Renaud: La teigne

Dernière mise à jour: 16 sep. 1998
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LA TEIGNE

L'était bâti comme un moineau
Qu'aurait été malade
A la bouche, derrière son mégot,
y' avait des gros mots en cascades
L'était pas bien gros c't'asticot,
mais c'était une vrai boule de haine,
On lui filait plein d'noms d'oiseaux
Même ceux qui l'connaissaient qu'à peine
L'appelaient la teigne

Il avait pas connu ses vieux,
Il était d'l'Assistance,
Ce genre d'école, pour rendre joyeux,
C'est pas vraiment Byzance
D'ailleurs on lisait dans ses yeux
Qu' pour qu'y soit bien fallait qu'on l'craigne,
Si tu rentrais pas dans son jeu,
Putain! C'que tu r'cevais comme beignes,
C'était une teigne

Avec les gonzesse, les mich'tons,
L'était encore plus vache:
J'te pique tes sous, j'te fous des gnons,
Tu tombes amoureuse et j'm'arrache
Pour sa p'tite gueule, ses poings d'béton,
Plus d'une se serait jetée à la Seine,
Elles lui parlaient d'amour, d'passion,
Y répondait pas des châtaignes,
C'était une teigne

L'avait pas fêté ses vingt berges
Quand, une nuit de novembre,
On l'a r'trouvé raide comme un cierge,
Pendu au beau milieu d'sa chambre
Si y'a un bon Dieu, une Sainte Vierge,
Faut qu'ils l'accueillent à leur enseigne,
Parc'qu'avant d'passer sur l'autr' berge
Y m'avait dit personne ne m'aime,
J' suis qu'une pauv' teigne

Mais moi qui l'ai connu un peu,
Quand parfois j'y repense,
putain! C'qu'il était malheureux,
Putain! C'qu'y cachait comme souffrance
Sous la pâle blondeur de se frange,
Dans ses yeux tristes, dans sa dégaine
Mais j'suis sûr qu'au ciel c'est un ange,
Et quand j'pense à lui mon coeur saigne
Adieu la teigne


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