Nothobranchius {Aphyobranchius} luekei Seegers, 1984

Dernière mise à jour: 25 octobre 2000

Aphyobranchius: sous-genre de Nothobranchius proposé par R. H. Wildekamp en 1977 (Wildekamp, 1977). Le nom est dérivé des racines Grecques Aphye- (petit poisson) et -branchion (branchies/poumon).

luekei: Nom de dédicace en l'honneur de karl Heinz Lüke de Bochum {éleveur Allemand réputé}, qui pour la première fois parvint à reproduire les deux premiers couples importés et à distribuer l'espèce dans le hobby.

Description Première

Seegers, L. (1984): "Nothobranchius luekei spec. nov., ein neuer Prachtgrundkärpfling aus Tanzania. Ichthyologische Ergebnisse aus Tanzania, VI" - Die Aquarien und Terrarien Zeitschrift (D.A.T.Z.), 37, July 1984:248-252, 12 figs.

Terra Typica

Collecté pour la première fois par L. Seegers et H. J. Wischmann, au cours d'un voyage en Tanzanie durant la transition de l'année 1982 à 83, à environ 40-km au sud de Dar-es-Salaam, sous le pont sur la rivière Mbezi, le long de la route menant à Kibiti.

Figure 3: Terra Typica de N.luekei, 40-km au sud de Dar-Es-Salaam, sous le pont sur la rivière Mbezi.

 

Dans cette partie de la Tanzanie, la saison des pluies s'étend de novembre à mai, avec une baisse des précipitations en janvier et février.

Figure 4: Profil météorologique de la Tanzanie (Source: FAOCLIM)

 

Données Méristiques & Morphologiques

Les caractères de déterminations donnés par Seegers (1984) peuvent se résumer comme suit:

Mâle: D= 11-13; A= 18-20; 27-30 écailles dans la ligne longitudinale

Karyotype: n= ..

A la base de la nageoire caudale on trouve 2 à 3 petites écailles terminant la ligne latérale. Les ouvertures du système de la ligne latérale ne peuvent être clairement discernées. Dans une ligne oblique, allant du début de la nageoire dorsale au début de la nageoire anale, on trouve 9 à 10 écailles.

Tableau 1: Caractéristiques morphométriques de N.luekei

{D'après Seegers, 1984. - Mesures exprimées en % des longueurs standards ou de la longueur de la tête}

Mensurations

Holotype

Paratypes

Moyenne

Nombre d'individus

1

7

7

Longueur totale

125.1

122.6-130.6

126.7

Hauteur du corps

22.3

19.2-25.0

22.0

Longueur de la tête

28.5

27.6-32.5

29.8

Hauteur du pédicule caudal

11.5

11.1-14.3

12.3

Diamètre de l'oeil

6.5

7.2-8.9

8.0

Largeur interorbitale

12.4

12.6-17.1

14.2

Longueur du museau

9.0

7.7-11.1

9.6

Distance pointe museau-Dorsale

70.6

66.3-73.1

70.1

Distance pointe museau-Anale

61.6

60.3-68.8

62.9

Distance pointe museau-Ventrale

49.8

47.9-55.6

50.1

Écailles en ligne latérale

28

27-30

28.4

Écailles entre tête-Dorsale

20

18-21

19.1

 

Chez les mâles, on trouve sur la partie externe de la nageoire dorsale de petits crochets cténoïdes; cependant en nombre inférieur à ceux positionnés sur la nageoire anale, dont les 2/3 de la partie externe sont couverts de nombreuses structures similaires en forme de crochets cténoïdes. Les rayons des deux nageoires impaires, plus spécifiquement la dorsale, dépassent le bord de la membrane de la nageoire. La nageoire caudale n'est pas arrondie comme chez les représentants typiques de Nothobranchius, mais se termine en pointe. Aussi, elle est prolongée en son milieu. Les nageoires ventrales sont très petites.

