mes propres oreilles, ils
m'ont avoué leurs faiblesses et admis avoir conçu eux-mêmes les mots les plus indéchiffrables "
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(109) Ambroise (338-397) détenait une explication concernant
la ' simplicité ' du langage biblique. Il lui accordait une splendeur spécifiquement inspirée échappant aux ' normes stylistiques habituelles '.
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(110) ' Il est préférable d'être tapé sur les doigts par les grammairiens que de ne pas être compris des gens '.
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(111) ' Qu'a donc Athènes en commun avec Jérusalem et l'Académie
avec l'Eglise ? ' se demande Tertullien. Cette considération conduira rapidement à une fière déclaration
: ' Je ne suis pas un académicien mais un chrétien ' ( 'Academicus non sum sed christianus '). Pour Celse,
ne n'était pas plus qu'un jeu d'esprit de souligner la 'bêtise' des chrétiens.
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(112) Deux siècles plus tard, on entend toujours poser les questions
qui préoccupèrent Tertullien : " Qu'a donc Horace à voir avec le psaltérion (psalterium) ? Et Maro (Virgile) avec
les Evangiles ? Et Cicéron avec l'apôtre ? ".
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(113) Pour présenter sa défense, Justin écrit vers 150
: "Nous sommes les premiers à payer les impôts à ceux qui sont désignés à cet effet (...)
Nous n'honorons que Dieu mais, pour le surplus, nous vous obéissons de bonne grâce, nous vous
sommes reconnaissants pour les rois et les gouverneurs et nous prions Dieu pour qu'll vous accorde sagesse et raison ".
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(114) Avant sa conversion, il vivait, selon ses propres dires,
dans les ténèbres d'une nuit opaque, dans le doute et l'insécurité, insatisfait de son mode de vie décadent
et sans le moindre espoir de pouvoir mettre fin à ses vices. Advint alors sa conversion. " Mais après avoir
reçu l'eau porteuse de vie qui efface la tache de mon existence précédente et après que la lumière céleste
eut purifié mon coeur en l'imprégnant de ses rais, je reçus du ciel le Saint-Esprit et une seconde naissance me transforma en un être neuf ..."
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(115) Les Ebionites. L'une des plus anciennes communautés de Jérusalem
portait le nom d'ébionisme(signifiant 'pauvres' en araméen. Mais il peut aussi vouloir exprimer 'les purs') .
Ce fut peut-être au début un sobriquet, étant donné que les tout premiers chrétiens se recrutaient surtout dans
les classes les plus défavorisées de la population. Ils se réclamèrent de Jacques le Tssadik. Epiphane croit que
l'appellation provient du fondateur , un certain Ebion. Bien qu'ils eussent été de vrais chrétiens, leur
application stricte et ascétique de la Loi a ralenti considérablement le recrutement de nouveaux chrétiens.
Les Ebionites survécurent à la chute de Jérusalem et purent compter sur un certain soutien après la destruction
de Sion et leur installation à l'est du Jourdain (Pella) . Ils étaient très pointilleux dans la défense de leurs
principes. C'est ainsi, par exemple, qu'ils ne croyaient pas à la naissance virginale de Jésus. D'après eux, il
ne devint divin qu'après son baptême dans le Jourdain. Ils continuèrent de célébrer le sabbat, et certains entre
eux fêtèrent également le dimanche en souvenir de la résurrection du Christ. Ils considéraient Paul comme un
apostat et possédaient leur "Evangile propre' (sans doute un Matthieu du début sans le récit de la naissance).
Beaucoup de (très) anciens textes chrétiens ont été nettement influencés par l'ébionisme, ce qui donne l'impression
que la chrétienté était ébionique à ses débuts (Ici aussi la prudence est de rigueur : même le christianisme
primitif connaissait déjà des tendances variées et les chrétiens hellénisants y étaient déjà présents).
Venaient ensuite les Nazaréens, les Juifs chrétiens (un peu moins drastiques et ayant vécu en Syrie jusqu'au
quatrième siècle... Ils utilisaient leur 'Evangile des Hébreux' .
