LA PHOBIE

 

La phobie fait partie de l'histoire de la souffrance humaine et de la peur quelle que soit l'histoire du sujet, quelque soit son destin. C'est une expression de la fragilité de l'homme depuis l'aube de ses origines.

Dans les traités de psychopathologie, la phobie est généralement décrite soit comme une névrose dont le trait central est la systématisation de l'angoisse sur des personnes, des choses, des situations ou des actes qui deviennent d'une terreur paralysante, soit comme le déplacement de l'angoisse en vue de son apaisement.
Toutes les civilisations ont eu à faire avec la peur. Face aux grandes énigmes de l'univers, de l'Homme, de la vie et de la mort, canalisées par les traditions, les coutumes et les conduites d'évitement, se sont crées des peurs de toutes pièces : les tabous, les démons, l'étranger… La problématique avec la phobie c'est l'oscillation entre l'angoisse et la peur irrationnelle.

La peur surgit là où le sentiment de sécurité n'est plus absolu, et elle semble impliquer la sensation du danger dans sa perception immédiate, que celui-ci soit réel ou non. Elle ne se cultive pas, une fois le danger écarté, la peur s'efface. La peur se dépasse en même temps que s'acquiert la maîtrise sur l'environnement et que se construit une sécurité de base. On parle d'angoisse lorsqu'une situation ressentie dangereuse ne l'est pas et ne le deviendra peut être jamais. Elle relève de la pulsion. Elle se vit, se parle à l'avance, s'anticipe. C'est à partir d'une menace réelle ou non que se développe l'angoisse si la peur ne peut être dépassée. Tous les scénarios qui justifient l'angoisse sont des leurres. L'angoisse chez les jeunes enfants n'est à l'origine rien d'autre qu'un sentiment d'absence de la personne aimée. IL y a deux groupes de phobies caractérisés par l'objet de la peur :
 

1) - les phobies banales et communes que tout le monde craint un peu. Peur de la nuit, de la solitude, la mort, la maladie, les serpents, les dangers en général. La phobie pourrait être alors un symptôme universel avec une normalité pour certaines d'entres elles. Les peurs excessives évoquant chez l'homme sa finitude, son impuissance, l'incapacité et la fragilité humaines à s'aider soi même et à soulager ses tensions internes précoces.

2) - les phobies d'occasion qui n'inspirent de la crainte qu'en fonction de l'état émotif et anxieux du sujet. Cette angoisse latente par une sorte d'élection va faire ressortir toutes les idées propres à devenir l'objet d'une phobie. Quelques généralités sur le symptôme phobique :
C'est un familier des moments critiques de l'existence, phase oedipienne, adolescence, crise du milieu de la vie, et d'une façon générale lors des moments où l'équilibre du monde interne est bouleversé par l'exigence d'une réorganisation psychique. Les patients phobiques se décrivent souvent sur la trame d'une séduction incestueuse oedipienne. Mais ceci n'est qu'un leurre. La phobie n'est qu'un travestissement d'une affaire plus archaïque, celle d'une fragilisation du moi au décours de sa construction identitaire et alors incapable de faire face à la poussée libidinale. C'est la qualité d'après coup qui permet de comprendre pourquoi le moi s'effondre chez certains là où il est seulement menacé pour d'autres. La liste des objets phobiques est infiniment longue car chacun peut se créer des objets phobiques secrets, tyranniques et parfaitement inattendus.
* Les phobies de la petite enfance n'ont qu'un caractère transitoire la plupart du temps. Certaines peuvent cependant persister et s'intensifier en raison des bénéfices secondaires qu'elles entraînent, la peur du noir qui entraîne le bisou de la maman, les craintes des parents qui sont reprises par les enfants au titre des apprentissages des comportements à risques…
* Les phobies de l'adolescence sont souvent apparentées au corps, à l'espace, aux phobies scolaires. La fonction phobique chez les ados, est utilisée lorsque l'émotion liée aux pulsions sexuelles est ressentie comme menaçante et qu'il lui faut substituer une sensation maîtrisable. Elles ont un pronostic moins favorable car elles dépendent du processus pubertaire, mais aussi de la qualité du sentiment d'identité conforté ou mis à mal par les périodes de développement identitaire précédentes. Il n'y a pas d'adolescence sans phobie.
* Les phobies de l'adulte ne sont pas en continuité avec celles de l'enfance. Elles surviennent d'une manière imprévisible dans des moments particuliers de l'existence. Notamment dans les crises du milieu de la vie, les changements d'état et de lieux L'utilité de la phobie :
L'objet phobique est nécessaire. Il assure ainsi une vie normale, organisée et maintenue dans la cohérence autour de ce " cristal signifiant " comme dit Lacan. Un pont fragile se crée alors entre le monde extérieur et le monde intérieur. Ce pont est violemment discordant car secrets et hontes accompagnent les symptômes, mais le phobique le protège comme la prunelle de ses yeux. Si la fonction phobique est créatrice de symptômes, elle n'est est pas moins initialement au service de la constitution d'un sentiment d'unité et de l'appropriation par le sujet de ce qui sera son moi. La fonction phobique est donc de restituer le sentiment de cohésion et d'unité du moi dès que le sentiment d'exigence ou l'image narcissique sont peu ou prou menacés.

