Alfred de Musset
Pierre-Auguste Renoir 
La baigneuse blonde (1882)
Huile sur toile (90 x 63 cm)
Art Institute Williamstown, Massachusetts


Chanson : Bonjour Suzon...


Bonjour, Suzon, ma fleur des bois !
Es-tu toujours la plus jolie ?
Je reviens, tel que tu me vois,
D'un grand voyage en Italie.
Du paradis j'ai fait le tour;
J'ai fait des vers, j'ai fait l'amour. 
Mais que t'importe ?                      *Bis 
Je passe devant ta maison;
Ouvre ta porte. 
Bonjour, Suzon !

Je t'ai vue au temps des lilas. 
Ton coeur joyeux venait d'éclore. 
Et tu disais : " Je ne veux pas, 
Je ne veux pas qu'on m'aime encore." 
Qu'as-tu fait depuis mon départ ? 
Qui part trop tôt revient trop tard. 
Mais que m'importe ? (Bis.) 
Je passe devant ta maison; 
Ouvre ta porte. 
Bonjour, Suzon !

Recueil:  "Poésies posthumes"


Adieux à Suzon


Adieu, Suzon, ma rose blonde, 
Qui m'as aimé pendant huit jours;
Les plus courts plaisirs de ce monde
Souvent font les meilleurs amours. 
Sais-je, au moment où je te quitte, 
Où m'entraîne mon astre errant ? 
Je m'en vais pourtant, ma petite, 
Bien loin, bien vite, 
Toujours courant.

Je pars, et sur ma lèvre ardente 
Brûle encor ton dernier baiser. 
Entre mes bras, chère imprudente, 
Ton beau front vient de reposer. 
Sens-tu mon coeur, comme il palpite ? 
Le tien, comme il battait gaiement !
Je m'en vais pourtant, ma petite, 
Bien loin, bien vite, 
Toujours t'aimant.

Paf ! c'est mon cheval qu'on apprête. 
Enfant, que ne puis-je en chemin 
Emporter ta mauvaise tête, 
Qui m'a tout embaumé la main !
Tu souris, petite hypocrite, 
Comme la nymphe, en t'enfuyant. 
Je m'en vais pourtant, ma petite, 
Bien loin, bien vite, 
Tout en riant.

Que de tristesse, et que de charmes, 
Tendre enfant, dans tes doux adieux !
Tout m'enivre, jusqu'à tes larmes, 
Lorsque ton coeur est dans tes yeux. 
A vivre ton regard m'invite; 
Il me consolerait mourant. 
Je m'en vais pourtant, ma petite, 
Bien loin, bien vite, 
Tout en pleurant.

Que notre amour, si tu m'oublies, 
Suzon, dure encore un moment; 
Comme un bouquet de fleurs pâlies, 
Cache-le dans ton sein charmant ! 
Adieu ; le bonheur reste au gîte, 
Le souvenir part avec moi:
Je l'emporterai, ma petite, 
Bien loin, bien vite, 
Toujours à toi.

Recueil:  "Poésies nouvelles"





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