Suivant Luttikhuizen, nous savons beaucoup trop peu sur les ébionites. Ecoutons-le
: ' L'Evangile des Ebionites est connu par des fragments cités dans l'ouvrage anti hérétique d'Epiphane
rédigé à la fin du quatrième siècle. D'après le professeur Klijn qui a consacré sa vie entière aux traditions
judéo-chrétiennes : " Il s'agit d'un évangile aprocryphe semblant avoir été composé avec l'aide de ceux que nous
connaissons et complété par certaines traditions spécifiques.Nous pensons qu'il fut écrit (parmi les milieux
hellénisants de Syrie) vers la moitié du deuxième siècle. On peut considérer que cet évangile a été conçu comme
l'une des tentatives de rassembler les diverses histoires qui coururent sur Jésus ".Je considère que cette
explication est peu consistante et peu satisfaisante, étant donné que Luttikhuyzen se base dans son livre novateur
sur une foule d'hypothèses. Sa position est néanmoins - provisoirement - correcte.Il faut se tenir actuellement
aux données assez vagues que nous détenons. Mais ont peut se poser la question :à quelle source Epiphane s'est-il abreuvé ?
Slavenburg, Falsification des écritures, 109 : " Ce que nous savons en tous cas, c'est que dans
le cercle des premiers Juifs chrétiens, la relation avec les écrits hébreux était très intense. Ces hommes suivaient
rigoureusement les règles de conduite, avec comme conséquence l'utilisation fréquente des livres juifs.Il se créa
assez vite un mouvement dont le but était la recherche dans l'Ancien Testament des citations qui pouvaient
rapprocher Jésus de ce saint document que l'on dénomma 'citations de complétude' ; cette tendance était déjà
très active à l'époque de la rédaction des évangiles, surtout du côté de Matthieu, qui écrivait sans doute prioritairement pour les Hébreux ".
Wilson rapporte ce qui suit au sujet des ébionites: " Les premiers adeptes de Jésus étaient des Juifs
qui fréquentaient le temple : les ébionites ne croyaient pas que Jésus était de nature divine ou qu'une
vierge l'avait enfanté. Entre ses disciples se trouvaient ses frères et soeurs qui savaient parfaitement
qu'il était un humain mais aussi un Juif pur qui respectait la Loi juive. Ils le considéraient comme un grand
prophète venu annoncer aux Hébreux que la fin des temps était proche. Il est assez difficile d'établir s'ils
croyaient que la résurrection de Jésus avait déjà eut lieu ou si elle devait encore se produire et qu'il reviendrait
alors pour précéder ses disciples fidèles et leur laisser entrevoir un endroit dans le nouveau ciel et sur la terre
où les saints dirigeraient la Nouvelle Jérusalem. Mais il est à peu près sûr qu'ils croyaient en un Jésus pareil au
Fils de l'homme tel que décrit dans le Livre de Daniel, se déplaçant sur les nuages afin de saluer ses adeptes croyants
et dévoués quand ce temps serait arrivé.Après la chute de Jérusalem, la plupart des ébionites ou (et) des' nazaréens'
furent décimés. Mais il y eut des survivants et les ébionites furent encore présents pendant plusieurs siècles. Il est
évident qu'ils entrèrent en conflit avec les chrétiens non Juifs dont la prédiction était totalement différente, c'est-à-dire
que Jésus était un Dieu et un Rédempteur apparu sur terre dans sa divinité pour sauver les non-Juifs et abolir le judaïsme.
Les ébionites accusèrent Paul d'être le responsable direct du détournement du message originel de Jésus ".
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(116) Clément d'Alexandrie (150-214), issu d'une famille païenne,
appelait la chrétienté ' une rivière qui était née de la fusion de la sagesse grecque et de la foi biblique '.
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(117) E. Meijering, Histoire du christianisme primitif, p.196.
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(118) Maint défenseur de la chrétienté de cette époque avait été,
avant sa conversion, partisan d'un système bien déterminé. L'apologiste Justin le Martyr ( 100-165)
avait tâté de plusieurs écoles de sagesse. " Il étudia un certain temps chez un stoïcien, mais étant
donné qu'il ne s'approchait pas de Dieu - son maître stoïcien ne trouvant pas la connaissance divine
indispensable - il se tourna vers un disciple d'Aristote. Celui-ci ayant exigé le dû de sa leçon le jour même,
Justin trouva raisonnable de le quitter sur le champ.Il alla ensuite chez un professeur pythagoricien qu'il
abandonna après avoir avoué n'avoir aucune notion de musique, d'astronomie et de géométrie. Pour terminer, il
s'adressa en désespoir de cause à une école platonicienne ". E. Meijering, Histoire du christianisme primitif, p.184.
