
Les tribades La Louve Aline Conseil Columbatim |

Les tribadesLes filles de Lesbos dorment entrelacées, Comme deux jeunes fleurs sur un même rameau; Elles dorment ! Leur sein éblouissant et beau, Se gonfle au souvenir de leurs folles pensées. D'un mutuel amour leurs lèvres caressées Semblent prêtes encor pour un baiser nouveau; Et demain dans ce lit, voluptueux tombeau, Le plaisir rouvrira leurs corolles lassées. Leur corps n'est entouré d'aucun voile jaloux; J'écoute soupirer leur souffle, et je me penche Pour mieux voir les contours de leur nudité blanche. Mais je ne suis qu'un homme, et je pleure à genoux: Sur elles, pour tromper ma flamme inapaisée, Mon désir verse à flots sa brûlante rosée. ![]() La LouveLes yeux creux, Léona, plus pâle que la lune, Tout les jours, erre seule, au hasard et remplit Les sentiers et les bois de sa plainte importune. La solitude accroît encor son infortune, La nuit, elle soupire et déserte son lit, Pour rafraîchir au vent sa gorge ardente et brune. Quel est son mal ? Elle aime ! Elle aime et veut mourir, Car elle sait le gouffre où se débat son âme: L'objet de son amour, horreur ! c'est une femme Dont pour elle les bras ne doivent pas s'ouvrir ? Elle sèche et languit, elle crie aux étoiles: "Toi que j'aime aujourd'hui, que j'aimerai demain, Vierge, oh ! viens, sois à moi ! Mes lèvres et ma main De ta virginité déchireront les voiles !" ![]() AlineAline sommeillait. Un matin, Léona, Voyant la blonde vierge en fleur et demi-nue, Dans ses veines sentit sa force inconnue Courir, comme la foudre éclatant sous la nue. Sa folle passion soudain se déchaîna; Elle trembla, rougit, pâlit. ivre et farouche, Elle enlaça sa proie, et lui ferma la bouche D'un baiser. Lors l'enfant se dressa sur sa couche ! "Aline, mon cher cur et mon rêve adoré, Va ! ne crains rien, c'est moi, ta Léona ! Je t'aime Et brûle d'infuser mon amour en toi-même ! Mes lèvres vont cueillir ton fruit tant désiré !" La victime, n'osant fuir l'œil noir qui la couve, Se taisait sous les dents puissantes de la louve. ![]() ConseilSous les berceaux ou sur les tombes, Colombes, Soupirez et becquetez-vous ! Entrelacez, ö tourterelles ! Vos ailes Pour dormir dans vos nids si doux ! Vierges toute en fleur, qu'effarouche le jour, l'amour Rit dans ton coeur, rit sur ta bouche Ouvre aux baisers du bien-aimé Ton âme O femme ! Tes bras et ton sein parfumé ! ![]() ColumbatimDans ce lit, aux molles clartés Tombant d'une lampe d'albâtre, Voyez s'entrelacer, s'ébattre Deux serpents, deux jeunes beautés. Des serpents ! non ce sont des cygnes Par la grêce et par la fraîcheur, L'aile frémit en sa blancheur, Brisant les ombres et les lignes. Pourquoi ces soupirs, ces sanglots, Couple ardent, dont le sein palpite ? La fureur de Sapho t'agite: Ensemble vous videz à flots Vos coupes de chair, loin de l'homme, O précieuses de Sodome ! ![]() |

