Joachim du Bellay

Antoon Van Dyck (Antwerp, 1599 – London, 1641).
Portrait of Olivia Boteler Porter (1630s).
She was a lady-in-waiting to Henrietta Maria, 
the wife of King Charles I.
Oil painting on canvas, ca. 72cm X 61cm. 
Bowes Museum, Barnard Castle, UK.

Villanelle


Baiser


Déjà la nuit...


Quand la fureur...


Heureux qui, comme Ulysse...


France, mère des arts...


Ceux qui sont amoureux...


Nouveau venu...


  Villanelle

En ce mois délicieux, Qu'amour toute chose incite, Un chacun à qui mieux mieux La douceur' du temps imite, Mais une rigueur dépite Me fait pleurer mon malheur. Belle et franche Marguerite Pour vous j'ai cette douleur. Dedans votre oeil gracieux Toute douceur est écrite, Mais la douceur de vos yeux En amertume est confite, Souvent la couleuvre habite Dessous une belle fleur. Belle et franche Marguerite, Pour vous j'ai cette douleur. Or, puis que je deviens vieux, Et que rien ne me profite, Désespéré d'avoir mieux, Je m'en irai rendre ermite, Pour mieux pleurer mon malheur. Belle et franche Marguerite, Pour vous j'ai cette douleur. Mais si la faveur des Dieux Au bois vous avait conduite, Ou, d'espérer d'avoir mieux, Je m'en irai rendre ermite, Peut être que ma poursuite Vous ferait changer couleur. Belle et franche Marguerite Pour vous j'ai cette douleur.
D’origine italienne, "la villanelle", de l’italien villanella dérivant du latin villanus (paysan), est, en littérature, une sorte de petite poésie pastorale à forme fixe et divisée en couplets qui finissent par le même refrain. (Source: Wikipedia)

  Baiser

Quand ton col de couleur rose Se donne à mon embrassement Et ton oeil languit doucement D’une paupière à demi close, Mon âme se fond du désir Dont elle est ardemment pleine Et ne peut souffrir à grand’peine La force d’un si grand plaisir. Puis, quand s’approche de la tienne Ma lèvre, et que si près je suis Que la fleur recueillir je puis De ton haleine ambroisienne, Quand le soupir de ces odeurs Où nos deux langues qui se jouent Moitement folâtrent et nouent, Eventent mes douces ardeurs, Il me semble être assis à table Avec les dieux, tant je suis heureux, Et boire à longs traits savoureux Leur doux breuvage délectable. Si le bien qui au plus grand bien Est plus prochain, prendre ou me laisse, Pourquoi me permets-tu, maîtresse, Qu’encore le plus grand soit mien? As-tu peur que la jouissance D’un si grand heur me fasse dieu? Et que sans toi je vole au lieu D’éternelle réjouissance? Belle, n’aie peur de cela, Partout où sera ta demeure, Mon ciel, jusqu’à tant que je meure, Et mon paradis sera là.  (1542)

  Déjà la nuit...

Déjà la nuit en son parc amassait Un grand troupeau d'étoiles vagabondes, Et, pour entrer aux cavernes profondes, Fuyant le jour, ses noirs chevaux chassait ; Déjà le ciel aux Indes rougissait, Et l'aube encor de ses tresses tant blondes Faisant grêler mille perlettes rondes, De ses trésors les prés enrichissait : Quand d'occident, comme une étoile vive, Je vis sortir dessus ta verte rive, O fleuve mien ! une nymphe en riant. Alors, voyant cette nouvelle Aurore, Le jour honteux d'un double teint colore Et l'Angevin et l'indique orient.  Recueil: L'Olive (1549)

  Quand la fureur...

Quand la fureur, qui bat les grands coupeaux, Hors de mon coeur l'Olive arrachera, Avec le chien le loup se couchera, Fidèle garde aux timides troupeaux. Le ciel, qui voit avec tant de flambeaux, Le violent de son cours cessera. Le feu sans chaud et sans clarté sera, Obscur le rond des deux astres plus beaux. Tous animaux changeront de séjour L'un avec l'autre, et au plus clair du jour Ressemblera la nuit humide et sombre, Des prés seront semblables les couleurs, La mer sans eau, et les forêts sans ombre, Et sans odeur les roses et les fleurs.  Recueil: L'Olive (1549)

  Heureux qui, comme Ulysse...

