Pierre de Ronsard


(°1524; †1585)

Cassandre

En 1545 , alors qu'il a vingt ans , Ronsard rencontre
une jeune fille de treize ans, Cassandre Salviati.
Elle va devenir l'amour 'inaccessible' car elle se marie
l'année suivante avec le seigneur de Pré.
Elle sera à Ronsard, ce que Beatrice a été à Dante
et Laure à Pétrarque.
Cassandre va lui permettre de célébrer l'amour platonique.

Une beauté de quinze ans enfantine

Une beauté de quinze ans enfantine,
Un or frisé de maint crêpe annelet,
Un front de rose, un teint damoiselet,
Un ris qui l’âme aux Astres achemine ;
 
Une vertu de telle beauté digne,
Un col de neige, une gorge de lait,
Un cœur jà mûr en un sein verdelet,
En Dame humaine une beauté divine ;
 
Un œil puissant de faire jours les nuits,
Une main douce à forcer les ennuis,
Qui tient ma vie en ses doigts enfermée ;
 
Avec un chant découpé doucement
Or’ d’un souris, or’ d’un gémissement,
De tels sorciers ma raison fut charmée.

Les Amours de Cassandre (1552)

Je voudrais bien richement jaunissant

Je voudrais bien richement jaunissant
En pluie d’or goutte à goutte descendre
Dans le giron de ma belle Cassandre,
Lorsqu’en ses yeux le somme va glissant.
 
Puis je voudrais en taureau blanchissant
Me transformer pour sur mon dos la prendre,
Quand en avril par l’herbe la plus tendre
Elle va, fleur mille fleurs ravissant.
 
Je voudrais bien pour alléger ma peine,
Être un Narcisse et elle une fontaine,
Pour m’y plonger une nuit à séjour ;
 
Et si voudrais que cette nuit encore
Fut éternelle, et que jamais l’Aurore
Pour m’éveiller ne rallumât le jour.

Les Amours de Cassandre (1552)

Comme un Chevreuil quand le printemps détruit

Comme un Chevreuil, quand le printemps détruit
L’oiseux cristal de la morne gelée,
Pour mieux brouter l’herbette emmiellée
Hors de son bois avec l’Aube s’enfuit,
 
Et seul, et sûr, loin de chien et de bruit,
Or’ sur un mont, or’ dans une vallée,
Or’ près d’une onde à l’écart recelée,
Libre folâtre où son pied le conduit :
 
De rets ni d’arc sa liberté n’a crainte,
Sinon alors que sa vie est atteinte,
D’un trait meurtrier empourpré de son sang :
 
Ainsi j’allais sans espoir de dommage,
Le jour qu’un œil sur l’avril de mon âge
Tira d’un coup mille traits dans mon flanc.

Les Amours de Cassandre (1552)

De ses cheveux la roussoyante Aurore

De ses cheveux la roussoyante Aurore
Éparsement les Indes remplissait,
Et jà le ciel à longs traits rougissait
De maint émail qui le matin décore,
 
Quand elle vit la Nymphe que j’adore
Tresser son chef, dont l’or, qui jaunissait,
Le crêpe honneur du sien éblouissait,
Voire elle-même et tout le ciel encore.
 
Lors ses cheveux vergogneuse arracha,
Si qu’en pleurant sa face elle cacha,
Tant la beauté des beautés lui ennuie :
 
Et ses soupirs parmi l’air se suivants,
Trois jours entiers enfantèrent des vents,
Sa honte un feu, et ses yeux une pluie.

Les Amours de Cassandre (1552)

Voici le bois, que ma sainte Angelette

Voici le bois, que ma sainte Angelette
Sus le printemps anime de son chant.
Voici les fleurs que son pied va marchant,
Lors que pensive elle s’ébat seulette.
 
Io voici la prée verdelette,
Qui prend vigueur de sa main la touchant,
Quand pas à pas pillarde va cherchant
Le bel émail de l’herbe nouvelette.
 
Ici chanter, là pleurer je la vis,
Ici sourire, et là je fus ravi
De ses beaux yeux par lesquels je dévie :
 
Ici s’asseoir, là je la vis danser :
Sus le métier d’un si vague penser
Amour ourdit les trames de ma vie.