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(119) ' Mais dès qu'ils entendirent parler de la
résurrection des morts, certains d'entre eux en rirent, tandis que d'autres s'exclamèrent
: " A ce sujet, nous devrons vous réentendre dès que l'occasion s'en
présentera ". Après quoi Paul s'éloigna ' ( Actes 17, 32-33).
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(120) Sur ce point, l'enseignement chrétien pouvait
parfois sembler ambigu. Dieu existait, mais Jésus était son pareil et l'on ne pouvait véritablement
définir l'Esprit Saint qui devait vraisemblablement émaner de la puissance divine. Et puis pour finir,
il y avait aussi les anges, des êtres surnaturels.
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(121) On peut inverser la situation. Le caractère divin
supposé de Jésus ne résulte-t-il point de l'influence de la culture grecque sur la pensée même de ce
personnage ? (Voir ce que Celse en dit dans une note précédente). Ou encore : la figure messianique chez
les anciens Juifs ne retournait-elle pas au temps de leur captivité, égyptienne et babylonienne, quand
les Hommes-Dieu étaient inhérents aux opinions religieuses prédominantes ? Le panthéon hellénique était également attractif à cet égard.
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(122) Nonobstant la méfiance à accorder à Eusèbe, il
existe des documents rédigés de sa main et que nous considérons plus ou moins comme une narration
authentique des faits. Parmi ces documents se trouve notamment une lettre de chrétiens de Vienne
et une de Lyon adressées à leurs coreligionnaires d'Asie mineure. Le texte est fascinant , surtout
pour le lecteur qui en prend connaissance en communion totale, corps et esprit, avec les communautés
chrétiennes locales des années soixante-dix du deuxième siècle, à l'époque des persécutions. Il est
à peu près certain que le récit est véridique. Peut-être s'agit-il de poursuites contre les montanistes
(étant donné leurs contacts avec la Phrygie) qui alors n'étaient pas encore considérés comme des hérétiques
à part entière. Il est intéressant de prendre connaissance des réactions des païens après que les tortures
et les exécutions aient été entreprises. On trouvera ci-après un passage d'une missive y relative : "Pour
empêcher les enterrements (des chrétiens après leur décès à la suite de mauvais traitements), ils (les païens)
laissaient monter la garde par des soldats pendant des journées entières. Certains païens donnaient violemment
cours à leur haine à l'encontre des trépassés et cherchaient en quelque sorte à prendre une revanche
supplémentaire; d'autres les tournaient en ridicule et les offensaient, tout en chantant les louanges
de leurs propres dieux, leur attribuant le châtiment des chrétiens; des personnes plus modérées et plus
compatissantes interrogeaient dubitativement : ' Où est leur Dieu et en quoi pouvait bien leur être utile
leur religion qu'ils avaient placée au-dessus de leur popre vie? ' Telles étaient les diverses réactions
des gentils. Et parmi nous régnait le plus grand chagrin, car il ne nous était pas possible d'ensevelir nos morts. "
(Traduction libre d'après ' Martyrs de l'Eglise primitive ', Dr. J.N. Brenner et Dr.J.den Hoeft).
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(123) Voir l' Evangile de Pierre (apocryphe). Eusèbe
mentionne cet évangile dans son Histoire ecclésiastique. Alors que l'évêque d'Antioche Sérapion (190-211)
était en 'voyage d'inspection' à Rhossos, les croyants lui confièrent fièrement un évangile écrit par Pierre.
Sérapion le parcourut et en conclut qu'il était plus ou moins identique aux évangiles déjà connus. Il recommanda
aux croyants de Rhossos de continuer à utiliser leur écrit. Après son retour à Antioche, on lui fit remarquer que
c'était un évangile hérétique relevant plus spécifiquement du docétisme. Dans l' Evangile de Pierre, une phrase
va plus précisément dans ce sens : " Et ils amenèrent deux malfaiteurs et crucifièrent le Seigneur entre eux,
mais Il garda le silence comme s'Il ne ressentait aucune douleur "
( Slavenburg, Faux en écritures. 88).
