Jules Lagae : il est né à Roulers le 15 mars 1862. Il suivit les cours de sculpture d'après l'antique donnés par Jean-Joseph Jaquet. Ensuite, de 1882 à 1885, il fréquenta l'atelier libre de Charles Van der Stappen et ensuite celui de Jef Lambeaux. Mais c'est Julien Dillens avec lequel il se lia d'une grande amitié qui l'influença dans son art. Avant son départ pour l'Italie (1888- 1892), il épousa Léonie Noulet dont il eut trois enfants. Son fils Jan, né en 1897, épousera la nièce de Léon Frederic, son ami intime. Spécialisé dans les portraits couplés, Jules Lagae produira des œuvres au réalisme paisible comme Mère et Enfant (1892) . Attaché à sa culture flamande, il conçut beaucoup de monuments et de portraits comme celui d'Albrecht Rodenbach (1909). Le dernier monument érigé fut Guido Gezelle en 1930 à Bruges, la ville où il mourut le 2 juin 1931. On connait de lui 19 médailles, mais il en a peut-être réalisé plus.

Léon Frederic: il est né le 26 août 1856. Dans sa jeunesse, il entreprit une série de voyages pour apprendre son art. Ainsi, il séjourna 7 mois à Florence en compagnie du sculpteur Julien Dillens(1849-1904) avec lequel il nouera une amitié fidèle. Il est connu pour ses œuvres de grands formats dans lesquelles il rend compte d'une inégalité sociale dont la plus célèbre est Les marchands de craie (1882-1883). Il s'intéressa également à la réalité âpre de la vie rurale des villageois de Nafraiture qui alimenteront ses compositions comme Les âges du paysan (1885-1887). Outre l'aspect naturaliste, son œuvre évoluera vers un symbolisme allégorique avec Le Ruisseau (1890). Préoccupé par la condition du prolétariat de son époque, Frederic se rallie au peuple qui se bat pour ses droits dans Le Peuple verra un jour le lever du soleil (1890-1891). Dans Les âges de l'ouvrier (1895-1897), il exprime l'espoir d'une société meilleure. Il décéda le 25 janvier 1940, quelques semaines avant le peintre Eugène Laermans (1864-1940). Frederic est enterré au cimetière de la ville de Bruxelles à Evere.

 

La médaille (diamètre : 6 cm ) Le 6 avril 1927, en présence de S.M. la Reine Elisabeth accompagnée de la comtesse de Caraman Chimay, une cérémonie d'hommage en son honneur fut organisée par la Société royale des Beaux-Arts que présidait le duc d'Ursel . La reine connaissait bien les toiles de Frederic car elle visita son atelier en 1919 et les œuvres de la reine lui achetèrent six paysages en 1921, période difficile financièrement pour l'artiste. A cet événement assistèrent, entre autres , son épouse ( Laurence Bastin ), son fils (Georges Frederic) et les sculpteurs et médailleurs Pierre Braecke et Jules Lagae. Une photographie immortalisa la cérémonie. Outre l'hommage rendu, il fut instauré Grand-Officier de la Couronne. Lorsque fut venu le moment de répondre aux discours en son honneur, Frederic parla brièvement et avec modestie. A cette occasion, son portrait sculpté en médaillon par Jules Lagae lui fut remis. Pour ce médaillon, une souscription fut lancée à laquelle participèrent plusieurs artistes dont James Ensor. L'hommage se déroula dans la salle du Musée moderne où se trouvaient Les marchands de craie et Les âges du paysan.

Le médaillon original à l'effigie de Frederic se trouvait initialement sur la façade de la maison-atelier du peintre Chaussée de Haecht, 232 à Schaerbeek . Après la démolition de celle-ci, le médaillon orna une stèle en grès consacrée à sa mémoire. Celle-ci, située au Parc Josaphat (Schaerbeek), fut inaugurée le 6 mai 1972 . Aujourd'hui, le médaillon a disparu : il a été volé. L'avers de la médaille représente le portrait réaliste du peintre identique au médaillon. Le revers mentionne la Société royale des Beaux-Arts fondée en 1893 et dont Frederic était membre effectif depuis sa création. La date de 1926 marquait ses septante ans. La médaille fut frappée la même année par les ateliers Jules Fonson. Le tirage n'est pas connu. Il existe une photographie de Léon Frederic de profil, datée au dos de 1927 par son fils, fort semblable à la médaille. On peut émettre l'hypothèse selon laquelle J.Lagae s'en inspira pour la réalisation de son travail. Cette photographie sera reproduite pour la première fois dans l'étude de Gustave Vanzype pour l'annuaire de l'Académie royale de Belgique en 1941.

Les reconnaissances officielles se succèderont : le 24 avril 1929, le Roi Albert I accorda à Frederic en même temps qu'à James Ensor le titre de baron . L'artiste choisit pour devise « Ars longa vita brevis ».

 

Xavier Van den Broeck

Licencié en histoire de l'art