Nothobranchius patrizii (Vinciguerra, 1927)

Dernière mise à jour: 20/12/99

 

Photo 1: N.patrizii [Photo: M. Bellemans]

 

Patrizii: (adjectif Latin) en l'honneur du découvreur Italien de l'espèce, le Marquis Marco Patrizi.

Description première

Vinciguerra, D. (1927) "Enumerzione di alcune species di pesci della Somalia italiana" - Annali del Museo Civ. di Storia Naturale di Genova, Ser. 3, 15(52): 254-257.

 

Photo 2: N.patrizii [Photo: S. Valdesalici]

 

Terra Typica

A l'origine, ce représentant du genre Nothobranchius fut décrit sur la base de 6 spécimens [3 mâles et 3 femelles] collectés par Marco Patrizi en septembre 1923 dans le marais Harenga, sur la rive gauche du fleuve Giuba [= fleuve Juba, près de l'embouchure], dans le sud de la Somalie. Les poissons furent collectés dans une eau peu profonde, se desséchant entièrement durant plusieurs mois de l'année et se remplissant à nouveau d'eau durant la saison des pluies. En cette époque, Vinciguerra (1927) pensa qu'une source d'eau souterraine devait exister dans la localité pour pouvoir expliquer la présence de ces poissons.

L'espèce se retrouve dans les régions côtières du Kenya et de la Somalie.

Données Morpho-Méristiques

D= 16; A= 15; écailles en ligne latérale longitudinale = 25; écailles autour du corps 12 [Vinciguerra, 1927].

D= 15-17; A= 15-18; écailles en ligne latérale longitudinale = 24-26.

Karyotype: n=18

Selon la description originale de l'espèce par Vinciguerra (1927), "chez les mâles la hauteur du corps est comprise 3 fois, et chez les femelles 3 1/4 à 3 3/4 fois, dans la longueur du corps sans la nageoire caudale (= longueur standard), qui chez les mâles est égale et chez les femelles un peu inférieure à la longueur de la tête. La plus grande hauteur du corps est un peu inférieure à sa longueur et la largeur de corps est comprise 1 1/3 à 1 2/5 fois dans sa hauteur. Les yeux sont localisés dans la première moitié de la tête; leur diamètre est contenu, chez les mâles 4 à 4 2/5 fois, chez les femelles 2 2/3 à 3 fois dans la longueur de la tête, et est égale à 2/3 de la largeur interorbitale. La bouche est dirigée vers le haut; la mâchoire inférieure possède une extrémité angulaire et forme une structure se terminant près du bord de l'orbite. Chez les mâles, la longueur du museau est égal au diamètre de l'oeil, chez les femelles un peu plus court; les dents sont petites, les dents extérieures un peu plus grandes, placées en rangées. La tête est aplatie, la largeur interorbitale étroite, le profil de la tête est légèrement concave.

La nageoire dorsale a son origine au milieu du dos ou légèrement plus en avant, antérieurement à la nageoire anale, elle possède 16 rayons, les derniers étant également les plus longs, égaux ou légèrement plus court que la hauteur du corps. La nageoire anale, bien que plus courte que la nageoire dorsale, compte 15 rayons, les derniers étant aussi les plus longs, mais plus courts que ceux de la nageoire dorsale. Lorsque aplaties, les nageoires pectorales dépassent la base des nageoires ventrales et atteignent le point de commencement de la nageoire anale; les nageoires ventrales atteignent la nageoire anale; la nageoire caudale est légèrement arrondie.

Dans sa description originale, Vinciguerra (1927) présenta des mensurations descriptives effectuées sur 6 spécimens (3 mâles et 3 spécimens qu'il considérait être des femelles) [Tableau 1]. Dans le Tableau 2, ces mensurations sont exprimées en % des longueurs standards.

Tableau 1: mensurations effectuées par Vinciguerra, 1927 (en mm).