Mensurations

Holotype

Paratypes

Moyenne

Nombre d'individus

1

7

7

Rayons nageoire dorsale

12

11-13

11.9

Rayons nageoire anale

20

18-20

18.9

 

Les différences morphologiques et méristiques notoires entre N.janpapi et le morpho-type Nothobranchius, donnèrent à Wildekamp (1977) suffisamment d'arguments que pour procéder à la création d'un sous-genre spécifique (Aphyobranchius) pour les quelques représentants se distinguant clairement du morpho-type Nothobranchius classique. Wildekamp (1977) énonce les caractères distinctifs comme suit: chez les spécimens adultes de N.janpapi l'implantation des écailles céphaliques est régulière; il y a une correspondance rapprochée avec le schéma d'implantation des écailles céphaliques du type "G", comme observé chez les espèces Aphyosemion, néanmoins sans les écailles "F" et "H"; la distance préorbitale dépourvue d'écailles est restreinte; les systèmes de neuromastes supra- et postorbitaux sont interrompus; les quatre neuromastes du museau sont implantés dans deux canaux séparés, en forme de V; chez les deux sexes il y a de nombreuses papilles, densément implantées, dans la lèvre supérieure.

En outre, en comparaison au morpho-type Nothobranchius, le sous-genre Aphyobranchius est caractérisé par un nombre plus petit de rayons dorsaux et une implantation plus en arrière de la nageoire dorsale (Wildekamp, 1977).

Faisant suite à la description de N.willerti en 1992, qui était le troisième représentant du nouveau sous-genre Aphyobranchius découvert après N.luekei (Seegers, 1984), Wildekamp (1992) énonça une version révisée des caractéristiques diagnostiques du sous-genre Aphyobranchius: taille plus petite; constitution corporelle plus svelte; implantation postérieure de la nageoire dorsale; nageoire anale rectangulaire chez les mâles; écailles cténoïdes avec crochets (ctenii) chez les mâles, uniquement au niveau du sous-opercule et sous-préopercule; schéma d'implantation des écailles céphaliques régulier du type "G", et sélection d'un habitat à proximité de la surface des eaux.

Synonyme

Aucun

Aphyobranchius forme un sous-genre de Nothobranchius, composé de formes pélagiques (= fréquentant la surface et les eaux ouvertes). Les seuls représentants actuellement connus de ce sous-genre comprennent le très rarement gardé N.luekei Seegers, 1984 (jusqu'à présent collecté une seule fois, 40-km au sud de Dar-es-Salaam, sous le pont sur la rivière Mbezi, le long de la route allant à Kibiti, Tanzanie); N.willerti Wildekamp, 1992 (découvert dans le système de la basse Tana, zones côtières du Kenya); N.janpapi Wildekamp, 1977 (Tanzanie) et N. sp. "Ifakara" TAN 95/4 (Tanzanie).

Selon Wildekamp (1992), N.willerti ne présente pas le caractère diagnostique du comportement de fréquentation des eaux superficielles comme les 3 autres représentants du sous-genre Aphyobranchius, car il préfère se cantonner dans les couches moyennes et de fond comme les véritables Nothobranchius. Wildekamp (1992) considère pour cela que Nothobranchius {Aphyobranchius} willerti constitue une forme moins spécialisée que les autres représentants du sous-genre. Selon lui, cette dernière espèce pourrait donc être considérée comme représentant la forme la plus primitive du sous-genre Aphyobranchius.

N.janpapi et N.luekei sont très proche l'une de l'autre. Des expériences de croisement entre les deux espèces n'ont cependant pas produit de descendants. Sur la base de ces derniers résultats, Seegers décida en 1987 d'en faire une nouvelle espèce et il la décrivit sous le nom de N. (Aphyobranchius) luekei, en l'honneur de Lüke (Allemagne), qui, le premier, parvint à reproduire cette extrêmement difficile espèce.

