Restauration d'une moto FN Type XIII 250 cc O.H.V à roue tirée et avec anneaux de Neiman

(Sortie d'usine le 4 août 1948)

© Denis Lecomte m-à-j : mai 2008

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Photo mise sur le net par Alain Belot le vendeur : magnifique !

J'ai trouvé la dernière pièce qui me manquait : le tendeur de chaîne !

Depuis longtemps je recherchais une ancienne moto FN identique à celle que mon père avait achetée juste après la guerre. C'est une nécessité stratégique : si je veux qu'il m'aide, ce doit être la même que la sienne !

Il m'a toujours vanté les mérites de cette moto, tant en termes de consommation d'essence que de confort. Le système de suspension à roue tirée et à anneaux de Neiman, permettait, dit-il, de passer des bordures de trottoir "sans les sentir". De plus, il prétendait qu'il ne consommait que deux, à deux et demi litres aux cent kilomètres. Je voulais donc vérifier ses dires, peut être veut-il parler de 2,5 litres d'huile ?

Le miracle d'Internet m'a permis d'acheter une moto identique mise en vente sur ebay et sur anciennes.net C'est Rodolphe,(http://www.lab54.com/fn/index.html) avec qui je correspondais depuis quelques temps qui m'a signalé cette opportunité, et je l'en remercie.

Belle déjà !

Si les FN Type XIII sont assez nombreuses, les modèles 250cc à soupapes en tête sont nettement plus rares ! D'autant plus rares sont celles à roue tirée. Je reviendrai sur cette particularité de la moto qui n'a pas eu de succès auprès de la clientèle. Bref, quand je suis allé la voir chez le vendeur Alain Belot à Beauraing (Belgique), c'était une sorte de miracle ! Je l'ai immédiatement achetée.

Le vendeur, m'a donné le "signe distinctif fiscal" qui était affiché sur la moto, lequel précisait le nom et le prénom (Marjan) du premier acheteur qui avait immatriculé la moto et payé la taxe jusqu'au 31 décembre 1953. J'espère que le fait d'avoir été déjà immatriculée en Belgique, facilitera les démarches ultérieures.

La moto portait les plaques d'immatriculation originales tant à l'arrière qu'à l'avant, sur la tranche du garde-boue.

Ces informations m'ont permis de retrouver le fils du premier acheteur ! Après un seul coup de téléphone, je suis miraculeusement tombé sur lui.

Il  a pu me donner quelques informations concernant cette moto. Que son père avait effectivement achetée cette moto pour se rendre à son travail, qu'elle avait été achetée à Charleroi en 1948, et que son père l'a utilisée durant 5 ans. Ce qui correspond bien au document qui est  en ma possession. Durant des décennies cette moto est restée dans un garage. Ce n'est que trois mois avant qu'il s'est décidé à s'en défaire et à la mettre aux vieux fers. Une personne lui a donné l'équivalent 500 francs belges pour l'emporter. Ce dernier avait eu le nez fin !

L'état général de la moto montrait qu'elle "baignait dans son jus" selon la terminologie des restaurateurs. Ce qui signifie qu'elle est complète, telle qu'elle était à l'époque. Ce qui permet d'envisager une restauration la plus fidèle possible.

Bien sûr, selon ma mère, qui a également l'oeil, ce n'est qu'un tas de rouille ! Bien sûr on ne traverse pas les années sans effet, mais la qualité de construction, et probablement la bonne qualité de l'air de l'endroit où elle fut entreposée durant toutes ces années, a fait que la rouille n'est qu'apparente et en surface.

On peut voir ici la première photo et ma mère dubitative à droite.

 

Le challenge ? Obtenir ceci : sauf le porte bagage

 

Histoire de la Fabrique Nationale de Herstal

 

Mondialement connue aujourd'hui comme fabricant d'armes, la FN était également productrice de motos. Cette industrie a pourtant duré de 1901 à 1965.

