Les maîtresses de Beaudelaire

Jeanne Duval

Une dame créole

Marie Daubrun


Apollonie de Sabatier par Thomas Couture.
Toile inachevée.
Musée des Beaux-Arts, Clermont-Ferrand.

Beaudelaire suggère à sa muse (Apollonie Sabatier)
de lui infuser son venin…
Le poème -À Celle qui est trop gaie- était condamné
pour outrage aux bonnes mœurs lors du procès
des Fleurs du Mal le 20 août 1857.


À Celle qui est trop gaie


Ta tête, ton geste, ton air
Sont beaux comme un beau paysage; 
Le rire joue en ton visage 
Comme un vent frais dans un ciel clair.

Le passant chagrin que tu frôles 
Est ébloui par la santé 
Qui jaillit comme une clarté 
De tes bras et de tes épaules.

Les retentissantes couleurs 
Dont tu parsèmes tes toilettes 
Jettent dans l'esprit des poètes 
L'image d'un ballet de fleurs.

Ces robes folles sont l'emblème 
De ton esprit bariolé; 
Folle dont je suis affolé, 
Je te hais autant que je t'aime!

Quelquefois dans un beau jardin 
Où je traînais mon atonie, 
J'ai senti, comme une ironie, 
Le soleil déchirer mon sein,

Et le printemps et la verdure 
Ont tant humilié mon coeur, 
Que j'ai puni sur une fleur 
L'insolence de la Nature.

Ainsi je voudrais, une nuit, 
Quand l'heure des voluptés sonne, 
Vers les trésors de ta personne, 
Comme un lâche, ramper sans bruit,

Pour châtier ta chair joyeuse, 
Pour meurtrir ton sein pardonné, 
Et faire à ton flanc étonné 
Une blessure large et creuse,

Et, vertigineuse douceur! 
À travers ces lèvres nouvelles, 
Plus éclatantes et plus belles, 
T'infuser mon venin, ma soeur!

Les maîtresses de Baudelaire

Marie Daubrun

Une dame créole

Apollonie Sabatier



En haut

Baudelaire - Florilège

La belle Dorothée - Poème en prose

Club des Poètes

Club des Poétesses


Homepage


Pageviews since/sinds 21-03-2002 

© Gaston D'Haese: 01-03-2005.
Dernière mise à jour: 25-05-2016.