Lucie Delarue

Lucie Delarue-Mardrus
(Honfleur °1880 - Château-Gonthier †1945).
Poétesse, romancière, peintre, sculpteur, 
journaliste et historienne.

Lucie Delarue-Mardrus (1874 - 1945) était une femme libre d'une grande beauté.
Amante d'Impéria de Heredia, Natalie Barney, Valentine Ovize ('Chattie')
et Germaine de Castro.
Entre 1902 et 1905, Lucie Delarue écrivit des poèmes lesbiens qui retracent
sa liaison avec Natalie Clifford Barney. Cette dernière les fit éditer en 1951
aux éditions Les Isles dans un recueil intitulé 'Nos secrètes amours'.

Nos secrètes amours

Femmes élues

Miroir

Fugues

L'amante marine

Ombre

Brutalité

Enervements

Fatigue

Hurlement

Si tu viens

Femmes élues

 FEMMES ÉLUES

Comme un courant d'eau douce à travers l'âcre mer, Nos secrètes amours, tendrement enlacées, Passent parmi ce siècle impie, à la pensée Dure, et qui n'a pas mis son âme dans sa chair. Nous avons le sourire ivre des blanches noces Qui mêlent nos contours émouvants et lactés, Et dans nos yeux survit la dernière beauté Du monde, et dans nos coeurs le dernier sacerdoce. Nous conduisons parmi les baumes et les fleurs La lenteur de nos pas rythmés comme des strophes, Portant seules le faix souverain des étoffes, Les pierres et les fards, et l'orgueil des couleurs. Nous sommes le miroir de nous-mêmes, l'aurore Qui se répète au fond du lac silencieux, Et notre passion est un vin précieux Qui brûle, contenu dans une double amphore. Mais parfois la lueur fauve de nos regards Epouvante ceux-là qui nous nommes damnées, Et l'horreur vit en nous ainsi qu'en nos aînées Qui lamentaient les nuits dans leurs cheveux épars, Car à travers la joie et la grâce indicible Et le royal dédain de nos graves amours, Nous sanglotons tout bas de rencontrer toujours Devant nous le grand gouffre ouvert de l'Impossible...


 ÉPOUSAILLES

Accepte, toi qui m'es la tardive rançon De mon passé de solitude sanglotée, Ma nudité d'albâtre et ma tête nattée Et mes yeux noirs qui ont des regards de garçon. Tes sens me jugeront rauque, étrange et brutale, Toi qui as un baiser glissant comme de l'eau Et des yeux bleus et froids parmi des cheveux pâles Qui cernent ta beauté d'un éternel halo. Et par certaines nuits nous roulerons ensemble Sur des lits sans remords ni culpabilité, Pour joindre à ton désir qui frôle, fuit et tremble, Mes râles délirants et mon rire emporté.


 DÉBORDEMENT

Ma tête fut longtemps pesante et réfléchie Dans mes mains calmes, sous les lampes du travail... Mais ton corps s'est couché, de lait et de corail, Sur mon coeur, et voici mes yeux noirs d'anarchie Dans le désordre roux des tresses de mon front; Voici ma nudité glissante aux deux seins ronds, Voici mon geste épris de débauches antiques, Voici le rire fou de ma bouche bachique ! Evohé !... Piétinons tous nos rêves anciens, Toute notre pudeur, toute notre folie, Tous nos soirs de sagesse et de mélancolie ! Dansons sur le passé comme sur des raisins Intacts et ruisselants encore de rosée, Pour que, de leur fraîcheur durement écrasée Jaillisse à rouges flots le vin amer et fort De la vie !... - O l'amour ! O ma bouche ! O ton corps !...


 ELLE

Tout entière et dans tout elle est blonde aux yeux bleus, Ma proie ! Elle est blonde et docile à mon geste orgueilleux Et pleine de douceur même au cœur de la joie. Sous ma bouche salée encore par la mer, Sa bouche Est humide et glissante et comme de l'eau douce, Et telle est la blessure intime de sa chair. Mais je ferme, par peur qu'elle ne soit mon rêve, Les yeux, Car si fort la prendraient mes bras impérieux Que je la briserais du coup contre mes lèvres...


 POUR TOI

Toujours je me transforme et suis toujours la même Comme la mer multiple et une d'où je sors, Qui recule et se rue à jamais et quand même Vers la possession des villes et des ports Et des terres avec leurs prés et leurs bois tors Qu'Elle n'atteindra pas de son spasme suprême. Car longtemps j'ai longé les vagues d'autrefois Qui gardent le contour des sirènes en elles, Et jeté dans le vent la force de ma voix, Et pressé ma poitrine énergique et charnelle Comme pour maintenir sous l'effort des dix doigts Toutes les passions de mon âme éternelle. -Ah ! ne regrette pas l'horreur et la beauté De la mer, demeurée au coeur de ma chair lasse ! Si, frénétiquement, mon désir te dépasse, C'est que, brisant le sceau de notre humanité, Mon être se débat sous le dieu qui l'embrasse !



