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Soins palliatifs
DEMANDE D'EUTHANASIE DANS
UN HÔPITAL PUBLIC.
LE TEMPS D'UNE DEMANDE,
LE TEMPS D'UNE ÉCOUTE:
RÔLE DES SOINS PALLIATIFS
C. Diticq, psychologue
Équipe mobile soins palliatifs, responsable Dr C.Payen
- CHU Saint-Pierre - Bruxelles. Équipe Psycho-Oncologie,
responsable Dr. N. Calevoi - Centre de guidance-ULB-
Bruxelles
INTRODUCTION
La fin de ce millénaire restera sans doute marquée,
dans notre société occidentale, par la
valorisation de la maîtrise du temps. Avec l'illusion,
probablement, que son contrôle nous permettrait
de dominer la vie ... et donc, la mort.
Passant du rythme approximatif des cloches cléricales
qui régulaient la vie sociale et familiale, aux
horloges d'une précision redoutable, le temps
a acquis une valeur économique très souvent
dépourvue d'humanité.
Les soins palliatifs nous permettent de repenser la
fin de vie donc la vie humaine dans ses dimensions temporelles
et relationnelles. Ils rendent au temps ses valeurs
sociale et thérapeutique.
C'est à partir d'une demande d'euthanasie que
j'ouvrirai la discussion sur le temps en soins palliatifs :
temps de la rencontre avec l'être humain oublié
derrière la maladie et qui formule cette demande,
temps de rencontre avec ses proches et enfin avec les
soignants à qui il s'adresse.
CAS CLINIQUE
Madame D. A 68 ans. Issue de la noblesse provinciale,
elle est veuve depuis dix ans et dira souvent que sa
vie s'est arrêtée à la mort de son
mari. Elle a des filles et est grand-mère d'un
petit-fils encore très jeune. Elle souffre de
diabète, d'HTA et a été récemment
opérée d'une néoplasie mammaire.
Elle a été hospitalisée à
plusieurs reprises en service d'hémato-oncologie
dans le cadre d'une affection en phase terminale. Ne
souhaitant pas d'acharnement thérapeutique, elle
convient alors avec le médecin responsable du
service de rentrer à domicile pour mourir, entourée
de ses filles et soutenue par son médecin traitant.
Néanmoins, suite à un nouveau malaise,
elle est ré-hospitalisée. Elle fait alors
une demande d'euthanasie assez claire et persistante.
Elle réclame une aide médicale au nom
de la dignité et de l'autonomie. Elle n'a pas,
à ce moment, de plainte somatique ni de douleur.
Elle souhaite que son entourage garde une belle image
d'elle et craint d'imposer le spectacle de son agonie
à ses filles. Ces dernières semblaient
soutenir sa demande.
Le médecin interniste fait alors appel à
l'équipe mobile de soins palliatifs, composée
d'une femme médecin, d'une infirmière
et d'une psychologue spécialisée en soins
palliatifs. Il contacte également un psychiatre
spécialisé en psycho-oncologie. Le psychiatre
va rapidement mettre en évidence des symptômes
dépressifs et proposer un traitement que la patiente
accepte. Il se met également en rapport avec
les filles de la patiente afin de mieux cerner les attentes
de leur mère. On apprend que Mme D. a, depuis
longtemps, exprimé sa peur de se dégrader
et signé un " testament de vie "
dans lequel elle demande qu'on l'aide à mourir
" le moment venu ".
Par rapport à l'équipe de soins palliatifs,
la patiente va toujours se présenter avec ses
contradictions et ambivalences. Au cours de mes deux
premières visites, elle évoque la mort
comme un long voyage qu'elle doit entreprendre mais
elle ne demande pas qu'on l'aide à mourir. En
dépit d'une relative confusion secondaire à
des troubles du métabolisme hépatique,
elle exprime bien ses attentes contradictoires : tout
à la fois " désir "
que " ça " (la vie?) se termine
et envie de voir encore différentes personnes
dont son petit-fils, image d'homme en devenir, avec
qui elle semble avoir une relation très forte.
Jusqu'à la fin de sa vie, Mme D. sélectionnera
les soignants à qui elle demandera une aide pour
mourir : le médecin interniste, le psychiatre,
plus rarement le médecin de soins palliatifs.