Après la deuxième guerre mondiale, FN produisit la Type XIII qui était reconnue pour sa grande fiabilité. Les premières motos sorties après guerre furent néanmoins conçues avant le conflit, ce qui leur donne un petit aspect rétro que personnellement j'aime bien, sans être trop ringard.

Les motos fabriquées par la suite, auront un look plus banal, comme un gros cyclomoteur caréné. Le siège s'allongera en une selle unique.

En particulier, les premières motos sorties après la guerre furent affublées d'une curieuse roue avant tirée avec un système de triangulation et des ressorts de suspension. On m'a dit que ce système avait été inventé pour éviter de mettre des anneaux de Neiman en caoutchouc, matière qu'il était presque impossible à trouver juste après le conflit. Cette explication est curieuse  puisque les pneus devaient bien être installés, eux ! Je pense que les ingénieurs de FN ont voulu améliorer le système de suspension, mais n'ont pas maîtrisé cette technique et sont revenus aux traditionnels anneaux de Neiman, fourche avec une technique plus simple et surtout plus rigide.

Selon Guy De Becker "Quand la FN avait deux roues", la fiabilité des motos FN était légendaire. Une expédition en 1927, on ne dira pas un rallye, Liège-Dakar fut organisée par des militaires. En 1932 une jeune arlonnaise de 22 ans Justine Tiebesar, effectue seule un raid Saigon-Arlon, sans expérience préalable de la moto, au travers l'Asie, en effectuant même un petit crochet dans l'Himalaya pour saluer la croisière jaune de Citroën qui passait par là...

 

 

Caractéristiques techniques

 

 

Toujours est-il que ce système de roue tirée, n'a pas suscité une admiration inconditionnelle des clients. Il fut donc abandonné au profit d'une fourche télescopique, telle que nous la connaissons maintenant sur les motos. Les anneaux de Neiman, ne sont pas vraiment des amortisseurs, puisque l'énergie des bosses ne se dissipe pas très bien, comme dans un amortisseur moderne. Par contre le confort est meilleur, comme sur un bateau, la tenue de route s'en ressentant.

La plaque d'immatriculation avant, était installée dans l'axe de la moto comme une lame de rasoir sur le garde-boue, elle était peut être destinée à découper les piétons ? Curieuse chose ! A l'époque on ne se souciait pas des éléments coupants ou contondants : je connais une certaine Ford Fairlane équipée d'une pique sur le capot, destinée à embrocher les piétons.

Le moteur, très fiable en version SV (soupapes latérales), fut amélioré en puissance avec des soupapes en tête. L'arbre à cames restait en bas. Il n'y a pas d'indication de la puissance de cette moto. Je pense qu'il y a environ 15 CV. La vitesse de pointe devrait approcher 110 Km/h.

Il n'y a pas de système de réglage automatique de l'avance : une tirette permet au démarrage de réduire l'avance au maximum, afin d'éviter des retours de kick propres à vous expédier sur Mars. Le moteur dispose aussi d'un lève soupape pour faciliter le démarrage.

 

 

Ce qui frappe, c'est le carburateur qui ne possède qu'une minuscule grille de protection, les poussières peuvent pénétrer dans le moteur en l'absence de filtre digne de ce nom.

Un reniflard qui met en dépression le moteur par un système de vanne tournante, permet également de lubrifier la chaîne. Un tendeur de chaîne devrait se trouver à ce niveau, mais il a disparu. C'est une roue dentée qui s'applique sur le brin relâché de la chaîne, avec un ressort. Ce système est aussi relié à un câble qui va au compteur kilométrique. Depuis combien de temps est-il brisé? En tout cas il y a 3256 Km au compteur de marque Smiths. Je suppose en observant l'usure des pneus et l'usure des dents du pignon de chaîne que les kilomètres parcourus devaient être plus nombreux. Mais combien de Km peut on faire en 5 ans en 1948 ?

La boîte de vitesse compte 4 rapports, et le sélecteur de vitesse est au pied droit. Je vais m'amuser pour ne pas m'embrouiller les panards ! Heureusement les rapports sont disposés de façon traditionnelle à savoir la première en bas et les autres en haut. Le point mort étant entre la 1ère et la 2ème.