Selon Seegers (1984), N.luekei se distingue de N.janpapi par une forme de corps plus mince et une corpulence latéralement plus compressée; sa taille légèrement plus petite que N.janpapi; une implantation encore plus postérieure des nageoires dorsale et anale; la nageoire dorsale possédant une implantation clairement en arrière de l'origine de la nageoire anale. Chez N.luekei le nombre de rayons dans les nageoires est plus grand que chez N.janpapi, il y a plus d'écailles le long de la ligne latérale et sur la longueur prédorsale. La nageoire dorsale possède plus de rayons, alors que la nageoire anale en possède moins que chez N.janpapi. On observe également des différences dans le patron des couleurs des deux espèces (Seegers, 1984). Chez N.luekei, les écailles céphaliques sont libres et ne sont pas partiellement recouvertes par les autres. Cette espèce ne présente pas de papilles sur la lèvre supérieure tel que Wildekamp (1977) découvrit chez N.janpapi.

Selon Van Der Zee (1985), le patron du chorion (= membrane externe) de l'oeuf est très différent chez N.luekei, en comparaison avec N.janpapi et les autres espèces du genre. En tant que seul représentant du groupe d'espèce Nothobranchius, N.luekei présente un schéma hexagonal, qui est plus tôt retrouvé chez le genre Aphyosemion. Chez N.luekei, quelques longues structures capillaires sont visibles sur la membrane externe de l'oeuf, alors que chez les autres espèces le chorion présente de nombreuses structures capillaires courtes et densément implantées (Van der Zee, 1985).

Populations

Une seule population est connue jusqu'à ce jour: N. luekei du pont sur la rivière "Mbezi" TZ 83/05, Tanzanie.

Holotype

Une mâle de 40,4-mm LT. (32,3-mm LS.); collecté par H. J. Wischmann et L. Seegers en janvier 1983, environ 40-km au sud de Dar-Es-Salaam, sous le pont sur la rivière Mbezi, sur la route menant à Kibiti; Est de la Tanzanie. Zool. Forschunsinstitut und Museum Koenig in Bonn {ZFMK 13551}.

Paratype

Une femelle de 35,0-mm LT et 27,8-mm LS; données de collecte comme Holotype {ZFMK 13552}.

Paratypes

Taille

Les mâles peuvent atteindre une longueur maximale de 45-mm alors que les femelles restent plus petites avec leurs 35-mm.

Code

LUK

Distribution & Habitat

Durant un voyage en Tanzanie, durant la transition des années 1982-83, L. Seegers et Wischmann H. J. découvrirent cette espèce, à environ 40-km au sud de Dar-es-Salaam, sous le pont sur la rivière Mbezi, sur la route menant à Kibiti. Deux autres espèces de Nothobranchius y vivaient en sympatrie avec N.luekei, il s'agissait de N.melanospilus (Pfeffer, 1896) et une forme toute particulièrement belle de N.rubripinnis. TZ 83/05. Il est à noter que durant trois voyages antérieurs, L. Seegers avait déjà pêché sous le pont de la rivière Mbezi. Lors de ces occasions il n'avait capturé que l'unique killi Aplocheilichthys kongoranensis. D'autres espèces capturées en cet endroit inclurent: Oreochromis urolepis, Ctenopoma muriei, Alestes imberi/affinis, Clarias gariepinnis, Barbus toppini, et Barbus sp.

Figure 6: Site unique de collecte de N.luekei en Tanzanie: pont sous la rivière Mbezi, ca. 40-km au sud de Dar-es-Salaam.

 

L'aire de distribution de l'espèce apparentée N.janpapi Wildekamp, 1977, comprend les cours moyens et bas des rivières Ruvu, Ruhoi, Mbezi et Rufiji. Mais en ce qui concerne N. luekei, seule une unique population est connue jusqu'à présent, celle originaire de sous le pont sur la rivière "Mbezi" à la localité TZ 83/05; Tanzanie.

