L'enlèvement des Sabines Marie Mon très cher petit Lou |
Poème secretVoilà de quoi est fait le chant symphonique de l'amour qui bruit dans la conque de Vénus Il y a le chant de l'amour de jadis Le bruit des baisers éperdus des amants illustres Les cris d'amour des mortelles violées par les dieux Les virilités des héros fabuleux érigées comme des cierges vont et viennent comme une rumeur obscène Il y a aussi les cris de folie des bacchantes folles d'amour pour avoir mangé l'hippomane sécrété par la vulve des juments en chaleur Les cris d'amour des félins dans les jongles La rumeur sourde des sèves montant dans les plantes tropicales Le fracas des marées Le tonnerre des artilleries où la forme obscène des canons accomplit le terrible amour des peuples Les vagues de la mer où naît la vie et la beauté Et le chant victorieux que les premiers rayons de soleil faisaient chanter à Memnon l'immobile Il y a le cri des Sabines au moment de l'enlèvement Le chant nuptial de la Sulamite Je suis belle mais noire Et le hurlement précieux de Jason Quand il trouva la toison Et le mortel chant du cygne quand son duvet se pressait entre les cuisses bleuâtres de Léda Il y a le chant de tout l'amour du monde Il y a entre tes cuisses adorées Madeleine La rumeur de tout l'amour comme le chant sacré de la mer bruit tout entier dans le coquillage ![]() L'enlèvement des Sabines (fragment)![]() P.P. Rubens (1577-1640) Il y a le cri des Sabines au moment de l'enlèvement Le chant nuptial de la Sulamite Je suis belle mais noire Et le hurlement de Jason Quand il trouva la toison Et le mortel chant du cygne quand son duvet se pressait Entre les cuisses bleuâtres de Léda Il y a le chant de tout l'amour du monde Il y a entre tes cuisses adorées Madeleine La rumeur de tout l'amour comme le chant sacré De la mer bruit tout entier dans le coquillage ![]() MarieVous y dansiez petite fille Y danserez-vous mère-grand C'est la maclotte qui sautille * Toute les cloches sonneront Quand donc reviendrez-vous Marie Les masques sont silencieux Et la musique est si lointaine Qu'elle semble venir des cieux Oui je veux vous aimer mais vous aimer à peine Et mon mal est délicieux Les brebis s'en vont dans la neige Flocons de laine et ceux d'argent Des soldats passent et que n'ai-je Un cœur à moi ce cœur changeant Changeant et puis encor que sais-je Sais-je où s'en iront tes cheveux Crépus comme mer qui moutonne Sais-je où s'en iront tes cheveux Et tes mains feuilles de l'automne Que jonchent aussi nos aveux Je passais au bord de la Seine Un livre ancien sous le bras Le fleuve est pareil à ma peine Il s'écoule et ne tarit pas Quand donc finira la semaine*maclotte: contre-danse. Mot wallon (Ardenne, Hesbaye), attesté en 1780 (sous les formes maclote et mat(e)lote) par le poète liégeois J. J. Hanson. Marie Laurencin, née le 31 octobre 1883 à Paris est une peintre et graveuse française. En 1907, elle expose pour la première fois au salon des Indépendants. A la Galerie Clovis Sagot à Paris, Marie rencontre au mois de mai (1907) son ami Pablo Picasso qui la présente à Wilhem de Kostrowitzky (Guillaume Apollinaire), de trois ans son aîné. Marie fut sa compagne et sa muse, mais le quitte en 1912 après 5 ans d'une liaison orageuse. ![]() Mon très cher petit Lou je t'aime![]() 'Lou' (Louise de Coligny-Châtillon) Mon très cher petit Lou je t’aime Ma chère petite étoile palpitante je t’aime Corps délicieusement élastique je t’aime Vulve qui serre comme un casse-noisette je t’aime Sein gauche si rose et si insolent je t’aime Sein droit si tendrement rosé je t’aime Mamelon droit couleur de champagne non champagnisé je t’aime Mamelon gauche semblable à une bosse du front d’un petit veau qui vient de naître je t’aime Nymphes hypertrophiées par tes attouchements fréquents je vous aime Fesses exquisément agiles qui se rejettent bien en arrière je vous aime Nombril semblable à une lune creuse et sombre je t’aime Toison claire comme une forêt en hiver je t’aime Aisselles duvetées comme un cygne naissant je vous aime Chute des épaules adorablement pure je t’aime Cuisse au galbe aussi esthétique qu’une colonne de temple antique je t’aime Oreilles ourlées comme de petits bijoux mexicains je vous aime Chevelure trempée dans le sang des amours je t’aime Pieds savants pieds qui se raidissent je vous aime Reins chevaucheurs reins puissants je vous aime Taille qui n’a jamais connu le corset taille souple je t’aime Dos merveilleusement fait et qui s’est courbé pour moi je t’aime Bouche Ô mes délices ô mon nectar je t’aime Regard unique regard-étoile je t’aime Mains dont j’adore les mouvements je vous aime Nez singulièrement aristocratique je t’aime Démarche onduleuse et dansante je t’aime Ô petit Lou je t’aime je t’aime je t’aime. En septembre, à Nice depuis le début du mois, Apollinaire rencontre Louise de Coligny-Châtillon le 27 septembre 1914. Il la courtise sans la vaincre et lui envoie des poèmes (Poèmes à Lou & Lettres à Lou). Le 6 décembre 1914, il arrive au 38e Régiment d'artillerie de Campagne de Nîmes. 'Lou' le rejoint le 7 decembre pour une semaine de passion. Les 27 et 28 mars 1915, il passe sa troisième et dernière permission auprès de Lou. C'est la rupture définitive mais les deux amants promettent de rester amis... ![]() |