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(124) L'influence des coutumes traditionnelles hébraïques fut
encore longtemps perceptible au sein de la nouvelle Eglise, surtout lors de la célébration pascale.
Fallait-il en effet célébrer la Pâque le 14 Nissan - calendrier juif - comme Polycarpe de Smyrne
l'avait toujours fait, imitant ainsi Jean le Presbyte, ou bien le dimanche après ce 14 Nissan, comme il était d'usage dans la commune romaine ?
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(125) Il faut consulter l' 'Evangile secret de Marc ', un évangile
apocryphe qui fut pris en considération par les adeptes de Carpocrate. Des fragments de cet ouvrage furent
découverts en 1958 par l'Américain Morton Smith dans un couvent grec orthodoxe des environs de Jérusalem.
Le texte comprend une lettre de Clément d'Alexandrie (150-214) certainement authentique et dans laquelle
quelques extraits de l'évangile secret de Marc sont repris . Il s'agit d'une réponse à une missive d'un certain
Théodore. Celui-ci avait appris que Carpocrate se servait de l'évangile précité où il était question de contacts
charnels qu'aurait eus Jésus dévêtu avec un jeune homme complètement nu. Afin de vider cette insinuation de sa
substance, Clément cite textuellement le passage incriminé de cet évangile qui, selon lui, se présente comme
suit : " ...et quand le soir fut tombé, le jeune homme, ayant voilé sa nudité, vint chez Lui et resta toute
la nuit. Car Jésus lui enseigna le mystère du Royaume de Dieu. Ayant alors terminé, Il se leva et retourna
sur l'autre rive du Jourdain " ( Slavenburg : Faux en écritures, 101).
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(126) Mais alors expurgé, privé des récits de la nativité.
Marcion s'attacha aux actes de Jésus quand celui-ci apparut en tant qu'adulte et plus précisément
pendant sa (première) manifestation à la synagogue de Capharnaüm. Les marcionistes s'opposèrent farouchement
à l'instruction officielle. De nombreux villages aux alentours de Damas furent totalement dévoués à Marcion
jusqu'au quatrième siècle. Un bon nombre de marcionistes adoptèrent plus tard l'enseignement de Mani.
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(127) Dans son 'Histoire ecclésiastique' Eusèbe attaque
le montanisme avec virulence. Il s'en prend personnellement à Montanus et fait dire à Apollonius
: " Un prophète teint-il ses cheveux ? Se farde-t-il les paupières ? Un prophète est-il fou de décorum ?
Visite-t-il les tables de jeux , joue-t-il aux dés ? Prête-t-il de l'argent à intérêt ? Laissent-ils
(les montanistes) dire honnêtement si ces choses sont autorisées ou non ? Et bien je prouverai qu'elles
se sont réellement déroulées dans leurs milieux ". (Eusèbe, Histoire ecclésiastique : 5.18).
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(128) Le gnosticisme. La phrase "Rappelle-toi que
tu es un dieu " est ce qui est le plus adéquat pour qualifier le gnostique. On peut également utiliser les
caractéristiques suivantes. La source originelle était le Pleroma qui prenait soin de toutes choses.C'était
le règne pur immatériel des Forces du bien, sans commencement et sans fin. Une puissance émanant de Dieu,
la Sagesse, était en transsubstantiaton (hypostase). La Sagesse (Sophia) creuse une brèche dans le monde
divin du Pleroma, provoquant ainsi un certain chaos. Pour ramener ordre ou cosmos dans ce chaos, elle installe
un détenteur de la puissance, un démiurge : le créateur du monde. Dans le gnosticisme, 'Sophia' n'est pas
uniquement responsable de la brèche dans le Pleroma, mais il l'est aussi de l'insufflation divine (pneuma)
dans le corps humain par lequel celui-ci prend part matériellement à la création et spirituellement au Plenoma.
Dans les toutes premières considérations gnostiques 'Sophia' constitue le côté féminin de Dieu (l'émanation
perpétuelle de l'énergie divine) et en est toujours écartée pour se situer à la 'limite' du Pleroma.
