Emile Verhaeren

Emile Verhaeren (1855 - 1916)
Poète belge flamand, d'expression française.
(1855 - 1916)

Poèmes d'amour

Pour que rien de nous deux n'échappe à notre étreinte


Chaque heure, où je songe à ta bonté


Au clos de notre amour, l'été se continue


Vivons, dans notre amour et notre ardeur


Viens lentement t'asseoir


C'est la bonne heure où la lampe s'allume


Ardeur des sens, ardeur des coeurs, ardeur des âmes


Vous m'avez dit, tel soir, des paroles si belles


Lorsque tu fermeras mes yeux à la lumière

Pour que rien de nous deux
n'échappe à notre étreinte


Pour que rien de nous deux n'échappe à notre étreinte,
Si profonde qu'elle en est sainte
Et qu'à travers le corps même, l'amour soit clair;
Nous descendons ensemble au jardin de la chair.

Tes seins sont là ainsi que des offrandes,
Et tes deux mains me sont tendues; 
Et rien ne vaut la naïve provende 
Des paroles dites et entendues.

L'ombre des rameaux blancs voyage
Parmi ta gorge et ton visage
Et tes cheveux dénouent leur floraison,
En guirlandes, sur les gazons.

La nuit est toute d'argent bleu,
La nuit est un beau lit silencieux,
La nuit douce, dont les brises vont, une à une,
Effeuiller les grands lys dardés au clair de lune.


Les heures claires (1896)


Chaque heure,
où je songe à ta bonté


Chaque heure, où je songe à ta bonté
Si simplement profonde,
Je me confonds en prières vers toi.

Je suis venu si tard
Vers la douceur de ton regard,
Et de si loin vers tes deux mains tendues,
Tranquillement, par à travers les étendues !

J'avais en moi tant de rouille tenace
Qui me rongeait, à dents rapaces,
La confiance.

J'étais si lourd, j'étais si las,
J'étais si vieux de méfiance,
J'étais si lourd, j'étais si las
Du vain chemin de tous mes pas.

Je méritais si peu la merveilleuse joie
De voir tes pieds illuminer ma voie,
Que j'en reste tremblant encore et presque en pleurs
Et humble, à tout jamais, en face du bonheur.


Les heures claires (1896)


Au clos de notre amour,
l'été se continue


Au clos de notre amour, l'été se continue:
Un paon d'or, là-bas, traverse une avenue;
Des pétales pavoisent
- Perles, émeraudes, turquoises -
L'uniforme sommeil des gazons verts 
Nos étangs bleus luisent, couverts 
Du baiser blanc des nénuphars de neige;
Aux quinconces, nos groseilliers font des cortèges;
Un insecte de prisme irrite un coeur de fleur;
De merveilleux sous-bois se jaspent de lueurs;
Et, comme des bulles légères, mille abeilles
Sur des grappes d'argent vibrent au long des treilles.

L'air est si beau qu'il paraît chatoyant;
Sous les midis profonds et radiants
On dirait qu'il remue en roses de lumière;
Tandis qu'au loin, les routes coutumières
Telles de lents gestes qui s'allongent vermeils,
A l'horizon nacré, montent vers le soleil.

Certes, la robe en diamants du bel été 
Ne vêt aucun jardin d'aussi pure clarté.
Et c'est la joie unique éclose en nos deux âmes,
Qui reconnaît sa vie en ces bouquets de flammes.


Les heures claires (1896)


Vivons, dans notre amour
et notre ardeur


Vivons, dans notre amour et notre ardeur,
Vivons si hardiment nos plus belles pensées
Qu'elles s'entrelacent harmonisées
A l'extase suprême et l'entière ferveur,

Parce qu'en nos âmes pareilles,
Quelque chose de plus sacré que nous
Et de plus pur, et de plus grand s'éveille,
Joignons les mains pour l'adorer à travers nous.

Il n'importe que nous n'ayons que cris ou larmes
Pour humblement le définir
Et que si rare et si puissant en soit le charme,
Qu'à le goûter nos coeurs soient près de défaillir.

Restons quand même, et pour toujours, les fous
De cet amour implacable
Et les fervents, à deux genoux,
Du Dieu soudain qui règne en nous,
Si violent et si ardemment doux
Qu'il nous fait mal et nous accable.


Les heures claires (1896)


Viens lentement t'asseoir

 
Viens lentement t'asseoir
Près du parterre dont le soir
Ferme les fleurs de tranquille lumière, 
Laisse filtrer la grande nuit en toi:
Nous sommes trop heureux pour que sa mer d'effroi 
Trouble notre prière.

