Invite aux tours de passe-passe,
L'échiquier quadrillé reluit.
Il n'a qu'une étoile pour lui,
Le Roi, ce monarque fadasse.
Mais d'une plus vaillante race
Sont ses sujets d'or et de nuit.
Les Fous lorgnent leur rang qui fuit,
Les Cavaliers ont leur rosace.
L'équerre des Tours bombardant,
Les Pions fiers de leur trident,
Chacun combat selon sa piste.
Mais seule, allant de bout en bout,
En ce très vieux jeu féministe,
La Dame rayonne partout.
Envoi
Reine qui jamais ne défaille
Plus puissante que Goliath,
Crains le Pion, humble canaille,
Qui va donner l'échec et mat.
(1926)

Sur L'échiquier, luisant miroir,
Quand brillent, rangés en bataille,
Deux peuples : l'un du plus beau noir,
L'autre, du plus beau jaune paille,
Quand, redressant leur haute taille,
La Reine et le Roi, couple fat,
Se rengorgent comme à Versailles,
Qui va donner l'échec et mat ?
Chacun fera tout son devoir
Comme il pourra, vaille que vaille,
Le Roi tremble en son étouffoir,
Fous, chevaux, tours et valetaille,
Tout le monde bientôt s'égaille;
L'action s'engage : à Dieu vat!
L'un se défend et l'autre l'assaille.
Qui va donner l'échec et mat ?
Les Pions vont à l'abattoir,
Le cheval rue et le fou raille,
Tandis que, lente à s'émouvoir,
La Tour, ronde comme futaille,
Attend, pour lancer sa mitraille,
L'occasion d'un exeat.
- Echec au Roi! - Bien. Qu'il s'en aille!
Qui va donner l'échec et mat ?
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