La 'Sophia modeste' a rompu l'équilibre du Pleroma et est ainsi indirectement responsable de l'apparition
de la matière et de l'humanité; on la surnomme aussi la 'Sophia de la mort' . L'être possède un Ego spirituel
considéré comme étant substantiellement divin. Ce noyau divin de l'essence de l'être , désigné métaphoriquement
lumière ou étincelle, fut emprisonné dans la matière, soit le corps, par les forces des ténèbres.Celles-ci ont
également anesthésié l'être, le plongeant dans l'inconscience et amenant son esprit-ego divin dans un état d'ignorance
totale. La gnose devient donc indispensable, son dessein étant de se remémorer l'origine divine et de se
libérer de la puissance maléfique. Selon le concept gnostique, l'être se compose donc de trois éléments
: l'esprit-ego divin , dénommé esprit dans le texte ou encore raison et parfois âme; la matière emprisonnant l'esprit-ego et l'âme que le gnostique imagine démoniaque, mais cédant parfois sa place à un état second.
Dans chacune des deux forces s'opposent l'esprit-ego divin et la matière corporelle.
Ce dualisme est propre au gnosticisme. Quand l'être est conscient, il appartient au monde des pneumatici (souffles)
sinon il n'est que matière (hyle) et en situation d'inconscience. Etant donné que cette catégorie d'êtres ignorent
leur provenance divine, ils restent aux mains des puissances des ténèbres, ne peuvent être libérés et appartiennent
au monde terrestre. Entre eux se trouvent ceux qui ressortent de la psyché (psychici). Bien qu'ils ne possèdent pas
la gnose, ils peuvent aspirer partiellement au salut s'ils se soumettent aux prescriptions éthiques qui leur sont
dictées de l'intérieur.Dans la gnose chrétienne c'est, par exemple, l'Eglise (gnostique). Celle-ci ne requiert pas
le souffle ( pneumaticus) étant donné qu'elle connaît déjà son dessein. C'est ainsi que le gnostique se considère
lui-même comme un dieu captif de la matière ennemie de la Divinité, donc comme une parcelle du divin.
Dan Burstein parle comme suit du gnosticisme : "...Ces chrétiens furent dénommés gnostiques, du grec 'gnose' ,
la traduction habituelle étant 'connaissance' . Car, à l'inverse de ceux qui prétendant ne rien savoir sur
la réalité véritable sont appelés agnostiques (littéralement ne sachant rien) , ceux qui affirment connaître certaines
choses sont dénommés 'gnostiques' (sachant) . Mais la gnose n'est pas principalement une connaissance rationnelle.
La langue grecque différencie la connaissance scientifique ou réflective (' il connaît les postulats mathématiques')
de la connaissance acquise par la perception et l'expérience ('il me connaît') : cette dernière connaissance est la gnose.
Nous pourrions traduire le terme que les gnostiques utilisaient par 'compréhension', car la gnose implicite un processus
intuitif de la connaissance de soi-même .Et se connaître soi-même signifie, disaient-ils, que l'on sait tout de la
Terre et de la destinée humaine . On pourrait les surnommer 'psychonautes'. D'après les manuels de l'enseignant
gnostique Theodotos rédigés vers 140-160 en Asie mineure, le gnostique est une personne ayant appris à comprendre
qui nous étions et comment nous sommes devenus ; où nous étions; vers quel lieu nous nous hâtions de nous diriger ;
ce qui nous libère; ce que sont la naissance et la renaissance (citation de Theodotos de 'Excerpta ex Theodoto'
(Extrait de Theodotos) de Clément d'Alexandrie (Dan Burstein , Secrets du Code,n.147).
'Quispel considère la connaissance, ou l'expérience, acquise par les gnostiques , outre la croyance des chrétiens
sincères et le discours des philosophes grecs comme le troisième courant le plus important de la pensée en
Occident ' (Eginhard Meijering : Histoire du christianisme primitif, p.205).
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(129) Manu s'était décerné lui-même le titre de : ' Manu, apôtre par la volonté de Christ Jésus '.
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(130) Les douze rassemblèrent les disciples et dirent : ' Il ne
convient point que nous négligions la prédication de la parole de Dieu pour nous préoccuper des tables.
Choisissez donc mes frères sept d'entre vous d'une probité incontestable, pleins de l'Esprit-Saint et de
sagesse, et nous leur confierons ce ministère. Quant à nous, nous nous appliquerons à la prière et à la dispensation de la parole '
(Actes 6, 2-4).