Caractéristiques

Mâles

Femelles*

Longueur standard

34

30

23

30

24

21

Hauteur de corps

11

10,5

8

8

7

6,5

Longueur de tête

11

10,5

8

9

7,5

6,5

Hauteur tête

9

9

7

7

5

5

Largeur tête

6,5

6,5

5

5

4

4

Longueur museau

2,5

2,5

2

2,5

2

2

Diamètre oeil

2,5

2,5

2

3

2,5

2,5

Largeur interorbitale

4

4

3

4

3

3

Hauteur nageoire dorsale

10

10

7

8

6

5

Hauteur nageoire anale

8

8

6

8

6

5

Longueur nageoire pectorale

8

7,5

6

6

5

5

*= Femelles comme définies par Vinciguerra, 1927

Tableau 2: valeurs exprimées en % de longueur standard (en %).

Caractéristiques

Mâles

Femelles*

Longueur standard

34

30

23

30

24

21

Hauteur de corps

32,35

35,00

34,78

26,67

29,17

30,95

Longueur de tête

32,35

35,00

34,78

30,00

31,25

30,95

Hauteur tête

26,47

30,00

30,43

23,33

20,83

23,81

Largeur tête

19,12

21,67

21,74

16,67

16,67

19,05

Longueur museau

7,35

8,33

8,70

8,33

8,33

9,52

Diamètre oeil

7,35

8,33

8,70

10,00

10,42

11,90

Largeur interorbitale

11,76

13,33

13,04

13,33

12,50

14,29

Hauteur nageoire dorsale

29,41

33,33

30,43

26,67

25,00

23,81

Hauteur nageoire anale

23,53

26,67

26,09

26,67

25,00

23,81

Longueur nageoire pectorale

23,53

25,00

26,09

20,00

20,83

23,81

*= Femelles comme définies par Vinciguerra, 1927

Jubb (1981) mentionne que chez cette espèce l'origine de la nageoire dorsale est implantée plus proche de la tête que chez les autres espèces de Nothobranchius.

La ligne latérale est à peine marquée de petits trous; il y a 25 à 26 écailles en ligne latérale longitudinale et 24 à 26 écailles autour du corps, en avant des nageoires ventrales" (Vinciguerra, 1927).

Dans la description première originale Vinciguerra (1927) nota également que cette "espèce est très apparentée aux autres espèces connues [en cette époque] de l'Afrique de l'Est, notamment F.palmqvisti, Lönb., Orthonotus, Ptrs., Neumanni Hlgd. et Güntheri Pfeffer, mais se référant au travail de Boulenger, la nouvelle espèce ne peut être considérée comme identique à l'une ou l'autre des espèces mentionnées ci-dessus. De ces espèces, la plus proche est Palmqvisti, décrite [des monts] de l'Usambara en Afrique de l'Est [actuellement en Tanzanie], mais Fundulus patrizii se distingue d'elle par son nombre plus important d'écailles dans la ligne latérale (27-28) et par la position de l'origine de la nageoire anale, qui débute un peu plus en arrière de l'origine de la nageoire dorsale. Cependant, la différence la plus marquante entre les deux espèces réside dans la longueur des nageoires pectorales, qui chez Palmqvisti atteignent à peine la base des nageoires ventrales, alors que chez Patrizii elles la dépassent clairement, arrivant près de l'origine de la nageoire anale .... Un autre caractère permettant une distinction entre Patrizii et Palmqvisti est que, chez ce dernier, la mâchoire inférieure est séparée du bord de l'oeil par un espace correspondant à 1/4 du diamètre orbital; alors que chez Patrizii, l'extrémité de l'os angulaire est enfouie dans un canal qui s'approche de très près du bord de l'oeil. Cette nouvelle espèce [N.patrizii] représente un type différent de l'espèce apparentée [palmqvisti] qui, chez les mâles, a un corps de coloration plus intense et une stature corporelle plus profonde que chez les femelles. La coloration rouge de la nageoire caudale se retrouve également chez l'espèce apparentée de palmqvisti" (Vinciguerra, 1927).

