Guillaume Apollinaire

Louise de Coligny-Chatillon.
Née à Vesoul le 30 juillet 1881.
Apollinaire tombe amoureux d'elle 
en septembre 1914. 'Lou' rompt 
cette liaison après six mois...


Poèmes à Lou


C'est Lou qu'on la nommait


Je pense à toi


La nuit


Adieu


Mon très cher petit Lou je t'aime


Je t’écris ô mon Lou



C'est Lou qu'on la nommait


Il est des loups de toute sorte
Je connais le plus inhumain
Mon cœur que le diable l'emporte
Et qu'il le dépose à sa porte
N'est plus qu'un jouet dans sa main

Les loups jadis étaient fidèles
Comme sont les petits toutous
Et les soldats amants des belles
Galamment en souvenir d'elles
Ainsi que les loups étaient doux

Mais aujourd'hui les temps sont pires
Les loups sont tigres devenus
Et les Soldats et les Empires
Les Césars devenus Vampires
Sont aussi cruels que Vénus

J'en ai pris mon parti Rouveyre
Et monté sur mon grand cheval
Je vais bientôt partir en guerre
Sans pitié chaste et l'œil sévère
Comme ces guerriers qu'Épinal

Vendait Images populaires
Que Georgin gravait dans le bois
Où sont-ils ces beaux militaires
Soldats passés Où sont les guerres
Où sont les guerres d'autrefois





Je pense à toi


Je pense à toi mon Lou ton cœur est ma caserne 
Mes sens sont tes chevaux ton souvenir est ma luzerne 

Le ciel est plein ce soir de sabres d'éperons 
Les canonniers s'en vont dans l'ombre lourds et prompts 

Mais près de toi je vois sans cesse ton image 
Ta bouche est la blessure ardente du courage 

Nos fanfares éclatent dans la nuit comme ta voix 
Quand je suis à cheval tu trottes près de moi 

Nos 75 sont gracieux comme ton corps 
Et tes cheveux sont fauves comme le feu d'un obus 
qui éclate au nord 

Je t'aime tes mains et mes souvenirs 
Font sonner à toute heure une heureuse fanfare 
Des soleils tour à tour se prennent à hennir 
Nous sommes les bat-flanc sur qui ruent les étoiles





La nuit


La nuit
S'achève
Et Gui
Poursuit
Son rêve
Où tout 
Est Lou
On est en guerre
Mais Gui
N'y pense guère
La nuit
S'étoile et la paille se dore
Il songe à Celle qu'il adore


Nuit du 27 avril 1915



Adieu


L'amour est libre il n'est jamais soumis au sort
O Lou le mien est plus fort encor que la mort
Un coeur le mien te suit dans ton voyage au Nord

Lettres Envoie aussi des lettres ma chérie
On aime en recevoir dans notre artillerie
Une par jour au moins une au moins je t'en prie

Lentement la nuit noire est tombée à présent
On va rentrer après avoir acquis du zan
Une deux trois A toi ma vie A toi mon sang

La nuit mon coeur la nuit est très douce et très blonde
O Lou le ciel est pur aujourd'hui comme une onde
Un coeur le mien te suit jusques au bout du monde

L'heure est venue Adieu l'heure de ton départ
On va rentrer il est neuf heures moins le quart
Une deux trois Adieu de Nîmes dans le Gard


4 fév. 1915



Mon très cher petit Lou je t'aime


Mon très cher petit Lou je t’aime
Ma chère petite étoile palpitante je t’aime
Corps délicieusement élastique je t’aime
Vulve qui serre comme un casse-noisette je t’aime
Sein gauche si rose et si insolent je t’aime
Sein droit si tendrement rosé je t’aime
Mamelon droit couleur de champagne non champagnisé je t’aime
Mamelon gauche semblable à une bosse du front d’un petit veau 
qui vient de naître je t’aime
Nymphes hypertrophiées par tes attouchements fréquents je vous aime
Fesses exquisément agiles qui se rejettent bien en arrière je vous aime
Nombril semblable à une lune creuse et sombre je t’aime
Toison claire comme une forêt en hiver je t’aime
Aisselles duvetées comme un cygne naissant je vous aime
Chute des épaules adorablement pure je t’aime
Cuisse au galbe aussi esthétique qu’une colonne de temple antique je t’aime
Oreilles ourlées comme de petits bijoux mexicains je vous aime
Chevelure trempée dans le sang des amours je t’aime
Pieds savants pieds qui se raidissent je vous aime
Reins chevaucheurs reins puissants je vous aime
Taille qui n’a jamais connu le corset taille souple je t’aime
Dos merveilleusement fait et qui s’est courbé pour moi je t’aime
Bouche Ô mes délices ô mon nectar je t’aime
Regard unique regard-étoile je t’aime
Mains dont j’adore les mouvements je vous aime
Nez singulièrement aristocratique je t’aime
Démarche onduleuse et dansante je t’aime
Ô petit Lou je t’aime je t’aime je t’aime.




Je t’écris ô mon Lou


"Je t’écris ô mon Lou de la hutte en roseaux
 Où palpitent d’amour et d’espoir neuf coeurs d’hommes
 Les canons font partir leurs obus en monômes
 Et j’écoute gémir la forêt sans oiseaux

Il était une fois en Bohême un poète
 Qui sanglotait d’amour puis chantait au soleil
 Il était autrefois la comtesse Alouette
 Qui sut si bien mentir qu’il en perdit la tête
 En perdit sa chanson en perdit le sommeil

Un jour elle lui dit Je t’aime ô mon poète
 Mais il ne la crut pas et sourit tristement
 Puis s’en fut en chantant Tire-lire Alouette
 Et se cachait au fond d’un petit bois charmant

Un soir en gazouillant son joli tire-lire
 La comtesse Alouette arriva dans le bois
 Je t’aime ô mon poète et je viens te le dire
 Je t’aime pour toujours Enfin je te revois
 Et prends-la pour toujours mon âme qui soupire

Ô cruelle Alouette au coeur dur de vautour
 Vous mentîtes encore au poète crédule
 J’écoute la forêt gémir au crépuscule
 La comtesse s’en fut et puis revint un jour
 Poète adore-moi moi j’aime un autre amour

Il était une fois un poète en Bohême
 Qui partit à la guerre on ne sait pas pourquoi
 Voulez-vous être aimé n’aimez pas croyez-moi
 Il mourut en disant Ma comtesse je t’aime
 Et j’écoute à travers le petit jour si froid
 Les obus s’envoler comme l’amour lui-même"


10 avril 1915.




En septembre, à Nice depuis le début du mois,
Apollinaire rencontre Louise de Coligny-Châtillon
le 27 septembre 1914. Il la courtise sans la vaincre
et lui envoie des poèmes (Poèmes à Lou & Lettres
à Lou). Le 6 décembre 1914, il arrive au 38e Régiment
d'artillerie de Campagne de Nîmes. 'Lou' le rejoint
le 7 decembre pour une semaine de passion. Les 27 et
28 mars 1915, il passe sa troisième et dernière
permission auprès de Lou. C'est la rupture définitive
mais les deux amants promettent de rester amis...


Guillaume Apollinaire
(1880 - 1918)




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