Nous ignorons à peu près tout de l'organisation des Eglises (les communes).Excepté peut-être pour l'Eglise
de Philippe où des évêques et des diacres avaient été installés ( Philippiens 1, 1) . Nous savons que
l'Eglise de Corinthe ne sera réellement dirigée qu'après la disparition de Paul.Dans la première épître écrite vers 95
par Clément Romain, il est fait ponctuellement mention de notables et
ecclésiastiques. Dans les épîtres de Paul à Timothée et Tite que l'on situe aux environs de l'an 80 (?),
on trouve des preuves de l'existence d'une organisation régionale dirigée par les anciens compagnons de
Paul et de la consolidation de certaines fonctions locales telles celles que remplissent les surveillants
(I Timothée 3, 1-7 : Tite, 'des inspecteurs deviennent évêques' ), diacres (I Timothée.3, 8-13)
et anciens (Tite, 5-6) ( Trocmé, 100-101).
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(131) 'Diacre', provient de 'diaconein' et signifie littéralement
'servir' et surtout 'servir à table'.
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(132) I Timothée.3, 8 'De même (tout comme les évêques) les diacres doivent être des
hommes d'honneur, des hommes de parole, ni esclaves du vin ni avides de gains.
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(133) Voir ci-dessus. En ce qui concerne la date controversée
de la célébration de la fête pascale, chacun resta sur ses positions. Eusèbe souligne cependant
qu' " Ils se quittèrent dans la paix et l'Eglise entière baignait dans la sérénité, une partie
des fidèles s'en tenant au jour qu'ils avaient fixé (14 Nissan), d'autres le célébrant à une date
différente " (Histoire ecclésiastique 5, 24). Polycarpe de Smyrne resta fermement sur ses positions
et Anicet , dixième évêque de Rome, ne voulut point monter cette affaire en épingle. Mais ce n'était
qu'une paix provisoire et l'on sentait déjà une certaine pression exercée par Rome. Victor, nouvel
évêque de cette cité, tenta encore de rallier les Asiates aux vues de Rome.Il semblerait qu'il essaya
d'instaurer une célébration similaire (neuve) dans toute la chrétienté, ne se limitant pas ainsi à
son propre diocèse (commune) : fêter Pâques une semaine après 14 Nissan. Il convoqua un synode pour
discuter le problème. La majorité des participants appuya Victor risquant ainsi d'isoler et de
maintenir hors de la communion les Eglises d'Asie mineure qui voulaient conserver l'ancienne tradition.
Un torrent de protestations s'éleva alors (Irénée écrivit personnellement à Victor à ce sujet).
L'Eglise primitive voulait privilégier les coutumes de la commune en particulier.
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(134) Novatien (257), l'un des premiers théologiens de langue
latine prit parti pour l'Eglise primitive. Il pensait que l' ' Eglise des Saints ' ne pouvait se
compromettre en acceptant les structures de l'empire romain. Et surtout pas en traitant avec les
laps (eux qui avaient renié leur foi et honoré les divinités romaines à l'époque des persécutions).
Selon Novatien, on ne pouvait pardonner leurs faux pas et leur tendre la main ,comme le proposait
Cyprien, mais peut-être seulement après une pénitence prolongée et un nouveau baptême. Il ne suivait
donc pas les directives de l'Eglise et ses fidèles, les novatiens, se dénommèrent 'les purs'; effectivement,
ils avaient résisté à la répression romaine. Pendant la seconde moitié du troisième siècle , divers
mouvements oeuvrèrent cependant pour le maintien de l'authenticité de l'Eglise telle qu'elle était alors.
Il fallait retourner aux vues de la communauté ecclésiastique originelle, celle de Paul, Tertullien,
Marcion et Montanus.. Leur nom grec était 'cathari' (les purs, ceux qui voulaient retrouver la limpidité
du tout premier enseignement), mais ils furent assez vite considérés comme des marginaux et parfois on
les poursuivit. Cette récurrence est une constance de l'histoire du christianisme.
