Guillaume Apollinaire

Auguste Rodin 
(°1840, Paris; †1917, Meudon)
'Le baiser', Musee Rodin, Paris.
Auguste Rodin - Le baiser

L'enlèvement des Sabines


Marie


Poème secret


Pour Madeleine seule


Mon très cher petit Lou


La nuit

L'enlèvement des Sabines  (fragment)

Peter Paul Rubens (1577-1640)
L'enlèvement des Sabines (1618) 
Peinture sur toile (224 X 210 cm)
Munich, Alte Pinakothek
P.P. Rubens (1577-1640)

Il y a le cri des Sabines au moment de l'enlèvement
Le chant nuptial de la Sulamite
Je suis belle mais noire
Et le hurlement de Jason
Quand il trouva la toison
Et le mortel chant du cygne quand son duvet se pressait
Entre les cuisses bleuâtres de Léda
Il y a le chant de tout l'amour du monde
Il y a entre tes cuisses adorées Madeleine
La rumeur de tout l'amour comme le chant sacré
De la mer bruit tout entier dans le coquillage


Marie


Vous y dansiez petite fille
Y danserez-vous mère-grand
C'est la maclotte qui sautille  *
Toute les cloches sonneront
Quand donc reviendrez-vous Marie

Les masques sont silencieux
Et la musique est si lointaine
Qu'elle semble venir des cieux
Oui je veux vous aimer mais vous aimer à peine
Et mon mal est délicieux

Les brebis s'en vont dans la neige
Flocons de laine et ceux d'argent
Des soldats passent et que n'ai-je
Un cœur à moi ce cœur changeant
Changeant et puis encor que sais-je

Sais-je où s'en iront tes cheveux
Crépus comme mer qui moutonne
Sais-je où s'en iront tes cheveux
Et tes mains feuilles de l'automne
Que jonchent aussi nos aveux

Je passais au bord de la Seine
Un livre ancien sous le bras
Le fleuve est pareil à ma peine
Il s'écoule et ne tarit pas
Quand donc finira la semaine


*maclotte: contre-danse. Mot wallon (Ardenne,
Hesbaye), attesté en 1780 (sous les formes maclote
et mat(e)lote) par le poète liégeois J. J. Hanson.


Marie Laurencin, née le 31 octobre 1883 à Paris est
une peintre et graveuse française.
En 1907, elle expose pour la première fois au salon
des Indépendants. A la Galerie Clovis Sagot à Paris,
Marie rencontre au mois de mai (1907) son ami Pablo
Picasso qui la présente à Wilhem de Kostrowitzky
(Guillaume Apollinaire), de trois ans son aîné.
Marie fut sa compagne et sa muse, mais le quitte
en 1912 après 5 ans d'une liaison orageuse.



Poème secret

Voilà de quoi est fait le chant symphonique de l'amour 
qui bruit dans la conque de Vénus
Il y a le chant de l'amour de jadis
Le bruit des baisers éperdus des amants illustres
Les cris d'amour des mortelles violées par les dieux
Les virilités des héros fabuleux érigées 
comme des cierges vont et viennent comme 
                                                       une rumeur obscène
Il y a aussi les cris de folie des bacchantes 
                                                       folles d'amour 
pour avoir mangé l'hippomane sécrété par la vulve 
                                                       des juments en chaleur
Les cris d'amour des félins dans les jongles
La rumeur sourde des sèves montant dans 
                                                       les plantes tropicales
Le fracas des marées
Le tonnerre des artilleries 
où la forme obscène des canons accomplit 
                                          le terrible amour des peuples
Les vagues de la mer où naît la vie et la beauté
Et le chant victorieux 
que les premiers rayons de soleil faisaient chanter 
                                                        à Memnon l'immobile
Il y a le cri des Sabines au moment de l'enlèvement
Le chant nuptial de la Sulamite
Je suis belle mais noire
Et le hurlement précieux de Jason
Quand il trouva la toison
Et le mortel chant du cygne 
quand son duvet se pressait entre les cuisses 
                                                          bleuâtres de Léda
Il y a le chant de tout l'amour du monde
Il y a entre tes cuisses adorées Madeleine
La rumeur de tout l'amour 
comme le chant sacré de la mer bruit tout entier 
                                                          dans le coquillage

Poèmes à Madeleine (1952 et 1966)

Pour Madeleine seule

Lune candide vous brillez moins que les hanches 
               De mon amour 
Aubes que j'admire vous êtes moins blanches 
               Aubes que chaque jour 
J'admire ô hanches si blanches 
Il y a le reflet de votre blancheur 
Au fond de cet aluminium 
Dont on fait des bagues 
Dans cette zone où règne la blancheur 
               O hanches si blanches