Miroir

 MIROIR

Je me regarde en toi comme jadis au fond Des eaux douces des prés, ombreuses et dormantes, Où naissait sans trembler mon mirage profond, Comme une nymphe qui se baigne entre les plantes. Car tu es douce ainsi qu'un reflet dans de l'eau, Et tes yeux bleus sont mes yeux noirs devenus vagues Et tes lointains cheveux de rêve et de halo Sont mes roux cheveux bruns réfléchis, et tes bagues Sont le renvoi de mes chatons rouges et bleus... Je te prendrai contre mon âme, si tu veux, Puisque notre beauté diverse coïncide; Puisqu'en toi j'ai trouvé, corporelle et lucide, La nymphe qui troublait les eaux de mon passé, Et puisque, sous l'argent défait des boucles blondes, Ton corps entre mes bras péremptoires pressé, Est demeuré subtil et fuyant comme l'onde...


 FRISSON

Mes cheveux sont sculptés comme du bronze froid Sur mon front qui songe et qui penche, Mais les tiens, si légers et blonds, O ma sœur blanche ! Sont comme une âme autour de toi. Et quand, sans nous toucher, nous rapprochons nos têtes, C'est un intangible baiser Où la chair entre nous ne vient pas imposer Sa possession imparfaite... Ah ! laissons ces moments où je sanglote et ris Contre ton corps chaud qui me serre, Et mêlant nos cheveux pleins d'ombre et de mystère, Aimons-nous comme des esprits !


 TES CHEVEUX

Voici déjà le jour qui tombe Tandis que ton visage est penché sur le mien ; Et dans l'ombre douce qui vient, Tes cheveux d'argent blond paraissent d'outre-tombe... Voici déjà le jour qui tombe. Le premier fantôme du soir Va sourire à travers ta coiffure spectrale, Et tu seras ma Muse pâle, Ma désillusion, mon rêve sans espoir, Le premier fantôme du soir... -Tes cheveux pleins d'âme et de brume, Ah ! penche-les sur moi dans le soir solennel ! C'est mon pays originel De vent, de peur, de froid, de tristesse, d'écume, Tes cheveux pleins d'âme et de brume !


 EMPREINTE

Tes cheveux sont restés au fond de mon regard Comme un souvenir de clair de lune, Et j'aime cette tache importune Qui se pose partout et reluit dans le soir. C'est un spectre qui suit, en vacillant, ma vie, Et qui ne pourra plus s'effacer... - Ah ! puissé-je vivre et passer Avec ta chevelure au cœur, épanouie !


 NE SOIS PAS...

Ne sois pas triste près de moi ! Ma tristesse Te dépasserait mille fois, Car en moi la douleur est la corde maîtresse. Ne sois pas seule près de moi ! Ma solitude Te dépasserait mille fois, Car je vis sur le bord de cette vastitude. Ah ! ne sanglote pas sans moi, Il fait si froid !... Mais unissons l'horreur native de nos âmes, Et, désespérément, brûlons comme deux flammes !



Fugue

 FUGUE

Ton âme d'eau fuyante et mon âme de soif S'uniront-elles ?... Au coeur de nos fêtes charnelles, Que ne puis-je te prendre et boire en un baiser ? Mon corps sur ton corps est posé, Je me penche... Ton âme d'eau fuyante et mon âme de soif, Où trouver le baiser double qui les étanche ? Que ne puis-je te prendre et boire en un baiser ? Comment nous joindre, Si, telle qu'une source agile tu t'enfuis Dès que tu vois mon âme poindre ? Eau claire, ah ! je voudrais te boire ! Ah ! je ne puis !... — Au coeur de nos fêtes charnelles, Ton âme d'eau fuyante et mon âme de soif S'uniront-elles ?...


 SANGLOT

Le souvenir dansant de toutes tes aimées Rode en silence auprès de mon cœur plein d'effroi. Malgré la nuit de joie et ses portes fermées, Je ne suis pas seule avec toi. Doucement prise au pli sublime des étoffes, Ma sombre passion gémit dans tes genoux; Mais, au rythme muet de nos charnelles strophes, Gomorrhe brûle autour de nous !... Je ne pleurerai pas le remords des damnées. Je pleurerai de voir, trésor irrespecté, Dans tes mains sans ferveur et sans virginité Toutes mes richesses données...


 URBS ILLA

Sous le rire et sous la tristesse de ta chair Si lasse du baiser sans infini des femmes, En me penchant sur toi j'ai découvert ton âme Comme la splendeur d'or, de porphyre et de fer D'une ville engloutie intacte sous la mer. Ah ! donne-moi les clés des portes de la Ville ! Et seule et gravement je m'y reposerai, Et celles qui, dans l'eau, viennent jouer en file Noueront sans le savoir leurs danses puériles Sur la cité debout dans ses angles dorés.