Jamais elle n'en parlera aux médecins assistants,
aux infirmières ni à moi-même. Cette
femme a fait un transfert massif et inconditionnel sur
les deux médecins hommes. Sans doute ces relations,
ainsi que le lien privilégié avec son
petit- fils, sont-elles liées au souvenir de
son mari.
Une première réunion d'équipe est
organisée à ce moment ; l'ambivalence
de la patiente est bien mise en évidence. Si
le médecin interniste et le psychiatre restent
ouvert à l'idée de répondre favorablement
à sa demande, il semble que le moment ne soit
pas venu.
À la faveur des vacances d'été,
Mme D. se trouve sous la responsabilité
du psychiatre à qui elle réitère
sa demande de mourir. Cette demande évolue vers
un suicide assisté. Il va alors prendre la responsabilité
de faire préparer une substance létale
et dire à la patiente que la bouteille est à
sa disposition auprès des infirmières.
Il lui fait savoir également qu'il part en congé.
Je crois qu'il se joue là -au sens Winnicottien
du " jeu "- quelque chose d'essentiel
entre ces deux personnes. Quelque chose qui nous montre
comment un objet de mort peut devenir un objet transitionnel
de vie. Il y a dans la réponse de ce médecin
psychiatre, deux niveaux : il lui formule qu'il entend
son désir de mourir mais aussi son désir
de vivre. Il l'écoute, il ne répond pas
directement à sa demande et surtout il lui signifie
qu'il reviendra. Durant les trois semaines qui suivent
cet entretien, Mme D. ne parle plus de mourir.
Les intervenants reviennent progressivement de vacances
et l'accompagnent avec leur spécificité.
La patiente est apaisée, elle apparaît
même enjouée. A son tour, le médecin
psychiatre rentre. Peu après, elle lâche
prise, sa confusion devient très importante,
entrecoupée de moments de lucidité au
cours desquels elle va ré-évoquer son
souhait d'en finir mais sans demander explicitement
le cocktail. Son ambivalence par rapport à la
mort est d'autant plus évidente dans ses moments
de confusion, Mme D. perd progressivement ses capacités
physiques et intellectuelles et les soignants se demandent
si elle est encore capable de réclamer quoi que
ce soit. L'équipe soignante traverse alors une
nouvelle phase d'incertitude. Quelle est la part de
confusion, voire de pudeur chez cette femme qui sait
bien nous avoir demandé quelque chose de difficile ?
Respecte-t-on l'engagement pris auprès d'elle
en la laissant se dégrader ainsi ? Les filles
de la patiente, très peu présentes auprès
d'elle, sont partagées quant à l'attitude
à adopter. L'une est en faveur d'une intervention
active des soignants, l'autre ne le souhaite pas.
Une nouvelle réunion interdisciplinaire entre
l'équipe de terrain et l'équipe de soins
palliatifs va permettre de continuer à accompagner
la patiente sans hâter la mort.
Mme D meurt deux mois après son admission.
Elle meurt seule, ses filles ne pouvant supporter le
spectacle de leur mère en coma pendant les 72
dernières heures de sa vie.
Discussion
Comment une équipe de soins palliatifs qui a
une fonction " tiers " par rapport
à l'équipe médicale de première
ligne, peut-elle aider à réintroduire
la notion du temps dans un service aigu et éviet
de mettre en actes certaines demandes telle celle de
notre malade ?
La difficulté à laisser au mourant le
temps dont il a besoin pour terminer sa vie, entre dans
une problématique plus globale du rapport au
temps. Selon le Petit Robert, le signifiant " temps "
a pour sens exact " continuité indéfinie ".
Personne n'a donc à en déterminer la fin
préventivement. Nous sommes loin du Moyen-Âge
où la mort, écrit Philippe Ariès,
n'était pas redoutée pourvu qu'elle ne
survienne pas par surprise. La société
actuelle du " fast food " et " prêt-à-jeter "
n'est pas encline à nous laisser du temps : ni
pour naître (accouchements provoqués, césariennes
multipliées
) ni pour grandir
Alors,
parler de laisser aux personnes le temps de mourir peut
paraître incongru.
Il est nécessaire, dans le cadre de soins palliatifs,
de prendre le temps de parler, de ressentir, de réfléchir,
pour tenter de comprendre l'autre demande cachée
derrière celle de ne pas prolonger la vie.