En 1994, Seegers effectua deux voyages en Tanzanie. Le premier voyage se limita à la partie côtière du nord-est de la Tanzanie. Durant ce premier voyage, ces codes de localités n'allaient qu'au numéro 7. Parmi les Nothos qu'il récolta durant ce voyage figurait N.rubripinnis TZ 94/1 [de la rivière Mbezi River]. La numérotation pour les localités du second voyage de Seegers commencèrent à partir de 94/101 do sorte qu'il ne peut y avoir de confusion avec la séquence de la numérotation des deux voyages. Dans tous les cas, le second voyage était vers l'intérieur de la Tanzanie et un ensemble entièrement différent de Nothos furent récoltés (Watters, 1999b).

En 1995, Wildekamp, Watters & Sainthouse (Sainthouse, 1995:140; Sainthouse, 1996b:92) collectèrent l'espèce vivant en sympatrie N.rubripinnis à la rivière Mbezi [localité TAN 95/6], à la localité type des deux espèces N.rubripinnis et N.luekei, dans une série de mares et de zones marécageuses appartenant au système de la rivière Mbezi, à 50 km au sud de Dar-es-Salaam sur la route B2. Elle y vivait avec Aplocheilichthys kongoranensis et Aplocheilichthys lacustris. Encore une fois, ils ne trouvèrent pas N.luekei.

En Mai 1997, Wildekamp, Watters et Cooper collectèrent N.janpapi à la localité Kitonga Nord TAN 97/9, quelques km plus au sud du lieu de collecte original de N.luekei, le long du système de la rivière Mbezi. A cet endroit, ils découvrirent N.janpapi vivant en sympatrie avec N.lourensi et N.fuscotaeniatus. Encore une fois, ils ne capturèrent pas N.luekei.

Également durant leur voyage en Mai 1998 en Tanzanie, Watters, Rosenstock, Agnew and Larsen collectèrent quelques mâles de N.rubripinnis à la localité du pont sur la rivière Mbezi en même temps que quelques 'Lampeyes' (Larsen, 1999). Encore une fois, ils ne parvinrent pas a trouver de N.luekei. Au sud de la rivière Mbezi ils capturèrent quelques N.albimarginatus, qu'ils ne gardèrent cependant pas. Un peu plus loin sur la route, près du village de Kiparanganda [localité Kiparanganda, TAN 98/13], dans une mare peu profonde couverte de nombreux nénuphars ils récoltèrent N.albimarginatus et N.annectens (Larsen, 1999).

Il devient donc de plus en plus apparent que tous les collecteurs qui ont visités la localité type de Mbezi TZ 83/05 ne parviennent pas à redécouvrir N.luekei. Ceci pourrait indiquer que N.luekei représente soit une forme rare et différente de N.janpapi récoltée par chance soit que la localité mainte fois revisitées jusqu'à présent ne corresponde pas à la localité type correcte.

N.luekei, proche parent de N.janpapi, n'a jusqu'à ce jour été découvert qu'en une seule occasion sous le pont de la rivière Mbezi (40-km au sud de Dar-Es-Salaam). Avec la capture de N.janpapi à hauteur de Kitonga (localité: "Kitonga Nord" TAN 97/9) par Watters, Wildekamp & Cooper en 1997, il semblerait, en théorie, possible que les deux espèces, N.janpapi et N.luekei, puissent être trouvées dans des endroits très proches, dans et autour du même système hydrographique. Selon la définition écologique d'une espèce, il devrait soit y avoir une compétition féroce entre les deux espèces apparentées là où elles se rencontrent conjointement, soit elles doivent éviter cette confrontation directe en ayant choisi chacune des niches écologiques sélectives. Une éventuelle future collecte en sympatrie des deux espèces dans le système de la rivière Mbezi aurait une valeur scientifique particulière.

Figure 7: Lieu de collecte unique et aire de distribution présumée de N.luekei en Tanzanie:
1: rivière "
Mbezi"
.

 

Couleur

Mâle: La couleur du corps est bleu métallique, brunâtre sur le dos, argenté sur le ventre, la région de la gorge est jaunâtre. Les flancs présentent un patron réticulaire rouge brun. Les bords de ce patron deviennent plus large vers le dos et principalement vers l'arrière; à hauteur de chaque intersection la couleur rouge est plus intense; la partie ventrale présente une couleur de base plus claire tandis que la zone dorsale est plus sombre. L'iris de l'oeil est également d'un bleu métallique.