 SOMBREMENT

Les grandes orgues de Novembre Grondent par toute la maison Et je suis seule dans la chambre Avec mon rêve et ma raison. Le jour tombe. Je suis assise Les paumes sur mes yeux d'amant A sentir passionnément Mon coeur qui sanglote et se brise... O toi qui me fais tant souffrir Malgré mon orgueil qui le nie, Puisque ce coeur n'a pu mourir, Puisqu'il crie encor, sois bénie !


 MALGRÉ...

Malgré la pointe, au coin de ta bouche de femme, Du sourire mauvais d'un Lorenzaccio, Mes yeux, où vit la flamme obscure de mon âme, Feront baisser tes yeux troubles comme de l'eau. — Je brûlerai ton rire et tes yeux ! Mes mains sûres Prendront ton coeur plein de passé comme d'un mal, Et je regonflerai toute la flétrissure Sous mon souffle à jamais puissant et virginal. Tu sentiras sur toi la force de mes poignes A travers la douceur des dix ongles dorés, Et, de tout mon amour qui maîtrise et qui soigne, Je te posséderai ! Je te posséderai !...



L'amante marine

 L'AMANTE MARINE

Je hantais, par des soirs de songe et de douleur, Le désert maritime et rocailleux des grèves, Toujours criant, hélant la sirène ma soeur. Et mes bras étaient pleins de la force des sèves Printanières par qui se gonflent les bouleaux, Et mon front s'inclinait sous le faix de mes rêves. Et jamais ne venait à moi du fond des eaux Et de l'ombre, tordant à sa nudité pâle Ses cheveux ruisselants de sel et de joyaux, Celle, pensive, lente et septentrionale Qui m'eût enfin souri de son visage clair Et par qui mon désir eût apaisé son râle, Dont les poulpes parlaient, plus doux que de la chair, Et les vagues s'enflant vers moi comme des hanches, Et tout le rythme, et tout le spasme de la mer... Mais debout devant moi tu souris et te penches, Et voici déborder mes sanglots orgueilleux Sur tes seins redressées et dans tes paumes blanches. Enchevêtrés aux fils légers de tes cheveux Demeurent des matins marins voilés de brume ; Deux gouttes d'eau de mer sont au fond de tes yeux; Tout le long de ton corps je retrouve et je hume, Sous tes vêtements pleins de flux et de reflux, Le parfum d'infini du sable et de l'écume; Tes doigts sont surchargés de chatons superflus, Ton col est trois fois ceint de perles et de pierres... Ah ! je ne crierai plus, je ne hélerai plus ! Les vagues écoutaient dans le vent mes prières Profanes, la marée a pris pitié de moi, L'horizon a comblé mes mains tristes et fières. Et tel un pêcheur sombre et frissonnant d'émoi, J'ai vu surgir des eaux du destin ta venue, Capture de chair lisse et blanche et d'argent froid, Et j'ai tendu les bras et je t'ai reconnue, Pour l'épousée en pleurs de mon rêve béant, La soeur de ma beauté passionnée et nue, O toi tout mon pays de tristesse et de vent, Toi tous mes flots roulant des nudités de femmes, Toi le glauque baiser du natif océan, Toi le bonheur, l'horreur, l'énigme de mon âme !...


 CONTRADICTION

Ma jeunesse passait, souriante et funèbre, Attendant les bonheurs qui nous viennent trop tard, Et, devant moi, mes yeux plus noirs que la ténèbre Répandaient l'ombre en feu de leur grave regard. Je cherchais en silence une âme, mon aînée, Qui me pliât sous un baiser prodigieux, Et des yeux plus obscurs encore que mes yeux Où sombrerait ma vie âpre et passionnée. Un désir d'émouvante et fatale pâleur M'attirait vers de lourds parfums, vers des mollesses, Vers un noir océan, vers une nuit de tresses Défaites, où rouler, où plonger jusqu'au coeur... Quand je voulais la proie à jamais abattue Sous mes dix ongles d'or crispés jalousement, Celle a qui je pourrais, géniale et têtue, Donner enfin mes sens impérieux d'amant, Pourquoi devant mes yeux qui dévoraient le monde Vins-tu, blanche et flexible en souriant un peu, Clignant, sous ta crinière indiciblement blonde, Tes cils froids où s'aiguise un regard dur et bleu ? Pourquoi vins-tu, si dissemblable de mon rêve, Jeter ton doux ricanement à mon sanglot, M'apporter ton amour si durable et si brève Qui demeure et s'enfuit ensemble comme l'eau ?... Cet inquiet baiser qui jamais ne s'attarde, Souhaitais-je en nourrir mon désir emporté ? Ai-je rêvé sentir sur mon âme hagarde La danse de ton vice et de ta vérité ? T'ai-je appelée, O toi qui n'es pas le mensonge Que j'aimerais, pour qui j'ouvrais si grands mes bras, — Réalité que j'aime et ne possède pas, O plus chère et plus décevante que mon songe ?...