L'hypothèse que je développerai ici est
issue de la réflexion dans l'après-coup
de l'accompagnement de patients en fin de vie : on sait
que les demandes " d'en finir "
sont relativement fréquentes chez les patients
atteints d'une maladie chronique, à pronostic
létal, ou chez leurs proches. Je pense que les
interpréter comme une demande de mourir est,
dans beaucoup de cas, un abrègement pour éviter
notre propre confrontation à la souffrance de
l'autre et donc à la nôtre. Être
" le passeur " et accompagner celui
ou celle qui va mourir, c'est accepter d'être
confronté à notre finitude.
Même si, de tous les êtres vivants, nous
sommes les seuls à avoir conscience de notre
mort, inconsciemment nous ne pouvons l'admettre.
La seule mort que nous puissions parfois regarder en
face c'est, par définition, celle de l'autre,
la seule dont nous pouvons avoir une expérience.
Plus le temps de la confrontation est long, plus il
est difficile de la supporter. Des mécanismes
de défense sont alors mis en place pour éviter
cet inacceptable face à face avec la mort, au
risque de raccourcir la phase d'agonie.
1. Du côté du patient
Une personne en fin de vie est, par définition,
toujours du côté de la vie. Le but premier
des soins palliatifs est " d'humaniser "
la mort, c'est à dire lui redonner une place
dans la vie. Contrairement à ce que peuvent penser
les biens portants, la pulsion de vie, d'union, d'auto-conservation,
continue à côtoyer la pulsion de mort chez
les mourants comme chez tous les humains. Parfois, plus
forte que jamais alors que le malade cherche à
maintenir son unité, son existence. Il n'est
pas rare d'entendre les conjoints mai à l'aise
par exemple face au désir sexuel du partenaire
qui est en fin de vie et qui manifeste ainsi, en s'unissant
à l'autre, sa volonté de résister
à la destruction de l'unité vitale. Elle
lui permet de nouvelles expériences. "
Passage à haut risque, où la vie anarchique
des cellules s'assimile à la pulsion de mort
et où, pour survivre, cette vie anarchique doit
être limitée, contrôlée, resituée
dans les frontières corporelles, organiques,
tout comme la vie psychique doit être contenue
dans les frontières de l'imaginaire par la médiation
du symbole " (D. Deschamps).
J'ai pu observer ou entendre des malades au stade terminal
reprendre contact avec leur corps abîmé
et se détendre au rythme d'une caresse; d'autres,
comme Mme D., s'approcher de leur rêverie
et vouloir la partager; d'autres encore se replient
sur eux- mêmes ou au contraire agrippent l'autre
pour retrouver, comme le nouveau-né dans les
bras de sa mère, l'illusion de n'être pas
seul.
Il y a ces moments de " dépersonnalisation "
ou de désorganisation spatio-temporelle si bien
décrits par Philippe Labro dans " La
Traversée " : " Il émergeait
d'une sombre et chaotique rêverie qui lui avait
laissé croire que, accompagné par sa femme,
les médecins, les assistantes, on l'avait transporté
dans cette pièce dont on lui avait expliqué
qu'elle se situait au bout du couloir, la dernière
du bâtiment et il était persuadé
qu'on l'avait emmené là en chantant des
hymnes et que le cortège portait des bougies,
comme pour une veillée funèbre. Il ne
parvenait pas à démêler la part
de réa- lité et celle du rêve. Il
émergeait, encore pénétré
par les produits anesthésiants. [
] Quand
on est sous l'effet d'une si forte médication
et d'une si forte douleur, la notion du temps est coupée,
éclatée. Une vision peut durer quelques
secondes, on croit qu'elle a duré un jour ou
une heure. Le temps ne se mesure plus [...]". Le
malade perd ses repères. Il n'est pas difficile
d'imaginer l'état d'angoisse que cela suscite.
Perdu dans la tempête de la vie qui se termine,
il cherche un phare pour le guider, un visage connu,
une odeur, une caresse, un regard. Il a besoin de partager
ces temps-là, en étant reconnu comme un
être humain avec ses terreurs, sa colère
ou sa dépression, avec ses émotions fortes
et contradictoires, plutôt qu'en étant
faussement rassuré quand il a peur.
Parents, médecins, infirmières, infirmiers,
psychologues auront, de par leur relation privilégiée
avec ce patient ou cette patiente, une écoute
différente.
Les messages verbaux ou infra-verbaux qu'ils font passer
sont à décrypter. lis ne se résument
pas à une interprétation unique comme
nous l'avons décrit pour Mme D. Derrière
les paroles le psychologue peut entendre le discours
inconscient et peut permettre des liens entre ce qui
se vit aujourd'hui et l'histoire du patient ou de la
patiente.