Les nageoires pectorales sont transparentes cependant elles présentent une bande marginale bleu blanche claire. Les très petites nageoires ventrales sont bleu vert et bordées de jaune et de rouge orange. La nageoire anale est brunâtre et présente des réflexions bleus vertes. Sur cette nageoire on trouve également, de l'extérieur vers l'intérieur, des lignes rouges et jaune intense suivies par une bande marginale rouge plus étroite. Cette bande marginale s'élargit de l'arrière vers l'avant en couvre, dans la partie antérieure de la nageoire, environ 1/3 de la largeur de la nageoire. Dans la partie centrale, la nageoire présente une courbature. Cette dernière est également suivie d'un bord rouge. La nageoire dorsale est jaune vert dans sa partie antérieure et irrégulièrement tachetée de brun orange. Dans sa partie postérieure les tâches sont plus dispersées. La couleur orange est plus intense le long du bord extérieur de la nageoire, et les points orange se rejoignent en une bande continue colorée. La nageoire caudale est rouge à rouge brun avec une bande marginale plus claire. Dans les bandes externes supérieures et inférieures la couleur peut être rouge profond, et chez certains individus sauvages il y avait même une bande rouge ininterrompue autour de la nageoire caudale.

Femelle: elles ressemblent à celles de N.janpapi, mais sont plus claires et moins brunâtres. Par la forme svelte du corps, elles ressemblent fortement aux lampeyes. La couleur est gris uniforme avec un ventre argenté et des réflexions bleutées sur l'opercule et les bords des écailles. Les nageoires sont toutes transparentes. Normalement elles possèdent un iris gris brun. Les nageoires ne présentent pas de dessins ou de marques particuliers. Comme par ailleurs chez les mâles, les rayons centraux de la nageoire caudale des femelles sont prolongés, ce qui permet à la nageoire caudale de se terminer en pointe.

Reproduction & Maintenance

N.{Aphyobranchius} luekei est atypique pour le groupe d'espèces Nothobranchius car elle préfère se cantonner dans les couches d'eaux superficielles de son habitat, plus tôt que près du fond. Également les jeunes et les subadultes préfèrent séjourner près de la surface. Dans leur milieu naturel, les adultes recherchent les zones pélagiques, lotis entre les herbes et buissons immergés. L'implantation très postérieure de la nageoire dorsale favorise ce comportement de surface.

Les deux premiers couples introduits dans le hobby furent remis à Lüke (Bochum, Allemagne). Il parvint à reproduire l'espèce, malgré qu'elle soit de nos jours reconnue pour être une espèce particulièrement difficile. Lüke lui-même reconnu qu'elle constitue probablement l'espèce la plus difficile à reproduire du genre. Tout comme chez N.janpapi, il s'agit ici d'une petite espèce, produisant des oeufs de petite taille et donc également des jeunes minuscules. En fait, tant les oeufs que les alevins de N.luekei sont même plus petits que ceux de N.janpapi.

L'espèce peut déjà être reproduite dans de l'eau ayant les caractéristiques suivantes: pH de 6,8 à 7,0; dureté de l'eau entre 9-16 et température entre 23 et 25°C. Une eau d'une telle qualité peut être obtenue en mélangeant simplement de l'eau de pluie à de l'eau de canalisation. Des températures de maintenance trop élevées réduisent considérablement la longévité des poissons. L'addition de sel [1 cuillère à café pour 5 à 10 litres d'eau] est également à recommander en tant que mesure préventive contre la maladie des points dorés.

De préférence, l'aquarium de maintenance est densément planté de mousse ou de fougères de java ou de toutes autres plantes aquatiques similaires en vue d'offrir aux femelles et aux mâles secondaires de nombreuses possibilités de cache. Le changement régulier d'une partie de l'eau est également souhaitable pour le bien être général des poissons.