 RETOUR

Quand je te quitte au soir avec le feu de forge De mon cœur qui flamboie et bat dans le vent froid, Le goût de mes sanglots me reste dans la gorge, Ta beauté toute nue est encore sur moi. Et l'horreur et l'effroi de ma béatitude Où l'orgueil fut vaincu par la sensation Emportent furieusement ma passion Vers un rêve d'obscure et dure solitude. — Ah ! pouvoir m'en aller par la rue et la nuit Avec mon seul cœur plein du regret de ma joie, Ah ! m'en aller pressée et ricanante, en proie A mon mal, sous un ciel d'où la lune s'enfuit ! M'en aller, m'en aller, noire comme une veuve Et violente et triste à mourir, à mourir ! Avec soudain le goût sinistre de courir, Le long des ponts, vers l'eau tentatrice du fleuve !


 LA BÊTE

Nous pencherons sur toi notre corps et notre âme, Bouche intime, nudité de la nudité, Tendre et mystérieux repli de la beauté, Rose coquille où vit la passion des femmes ! Lorsque, pour t'adorer, nous plions le genou, L'odeur de tout l'amour exalte nos narines, Et, sous notre baiser, ton plaisir a le goût Des goémons mouillés et des bêtes marines, Toi de chair délicate et crue, étrange cœur Du monde, rétractile et secrète gencive, Bête terrible, bête au guet, bête lascive, Bête éternelle, — O joie !... O douleur !... O douceur !...


 POSSESSION

Un frôlement suffit pour abattre ma force, Un frôlement de mon amante. Quand sa bouche frémit sur ma bouche dormante, Son baiser entre en moi comme une lame torse. Mais, par certaines nuits, si nous couchons ensemble, Je ne suis plus rien qu'une proie Qui se débat contre elle et rit et pleure et tremble, Et va mourir de joie, et va mourir de joie !... Elle est belle... Je l'aime... Ah ! quelle chose au monde Pourrait m'arracher d'elle Qui tendit à jamais cette corde profonde Dans mon âme d'orgueil si sombre et si charnelle ?......



Ombre

 OMBRE

En robe de deuil et sous ton chapeau sombre Où lui la tache de lune de tes cheveux, Demeure avec moi sans lumières, si tu veux Enchanter mon amour saturnien de l'ombre. Je ne te vois que lorsque s'en vont tes contours Absorbés par le clair-obscur propice Où, seul, un coin de bouche accuse un maléfice Railleur, sous ton profil comme au temps des Cours, Où tes yeux bleus troublés qui toujours fuient la gêne Du morose grand jour me fixent enfin, Pleins de la vérité de leur vice sans fin Triste et grand comme un rêve et sans honte ni haine... Ainsi, tu seras le premier spectre du soir, Et je posséderai cette imprécise dame, Noire parmi des lys respirés sans les voir, — En un baiser muet plus profond qu'une lame.


 FURIEUSEMENT

Je veux te prendre, toi que je tiens haletante Contre mes seins, les yeux de noirs de consentement ; Je veux te posséder comme un amant, Je veux te prendre jusqu'au cœur !...Je veux te prendre !... Ah ! rouler ma nudité sur ta nudité, Te fixer, te dévorer les yeux jusqu'à l'âme, Te vouloir, te vouloir !... Et n'être qu'une femme Sur le bord défendu de la félicité !... Et m'assouvir d'une possession ingrate Qui voudrait te combler, t'atteindre, t'éventrer, Et qui n'est rien qu'un geste vain d'ongle fardé Fouillant de loin ta chair profonde et délicate !...


 PORTRAIT

Une clarté blanche en des habits sombres, Des traits durs raillés par une douceur D'yeux bleus, de cheveux presque sans couleur, Ma garce blonde, Des ordres jetés d'une voix de songe, Une bouche fraîche au rire rouillé, Un regard pervers mais jamais souillé Par le mensonge, Au rythme dansant de hanches flexibles Un vice natif qui pleure et qui rit, Impudique rêve et dernier grand cri Vers l'impossible, Un désir tout prêt pour toutes les belles Ne pouvant finir qu'en se contentant, Vérité d'un coeur qui, d'être inconstant, Est seul fidèle, Une coupe froide en laquelle abonde Tout ce vin brûlant d'intime anarchie, — Ma joie et mon mal, ma mort et ma vie, Ma garce blonde !...