Poèmes à Madeleine (1952 et 1966)

Fin 1914, Madeleine Pagès est professeur de lettres
au lycée de jeunes filles d'Oran. Le 2 janvier 1915,
elle prend le train à Nice pour rejoindre Marseille
et s'embarquer le soir même sur le bateau qui la
ramènera en Algérie. Dans son compartiment monte
alors Guillaume Apollinaire qui rejoint son régiment
d'artillerie de campagne à Nîmes. La conversation
s'installe rapidement entre le poète et la jeune femme
et ils échangent leurs adresses.
Apollinaire lui écrit sa première lettre le 16 avril
1915. Le poète est alors sur le front, dans le nord
de la France. Après quelque temps les jeunes gens se
déclarent leur amour.
A l'occasion d'une permission, Apollinaire traverse la
Méditerranée fin décembre 1915 pour passer deux
semaines à Oran chez Madeleine. La passion ne survivra
pas à cette rencontre.
Puis les lettres des deux amants se font de plus en plus
rares et de moins en moins fougueuses. Les dernières
sont datées de novembre 1916.
Madeleine Pagès reste célibataire. Dans l'entre-deux-
guerres, elle enseigne les lettres au lycée de filles
à Saint-Cloud, et à partir de 1949, au lycée de Nice.
Madeleine meurt à Antibes le 2 mars 1965 à l'âge
de 82 ans.


Mon très cher petit Lou je t'aime


'Lou' (Louise de Coligny-Châtillon)

Mon très cher petit Lou je t’aime
Ma chère petite étoile palpitante je t’aime
Corps délicieusement élastique je t’aime
Vulve qui serre comme un casse-noisette je t’aime
Sein gauche si rose et si insolent je t’aime
Sein droit si tendrement rosé je t’aime
Mamelon droit couleur de champagne non champagnisé je t’aime
Mamelon gauche semblable à une bosse du front d’un petit veau 
qui vient de naître je t’aime
Nymphes hypertrophiées par tes attouchements fréquents je vous aime
Fesses exquisément agiles qui se rejettent bien en arrière je vous aime
Nombril semblable à une lune creuse et sombre je t’aime
Toison claire comme une forêt en hiver je t’aime
Aisselles duvetées comme un cygne naissant je vous aime
Chute des épaules adorablement pure je t’aime
Cuisse au galbe aussi esthétique qu’une colonne de temple antique je t’aime
Oreilles ourlées comme de petits bijoux mexicains je vous aime
Chevelure trempée dans le sang des amours je t’aime
Pieds savants pieds qui se raidissent je vous aime
Reins chevaucheurs reins puissants je vous aime
Taille qui n’a jamais connu le corset taille souple je t’aime
Dos merveilleusement fait et qui s’est courbé pour moi je t’aime
Bouche Ô mes délices ô mon nectar je t’aime
Regard unique regard-étoile je t’aime
Mains dont j’adore les mouvements je vous aime
Nez singulièrement aristocratique je t’aime
Démarche onduleuse et dansante je t’aime
Ô petit Lou je t’aime je t’aime je t’aime.


En septembre, à Nice depuis le début du mois,
Apollinaire rencontre Louise de Coligny-Châtillon
le 27 septembre 1914. Il la courtise sans la vaincre
et lui envoie des poèmes (Poèmes à Lou & Lettres
à Lou). Le 6 décembre 1914, il arrive au 38e Régiment
d'artillerie de Campagne de Nîmes. 'Lou' le rejoint
le 7 decembre pour une semaine de passion. Les 27
et 28 mars 1915, il passe sa troisième et dernière
permission auprès de Lou. C'est la rupture définitive
mais les deux amants promettent de rester amis...


La nuit


            (Nuit du 27 avril 1915)
La nuit S’achève Et Gui Poursuit Son rêve Où tout Est Lou On est en guerre Mais Gui N’y pense guère La nuit S’étoile et la paille se dore Il songe à Celle qu’il adore


Guillaume Apollinaire
(°1880 - †1918)



G. Apollinaire - Sous le pont Mirabeau


G. Apollinaire - Nuit rhénane


G. Apollinaire - Voie lactée


G. Apollinaire - Poèmes à Lou


G. Apollinaire - La jolie rousse


G. Apollinaire - Lueurs des tirs


Club des Poètes


Club des Poétesses


Dead Poets Society



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