Les Amours de Cassandre (1552)

Prends cette rose

Prends cette rose, aimable comme toi
Qui sers de rose aux roses les plus belles,
Qui sert de fleur aux fleurs les plus nouvelles,
Dont la senteur me ravit tout de moi.

Prends cette rose, et ensemble reçois
Dedans ton sein mon cœur qui n’a point d’ailes,
Il est constant, et cent plaies cruelles
N’ont empêché qu’il ne gardât sa foi.

La rose et moi différons d’une chose
Un soleil voit naître et mourir la rose,
Mille soleils ont vu naître m’amour.

Ah ! je voudrais que telle amour éclose
Dedans mon cœur qui jamais ne repose,
Comme une fleur, ne m’eût duré qu’un jour.

En haut

Ode à Cassandre

En vous donnant ce pourtraict mien
Dame, je ne vous donne rien
Car tout le bien qui estoit nostre
Amour dès le jour le fit vostre
Que vous me fistes prisonnier,
Mais tout ainsi qu'un jardinier
Envoye des presens au maistre
De son jardin loüé, pour estre
Toujours la grace desservant
De l'heritier, qu'il va servant
Ainsi tous mes presens j'adresse
A vous Cassandre ma maistresse,
Corne à mon tout, et maintenant
Mon portrait je vous vois donnant :
Car la chose est bien raisonnable
Que la peinture ressemblable,
Au cors qui languist en souci
Pour vostre amour, soit vostre aussi.
Mais voyez come elle me semble
Pensive, triste et pasle ensemble,
Portraite de mesme couleur
Qu'amour a portrait son seigneur.
Que pleust à Dieu que la Nature
M'eust fait au coeur une ouverture,
Afin que vous eussiez pouvoir
De me cognoistre et de me voir !
Car ce n'est rien de voir, Maistresse,
La face qui est tromperesse,
Et le front bien souvent moqueur,
C'est le tout que de voir le coeur.
Vous voyriés du mien la constance,
La foi, l'amour, l'obeissance,
Et les voyant, peut estre aussi
Qu'auriés de lui quelque merci,
Et des angoisses qu'il endure :
Voire quand vous seriés plus dure
Que les rochers Caucaseans
Ou les cruels flos Aegeans
Qui sourds n'entendent les prieres
Des pauvres barques marinieres.

Les meslanges (1555)

Pour Cassandre

Quand au temple nous serons
Agenouillez, nous ferons
Les dévots selon la guise
De ceux qui, pour louer Dieu,
Humbles se courbent au lieu
Le plus secret de l'Eglise.

Mais quand au lict nous serons
Entrelassez, nous ferons
Les lassifs selon les guises
Des amans qui librement
Pratiquent folastrement
Dans les draps cent mignardises.

Pourquoy donque, quand je veux
Ou mordre tes beaux cheveux,
Ou baiser ta bouche aimée,
Ou toucher à ton beau sein,
Contrefais-tu la nonnain
Dedans un cloistre enfermées?

Pour qui gardes-tu tes yeux
Et ton sein délicieux,
Ton front, ta lèvre jumelle?
En veux-tu baiser Pluton
Là-bas, après que Charron
T'aura mise en sa nacelle?

Après ton dernier trespas,
Gresle, tu n'auras là-bas
Qu'une bouchette blesmie:
Et quand mort je te verrois,
Aux ombres je n'avouerois
Que jadis tu fus m'amie.

Ton test n'aura plus de peau,
Ny ton visage si beau
N'aura veines ny artères:
Tu n'auras plus que les dents,
Telles qu'on les voit dedans
Les testes des cimeteres.

Donque, tandis que tu vis,
Change, maistresse, d'avis,
Et ne m'épargne ta bouche:
Incontinent tu mourras,
Lors tu te repentiras
De m'avoir esté farouche.

Ah! Je meurs! Ah! Baise-moy!
Ah! Maistresse, approche-toy!
Tu fuis comme un fan qui tremble:
Au moins souffre que ma main
S'esbate un peu dans ton sein,
Ou plus bas, si bon te semble.