Les mâles ne sont pas particulièrement agressifs envers leurs congénères. Les individus les plus forts repousseront cependant les plus faibles vers les zones plus découvertes et plus claires de l'aquarium. Lorsque l'aquarium est suffisamment grand, on ne trouvera que très rarement des nageoires mordues ou des poissons blessés. Dans un grand bac, on peut tenir plusieurs mâles ensemble, si on réserve à chacun environ 10-15 litres d'eau. On doit toujours veiller à ne pas introduire deux mâles dans un bac trop petit; dans ce cas l'individu le plus fort poursuivra incessamment le plus faible, pouvant conduire à la mort de ce dernier.

Pour la reproduction, on peut utiliser un trio. Néanmoins, il est toujours recommandé d'utiliser plusieurs femelles par mâle [3 à 4 ♀ par ♂] ou de préférence par groupe de plusieurs individus en même temps.

Particulier à cette espèce est aussi le fait que les parents ne recherchent pas à déposer les cellules reproductives près du fond de l'aquarium. La fécondation des oeufs peut avoir lieu n'importe où dans l'aquarium, de préférence près de la surface ou dans les couches d'eau intermédiaires. Chez N.luekei il n'est donc aucunement nécessaire de couvrir le récipient contenant la tourbe. Bien au contraire, on utilisera d'avantage un récipient ouvert couvrant la plus grande partie possible du fond du bac de ponte. Le souci ici n'est pas tellement de concentrer les oeufs dans le moins de tourbe possible, mais bien de recueillir le plus possible d'oeufs. La tourbe contiendra donc nécessairement des excréments, mais il faudra s'en accommoder. Souvent les reproducteurs préféreront pondre au-dessus ou près de la couche de tourbe au lieu de les répandre sur un fond vierge de l'aquarium.

Une couche de 2 à 5-mm d'épaisseur de tourbe dans un récipient ouvert maintenu sur le fond de l'aquarium est donc utilisé comme substrat de ponte. Les géniteurs peuvent être laissés pour une période de 5 à 7 jours dans un tel milieu, après quoi la tourbe est retirée, légèrement pressée et mise à sécher jusqu'à ce que la tourbe atteigne la consistance du tabac de pipe (couches extérieures devenant brun clair). Enfin, le substrat de ponte contenant les oeufs est déposé dans un sachet en plastique, fermé avec un élastique et contenant un volume d'air suffisant pour la longue période d'incubation. Les oeufs de N.luekei sont rangés pour une période de 2,5 à 3 mois, à température plus ou moins constante de 24°C. Lüke, ainsi que Van der Zee (1985), rapportent une période optimale d'incubation de 3 mois.

L'éclosion des oeufs développés peut s'effectuer dans une eau ordinaire âgée (ayant stagné pendant au moins 1 semaine) et fraîche (18°C). L'eau d'éclosion est versée sur la tourbe. Ce mélange est adéquatement remué pour permettre aux oeufs de se mouiller et de tomber sur le fond. Après cette opération, la tourbe qui flotte encore est enlevée avec une épuisette en vue de présenter aux minuscules alevins de meilleures chances d'atteindre la surface de l'eau (remplissage de la vessie natatoire).

Dans l'aquarium choisi pour l'éclosion elle même, qui devrait avoir une contenance minimale de 5 litres, les oeufs sont couverts d'une couche d'eau de 20 à 50-mm d'épaisseur. Parfois il est nécessaire d'attendre 24 heures d'immersion avant de voir apparaître les premiers alevins, les derniers peuvent exiger jusqu'à plusieurs jours.

Comme les jeunes fraîchement éclos sont très petits {beaucoup plus petit que ceux de N.patrizii ou de N.rachovii} on doit ajouter de "l'eau verte", richement pourvue en infusoires et en micro-organismes. Même les plus grands d'entre les alevins ne seront jamais en mesure d'attraper même les plus petites et les plus fraîchement écloses nauplies d'Artemia de la plus petite sorte. Un séjour minimal de 4 semaines dans une "eau verte" sera absolument nécessaire avant que les alevins de N.luekei puissent être en mesure de capturer les premières nauplies d'Artemia fraîchement écloses. Après 3 semaines ils peuvent s'attaquer aux micro-vers.