L'accompagnement réalisé par des personnes
d'horizons différents, permet à chacun
de partager du temps avec la personne " mourante
". C'est ce qui permettra peut-être au patient
" non douloureux " de ne pas demander une
interruption prématurée de la phase terminale
de sa vie.
2. L'entourage
J'ai voulu différencier l'importance du temps
en fin de vie pour les patients, leur entourage et les
soignants, bien qu'il soit difficile de parier de l'un
sans faire référence aux deux autres pôles
de ce triangle relationnel.
Face à des expériences d'une si grande
intensité, les proches, à l'instar des
filles de notre patiente Mme D., confondent parfois,
dans un processus projectif, leur souffrance avec les
douleurs et souffrances de la personne en fin de vie
et sont tentés de demander ou accepter que l'on
raccourcisse cette ultime période de vie. "[...]
plus ça dure et plus on risque de rencontrer
les limites de ce que chacun peut supporter Dans ces
cas-là, la maladie est souvent un facteur de
séparation. Parce que l'autre veut vivre tout
simplement - ou bien parce que la présence, chez
un proche, d'une maladie possiblement mortelle et en
tout cas durable, lui fait peur, éveille ou réveille
chez lui des angoisses aussi profondes qu'impartageables.
" (L.L.Lambrichs).
C'est un leurre de croire qu'abréger la vie minimise
les souffrances de ceux qui restent : au contraire,
les affects négatifs, liés au deuil s'élaborent
d'autant plus difficilement que la culpabilité
provoquée par cette demande s'y mêlera.
Prendre le temps de cet accompagnement, de cette dernière
rencontre, permet à celui qui reste d'y puiser
une part de l'énergie nécessaire au processus
d'élaboration du deuil.
Pour avoir apporté un soutien psychologique à
plusieurs personnes endeuillées, je dirais que
les processus de deuil pathologiques (idéalisation
persistante de la personne défunte, dépendance
à son égard, cauchemars récurrents,
attachement maniaque aux objets qui lui ont appartenu,
dépression profonde) sont plus fréquents
quand l'entourage, dans l'après-coup du décès,
a le sentiment de n'avoir pas été suffisamment
présent jusqu'au bout et ce, quelle que soit
la durée et la lourdeur de cet accompagnement.
Le temps est peut-être utile pour les familles,
même s'il est difficile d'en supporter l'in(dé)terminable
durée.
Quand, pour des raisons médicales ( fortes doses
d'opiacées ) ou psychologiques ( les patients
qui " se retirent " du monde des
vivants ), la personne est " endormie ",
les proches ont souvent des difficultés à
accepter cet état qui incarne le passage de vie
à trépas. Ce sont des moments difficiles,
voire insupportables durant lesquels la famille peut
être amenée à demander au médecin
de mettre fin à ce qu'elle ne considère
plus comme une vie. Dans ces moments, le psychologue
attentif à l'entourage les aidera à formuler
leur ressenti, leurs craintes, réelles ou imaginaires,
les aidera à expérimenter le relationnel
toujours présent entre eux et la personne mourante.
De simples gestes peuvent suffire : s'adresser au patient
ou à la patiente même dans un état
d'inconscience, lui parier à la deuxième
personne ou encore, écouter ce qui se dit de
l'histoire transgénérationnelle, c'est-à-dire
situer celui ou celle qui meurt dans une temporalité
qui ne se finira pas avec sa vie.
Le psychologue est aussi le tiers qui permet à
la parole de circuler entre le ou la malade, les soignants
médecins et infirmiers et les proches et ainsi,
de dire les incompréhensions, les désaccords
et de dire et vivre les émotions pour continuer
jusqu'au bout dans un projet commun où l'intérêt
de la personne malade reste le centre "parce qu'il
y, a des mots qui cherchent une oreille pour pouvoir
se dire sans que l'autre soit appelé à
y répondre mais plutôt à les entendre"
(C. de la Gérardière).
Sans être une solution magique, soutenir le dialogue
entre les personnes en fin de vie et les proches, aide
à mettre des mots justes sur ce qu'ils ressentent
et peut éviter des passages à " l'acte
".
Cela demande une disponibilité, une écoute
d'où on évacue les idées préconçues,
une capacité à retirer du jeu son histoire
et ses désirs personnels.
