
AmouretteJe veux mourir pour tes beautés, Maîtresse, Pour ce bel oeil, qui me prit à son hain, Pour ce doux ris, pour ce baiser tout plein D'ambre et de musc, baiser d'une Déesse. Je veux mourir pour cette blonde tresse, Pour l'embonpoint de ce trop chaste sein, Pour la rigueur de cette douce main, Qui tout d'un coup me guérit et me blesse. Je veux mourir pour le brun de ce teint, Pour cette voix, dont le beau chant m'étreint Si fort le coeur que seul il en dispose. Je veux mourir ès* amoureux combats, Soûlant l'amour, qu'au sang je porte enclose, Toute une nuit au milieu de tes, bras. Ès*: vieux contraction de "dans les" ou "en matière de". Premier livre des Amours Je voudrais bien richement jaunissantJe voudrais bien richement jaunissant En pluie d'or goutte à goutte descendre Dans le beau sein de ma belle Cassandre, Lors qu'en ses yeux le somme va glissant. Je voudrais bien en taureau blanchissant Me transformer pour finement la prendre, Quand en avril par l'herbe la plus tendre Elle va, fleur, mille fleurs ravissant. Je voudrais bien alléger ma peine, Etre un Narcisse, et elle une fontaine, Pour m'y plonger une nuit à séjour ; Et voudrais bien que cette nuit encore Durât toujours sans que jamais l'Aurore Pour m'éveiller ne rallumât le jour.Premier livre des Amours Mon Dieu, que j'aime à baiser les beaux yeuxMon Dieu, que j'aime à baiser les beaux yeux De ma maîtresse, et à tordre en ma bouche De ses cheveux l'or fin qui s'escarmouche Si gaiement dessus deux petits cieux ! C'est à mon gré le meilleur de son mieux Que ce bel oeil, qui jusqu'au coeur me touche, Dont le beau noeud d'un Scythe plus farouche Rendrait le coeur courtois et gracieux. Son beau poil d'or, et ses sourcils encore De leurs beautés font vergogner l'Aurore, Quand au matin elle embellit le jour. Dedans son oeil une vertu demeure, Qui va jurant par les flèches d'Amour De me guérir ; mais je ne m'en assure.Premier livre des Amours Ni de son chef le trésor crépeluNi de son chef le trésor crépelu, Ni de son ris l'une et l'autre fossette, Ni l'embonpoint de sa gorge grassette, Ni son menton rondement fosselu, Ni son bel oeil que les miens ont voulu Choisir pour prince à mon âme sujette, Ni son beau sein dont l'Archerot me jette Le plus aigu de son trait émoulu, Ni son beau corps, le logis des Charites, Ni ses beautés en mille coeurs écrites, N'ont esclavé ma libre affection. Seul son esprit, où tout le ciel abonde, Et les torrents de sa douce faconde, Me font mourir pour sa perfection.Premier livre des Amours Ô doux parler, dont l'appât doucereuxÔ doux parler, dont l'appât doucereux Ô doux parler, dont l'appât doucereux Nourrit encore la faim de ma mémoire, Ô front, d'Amour le Trophée et la gloire, Ô ris sucrés, ô baisers savoureux; Ô cheveux d'or, ô côteaux plantureux De lis, d'oeillets, de porphyre et d'ivoire, Ô feux jumeaux dont le ciel me fit boire Ô si longs traits le venin amoureux; Ô vermillons, ô perlettes encloses, Ô diamants, ô lis pourprés de roses, Ô chant qui peut les plus durs émouvoir, Et dont l'accent dans les âmes demeure. Et dea beautés, reviendra jamais l'heure Qu'entre mes bras je vous puisse r'avoir ?Premier livre des Amours AmouretteOr que l'hiver roidit la glace épaisse, Réchauffons-nous, ma gentille maîtresse, Non accroupis près le foyer cendreux, Mais aux plaisirs des combats amoureux. Assisons-nous sur cette molle couche. Sus ! baisez-moi, tendez-moi votre