Il conviendra donc d'être suffisamment préparé à l'avance à l'éclosion des oeufs de N.luekei en s'assurant d'une disponibilité immédiate d'une bonne culture de paramécies avant de mettre le processus d'éclosion en marche. Si, au moment de l'éclosion, l'on ne peut disposer d'une culture de paramécies, il est souvent trop tard que pour en mettre une rapidement en route et la maintenance de l'espèce peut être compromise. Il est donc utile de pouvoir disposer dans un coin de jardin ou de balcon d'un récipient contenant toujours de l'eau âgée et quelques feuilles immergées. Avec le temps, ce milieu produira suffisamment de micro-organismes.

 

Il est cependant nettement préférable d'utiliser les grandes paramécies collectées, quelque part début années 90, au Cameroun par des aquariophiles Allemand. Cette pure et non nauséabonde culture de paramécies peut très simplement être maintenue en marche durant toute l'année dans une eau ordinaire dans un récipient ouvert de 5 litres de contenance, en y ajoutant hebdomadairement 1 à 2 gouttes de lait (ne pas nourrir trop abondamment cette culture car elle risquerait de se désintégrer). Ainsi, il est possible de disposer en chaque instant des paramécies nécessaires aux minuscules alevins. Ce milieu est très riche en paramécies. Souvent elles sont visible à l'oeil nu sous la forme d'un nuage diffus. Lorsque le nombre de paramécies dans le bac de croissance des alevins commence à baisser, on lui ajoute directement 10 à 20 centilitres du milieu de culture de paramécies. L'utilisation de ce milieu fera gagner plusieurs jours de croissance aux alevins.

Les avantages liés à l'utilisation d'un grand bac de croissance sont: le milieu est moins sujet à la pollution; il y plus de micro-organismes disponibles comme nourriture pour les jeunes et l'on dispose d'un milieu de croissance plus stable pour les alevins. J'y ajoute souvent quelques feuilles froissées sèches. En outre, un grand aquarium requiert de moins fréquents changements d'eau et le niveau d'eau peut régulièrement être augmenter sans avoir à perturber les alevins.

L'utilisation d'un grand bac stabilisé procure un milieu plus favorable aux minuscules alevins. La présence, durant plusieurs heures par jour, d'une lumière vive superficielle est nécessaire pour permettre aux alevins de localiser visuellement les proies vivantes. Dans une telle mise en scène, il n'est absolument pas nécessaire d'appliquer une quelconque forme de filtration voire même de mettre la couche superficielle en mouvement. La plupart des micro-organismes se concentreront juste sous la couche superficielle, formant une couche trouble flottante qu'il ne faudra pas retirer. Cette couche est utilisée par les alevins pour la recherche de leur nourriture.

Après environ 4 à 5 semaines, une fois que les jeunes peuvent manger les premières nauplies d'Artemia, la plupart des problèmes sont généralement résolus. Ils commencent aussi alors à grandir plus rapidement. C'est cependant une espèce à faible taux de croissance et des croissances comme observées chez Nothobranchius ne seront jamais atteintes chez Aphyobranchius. Après environ 2 à 2,5 mois, les premiers mâles commencent à montrer les couleurs. Ils commencent une vie sexuelle active vers 3 à 4 mois.

Le problème majeur rencontré par Van der Zee (1985) lors de la maintenance de cette espèce était celui des attaques régulières de points dorés. Quelques jours après avoir changé partiellement l'eau, les poissons étaient systématiquement couverts de points dorés. L'addition de sel à l'eau permit de garder la maladie sous contrôle.

D'une manière générale, N.luekei est de loin l'espèce la plus difficile parmi les représentant du sous-genre Aphyobranchius. Non seulement les alevins sont-ils des plus petits en aussi ils semblent être des mangeurs difficiles et sont très sensibles à une piètre qualité de l'eau.

Bibliographie