Ainsi, le conjoint d'un patient décédé
a repris contact des mois après le décès
pour signifier combien le temps qu'on lui avait consacré
avait été important pour lui et lui avait
sans doute permis de continuer à s'en octroyer
pour vivre son deuil.
3. Les soignants de première ligne.
Les équipes de première ligne, c'est à
dire du service dans lequel la personne est hospitalisée,
ne sont pas nécessairement habituées à
soigner des malades en fin de vie. Dans certaines unités,
il y a peu de décès (pédiatrie,
gynécologie, maternité ... ). À
l'inverse, dans les services de cancérologie,
hématologie, qui accueillent les patients atteints
de SIDA, de médecine d'urgence ou de réanimation,
on assiste parfois à un ballet macabre où
des personnes décèdent et sont remplacées
dans les heures qui suivent, sans rituel possible, par
d'autres.
Moins impliqués sur le plan émotionnel
que la famille dans un soutien apporté au- mourant,
les soignants de ces services le sont, par contre, de
manière récurrente. D'autre part, cette
mort les confronte à leur impuissance à
guérir. L'accompagnement qui se fonde sur la
" singulière puissance du mourant de subvertir
la logique activiste du soin médical et le fantasme
de tout pouvoir réparateur qui l'anime "
(Juranville).
Ils mettent alors en place des mécanismes de
défense pour éviter le " burn-out ".
Cela peut être la fuite de la chambre " critique "
quand le temps pour les soins se réduit de plus
en plus, le discours qui se médicalise à
outrance et perd sa richesse émotionnelle, la
confusion entre ce qui appartient au vécu des
patients et à celui des soignants (qui, par exemple,
parlent de leurs expériences personnelles avec
la mort comme si c'était la seule manière
de l'appréhender).
Dans ces moments de crise, une équipe non soutenue
peut être amenée à lâcher
prise et à abandonner, soit dans un passage à
l'acte massif telle une euthanasie non demandée
par la personne concernée, soit, coMme Déjà
énoncé avant, en minimisant les contacts
avec celle-ci. Le temps de parole peut aider à
maintenir l'implication vis à vis du la personne
en fin de vie.
La parole n'est pas magique, elle ne fait pas gagner
du temps car il ne s'agit pas d'une parole " opératoire ".
Son efficacité est d'un autre ordre puisqu'il
s'agit des niveaux symboliques ( niveaux auxquels on
appréhende des représentations personnelles
non définies d'avance et non limitatives de ce
qui est vécu et exprimé ). Elle nécessite
du temps. Le groupe de parole à l'hôpital
peut aider à entrer dans un rapport plus authentique
avec les collègues, les personnes malades et
leurs familles.
La réunion d'équipe ou groupe de parole
est un temps réservé aux soignants. Cette
rencontre est animée par un psychologue d'orientation
analytique et a pour but d'amener les soignants, en
tant que sujets, à parler d'eux-mêmes,
des malades, de leurs émotions et de leurs désirs
de soignants.
Le groupe de parole n'est pas une solution " toute
faite ". Car, même si certaines conduites
défensives sont clarifiées, " Il
s'agit pour le soignant de supporter l'épreuve
de dénarcissisation où le mourant l'entraîne
en tant que celui qui figure le miroir brisé
qui lui renvoie l'image de sa propre " castration
" (Juranville).
En guise de conclusion
" Peut-on entendre le temps comme relation avec
l'autre au lie de voir en lui la relation avec la fin
? "pose Lévinas.
Mme D., en extrême fin de vie, très
abîmée par la maladie, dégradée
physiquement et cognitivement, nous a, par sa demande
d'euthanasie, amenés à ne pas réfléchir
seulement dans une logique médicale, scientifique
efficace et reproductible mais à tenir compte,
comme en psychanalyse, de la singularité de celui
qui vit et meurt.
Les temps de rencontre et de parole des uns et des autres
avec cette personne, ont été un enrichissement
de la pensée à propos de la maladie et
de la mort. Ils ont permis de sortir du débat
sclérosant entre vivre et mourir, acceptant de
supporter à ses côtés, l'étape
ultime de la vie : le temps de l'agonie. Ce temps suspendu
a suscité l'ouverture, dans la suite de cet accompagnement
et alors que l'équipe traversait une crise institutionnelle,
un groupe de parole hebdomadaire.
Bibliographie
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Lambrichs Louise L, Le livre de Pierre, psychisme et
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