A ce propos, il faut remarquer que lorsque Tertullien prit la défense du montanisme, Il insista
sur le danger d'une Eglise institutionnalisée dont la spiritualité serait la parente pauvre
(la compréhension du paraclet, le langage des masses populaires, les prophétesses en général,
mais Maximilla et Priscilla en particulier), une Eglise qui déjà à l'époque de Tertullien avait tendance à conclure des compromis avec le monde profane.
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(135) " Selon la nature et suivant la loi, la femme se trouve dans une position
inférieure à celle de l'homme " (Irénée, Fragment n°32).
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(136) Tertullien s'adresse comme suit aux femmes : "Le
jugement de Dieu est toujours valable, encore en cet instant même, en ce qui concerne votre sexe
et, par conséquent, vous devez continuer à en supporter la faute. Vous êtes le portail grand ouvert
au diable, vous avez brisé le sceau de l'arbre, vous êtes les premières à avoir nié l'interdit divin
et vous êtes aussi celles qui lui (l'homme) ont permis d'être assailli par le diable , lui qui pourtant
le craignait auparavant. Vous avez détruit l'homme, image de Dieu, beaucoup trop facilement et à cause
de votre désobéissance, porteuse de mort, même le Fils de Dieu devait trépasser " ou encore : " Toi,
femme, tu as tout simplement démoli l'image de Dieu : l'homme "(Tertullien,
De l'ornement des femmes, livre 1, ch.1).
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(137) "L'apôtre veut que les femmes, en état permanent d'infériorité,
soient immaculées afin que Dieu purifie l'Eglise " (Ambrosiaster, sur 1 Timothée, 3, 11).
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(138) " L'ordre naturel de la gent humaine veut que la femme
serve son époux et les enfants leurs parents. La justification de cet état de fait réside dans le
principe que l'inférieur est au service du plus haut placé. La nature veut que l'esprit le plus faible
serve le plus fort. En ce qui concerne la relation entre maîtres et esclaves, il va de soi que celui possédant
le plus de capacité intellectuelle excerse plus de pouvoir " (Augustin, Questions sur l'Heptateuque, Livre 1 & 153)
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(139) " Seul les femmes peuvent enseigner cela. En vérité,
les femmes sont du sexe faible, indignes de confiance et moyennement intelligentes. Nous voyons à nouveau
dans ce cas que le diable réussit à inculquer des notions ridicules d'enseignement; comme il vient si
justement de le faire avec Quintilla, Maxima et Priscilla " (Epiphane, Panarion 79, & 1).
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(140) ' Si l'homme est le chef de la femme et s'il fut ordonné
prêtre de bonne heure, n'est-il pas équitable de porter au fronton l'ordre de la création et
d'accorder le rôle principal à une tout autre partie du corps humain ? La femme est en somme
le corps de l'homme, elle fut prélevée de son flanc et elle lui est soumise car elle en fut
séparée pour mettre au monde des enfants.Car Il dit : "Il te dominera ". En effet, l'essentiel
de la femme est l'homme, parce qu'il est sa tête. Et si dans les préceptes préliminaires nous ne
leur avons pas permis de répandre l'enseignement, comment n'importe qui pourra-t-il, en contradiction
avec la nature, lui laisser exercer la prêtrise ? Car l'ordination de prêtresses en prenant des déesses
à témoin est l'une des pratiques absurdes de l'athéisme païen et pas du tout une prescription du Christ.
Si le baptême pouvait effectivement être donné par une femme, le Seigneur aurait alors été certainement
baptisé par sa propre mère et pas par Jean; ou encore, quand Il nous adjura d'aller baptiser, ne nous aurait-Il
pas alors adjoint des femmes pou accomplir cet acte. Mais Il ne nous a rien enjoint de ce genre, ni oralement
ni par écrit; car Il connaissait l'ordre de la nature et savait que le processus serait correctement exécuté :
Il est véritablement le Créateur de la Nature et le Législateur des édits' .
L'inimitié de l'Eglise à l'encontre des femmes se déroule telle une trame tout au long de son histoire.
Le comble fut atteint par Albert le Grand (1200-1280) : " La femme est moins disposée à être de bonne moralité
par rapport à l'homme. La femme contient nommément plus de fluide que l'homme, et l'une des propriétés du
fluide est : facile à absorber et difficile à contenir.Le liquide se meut avec aisance.