 LE DANGEREUX DÉSIR

I Viens ce soir sur la berge où rampent les eaux riches De reflets isolés plus rouges que du sang; La Seine a des profils sinistres de péniches Et tout l'air des bas-fonds d'un Londres menaçant. Je te tiens au poignet, mal vêtue et perverse, Blonde, blonde !... et britannique terriblement... N'imagines-tu pas, dans ce vent plein d'averse, Qu'il pourrait arriver un sombre événement ? N'attends-tu pas de moi quelque mauvaise absence Où le geste brutal qui tourmente mon poing Me jettera sur toi, pâle de jouissance, Pour t’assommer à coup de caillou dans un coin ? Qui sait si tel sursaut d'origines douteuses Ne me fait pas un sang de garce ou d'assassin, Ce soir, devant ce fleuve et dans cet air malsain Où gronde la couleur des usines fumeuses ? Pourquoi m'avoir parlé si longtemps de ton mal Poétique et pervers de riche détraquée, Sans voir quelle prunelle obscure d'animal, Brillait, dans la douceur de mes cils embusqués ?... — Ah laisse-moi ! Va-t-en ! Je me retournerai Contre toi tout à coup, les yeux noirs d'anarchie, Pour te frapper, pour t'écraser ce coeur doré En face du malheur éternel de la vie !.. II A quoi bon tout cela, puisque la vie est autre ? Il vaudra toujours mieux n'avoir rien dit ni fait. Ma colère subite et profonde d'apôtre, Je l'oublierai, je la renierai, s'il te plaît. Voici l'ombre odorante et la douceur des choses; Je retombe dans les coussins dont j'ai médit. Ah ! sombrer dans la joie et rouler dans les roses, Et ne plus rien savoir que le bonheur du lit ! Penche-toi sur mes yeux où le regard trépasse. Où te veut tout un long désir de velours noir. Je m'abandonne et m'affaiblis, je me sens lasse Contre tes seins vivants et tièdes dans le soir. Que, lentes, la richesse et la douceur de vivre Nous balancent au fond d'un suprême hamac Et que notre âme en nous repose comme un lac Jusqu'à l'heure aux yeux durs de se prendre et d'être ivres. — Comment me souviendrais-je encore du sanglot Rauque et du cauchemar plein d'averse des berges, Lorsque baignent tes bras, tes hanches, tes seins vierges, Dans cette étoffe bleue et douce comme une eau ? A genoux devant toi, toute blancheur, j'abjure Les ténèbres qui nourrissaient mon rêve amer: Je ne veux plus porter en moi comme blessure Que le génie ardent et profond de la chair !



Brutalité

 BRUTALITE

Revenir au matin, maigre, avec les reins vides Et le regard fiévreux des bêtes en amour; Ne pus rien désirer qu'un sommeil noir et lourd Où se reposeraient les membres invalides; Se sentir pâle jusqu'au cœur ; avoir des yeux Qui gagnent lentement et dévorent les joues, — Telle, souvent, je sors des deux bras que tu noues Sur ma vie, O perverse et si blonde aux yeux bleus ! Ah ! finir dans ces bras pleins de vice et de rêve Par la fureur, l'assassinat, l'éventrement, Comme une sombre Messaline à bout d'amants, Possédée et criant de plaisir sous le glaive !...


 L'ABSENCE

La force de mes bras cherche encore ton corps, Et je me nourris d'ombre et de béatitude, Car l'absence te rend douce comme la mort, Comme le songe, le passé, la solitude. Serais-tu là ce soir comme je le voudrais, - Moi qui pense de loin pouvoir te prendre toute, — Que nos coeurs se tairaient profondément, sans doute, Ne pouvant se comprendre et se parler de près. Et je pleure d'effroi devant cette impuissance Où sombrent tout effort et tout désir humains, Sachant bien que, tenir tes deux mains dans mes mains, Est moins proche de mon bonheur que ton absence...


 LE Retour

Doucement retrempée au charme de l'absence, Tu reviendras au clair d'un matin triomphant, Et nous nous étreindrons dans la grande innocence Du retour, qui nous donne un coeur joyeux d'enfant. Tu me rendras ton corps tendre et chaud qui se couche Comme un doux animal flexible, tes cheveux Qui ont gardé tous les minuits de lune en eux, Et le beau fruit luisant et rouge de ta bouche. Je reverrai tes yeux d'eau sombre et de clarté Où la tristesse raille, où ton audace cligne, Tes yeux qui vont fuyant la lumière maligne, Tes yeux troublés de vice et durs de vérité. Je te reprendrai toute et toute, O décevante ! Et si je sais déjà le mal que tu feras, A mon coeur et mes sens passionnés d'amante, - Ah ! qu'importe !... Tu reviendras ! Tu reviendras !


 EN SILENCE

Reviens ! Reprenons nos heures folles ! Joignons, échangeons nos sens grisés, Mais en nous taisant, car les baisers Valent bien mieux que les paroles. On ne comprend jamais... Alors Pourquoi confronter nos âmes dures ? Ne sachons rien que nos tendres corps Et que nos étreintes si sûres. Et si le désir nous vient parfois Lorsqu'en nous toute joie est lassée, Du baiser profond de la pensée, Ah ! n'élevons jamais la voix ! Mais laissons l'éloquence de l'heure, Quand nous cheminerons pas à pas, Nous marier sans mots et sans leurre: Les âmes ne se parlent pas.


