| DOSSIER : LA FORMULE DE DRAKE (1) |
La chance de détecter des extraterrestres, ou la réévaluation de l'équation de Drake |
News (23/08/99)
La recherche d'une forme
de vie extraterrestre est devenue un sujet d'actualité parmi la
communauté scientifique des astronomes, des biologistes et du grand
public en général. Mais peu de personnes se souviennent que
ce domaine bien particulier de la recherche scientifique à pris son
envol il y a 40 ans. Petit rappel historique. En 1959, des physiciens publiaient
un article dans la revue britannique Nature. Cet article, Searching for
Interstellar Communications, débattait de l'idée que des
télescopes radio pouvaient devenir suffisamment sensibles de manière
à capter les signaux radio d'éventuelles civilisations
évoluant autour d'étoiles distantes. Les deux chercheurs
suggéraient que de tels messages puissent être émis
sur une longueur d'onde bien particulière, de 21 centimètres
(1,420.4 mégahertz). Cette longueur d'onde n'a pas été
choisie au hasard. Elle caractérise l'émission de l'hydrogène
neutre, l'élément le plus commun dans l'Univers. Il semblait
alors aux scientifiques logique que d'autres civilisations avancées
utilisent ce point de repère judicieux du spectre radio. En avril
1960, l'astronome Francis Drake devenait la première personne à
effectuer une recherche systématique de signaux intelligents en provenance
de l'ensemble de l'Univers. Drake utilisait pour son travail le télescope
radio de 25 mètres de diamètre de l'Observatoire National de
Green Bank. Il écouta ainsi deux étoiles similaires à
notre Soleil, Epsilon Eridani et Tau Ceti. Son projet, dénommé
Ozma, était bon marché, simple, mais malheureusement infructueux.
Francis Drake, convaincu de l'existence d'une forme de vie extraterrestre
depuis son enfance dans les années 30 à Chicago, ne pouvait
pas s'imaginer que le genre Humain soit la seule civilisation peuplant l'Univers.
En 1992, il publia un livre 'Is Anyone Out There ?', ce qui peut se traduire
par 'Y a t'il quelqu'un à l'extérieur ?' Et en novembre 1961,
après plusieurs débats sur les perspectives d'une recherche
d'une forme de vie extraterrestre intelligente (SETI, aujourd'hui), Francis
Drake présentait son équation :
N = R x fp x ne x fl x fi x fc x LCette équation exprime le nombre (N) de civilisations 'observables' qui existent dans notre propre Galaxie, la Voie Lactée, comme une multiplication de plusieurs éléments qui nous sont inconnus. R, est le taux d'étoiles naissantes chaque année dans la Voie Lactée ; FP, est la fraction de ces étoiles qui possèdent un système solaire ; NE, est le nombre moyen de planètes similaires à notre Terre (aptes à abriter une forme de vie) ; FI, est le taux des planètes où une évolution biologique produit effectivement une forme de vie intelligente ; FC, est le taux de ces formes de vie intelligentes capables de communiquer à travers l'Univers ; L, est la durée de vie moyenne d'une civilisation capable de communiquer à travers l'Univers (exprimée en années) ; L'équation de Drake est aussi simple que fascinante. Cette formule donne par la même occasion |
à la recherche SETI une base sérieuse pour
l'analyse scientifique des données. De nombreux astronomes et biologistes
ont bien essayé de résoudre cette énigme, sans
malheureusement jamais y parvenir. A première vue, fournir une bonne
estimation de la solution semble assez facile, mais dans la réalité,
trouver le nombre de civilisations potentiellement assez développées
pour communiquer n'est pas si aisé que ça. Plusieurs variables
ont été affinées au cours des dernières années,
mais au moins trois nous demeurent encore inconnues. Le taux de formation
d'étoiles dans notre Galaxie est approximativement d'une par an. Le
facteur suivant, FP, est probablement inférieur à 1. Chaque
étoile ne peut pas avoir de système de planètes. Par
contre, si une étoile abrite effectivement une ou plusieurs
planètes, il semble plausible que certains de ces corps posséderont
de l'eau liquide et seraient potentiellement convenables pour l'émergence
d'une forme de vie et surtout pour sa perduration. Les optimistes, confiants
dans le cycle de l'évolution énoncé par Darwin, estiment
que tôt ou tard une quelconque forme de vie finirait par donner naissance
à une intelligence, et qu'aucune de ces civilisations ne peut exister
longtemps sans découvrir l'électricité et la radio et
ressentir le besoin de communiquer. Dans ce cas le plus optimiste, N serait
égal à L. Si L est égal à 10.000 années,
il y aurait en théorie autant de civilisations capables de communiquer
à travers l'ensemble de la Galaxie ! Cela suppose que cette
évolution ne se produit qu'une seule fois durant les milliards
d'années de vie d'une planète. Autre implication de ce chiffre,
la civilisation la plus proche de nous se situerait à environ 1000
années-lumière de nous. Une conversation bilatérale
nécessiterait un temps égal à une grande partie de
l'histoire humaine, mais la communication serait très audible. Cependant,
40 années de recherche SETI ont échoué dans la tentative
de trouver quelque chose, et ce malgré le développement
ininterrompu des techniques de détection depuis les années
60. Le paramètre pris en compte dans la traque des signaux radio couvre
de gigantesques " régions " alors que nous n'avons pu en explorer
qu'une infime partie. La seule chose dont nous soyons certains, c'est que
notre Galaxie n'est pas encombrée d'émetteurs radio émettant
continuellement dans notre direction sur la longueur d'onde de 21
centimètres. Certains scientifiques se demandent si nous n'avons pas
surestimé une ou plusieurs valeurs des paramètres de
l'équation de Drake. Est ce que la durée de vie moyenne d'une
civilisation intelligente est trop courte ? Ou tout simplement, avons-nous
oublié de prendre en compte un paramètre plus subtil ? Des
astronomes ont tenté de réévaluer l'équation
de Drake en analysant chaque terme individuellement. R, le nombre d'étoiles
engendrées chaque année par la Voie Lactée, est certes
approximativement de 1. Mais des chercheurs ont récemment
déterminé que le taux de formation d'étoiles était
beaucoup plus élevé il y a plusieurs milliards d'ici et que
celles susceptibles d'abriter dans leur système planétaire
une civilisation intelligente sont nées à ce moment-là.
La principale implication de cette découverte serait de porter la
valeur de R de 1 à 3, voire même 5. Le prochain article traitera des valeurs FP et NE de l'équation de Drake. |
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L'astronome Francis
Drake à l'origine de l'équation qui porte son nom.
Crédit : Sky Telescope |
Le télescope
radio de 25 mètres de diamètre de l'Observatoire National de
Green Bank.
Crédit : Observatoire National de Green Bank |
La nébuleuse
d'Orion, magnifique pouponnière d'étoiles.
Crédit : StScI / Canadian Institute for Theoretical Astrophysics |