Le clitoris
Le clitoris en fleur, que jalousent les roses,
Aspire sous la robe, à l'invincible amant ;
Silence, vent du soir ! taisez-vous, cœurs moroses !
Un souffle a palpité sous le blanc vêtement.
Béatrix, Héloïse , Eve, Clorinde , Elvire ,
Héroïnes d'amour, prêtresses de l'art pur,
Chercheuses d'infini, cachez-vous de l'azur !
D'astre en astre montez, aux accents de la lyre
Loin des soupirs humains ; plus haut, plus haut encor,
Volez, planez, rêvez parmi les sphères d'or !
Le printemps fait jaillir les effets hors des causes ;
La lune irrite, ô mer ! ton éternel tourment,
Et le désir en flamme ouvre amoureusement
Le clitoris en fleur qui jalouse les roses.
A une inhumaine
Vainement ton orgueil veut cacher ta beauté:
Mon oeil, toucher lointain, plein de flamme et d'extase,
Soulève le velours, perce les plis de gaze,
Et ton corps m'apparaît en pleine nudité.
Comme le vendangeur, amoureux de ses vignes,
Parmi les pampres verts compte les grappes d'or,
Je visite les fruits de mon jeune trésor,
Et respire les fleurs qui parfument les lignes.
L'artiste et le poète ont seuls ce don charmant
De déchirer de loin voiles et vêtements,
Pour baiser au grand jour la beauté toute nue.
J'ouvre l'écrin vivant de tes secrets bijoux;
Mes doigts semblent palper ta cuisse, tes genoux,
Et jusqu'au clitoris ma langue s'insinue.
Henri Cantel (1869)
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