Pour cette raison, les femmes sont inconstantes et curieuses. Quand la femme s'accouple avec un homme, elle aimerait,
si c'était possible, le faire avec un deuxième en même temps. La femme ne connaît point la fidélité...
La femme est un homme raté et, comparée au mâle, sa nature est défectueuse et fautive. Elle est donc ainsi
incertaine par rapport à elle-même ". Détail édifiant : en 1622, le pape Grégoire XV le déclara bienheureux
et Pie XI le canonisa en 1931...
La sous-culture chrétienne offrait pourtant certaines garanties positives que l'on ne décèle
pas dans les milieux païens. Par exemple : la fidélité dans le mariage (chez les païens, la femme
était souvent dupée lors d'un divorce) et le refus de l'avortement. E n effet, toujours chez les païens,
l'avortement était courant, car la naissance des mâles était privilégiée, mais des 'accidents' se produisaient
également. Une telle pratique était dangereuse pour les femmes.Des infections graves, des maladies,
des mutilations et la mort pouvaient survenir ; elles conduisaient alors à la tonsure et à la répudiation.
Les chrétiens, quant à eux, défendaient l'état de 'virginité'. Dans le monde païen, les vierges étaient
assez vite considérées comme de 'vieilles courtisanes' et elle devenaient alors un sujet de honte pour
leurs familles. Chez les non-chrétiens, les filles se mariaient très jeunes, parfois même à douze ans.
Le christianisme recula l'âge du mariage et le veuvage fut aussi considéré sous un autre angle.
Dans les milieux païens, les veuves devaient reprendre époux endéans les deux ans, sinon l'autorité pouvait les punir .
Les chrétiens, au contraire, pourvoyaient à leurs besoins dans la mesure du possible et des tâches leur étaient confiées,
comme par exemple les visites aux malades et les conseils aux autres femmes. On disait ainsi que 'les veuves
formaient une véritable classe sociale dans les milieux chrétiens '.
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(141) D'anciens synodes provinciaux nous apprennent
que ' les évêques ne pouvaient écouler leurs marchandises sur les marchés et ils ne pouvaient
se prévaloir de leur position pour acheter meilleur marché et vendre plus cher que d'autres personnes '.
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(142) Une anecdote piquante est contenue dans une
directive de l'évêque romain Calixte. Il utilisa un subterfuge pour autoriser les veuves
des sénateurs à avoir des 'relations sexuelles' (concubinage) avec les esclaves (il 'pardonna'
littéralement ce libertinage moyennant le 'repentir' des intéressées). Ces concessions furent accordées par opportunisme.
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(143) Nous devons soutenir et défendre vigoureusement cette
unicité, surtout nous évêques, qui tenons les rênes de l'Eglise, parce que nous fournissons la preuve
de l'unique et indivisible fonction épiscopale. La fonction épiscopale est une et chacun des évêques en
détient individuellement une fraction, de manière à former une globalité hermétique ' (Cyprien, L'unité de l'Eglise catholique, 252).
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(144) Loin de la catéchisation embrouillée des premiers jours,
le message devient de plus en plus contraignant. Le Canon de Muratori comporte par exemple quatre catégories de livres :
a) Les livres saints qui sont (ou peuvent) être acceptés par tous dans leur forme.
b) Les livres que l'on ne lit point à l'église.
c) Les livres que l'on peut lire en privé, mais dont la lecture publique n'est pas admise à l'église.
d) Les livres que l'Eglise ne peut accepter parce qu'ils sont hérétiques (gnostiques par exemple).
(Développer les motifs de cette classification nous entraînerait dans une trop longue dissertation).
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(145) Le canon 17 déclare : " Tous ceux qui marieront
leur fille à un prêtre apostat ne recevront pas la communion, même pas au moment final (à l'instant de la mort)..."
La conduite sexuelle fut aussi réglementée. On interdit aux femmes de recevoir des missives ou de fréquenter
des hommes à la chevelure abondante ainsi que des coiffeurs. La mauvaise tenue sexuelle devait être plus
sévèrement châtiée que les autres écarts. Un homme ayant bâtonné sa servante jusqu'à ce que mort s'ensuive
était plus légèrement puni qu'une femme ayant recouru à l'avortement.
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(146) Des siècles, des siècles, des siècles et des siècles.
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Mes remerciements à Edgard Jamart pour l'excellente traduction en français.
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