Les maîtresses de Baudelaire

Sarah la louchette

Jeanne Duval

Apollonie Sabatier

Mme Autard de Bragard
Louis Marie Antoinette Adèle Emmeline de Carcenac, 
née en 1817 à Port Louis.
Baudelaire ne revoit pas ensuite la belle dame, 
puisqu’elle meurt en 1857 sur le bateau 
qui l’emmène vers la France.
Madame Autard de Bragard

Pressé par son beau-père, Baudelaire s'embarqua vers les Indes
en 1841. Au bout de sept mois, il mit fin à cet exil. Plusieurs
poèmes comme "L'Albatros", "Parfum exotique"
et "La belle Dorothée" (poème en prose) ont certainement
été inspirés par ce voyage. Du 1er au 18 septembre, Beaudelaire
fit escale à Port-Louis à l'île Maurice, où il fut hébergé
par Mr. et Mme Autard de Bragard.
Le poème "À une dame créole" rendit hommage à sa belle hôtesse.


À une dame créole

Au pays parfumé que le soleil caresse,
J'ai connu, sous un dais d'arbres tout empourprés
Et de palmiers d'où pleut sur les yeux la paresse,
Une dame créole aux charmes ignorés.

Son teint est pâle et chaud ; la brune enchanteresse
A dans le cou des airs noblement maniérés ;
Grande et svelte en marchant comme une chasseresse,
Son sourire est tranquille et ses yeux assurés.

Si vous alliez, Madame, au vrai pays de gloire,
Sur les bords de la Seine ou de la verte Loire,
Belle digne d'orner les antiques manoirs,

Vous feriez, à l'abri des ombreuses retraites,
Germer mille sonnets dans le coeur des poètes,
Que vos grands yeux rendraient plus soumis que vos noirs.

Recueil : "Les fleurs du mal"


Parfum exotique

Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,
Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone;

Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne.

Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,

Pendant que le parfum des verts tamariniers,
Qui circule dans l'air et m'enfle la narine,
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.

Recueil : "Les fleurs du mal"


A une Malabaraise

Tes pieds sont aussi fins que tes mains, et ta hanche 
Est large à faire envie à la plus belle blanche ; 
A l'artiste pensif ton corps est doux et cher ; 
Tes grands yeux de velours sont plus noirs que ta chair.

Aux pays chauds et bleus où ton Dieu t'a fait naître, 
Ta tâche est d'allumer la pipe de ton maître, 
De pourvoir les flacons d'eaux fraîches et d'odeurs,
De chasser loin du lit les moustiques rôdeurs, 
Et, dès que le matin fait chanter les platanes, 
D'acheter au bazar ananas et bananes. 
Tout le jour, où tu veux, tu mènes tes pieds nus 
Et fredonnes tout bas de vieux airs inconnus ; 
Et quand descend le soir au manteau d'écarlate, 
Tu poses doucement ton corps sur une natte, 
Où tes rêves flottants sont pleins de colibris, 
Et toujours, comme toi, gracieux et fleuris.

Pourquoi, l'heureuse enfant, veux-tu voir notre France,
Ce pays trop peuplé que fauche la souffrance, 
Et, confiant ta vie aux bras forts des marins, 
Faire de grands adieux à tes chers tamarins ? 
Toi, vêtue à moitié de mousselines frêles, 
Frissonnante là-bas sous la neige et les grêles, 
Comme tu pleurerais tes loisirs doux et francs, 
Si, le corset brutal emprisonnant tes flancs, 
Il te fallait glaner ton souper dans nos fanges 
Et vendre le parfum de tes charmes étranges, 
L'oeil pensif, et suivant, dans nos sales brouillards, 
Des cocotiers absents les fantômes épars !

Charles Baudelaire
 (1821-1867)

Recueil : "Les fleurs du mal"


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