 REMINISCENCE

Je me souviendrai des soirs d'averse et de vent Où je détestais ton coeur décevant, Où je te tenais au poignet, par les berges De boue et d'ombre, lorsqu'émerge Un feu rouge ou vert, loin sur l'eau quelque part. Je n'oublierai pas tes cheveux de clair de lune épars, Et toute ta frêle et perverse personne Ricanante et si follement anglo-saxonne, Par ces soirs où mon âme était, en vérité, Si proche, si proche de ma volonté ! Alors, près de cette eau troublée et glauque, Je sentirai qu'en moi s'éveille l'âme rauque Des garces et des gars manieurs de surins Qui peut-être ont porté ma race dans leurs reins, Le long des berges d'herbe où les usines grondent; Car, moi, je sors de la foule profonde, Et sais-je ce que je suis, ce que je peux ?... - Mais, O ! dans l'ombre où vont ton rire, tes cheveux Et tout le frisson de mon âme, Le bel et bref éclair que ferait une lame !...



Énervements

 ÉNERVEMENTS

Corps à corps... Nos désirs brûlent, nos bouches s'offrent, Mais nous ne voulons pas sentir toute la joie. Seins contre seins à travers les étoffes, Viens ! Gardons entre nous ces laines et ces soies. Tes yeux fuient mon regard ; la tête se dérobe; Nos mains rôdent le long des robes. Respirons de tout près l'âme de ce baiser Que nous ne voulons pas, ce soir, réaliser. Sens-tu comme nos genoux tremblent ? Ah ! ce désir des hanches amoureuses ! Ah ! céder !... Défaillir ensemble !... Mourir !... Prendre !... - Cherchons nos doigts ; tâchons d'unir nos paumes creuses. Des profondeurs, en nous, grandissent, inconnues; Etreignons-nous au moins de toutes nos mains nues. Ma bouche sent déjà la forme de ta bouche: Mais nous reculons avant qu'elles se touchent, Pour que nos sens cabrés souffrent l'ardente joie De s'être, en sanglotant, arrachés de leur proie !


  EN SECRET

Ton baiser, sa douceur terrible, tout l'émoi De ton corps qui fuit et qui cède Si profondément me possède Qu'en te quittant, je sens ta forme vivre en moi. C'est elle qui se berce à mes étroites hanches, Qui gonfle mon torse ambigu, Qui luit à mon orteil aigu, Arrondit mes genoux et creuse mes mains blanches. Et j'aime porter à mon front rougissant L'inquiétude et l'insolence De me souvenir en silence Sans qu'on puisse savoir que je t'ai dans le sang.


  TES YEUX

Toi, de vice rêveur et de témérité, J'aime que, dans la dure, impudique lumière, Tes yeux fuyants, tes yeux mouillés, tes yeux d'eau claire Portent la gêne en eux de leur sincérité. Ils ne vivent qu'à l'ombre ou dans le crépuscule, Tes yeux !... Or, la nuit tombe : Ouvre-les, tes yeux gris, Tes yeux bleus ! Ouvre-les sur la noire macule De la pupille éclose au centre des iris ! J'y verrai la couleur d'abîme de ton âme, Je les regarderai jusqu'au fond, si je puis, Et je croirai pencher toute ma peur de femme Sur le vertige obscur et ruisselant d'un puits...


  TON RIRE

Egayons-nous ; je veux ton rire faible et rauque Où j'écoute l'écho de ton secret passer, Ton rire aussi rouillé que ton regard est glauque Et qui sanglote ainsi qu'un violon blessé. Je l'aime. Il est ton être atteint sans qu'on le voie, Tout ce qui vit en toi de profond et d'amer; Je l'aime. Il est chargé d'insulte pour la joie Et de mépris pour ceux qui n'ont pas tout souffert. — Viens près de moi, ma folle, et ris contre ma bouche ! Et je boirai ton rire étrange et fraternel Ainsi qu'une gorgée au goût trouble et charnel Prise au vin dangereux de ton âme farouche...


  PAR CES NUITS...

Par ces nuits de damnable, impossible désir Qui tourmentaient mes sens et creusaient mes vertèbres, Pourquoi m'as-tu permis l'ironique plaisir De me rouler sur toi longtemps dans les ténèbres ? Ainsi, devant l'abîme ouvert de ton amour, J'ai sangloté l'horreur de n'être qu'une femme, Et j'ai vu ta blancheur renaître au petit jour Sans t'avoir possédée entière et jusqu'à l'âme... — Ah ! quitter au matin ton corps d'ambre et de lait Plus flexible qu'un fauve heureux qui se recouche, Emportant la douleur du baiser incomplet Et toute la saveur de l'amour dans ma bouche !