L'embrayage à huile, est commandé traditionnellement à gauche. Attention : débrayé la pompe à huile ne débite plus ! Ne jamais rester à un feu rouge avec la manette serrée, le moteur se détruirait rapidement par manque de pression d'huile. Les embouteillages à l'époque, n'existaient pas.

Un frein de direction, disposé dans l'axe du guidon, permet au motard de choisir la finesse des réactions du guidon, en fonction de ses désirs. Ce sera à tester.

Je remarque que le cadre possède une marque de soudure au niveau de la bobine d'allumage. Il faudra dans le cas d'un sablage, vérifier cela. La moto que mon père avait achetée, avait eu son cadre fendu au niveau de l'attache du moteur à l'avant. FN lui avait envoyé un cadre avec un renfort à cet endroit. Il avait également cassé l'axe du piston, qui avait rayé le cylindre. Un réalésage avait dû être effectué.

Une batterie de 9V devait alimenter la moto. Elle a disparu depuis longtemps. Tout le système électrique doit être revu.

L'ensemble des câbles doit être remplacé, car ils sont soit absents, soit pourris.

 

 

Historique de la restauration

 

 

Ca y est ! Vers le mois de mai 2007 je m'y suis mis. Le problème : la place ! Il faut disposer d'une zone de travail et d'une table suffisamment grande et qui sera susceptible de rester en travaux le temps de la restauration. Soit quelques mois à quelques années... J'ai dû construire une petite cabane dans le jardin pour accueillir le brol du garage où je vais travailler.

J'en ai trouvé au Makro pour 120 €; c'est une cabane pour enfant que j'ai surélevée par des briques de récup.

 

Ici une photo prise avant restauration :

 

J'ai commencé par démonter le réservoir d'essence. Surprise : la tôle est particulièrement épaisse. A l'intérieur peu ou pas de points de corrosion. Il y a deux robinets d'essence, en fait il y avait deux robinets, car ils manquent. Les tuyaux d'essence également, et le filtre. Le support de la selle est tenu vers l'avant par un axe situé loin sous le réservoir. Des gros ressorts sont fixés sur le cadre et amortissent les chocs. Sur la photo j'avais déjà enlevé le réservoir ainsi que la selle, je les ai simplement déposé pour la photo, ce qui donne cet air un peu plat.

Il y a cet horrible coussin destiné à un passager, fixé sur le garde-boue arrière. J'ai décidé de l'enlever définitivement. Aucun passager ne devrait risquer son dos là dessus ! En plus il se trouve fixé sur le cadre, de très laids repose pieds pour le passager. Si le coussin m'a l'air dans son jus, les repose-pieds sont vraiment moches. Viré !

Sous la selle, réservoir retiré, on observe ces curieux anneaux de Neiman. C'est de grosses rondelles de caoutchouc qui font la suspension et l'amortissement.

 

3256 Km au compteur, pas mal pour une moto de 59 ans d'âge ! Une moyenne de 55 Km/an ou bien 550 Km sur les 6 ans d'immatriculation... Je n'y crois pas, car la roue dentée qui s'engrène sur la chaîne et d'où part le câble vers le compteur est absent. C'est d'ailleurs l'une des rares choses qui manque sur cette moto. Elle a dû rouler un certain temps sans compteur kilométrique. Néanmoins, au fil du démontage je pourrai observer que l'état général de la moto me fait penser qu'elle a très peu roulé. Peut être juste le temps d'user un pneu arrière, car le pneu avant est légèrement plus usé que l'arrière, celui-ci a dû être remplacé avant que l'avant ne doive l'être, ce qui explique cette dissymétrie. En moto les pneus arrière s'usant plus vite que l'avant. Enfin tout cela n'est que conjectures.

 

Fin mai j'ai démonté un peu de tout : phare, pot d'échappement, carburateur, câbles, manettes, poussoirs... le moteur commence à se dégager.