Les meslanges (1555)

Ode à la fièvre

Ah fievreuse maladie,
Coment es-tu si hardie
D'assaillir mon pauvre cors
Qu'amour dedans et dehors
De nuit et de jour m'enflame,
Jusques au profond de l'ame ;
Et sans pitié prend à jeu
De le mettre tout en feu :
Ne crains-tu point vieille blême
Qu'il ne te brule toimême ?
Mais que cerches-tu chés moi ?
Sonde moi partout, et voi
Que je ne suis plus au nombre
Des vivans, mais bien un ombre
De ceus qu'amour et la mort
Ont conduit delà le port
Compagnons des troupes vaines
Je n'ay plus ni sang, ni venes,
Ni flanc, ni poumons, ni coeur,
Long tems a que la rigueur
De ma trop fiere Cassandre
Me les a tournés en cendre.
Donq, si tu veux m'offencer,
Il te faut aller blesser
Le tendre cors de m'amie,
Car en elle gist ma vie,
Et non en moi, qui mort suis,
Et qui sans ame ne puis
Sentir chose qu'on me face,
Non plus qu'une froide mace
De rocher, ou de metal,
Qui ne sent ne bien ne mal.

Les meslanges (1555)

Odelette à l'Arondelle

Tai toi babillarde Arondelle,
Par Dieu je plumerai ton aile
Si je t'empongne, ou d'un couteau
Je te couperai ta languette,
Qui matin sans repos caquette
Et m'estourdit tout le cerveau.

Je te preste ma cheminée
Pour chanter toute la journée,
De soir, de nuit, quand tu voudras :
Mais au matin ne me reveille,
Et ne m'oste quand je sommeille
Ma Cassandre d'entre mes bras.

Les meslanges (1555)

Quand à longs traits je boy...

Quand à longs traits je boy l'amoureuse etincelle 
Qui sort de tes beaux yeux, les miens sont esblouïs. 
D'esprit ny de raison troublé je ne jouïs, 
Et comme yvre d'amour tout le corps me chancelle.

Le coeur me bat au sein, ma chaleur naturelle 
Se refroidit de peur, mes sens esvanouïs 
Se perdent tout en l'air, tant tu te resjouïs
D'acquerir par ma mort le surnom de cruelle. 

Tes regards foudroyans me percent de leurs rais' 
La peau, le corps, le coeur, comme pointes de trais 
Que je sens dedans l'ame, et quand je me veux plaindre, 

Ou demander mercy du mal que je reçois, 
Si bien ta cruauté me reserre la vois, 
Que je n'ose parler, tant tes yeux me font craindre.

Si je trépasse entre tes bras, Madame

Si je trépasse entre tes bras, Madame,
Il me suffit, car je ne veux avoir
Plus grand honneur, sinon que de me voir
En te baisant, dans ton sein rendre l'âme.

Celui que Mars horriblement enflamme
Aille à la guerre, et manque de pouvoir,
Et jeune d'ans, s'ébatte à recevoir
En sa poitrine une Espagnole lame ;

Mais moi, plus froid, je ne requiers, sinon
Après cent ans, sans gloire, et sans renom,
Mourir oisif en ton giron, Cassandre.

Car je me trompe, ou c'est plus de bonheur,
Mourir ainsi, que d'avoir tout l'honneur,
Pour vivre peu, d'un guerrier Alexandre.

Premier livre des Amours

Mignonne, allons voir si la rose

          A Cassandre
Mignonne, allons voir si la rose Qui ce matin avoit desclose Sa robe de pourpre au Soleil, A point perdu ceste vesprée Les plis de sa robe pourprée, Et son teint au vostre pareil. Las ! voyez comme en peu d'espace, Mignonne, elle a dessus la place Las ! las ses beautez laissé cheoir ! Ô vrayment marastre Nature, Puis qu'une telle fleur ne dure Que du matin jusques au soir ! Donc, si vous me croyez, mignonne, Tandis que vostre âge fleuronne En sa plus verte nouveauté, Cueillez, cueillez vostre jeunesse : Comme à ceste fleur la vieillesse Fera ternir vostre beauté.

Les Odes

En haut

Pierre de Ronsard - Florilège

Pierre de Ronsard - Marie

Pierre de Ronsard - Ode à Hélène

Pierre de Ronsard - Adieu, cruelle, adieu

Pierre de Ronsard - Elegie

Pierre de Ronsard - Amourette

Pierre de Ronsard - Les Bacchanales

Pierre de Ronsard - Derniers vers

Poèmes d'amour - Top 10

Paul Verlaine - In het Nederlands

Club des Poètes disparus

Dead Poets Society


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