Fatigue

  FATIGUE

Je veux rester dans mes coussins tout aujourd'hui, Seule à goûter, muette et presque inanimée, L'heureux éreintement de t'avoir trop aimée Et d'avoir énervé tes sens toute la nuit. Je sentirai profondément que ma jeunesse Est à présent un fruit mordu dans sa fraîcheur Par cet amour de toi qui me creuse et me blesse Et laissera sa marque au meilleur de mon coeur. Et je rirai tout bas, folle, cernée et blême Du désir de ma bouche humide et de mes doigts, Et de savoir mon âme enrouée elle-même Irréparablement, en moi, comme une voix...


  BLESSURE

Mon enfant, ma blanche douceur, Je te quitte ce soir comme à l'accoutumée... — Ah ! ne devine pas encore, bien aimée, Quel adieu sanglotant ce soir est dans mon coeur, Quelle porte s'est refermée ! Trop de passés sont entre nous Et ton âme jamais n'épousera la mienne. Puisqu'il ne se peut pas que rien ne nous souvienne, Désunissons nos bras enlacés à nos cous, Retourne à ton amour ancienne. Le souvenir est plus que moi... — Debout, je piétinais ma grande lassitude Pour suivre ta beauté passante au regard froid. Mais voici : je reprends, ce soir, ma solitude, La route de ma solitude. Tu n'étais pas pour moi... Jamais Je ne romprai le sceau de songe et de silence Qui fermera ma bouche à l'amour, désormais, Car je ne retrouverai l'horreur et l'opulence De l'autrefois sans espérance. Souris en me quittant, ce soir, Et donne-moi tes mains, et donne-moi ta bouche. — Mais que ton tendre corps doucement se recouche, Toi qui ne peux sentir, squelette dans le noir, Quelle mort se penche et te touche.


  LENDEMAIN

Pauvres adieux dont on revient Sans avoir pu lâcher son bien Parce qu'on a besoin d'adorer quelque chose Parce que la vie est mauvaise et morose... Après tout, je te prends comme je prends la vie. Elle aussi, c'est une drôlesse Avec de bons moments, suivis De mauvais, qui pour la plupart du temps vous blesse, Mais que jamais pourtant on ne laisse. Toi, mon enfant, tu m'as fait à la longue L'âme d'un amoureux sceptique et fatigué Allant vers toi, ni triste ni gai, Comme vers une belle bête blonde Dont on ne peut sans fin se griser, Quoiqu'elle s'énerve et se rebiffe Et vous fasse mal de toutes ses griffes... — Mais si bonne à mordre et baiser ! Peut-être que tu valais mieux, Peut-être que je valais mieux, Mais on s'est fait si vieux, si vieux...


  GENTILLESSE

Je veux tous mes coussins et que ma main te flatte, Toi qui te couches contre moi comme une chatte. Mes yeux font sur ma joue une ombre délicate: Les baisserais-je avec des rires puérils Pour te rendre amoureuse un instant de mes cils ? — Viens ! ce sera si bon, au jour tombant, sans lampe, D'oublier un moment, la bouche sur ta tempe, Ton regard où ton âme a mis sa forte trempe, De murmurer dans tes cheveux tout doucement, Et de n'être plus rien que ton petit amant !...


  LUCIDITÉ

Quand je te vois, je sens qu'en moi tout est obscur, Je ne me comprends pas moi-même. Mais, que je t'aime, Cela seul est sûr et bien sûr. De tout mon être sombre et troublé je t'admire Pour ton âme de vérité, Pour la clarté De tes yeux et de ton sourire. Je vois en toi, petite et frêle, la rançon Du monde renégat et lâche Qui juge ou cache Tout l'instinct et tous le frisson. — A ton vice et ton égoïsme, mon estime ! Généreuse et folle qui es Ce que tu es Sans pose, sans honte et sans frime ! — Sois fantasque ! Ris méchamment dans tes cheveux ! Tu peux me faire tout et pire: Mais tu ne peux Empêcher que je t'aime, et t'estime et t'admire.

Hurlement

 HURLEMENT

Je connais l'angoisse de voir Sa taille se cambrer dans mes mains insensées, Ses yeux bleus qui tournent au noir, Son sourire vaincu, ses narines pincées, — Et de vouloir l'étreindre et de ne pas pouvoir. Je mourrai de son corps qui se donne et qui ploie; Je mourrai de sa profondeur Etroite et douce ainsi qu'une amphore de joie, Et que je ne puis pas blesser comme une proie Sous mon baiser dominateur. — Sur ton funèbre lit d'ivresse et de douleur, A jamais dévouée à ton spasme terrible, Je mourrai de ton mal, Impossible, Impossible !... Avec tous les sanglots de Sapho dans le coeur !