bouche, Pressez mon col de vos bras dépliés, Et maintenant votre mère oubliez. Que de la dent votre tétin je morde, Que vos cheveux fil à fil je détorde. Il ne faut point, en si folâtres jeux, Comme au dimanche arranger ses cheveux. Approchez donc, tournez-moi votre joue. Vous rougissez ? il faut que je me joue. Vous souriez : avez-vous . point ouï Quelque doux mot qui vous ait réjoui ? Je vous disais que la main j'allais mettre Sur votre sein : le voulez-vous permettre ? Ne fuyez pas sans parler : je vois bien A vos regards que vous le voulez bien. Je vous connais en voyant votre mine. Je jure Amour que vous êtes si fine, Que pour mourir, de bouche ne diriez Qu'on vous baisât, bien que le désiriez ; Car toute fille, encor' qu'elle ait envie Du jeu d'aimer, désire être ravie. Témoin en est Hélène, qui suivit D'un franc vouloir Pâris, qui la ravit. Je veux user d'une douce main-forte. Hà ! vous tombez, vous faites jà la morte. Hà ! quel plaisir dans le coeur je reçois ! Sans vous baiser, vous moqueriez de moi En votre lit, quand vous seriez seulette. Or sus ! c'est fait, ma gentille brunette. Recommençons afin que nos beaux ans Soient réchauffés de combats si plaisants.Second livre des Amours Second livre des Amours Second livre des Amours Second livre des Amours A son âmeAmelette Ronsardelette, Mignonnelette doucelette, Treschere hostesse de mon corps, Tu descens là bas foiblelette, Pasle, maigrelette, seulette, Dans le froid Royaume des mors : Toutesfois simple, sans relors De meurtre, poison, ou rancune, Méprisant faveurs et tresors Tant enviez par la commune. Passant, j'ay dit, suy ta fortune Ne trouble mon repos, je dors.Second livre des Amours Ce jour de MaiCe jour de Mai qui a la tête peinte, D'une gaillarde et gentille verdeur, Ne doit passer sans que ma vive ardeur Par votre grâce un peu ne soit éteinte. De votre part, si vous êtes atteinte Autant que moi d'amoureuse langueur, D'un feu pareil soulageons notre coeur, Qui aime bien ne doit point avoir crainte. Le Temps s'enfuit, cependant ce beau jour, Nous doit apprendre à demener l'Amour, Et le pigeon qui sa femelle baise. Baisez-moi donc et faisons tout ainsi Que les oiseaux sans nous donner souci : Après la mort on ne voit rien qui plaise.Second livre des Amours Quand je suis tout baissé sur votre belle faceQuand je suis tout baissé sur votre belle face, Je vois dedans vos yeux je ne sais quoi de blanc, Je ne sais quoi de noir, qui m'émeut tout le sang, Et qui jusques au coeur de veine en veine passe. Je vois dedans Amour, qui va changeant de place, Ores bas, ores haut, toujours me regardant, Et son arc contre moi coup sur coup débandant. Las ! si je faux, raison, que veux-tu que j'y fasse ? Tant s'en faut que je sois alors maître de moi, Que je vendrais mon père, et trahirais mon Roi, Mon pays, et ma soeur, mes frères et ma mère : Tant je suis hors du sens, après que j'ai tâté A longs traits amoureux de la poison amère, Qui sort de ces beaux yeux, dont je suis enchanté.Second livre des Amours Second livre des Amours Quand je pense à ce jour, où je la vey si belleQuand je pense à ce jour, où je la vey si belle Toute flamber d'amour, d'honneur et de vertu, Le regret, comme un trait mortellement pointu, Me traverse le coeur d'une playe eternelle. Alors que j'esperois la bonne grace d'elle, L'Amour a mon espoir que la Mort combattu : La Mort a mon espoir d'un cercueil revestu, Dont j'esperois la paix