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage, Ou comme cestuy-là qui conquit la toison, Et puis est retourné, plein d'usage et raison, Vivre entre ses parents le reste de son âge ! Quand reverrai-je, hélas ! de mon petit village Fumer la cheminée, et en quelle saison Reverrai-je le clos de ma pauvre maison, Qui m'est une province et beaucoup davantage ? Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux, Que des palais Romains le front audacieux : Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine, Plus mon Loire Gaulois que le Tibre Latin, Plus mon petit Liré que le mont Palatin, Et plus que l'air marin la douceur Angevine.  Recueil: Les Regrets (1558)

  France, mère des arts...

France, mère des arts, des armes et des lois, Tu m'as nourri longtemps du lait de ta mamelle : Ores, comme un agneau qui sa nourrice appelle, Je remplis de ton nom les antres et les bois. Si tu m'as pour enfant avoué quelquefois, Que ne me réponds-tu maintenant, ô cruelle ? France, France, réponds à ma triste querelle. Mais nul, sinon Écho, ne répond à ma voix. Entre les loups cruels j'erre parmi la plaine, Je sens venir l'hiver, de qui la froide haleine D'une tremblante horreur fait hérisser ma peau. Las, tes autres agneaux n'ont faute de pâture, Ils ne craignent le loup, le vent, ni la froidure : Si ne suis-je pourtant le pire du troupeau.  Recueil: Les Regrets (1558)

  Ceux qui sont amoureux...

Ceux qui sont amoureux, leurs amours chanteront, Ceux qui aiment l'honneur, chanteront de la gloire, Ceux qui sont près du roi, publieront sa victoire, Ceux qui sont courtisans, leurs faveurs vanteront, Ceux qui aiment les arts, les sciences diront, Ceux qui sont vertueux, pour tels se feront croire, Ceux qui aiment le vin, deviseront de boire, Ceux qui sont de loisir, de fables écriront, Ceux qui sont médisants, se plairont à médire, Ceux qui sont moins fâcheux, diront des mots pour rire, Ceux qui sont plus vaillants, vanteront leur valeur, Ceux qui se plaisent trop, chanteront leur louange, Ceux qui veulent flatter, feront d'un diable un ange : Moi, qui suis malheureux, je plaindrai mon malheur.  Recueil: Les Regrets (1558)

  Nouveau venu...

Nouveau venu, qui cherches Rome en Rome Et rien de Rome en Rome n'aperçois, Ces vieux palais, ces vieux arcs que tu vois, Et ces vieux murs, c'est ce que Rome on nomme. Vois quel orgueil, quelle ruine : et comme Celle qui mit le monde sous ses lois, Pour dompter tout, se dompta quelquefois, Et devint proie au temps, qui tout consomme. Rome de Rome est le seul monument, Et Rome Rome a vaincu seulement. Le Tibre seul, qui vers la mer s'enfuit, Reste de Rome. O mondaine inconstance ! Ce qui est ferme, est par le temps détruit, Et ce qui fuit, au temps fait résistance.

 Recueil: Les Antiquités de Rome (1558)

Joachim du Bellay  (1522-1560)


Joachim du Bellay - L'olive


Joachim du Bellay - Biographie


Pierre de Ronsard - Poèmes d'amour


Pierre de Ronsard - Marie


Pierre de Ronsard - Ode à Cassandre


Pierre de Ronsard - Sonnet à Hélène


Pierre de Ronsard - Adieu, cruelle, adieu


Pierre de Ronsard - Elegie


Pierre de Ronsard - Les Bacchanales


Pierre de Ronsard - Amourette


Pierre de Ronsard - Derniers vers


Biographie de Ronsard


Charles Beaudelaire - Florilège


Paul Verlaine - Florilège


Arthur Rimbaud - Le bateau ivre


Arthur Rimbaud - Florilège


Arthur Rimbaud - Les réparties de Nina


Charles Cros - Poèmes d'amour


Poèmes d'amour - Top 10


Paul Verlaine - In het Nederlands


Club des Poètes disparus


Club des Poétesses disparues


Dead Poets Society



Homepage


Pageviews since 21-03-2002: 

© Gaston D'Haese: 28-05-2012.
Update: 08-02-2016.