  BAISER

Renverse-toi que je prenne ta bouche, Calice ouvert, rouge possession, Et que ma langue où vit ma passion Entre tes dents s'insinue et te touche: C'est une humide et molle profondeur, Douce à mourir, où je me perds et glisse; C'est un abîme intime, clos et lisse, Où mon désir s'enfonce jusqu'au coeur... - Ah ! puisse aussi t'atteindre au plus sensible, Dans son ampleur et son savant détail, Ce lent baiser, seule étreinte possible, Fait de silence et de tiède corail; Puissé-je voir enfin tomber ta tête Vaincue, à bout de sensualité, Et détournant mes lèvres, te quitter, Laissant au moins ta bouche satisfaite !...


  APPEL

Je n'ai pu contenter mon âme inassouvie Avec toute la vie. Je n'ai pu contenter mon corps inapaisé Avec tout le baiser. Le désir éternel qui gémit dans mon être N'a pas trouvé son maître. Et rien ne fera taire en mon âme et mon corps La voix qui crie: Encore !... Encore !...


  LUCIFER

Les lys tachetés que tu préfères Avec leur vénéneuse odeur A ceux-là dont l'intime et verte blancheur Roule un peu de rosée éparse en gouttes claires, Berce-les, ces lys, contre tes seins, Et passe avec ta molle robe Immaculée, où tout de toi se dérobe Et paraît, tour à tour, en nus contours succincts. Passe avec ta chevelure étrange Comme un clair de lune en plein jour, Ton cou fin plus rond qu'une petite tour, Ton rire — et tu seras un bel et mauvais ange, Toi qui d'un effroi toujours pareil Fuis le jour qui t'offusque et blesse, Comme si, cherchant ton regard qui se baisse, La face de Dieu même était dans le soleil !


  SOIR

La pluie avec l'odeur de la terre mouillée, Par la fenêtre ouverte au soir sur le printemps; Toi qui vient de partir... Et voici l'ancien temps Qui se réveille en moi comme une âme oubliée. La pluie a détrempé, ce soir, tous les jardins Romantiques qu'aimait ma belle adolescence, Et j'abreuve ma soif à cette renaissance Qui brave le présent aux pouvoirs anodins. Ma bouche où tremble encor ta caresse trop brève Te regrette, et je geins avec des membres las. Malgré tout, pour un soir, je ressemble à mon rêve... — Regretter un baiser, c'est le meilleur, hélas !

Si tu viens

  SI TU VIENS

Si tu viens, je prendrai tes lèvres dès la porte, Nous irons sans parler dans l'ombre et les coussins, Je t'y ferai tomber, longue comme une morte, Et, passionnément, je chercherai tes seins. A travers ton bouquet de corsage, ma bouche Prendra leur pointe nue et rose entre deux fleurs, Et t'écoutant gémir du baiser qui les touche, Je te désirerai, jusqu'aux pleurs, jusqu'aux pleurs ! — Or, les lèvres au sein, je veux que ma main droite Fasse vibrer ton corps - instrument sans défaut - Que tout l'art de l'Amour inspiré de Sapho Exalte cette chair sensible intime et moite. Mais quand le difficile et terrible plaisir Te cambrera, livrée, éperdument ouverte, Puissé-je retenir l'élan fou du désir Qui crispera mes doigts contre ton col inerte !


  FIN

J'ai porté ton amour au coeur comme un couteau, Il ne m'a pas laissé même de cicatrice. La solitude en moi revient, dominatrice: Peut-être t'ai-je aimée ou trop tard ou trop tôt. Maintenant l'amitié, plus triste que la haine, Sans doute pour toujours nous unit sans frisson. Tes yeux ne brûlent plus mon âme de garçon, Et je te tiens la main sans plaisir et sans peine. Mon désir s'était pris aux fils de tes cheveux. Mais ta proie est perdue, et plus rien ne t'en reste Qu'une âme sans élan dans une chair sans geste. L'amour est mort : demeure... Ou va t'en si tu veux.


  DU LOIN

Je ne pense jamais à toi Autant que dans les bras des autres. Je leur jure à grands mots mon amour et ma foi, Et, sans rire, j'entends leurs petits patenôtres. Elles sont la douceur de la lune de miel, Mais toi mon souvenir mauvais, toi ma Rancune, Aucune ne saura jamais, aucune, Ton divin superficiel. Elle ne veulent pas comprendre que je joue, Que j'aime simplement la rose de leur joue, L'intelligence de leur corps, Et que le reste m'est égal, si fort, si fort !... Toi, chère blonde inexpliquée, inexplicable, Par laquelle je fus un enfant malheureux, Tu jetas à jamais entre nous deux le câble D'un seul de tes légers, ténus, si blonds cheveux. Ce fil infini qui m'attache, Quand les femmes m'ouvrent leurs bras, Elles ne le voient pas et ne le savent pas... — Mais toi, je ne veux pas non plus que tu le saches.


1902-1905.


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