LA MEDAILLE DU MARECHAL FRANCHET-D’ESPEREY PAR PAUL ROGER-BLOCHE.

   
 
Le Maréchal Franchet-D'Esperey
 
Paul ROGER-BLOCHE, sculpteur et médailleur français, naît à Paris le 31 mai 1865. Il exécute son service militaire dès 1885, puis s’engage dans l’armée, pour laquelle il effectue régulièrement des stages. Il devient sous lieutenant, puis lieutenant dans le 105è bataillon des chasseurs à pied.
La guerre de 1870, mais surtout la Première Guerre Mondiale (1914-1918) marquent l’art de Roger-Bloche, d’un sceau profond. En effet, sa mère, Caroline Heimerdinger, dont il est possible de soupçonner l’ origine d’une région de l’est, ainsi que son engagement dans le corps militaire, peuvent être les facteurs qui ont orienté son style vers une représentation détaillée, réaliste mais cependant iconique de ces thèmes.
Les médailles et plaquettes qu’il réalise ont pour sujets des visions militaires (il exécute plusieurs plaquettes - dont deux sont actuellement conservées au Musée d’Orsay à Paris - figurant des Poilus), mais aussi des portraits de personnages (Portrait de Georges Hayem, médecin, ou des enfants « Courtois-Suffit »), dont celui du Maréchal Franchet D’Esperey.

Louis Félix Marie François Franchet-D’Esperey, naît à Mostaganem le 25 mai 1856. Il entre à St Cyr en 1874, puis il est envoyé là où la France se bat ou colonialise. De 1912 à 1913, il rentre en France pour commander en second l’école de St Cyr. Devenu l’officier d’ordonnance de M. de Freycinet, ministre de la guerre, il prend le commandement du Ier corps d’armée, à Lille en 1914. Commandant en chef des armées alliées en Orient en 1918, puis Général, il cesse ses fonctions le 7 aout 1920, et le 14 juillet de l’année suivante, il reçoit son bâton de Maréchal. Elu à l’académie Française en 1934, Membre de la société de Géographie, de l’académie des sciences coloniales, il meurt le 8 juillet 1942 à Amancet (Tarn) et est inhumé aux Invalides le 24 octobre.

La Médaille, réalisée en bronze, comme tout l’œuvre de l’artiste, mesure 68 mm de diamètre et pèse 147 grammes. L’épaisseur de la tranche varie de 4 à 7 mm. Son recto illustre le profil du Maréchal en costume militaire en saillie, sur un fond neutre dont le pourtour accueille le titre et le nom de l’homme, en lettres majuscules et régulières. Le style est réaliste, chaque détail de la physionomie est présente, exacte (nous en avons jugé d’après de réelles photos du Maréchal), sans toutefois éloigner le regard de l’aspect général fier et digne que cette médaille avait pour but de dégager.
Les cheveux gonflés, légèrement ondulés, coupés courts dégagent un front haut, qu’une légère ride traverse, suivant la courbe des sourcils, fournis. La ligne brisée du nez fin et long, le regard haut, les lèvres fines et pincées, la veine dilatée sur la tempe révèlent le goût du sculpteur pour le réalisme extrême, même s’il est tempéré ici.
Le verso de la médaille, laisse place, de manière assez traditionnelle à une allégorie commémorative et symboliste. Il s’agit d’un paysage montagneux au centre duquel se dresse une architecture en ruine, difficilement identifiable. Entre les deux sommets, apparaît une figure ailée, couronnée de lauriers, nimbée de lumière et irradiant le paysage. Les inscriptions figurant au-dessus de l’allégorie permettent de mieux comprendre la scène : « Aube de la Victoire » : l’allégorie de la victoire émerge effectivement à la manière du soleil après la nuit en apparaissant derrière les monts. Au bas de la même face, peut être lue une autre inscription, séparée de la représentation : « Rupture du front des Balkans, Septembre 1918. »
Il s’agit donc d’un portrait de l’homme et de son titre au recto, et de ses hauts faits en tant que chef des armées alliées, donc d’une œuvre commémorative.

Cette œuvre fut exécutée après 1918, Paul Roger-Bloche est alors quinquagénaire : il s’agit donc d’une œuvre de maturité, puisqu’il expose aux salons régulièrement depuis 1891. Il ne cessera de travailler qu’à sa mort, en 1943.
En conclusion, nous pouvons dire que l’œuvre de Roger-Bloche, du point de vue strictement artistique, reste très fidèle aux principes académiques classiques et ne se place ainsi pas dans l’innovation et l’originalité que va pourtant connaître l’art des médailleurs dans ces années au modernisme bouillonnant, mais surprend de vérité et reste le témoignage historique précieux.
 
 
Laetitia Destré.
 
 
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