 

Le carburateur est restauré ! Papa l'a démonté presque entièrement sauf la cuve. On l'a fait tremper dans du vinaigre de vin blanc chaud. Résultat : bof. on réessaye en achetant un paquet de citrons. On met les pièces dans un bac et de l'eau au jus de citron. On fait tout chauffer au micro-ondes. Enfin un résultat correct ! Le carbu semble en parfait état, peu ou pas usé.

Le petit problème c'est que j'ai dû couper les câbles de gaz et de choke. Ils étaient rouillés. J'aurais mieux fait de ne pas les couper, et des les reconditionner dans le cas où il serait difficile d'en trouver des nouveaux.

Démontage de la dynamo.

Là quelques difficultés se sont présentées. D'abord vidanger le carter du pétrole que le vendeur y a mis. Ensuite dévisser le couvercle de l'embrayage. Les vis sont facilement dévissables. Une chance. Le carter enlevé on doit enlever l'écrou fixant l'axe de la dynamo sur une couronne dentée. Il y a une cale fixant l'axe sur l'engrenage. Pas moyen de l'enlever ! A l'examen on voit deux trous filetés dans cet engrenage. J'y fixe deux boulons, et avec un arrache je tente d'extraire la roue dentée : rien à faire !!! On va s'acharner des heures sans résultat. Mon oncle qui n'y connaît rien de rien en mécanique vient donner son grain de sel et préconise de taper. Papa tape une fois de plus et bang ! L'axe de la dynamo se fait éjecter avec celle-ci et retombe sur le sol de l'autre côté de la moto, en ébranlant la maison ! Malheureusement ce qui a encaissé c'est le bord en aluminium de la boîte des vis platinées, il s'est aplati...

Je vais pouvoir le remettre bien en place. On voit les deux boulons fixés dans l'engrenage de la dynamo. Au centre de l'embrayage l'axe qui provoque le débrayement quand on tire la poignée.

 

 

 

Etape du reconditionnement de la dynamo.

Cette dynamo dont les aimants ont 60 ans débite parfaitement bien J'ai fixé une foreuse sur l'axe, avec un voltmètre sur les bornes. Il y a un interrupteur qui lorsque la vitesse de rotation devient suffisante, permet à la dynamo de débiter. Avant cette vitesse, la batterie de 6 volts est censée donner le jus pour l'allumage. Tout ce système de bobines semble en parfait état. Les vis platinées sont démontées et nettoyées. Pas d'usure significative. Les paliers de la dynamo sont parfaits : pas le moindre jeu.

Il y a un système d'avance non automatique : c'est un câble que l'on tire depuis le guidon qui fait tourner le bloc des vis platinées tout entier et donc de modifier l'avance. Ne pas perdre le pièce qui fait la jointure entre le câble et le plateau tournant !

J'ai passé la brosse métallique sur  la surface de la dynamo qui était corrodée. Si le résultat n'est pas parfait, elle brille à nouveau.

Le carter moteur est nettoyé au niveau du joint. Et je place de la pâte à joint, remet le couvercle après avoir remis l'engrenage si difficile à enlever.

 

Il y a pas mal de crasse sur cette moto. Surtout de l'huile, graisse, poussière mélangés. La solution ? Par la technique du Président Sarkozy : Kärcher !

Comme le couvercle est replacé, je vais bourrer les trous d'admission et d'échappement de chiffons. Avec un tuyau fixé sur l'eau chaude, j'ai pu faire tomber pas mal d'huile. Je pense que c'est ce mélange qui l'a protégé durant ces longues années. Comme il fait grand soleil je l'expose au mieux pour éviter que de la rouille n'apparaisse ! Papa a l'idée de souffler de l'air comprimé dessus. ce à quoi je m'applique et je vois pas mal d'eau qui s'en va. Je démonte le couvercle de la dynamo : plein d'eau ! c'est franchement pas très étanche. je devrai trouver un système plus efficace pour protéger les bobines et autres vis platinées. Je met plein de WD40. Les roues étaient particulièrement sales. Ce sera plus chouette de travailler dessus.

 

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