de ma longue querelle. Amour tu es enfant inconstant et leger . Monde, tu es trompeur, pipeur et mensonger, Decevant d'un chacun l'attente et le courage. Malheureux qui se fie en l'Amour et en toy : Tous deux comme la Mer vous n'avez point de foy, L'un fin, l'autre parjure, et l'autre oiseau volage.Second livre des Amours Odelette à une jeune maîtressePourquoi, comme une jeune Poutre, De travers guignes-tu vers moi ? Pourquoi, farouche, fuis-tu outre, Quand je veux approcher de toi ? Tu ne veux pas que l'on te touche, Mais si je t'avais sous ma main, Assure-toi que dans la bouche Bientôt je t'aurais mis le frein. Puis, te voltant à toute bride, Soudain je te ferais au cours, Et te piquant, serais ton guide Dans la carrière des Amours. Mais par l'herbe tu ne fais ore Que suivre des prés la fraîcheur, Parce que tu n'as point encore Trouvé quelque bon chevaucheur.Les Odes MadrigalSi c'est aimer, Madame, et de jour, et de nuit Rêver, songer, penser le moyen de vous plaire, Oublier toute chose, et ne vouloir rien faire Qu'adorer et servir la beauté qui me nuit : Si c'est aimer que de suivre un bonheur qui me fuit, De me perdre moi même et d'être solitaire, Souffrir beaucoup de mal, beaucoup craindre et me taire, Pleurer, crier merci, et m'en voir éconduit : Si c'est aimer que de vivre en vous plus qu'en moi même, Cacher d'un front joyeux, une langueur extrême, Sentir au fond de l'âme un combat inégal, Chaud, froid, comme la fièvre amoureuse me traite : Honteux, parlant à vous de confesser mon mal ! Si cela est aimer : furieux je vous aime : Je vous aime et sait bien que mon mal est fatal : Le coeur le dit assez, mais la langue est muette.Sonnets pour Hélène Maîtresse, embrasse-moi, baise-moi, serre-moiMaîtresse, embrasse-moi, baise-moi, serre-moi, Haleine contre haleine, échauffe-moi la vie, Mille et mille baisers donne-moi je te prie, Amour veut tout sans nombre, amour n'a point de loi. Baise et rebaise-moi ; belle bouche pourquoi Te gardes-tu là-bas, quand tu seras blêmie, A baiser (de Pluton ou la femme ou l'amie), N'ayant plus ni couleur, ni rien semblable à toi ? En vivant presse-moi de tes lèvres de roses, Bégaie, en me baisant, à lèvres demi-closes Mille mots tronçonnés, mourant entre mes bras. Je mourrai dans les tiens, puis, toi ressuscitée, Je ressusciterai ; allons ainsi là-bas, Le jour, tant soit-il court, vaut mieux que la nuitée.Sonnets pour Hélène Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelleQuand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle, Assise aupres du feu, devidant et filant, Direz, chantant mes vers, en vous esmerveillant : Ronsard me celebroit du temps que j'estois belle. Lors, vous n'aurez servante oyant telle nouvelle, Desja sous le labeur à demy sommeillant, Qui au bruit de mon nom ne s'aille resveillant, Benissant vostre nom de louange immortelle. Je seray sous la terre et fantaume sans os : Par les ombres myrteux je prendray mon repos : Vous serez au fouyer une vieille accroupie, Regrettant mon amour et vostre fier desdain. Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain : Cueillez dés aujourd'huy les roses de la vie.Sonnets pour Hélène Pourtant si ta maîtresse est un petit putainPourtant si ta maîtresse est un petit putain, Tu ne dois pour cela te courroucer contre elle. Voudrais-tu bien haïr ton ami plus fidèle Pour être un peu jureur, ou trop haut à la main ? Il ne faut prendre ainsi tous péchés à dédain, Quand la faute en péchant n'est pas continuelle ; Puis il faut endurer d'une maîtresse belle Qui confesse sa faute, et s'en repent soudain. Tu me diras qu'honnête et gentille est t'amie, Et je te répondrai qu'honnête fut Cynthie, L'amie de Properce en vers ingénieux, Et si ne laissa pas de faire amour diverse. Endure donc, Ami, car tu ne vaux pas mieux Que Catulle valut, que Tibulle et Properce.Second livre des Amours ChansonLe printemps n'a point tant de fleurs, L'autonne tant de raisins meurs, L'este tant de chaleurs halées, L'hyver tant de froides gelées, Ny la mer a tant de poissons, Ny la Beauce tant de moissons, Ny la Bretagne tant d'arènes, Ny l'Auvergne tant de fonteines, Ny la nuict tant de clairs flambeaux, Ny les forests tant de rameaux, Que je porte au coeur, ma maitresse, Pour vous de peine et de tristesse.Second livre des Amours Odelette à sa maistresseJe veux aymer ardentement, Aussi veus-je qu'egallement On m'ayme d'une amour ardente : Toute amitié froidement lente Qui peut dissimuler son bien Ou taire son mal, ne vaut rien, Car faire en amours bonne mine De n'aymer point c'est le vray sine*. Les amans si frois en esté Admirateurs de chasteté, Et qui morfondus petrarquisent, Sont toujours sots, car ils meprisent Amour, qui de sa nature est Ardent et pront, et à qui plest De faire qu'une amitié dure Quand elle tient de sa nature.(*) signe Les meslanges AmourAmour, je prends congé de ta menteuse école, Où j'ay perdu l'esprit, la raison et le sens, Où je me suis trompé, où j'ay gasté mes ans, Où j'ay mal employé ma jeunesse trop folle, Malheureux qui se fie en un enfant qui vole, Qui a l'esprit soudain, les effets inconstants, Qui moissonne nos fleurs avant nostre printans, Qui nous paist de créance et d'un songe frivole. Jeunesse l'allaicta, le sang chaud le nourrit, Cuider l'ensorcela, Paresse le pourrit Entre les voluptés vaines comme fumées. Cassandre me ravit, Marie me tint pris, Ja grison à la Cour, d'une autre je m'espris, L'ardeur d'Amour ressemble aux pailles allumées. Ah longues nuicts d'hyver de ma vie bourrellesAh longues nuicts d'hyver de ma vie bourrelles, Donnez moy patience, et me laissez dormir, Vostre nom seulement, et suer et fremir Me fait par tout le corps, tant vous m'estes cruelles. Le sommeil tant soit peu n'esvente de ses ailes Mes yeux tousjours ouvers, et ne puis affermir Paupiere sur paupiere, et ne fais que gemir, Souffrant comme Ixion des peines eternelles. Vieille umbre de la terre, ainçois l'umbre d'enfer, Tu m'as ouvert les yeux d'une chaisne de fer, Me consumant au lict, navré de mille pointes : Pour chasser mes douleurs ameine moy la mort, Ha mort, le port commun, des hommes le confort, Viens enterrer mes maux je t'en prie à mains jointes.Derniers vers Il est né au Château de la Possonnière dans le Vendômois (Loir et Cher) le 11 Septembre 1524. Ronsard fut nommé page du fils aîné du roi, François, puis de son frère le Duc d'Orléans. Quand Madeleine de France (1520-1537) épousa James V d'Ecosse, de Ronsard fut attaché au service du Roi et vécut 3 ans en Grande-Bretagne. Il se consacra à ses études quand sa carrière diplomatique prometteuse fut stoppée par une attaque de surdité. A la fin de sa vie Pierre de Ronsard demeurait au Prieuré de St. Cosme près de Tours. Il y fut enterré le 24 Décembre 1585. On lui doit la création du mouvement littéraire La Pléiade qui regroupait 6 autres écrivains. ![]() |

