Les lettres de nouvel an : Un peu d'histoire ...

 

 

 

1er Janvier : Le jour de l’an .

Au milieu du 16ème  siècle, la nouvelle année commençait, dans plusieurs régions, à une autre date : Le 1er mars, à Pâques, à Noël ou au 1er janvier.

En 1563, le roi de France décidait que le 1er janvier serait dorénavant le jour de l’an. A l’introduction du calendrier grégorien, en 1582 le 1er  janvier fut accepté comme jour du nouvel an dans plusieurs pays d' Europe, puis dans le  monde entier.

 
 
16ème siècle

Il  est très exceptionnel que des lettres d’enfants et d’adolescents du 16ème  siècle aient été conservées, mais on en a tout de même trouvé quelques exemplaires, comme une lettre du 16ème  siècle de l’imprimeur Jean Moretus (1543-1610), beau-fils de Christoffel Plantin (1520-1589).

C'est la preuve que les lettres s’écrivaient déjà à cette période,  et que c’était une habitude, bien  avant le 19ème  siècle.

C’est dans le milieu des éditeurs que ces lettres existaient. Elles étaient écrites en Latin, sous forme de poème. Nous apprenons que la plus importante chose sur terre était la paix et que les cadeaux confirmaient et renforçaient cette paix.

Ces lettres imprimées ou écrites étaient faites par l’élite pour l’élite.

Les élèves (très peu nombreux, car tout le monde n’avait pas la possibilité d’aller à l’école) pouvaient ainsi montrer les  connaissances qu’ils avaient apprises à l’école et les mettre en valeur dans leur famille. Cela vaut  autant pour  la façon dont  la lettre était apportée,  que pour la manière dont elle était écrite. A ce moment, les élèves pouvaient jouer le rôle de l’orateur devant un public.

 
 
Des cadeaux.

 Offrir des cadeaux est un rituel très important pour établir ou entretenir des relations d’amitié ou des relations familiales, particulièrement aux moments de transition pendant le cycle de la vie (baptême, communion, anniversaire,  mariage…)  ou bien pendant le cycle de l’année (nouvel an).

A la réception d’une lettre de nouvel an, on donne plutôt de l’argent, des livres ou de la nourriture en retour. Il était crucial que la lettre soit lue à haute voix, puis donnée au destinataire comme souvenir.

 
 
Des lettres de nouvel an imprimées.

Pendant le 18ème  siècle, et au début du 19ème , les vœux  étaient réalisés  en gravures sur bois ou sur cuivre. Ils étaient destinés aux enfants qui voulaient présenter leurs vœux à leurs parents, au personnel pour leurs patrons, aux amoureux pour leur dulcinée, aux porteurs de paquets, aux facteurs, aux allumeurs de lanternes ou aux gardiens de nuit. Pour cette raison, il y avait, au milieu de la carte gravée (avec des paysages et des scènes  d’hiver) , un espace  libre  où on pouvait  écrire un texte.

  
Des traditions et exemples d’école.

La fin du 19ème  siècle marque un nouvel élan dans l’écriture de la lettre de nouvel an. Cette fois-ci elles ne sont plus seulement destinées à l’élite, mais aussi à toutes les familles. Ainsi tous les élèves pouvaient montrer  leurs  nouvelles  aptitudes apprises.

A la fin du 19ème  siècle, et au début du 20ème, les lettres furent écrites à l’école. Elles étaient écrites sur des jolies feuilles encadrées d’or ou d’argent et remplies de  fioritures élégantes, souvent avec des images de Jésus, de la Vierge ou d’autres saints.

La lettre était le résultat de plusieurs heures de leçons de calligraphie. Le titre était presque toujours écrit par le professeur et était particulièrement  élégant.  Les élèves écrivaient ensuite, de leur plus belle écriture, le texte qui était au tableau. Une tache, une éclaboussure ou une faute causait irrévocablement  la réécriture de la lettre.

Ce jour-là, il était recommandé aux enfants de venir à l’école avec des mains très propres. Les encriers étaient spécialement remplis. Chacun recevait une nouvelle plume et pouvait prendre un nouveau buvard. Cette leçon de calligraphie devait être le couronnement des multiples leçons d’écriture qui avaient été données pendant tout le trimestre écoulé. 

Des lettres de nouvel an, spécialement celles de la première année d’étude, étaient pour les parents une façon très intéressante de mesurer les prestations et le progrès de leurs enfants à l’école. Sur à peine 4 mois, ils pouvaient constater quels efforts  leurs enfants avaient faits.

A la fin du 19ème siècle, une lettre de nouvel an comprenait 4 éléments fixes. L’enfant commençait par dire qu’il se sentait heureux de pouvoir écrire la lettre. Il parlait ensuite de sa préoccupation, des  efforts que ses parents faisaient tous les jours pour lui, et  de sa gratitude pour eux. La lettre finissait souvent avec la promesse d’être sage et de faire de son mieux à l’école. Des rappels de Dieu, Jésus, Marie etc. étaient souvent  présents.

Les lettres d’aujourd’hui sont beaucoup plus spontanées, car les professeurs ont beaucoup plus d’exemples à leur disposition et ont donc un très grand choix.

 

Après la deuxième guerre mondiale.

Peu à peu, un marché pour les lettres de nouvel an apparaît. Elles sont  produites commercialement. Les thèmes perdent leur cachet solennel. Les images deviennent plus enfantines, les textes plus courts et simples.

 

 Le langage. 

Avec le temps, la langue dans laquelle on écrivait les lettres évoluait. Au 19ème  siècle les enfants nobles ou riches écrivaient leurs lettres en français. Le français était à ce moment la langue de l’élite. Aussi les enfants néerlandophones étaient souvent obligés d’écrire leur lettre en français, par exemple quand ils habitaient la région frontalière et que leur « mémé » désirait sa lettre en français.

Souvent les professeurs décidaient que c’était une sorte d’enrichissement linguistique, même si,  dans ce temps, les langues étrangères ne s’imposaient pas encore.

Quelle que soit la langue dans laquelle la lettre était établie, il est sûr que, jusqu' en 1960,  l’usage de la langue était  primordial.

Aujourd’hui, il y a une tendance à consacrer moins d’importance à l’écriture de la lettre de nouvel an. On écrit à l’école  uniquement la lettre pour les parents, les autres sont plus souvent écrites à la maison.

 

Un évènement émouvant.

Néanmoins,  même si l’écriture et la lecture de la lettre est  pour beaucoup d’enfants un dur labeur, il y a quand même un point lumineux  au bout de ce travail: recevoir un cadeau !

De nombreux parents et grands-parents témoignent que c’est aussi un moment très émouvant.

Le début d’une nouvelle année, des enfants joliment habillés,  pleins de bonnes intentions  qui lisent la lettre solennellement.  C’est un moment qui continue à être touchant car le sourire sur leur visage,  autant de fierté et de politesse, donnent à ce rituel une signification très forte. Un moment où souhaits et réalité se rejoignent. 

 

Un évènement traditionnel en Flandre.

Nous conclurons que l’écriture  de la lettre de nouvel an est une tradition purement flamande. On ne les retrouve pas dans d’autres pays. Autant en être fière et  continuer cette tradition……