L'objet contra-phobique :
Il y a un effet d'après coup dans le surgissement de l'angoisse primitive. Une fois surgie l'angoisse cherche un objet destiné à le réassurer avant que ne surgisse l'objet persécuteur. Le patient agoraphobe ne peut se déplacer qu'accompagné, le jeune enfant dort avec son ours en peluche afin de ne pas avoir peur et d'affronter la séparation de la nuit. L'investissement d'un contra objet a un effet d'étayage. Lorsque cet objet n'assure plus cette fonction le patient s'effondre et projette sur l'extérieur la mauvaiseté de son monde interne. L'objet contra-phobique est neutre, non investi d'affect et indifférent affectivement.
 

 

A p p r o c h e   p s y c h i a t r i q u e

 

Le DSM IV (Diagnostic statistic manual of mental disorders -  manuel diagnostique et statistique de l'Association Américaine de psychiatrie) décrit trois types de phobies :
- les phobies d'espace : agoraphobie (avec ou sans attaque de panique), claustrophobie
- les phobies sociales : éreuthophobie (crainte de rougir en public)
- les phobies spécifiques (auparavant les phobies simples) peur des animaux, endroits élevés,
  orages, sang, voyage en avion, couteau, etc.
 

Exemple de définition selon le DSM-IV: la Phobie Sociale

A. Une peur persistante et intense d'une ou plusieurs situations sociales ou bien de situations de performance durant lesquelles le sujet est en contact avec des gens non familiers ou bien potentiellement observé attentivement par autrui. Le sujet craint d'agir (ou de montrer des symptômes anxieux) de façon embarrassante ou humiliante.

B. L'exposition à la situation sociale redoutée provoque de façon quasi systématique une anxiété qui peut prendre la forme d'une Attaque de panique liée à la situation ou bien facilitée par la situation.

C. Le sujet reconnaît le caractère excessif ou irraisonné de la peur.

D. Les situations sociales ou de performance sont évitées ou vécues avec une anxiété et une détresse intenses.

E. L'évitement, l'anticipation anxieuse ou la souffrance dans la (les) situations(s) redoutée(s) sociale(s) ou de performance perturbent , de façon importante, les habitudes de l'individu, ses activités professionnelles (ou scolaires), ou bien ses activités sociales ou ses relations avec autrui, ou bien le fait d'avoir cette phobie s'accompagne d'un sentiment de souffrance important.

F. Pour les individus de moins de 18 ans, on ne porte le diagnostic que si la durée est d'au moins 6 mois.

G. La peur ou le comportement d'évitement n'est pas lié aux effets physiologiques directs d'une substance ni à une affection médicale et ne sont pas mieux expliqués par un autre trouble mental (p. ex. le trouble panique avec ou sans agoraphobie).