Là-haut, le pur cristal des étoiles s'éclaire:
Voici le firmament plus net et translucide 
Qu'un étang bleu ou qu'un vitrail d'abside; 
Et puis voici le ciel qui regarde à travers.

Les mille voix de l'énorme mystère
Parlent autour de toi,
Les mille lois de la nature entière
Bougent autour de toi,
Les arcs d'argent de l'invisible
Prennent ton âme et sa ferveur pour cible. 
Mais tu n'as peur, oh ! simple coeur, 
Mais tu n'as peur, puisque ta foi 
Est que toute la terre collabore
A cet amour que fit éclore
La vie et son mystère en toi.

Joins donc les mains tranquillement
Et doucement adore ;
Un grand conseil de pureté 
Flotte, comme une étrange aurore, 
Sous les minuits du firmament.


Les heures claires (1896)


C'est la bonne heure


C'est la bonne heure où la lampe s'allume:
Tout est si calme et consolant, ce soir,
Et le silence est tel, que l'on entendrait choir 
Des plumes.

C'est la bonne heure où, doucement, 
S'en vient la bien-aimée,
Comme la brise ou la fumée,
Tout doucement, tout lentement.

Elle ne dit rien d'abord - et je l'écoute;
Et son âme, que j'entends toute, 
Je la surprends luire et jaillir 
Et je la baise sur ses yeux.

C'est la bonne heure où la lampe s'allume,
Où les aveux
De s'être aimés le jour durant,
Du fond du coeur profond mais transparent, 
S'exhument.

Et l'on se dit les simples choses:
Le fruit qu'on a cueilli dans le jardin;
La fleur qui s'est ouverte, 
D'entre les mousses vertes ;
Et la pensée éclose en des émois soudains, 
Au souvenir d'un mot de tendresse fanée 
Surpris au fond d'un vieux tiroir, 
Sur un billet de l'autre année.


Les heures d'après-midi (1905)


Ardeur des sens,
ardeur des coeurs...


Ardeur des sens, ardeur des coeurs, ardeur des âmes, 
Vains mots créés par ceux qui diminuent l'amour;
Soleil, tu ne distingues pas d'entre tes flammes 
Celles du soir, de l'aube ou du midi des jours.

Tu marches aveuglé par ta propre lumière, 
Dans le torride azur, sous les grands cieux cintrés, 
Ne sachant rien, sinon que ta force est plénière 
Et que ton feu travaille aux mystères sacrés.

Car aimer, c'est agir et s'exalter sans trêve ;
O toi, dont la douceur baigne mon coeur altier, 
A quoi bon soupeser l'or pur de notre rêve ? 
Je t'aime tout entière, avec mon être entier.


Les heures d'après-midi (1905)


Vous m'avez dit


Vous m'avez dit, tel soir, des paroles si belles
Que sans doute les fleurs, qui se penchaient vers nous,
Soudain nous ont aimés et que l'une d'entre elles,
Pour nous toucher tous deux, tomba sur nos genoux.

Vous me parliez des temps prochains où nos années,
Comme des fruits trop mûrs, se laisseraient cueillir ;
Comment éclaterait le glas des destinées,
Comment on s'aimerait, en se sentant vieillir.

Votre voix m'enlaçait comme une chère étreinte,
Et votre coeur brûlait si tranquillement beau
Qu'en ce moment, j'aurais pu voir s'ouvrir sans crainte
Les tortueux chemins qui vont vers le tombeau.


Les heures d'après-midi (1905)


Lorsque tu fermeras mes yeux


Lorsque tu fermeras mes yeux à la lumière,
Baise-les longuement, car ils t'auront donné 
Tout ce qui peut tenir d'amour passionné
Dans le dernier regard de leur ferveur dernière.

Sous l'immobile éclat du funèbre flambeau,
Penche vers leur adieu ton triste et beau visage
Pour que s'imprime et dure en eux la seule image 
Qu'ils garderont dans le tombeau.

Et que je sente, avant que le cercueil ne se cloue,
Sur le lit pur et blanc se rejoindre nos mains,
Et que près de mon front, sur les pales coussins,
Une suprême fois se repose ta joue.

Et qu'après je m'en aille au loin avec mon coeur
Qui te conservera une flamme si forte
Que même à travers la terre compacte et morte
Les autres morts en sentiront l'ardeur.


Les heures du soir (1911)

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