H. Si une affection médicale générale ou un autre trouble mental est présent, la peur décrite en A est indépendante de ces troubles; par exemple, le sujet ne redoute pas de bégayer, tremblement d'une maladie de Parkinson, etc...

Source: American Psychiatric association, DSM-IV

 

Thérapeutique:
La prise en charge des phobies n'est pas chose facile car ce n'est pas le conflit interne qui s'y exprime, mais bien plus l'effondrement des bases narcissiques de l'organisation de soi. L'accompagnement thérapeutique doit porter sur le cadre qui doit être stable et le demeurer, et sur le renforcement des ressources afin de renforcer le moi fragilisé. Le thérapeute va devenir l'objet contra phobique -objet réel, palpable, objectif. Dans la première partie du traitement le thérapeute fait partie du cadre. On verra au bout d'un certain temps se développer une assurance plus grande, une confiance en soi meilleure. On pourra alors conduire la prise en charge de manière classique et tenter de faire découvrir au patient que ce qu'il craint a déjà été vécu.

Conclusion:
Il y a du désespoir dans la phobie. Mais que l'angoisse puisse trouver une forme de sublimation telle parait être l'issue possible de la phobie. C'est la raison qui pousse volontiers les phobiques aux avant postes de la création dans un idéal narcissique.

Liste des Phobies:
Acrophobie (Endroits élevés) Aéro-acrophobie (Peur de prendre l'avion) Aérophobie (Courants d'air) Agoraphobie (Grands espaces et lieux publics) Aichmophobie (Objets pointus) Ailurophobie (Chats) Algophobie (Douleur) Amatophobie (Poussière) Amaxophobie (Peur d'être dans un véhicule) Anémophobie (Vent) Anthropophobie (L'homme en général) Apeirophobie (L'infini) Apiphobie (Abeilles) Aquaphobie (Eau) Arachnéphobie (Araignées) Astraphobie (Éclairs) Aurophobie (Aube) Bathophobie (Profondeurs) Batracophobie (Grenouilles) Bélonéphobie (Aiguilles) Bibliophobie (Livres) Brontophobie (Tonnerre) Cancérophobie (Cancer) Chionophobie (Neige) Chromatophobie (Couleurs) Claustrophobie (Espaces clos) Climacophobie (Escaliers) Cremnophobie (Précipices) Crystallophobie (Verre) Cynophobie (Chiens) Diképhobie (Justice) Dromophobie (Peur de traverser la rue) Eisophobie (Miroir) Émétophobie (Peur de vomir) Entomophobie (Insectes) Éreutophobie (Peur de rougir en public) Génophobie (Sexe) Géphyrophobie (Peur de franchir un pont) Gynophobie (Femmes) Hématophobie (Sang) Homilophobie (Sermons) Hylophobie (Forêts) Kleptophobie (Peur de voler ou de devenir )voleur Lyssophobie (Peur de devenir fou) Métallophobie (Métaux) Monophobie (Peur d'être seul) Musophobie (Souris) Mysophobie (Saleté et microbes) Nosophobie (Maladies) Nudophobie (Nudité) Numérophobie (Numéros) Nyctophobie (Nuit) Ochlophobie (Foules) Ophidiophobie (Serpents) Ornithophobie (Oiseaux) Pédiophobie (Poupées) Phasmophobie (Fantômes) Phobophobie (Phobie) Photophobie (Lumière) Pnigophobie (Étouffement, étranglement) Ptéronophobie (Plumes) Pyrophobie (Feu) Satanophobie (Démon) Sidérodromophobie (Trains) Srygiophobie (Enfer) Taphophobie (Peur d'être enterré vivant) Thalassophobie (Mer) Thanatophobie (Mort) Thermophobie (Chaleur) Toxicophobie (Poison) Trichophobie (Cheveux) Triskaïdékaphobie (Chiffre 13) Xénophobie (Étrangers) Zoophobie (Animaux)

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