Synonymes

Fundulus patrizii Vinciguerra, 1927

Holotype

 

Figure 1: Carte administrative de Somalie.
[Source FAO]

Taille

Les mâles peuvent atteindre une longueur de 45-55 mm alors que les femelles atteignent à peine 35-40 mm de long.

Code

PAT

Distribution & Biotope

A l'origine, ce représentant du genre Nothobranchius fut décrit sur la base de spécimens collectés par M. Patrizi en septembre 1923 dans le marais Harenga, sur la rive gauche du fleuve Giuba [= fleuve Juba, près de l'embouchure], dans le sud de la Somalie.

 

Figure 2: Profil météorologique de la Somalie.
[Source FAO-CLIM]

 

Le poisson fut collecté dans une eau peu profonde, s'asséchant entièrement pendant plusieurs mois de l'année et se remplissant à nouveau en saison des pluies. Le profil météorologique moyen existant en Somalie est présenté à la Figure 2.

 

Figure 3: Zones des cultures principales de Somalie.
[Source FAO-CLIM]

 

Lors de la description originale, Vinciguerra (1927) mentionna également qu'en "ce référant au Marquis (le mot "March." en Italien représente probablement une abréviation du titre de Marquis) Patrizi , celui-ci les retrouva le long des longues pistes de caravanes, dans de petites mares dans des endroits élevés et sableux, où en saison sèche il n'y a pas de traces d'humidité, parfois durant plusieurs années consécutives. Dans ces conditions, il [Patrizi] collecta dans une mare isolée, située entre Fakia et Ilescid, au pied du mont Cut (mont) Geledi, quelques petits poissons, la majorité d'entre eux ne dépassant pas les 17 mm de longueur, possédant encore un sac vitellin. De toute évidence ils appartinrent à la famille des Cyprinodont et probablement à la même espèce. Le Marquis Patrizi exclut la possibilité que leur présence dans cet endroit fut le fait d'un transport d'oeufs par des oiseaux aquatiques, car il n'en observa pas leur présence dans l'endroit" - Valdesalici comm. pers. & traduction).

Selon le Dr. R. Haas (in Foersch, 1981) qui fut le premier à collecter à nouveau N.patrizii dans son milieu naturel en Janvier 1979, N.patrizii est commun dans les fossés des routes à environ 50 à 80 km au sud de Mogadishu. Partout où on le trouve, il vit en sympatrie avec N.jubbi/N.cyaneus. Ces deux espèces se trouvent dans des milieux où l'eau est claire; le fond sableux, couvert d'une couche de matériau végétal en décomposition. Il y avait beaucoup d'herbes poussant hors de l'eau et environ 20à 40% de la surface de l'eau était couverte de feuilles flottantes de nénuphar. En janvier, les mares s'étaient déjà partiellement asséchées et leur profondeur comportait entre 25-30 cm. La température de l'eau était de 29,5°C; la valeur du pH 7,6, le KH 8° et la GH 39°. Haas (1982) fut surpris de voir le fort degré de sécheresse atteint dans les sites où on l'assura qu'en saison des pluies il y avait des poissons. Les troupeaux conduit au travers de mares asséchées faisaient monter de grands nuages de poussière. Là où il y avait encore de l'eau, de grande quantités de poissons dipneuste [poissons à "poumon"], adultes et juvéniles, furent collectés à chaque site de Nothobranchius (Haas, 1982). Dans la plupart des zones de N.patrizii, des jeunes des espèces Barbus furent également collectés, et parfois des jeunes de Tilapia, indiquant que ces zones communiquent avec la rivière Scebeli durant la saison des pluies (Haas, 1982).

Jubb (1981) mentionne qu'il examina du matériel récolté par le Dr. A.A.M. Djelantik qui lui avait été remis par le Dr. R. Haas. Ces spécimens provenaient de deux localités du sud de la Somalie. Huit mâles et trois femelles provinrent de mares temporaires proche de Jerrow, un village dans le district de Coriolei, et trois mâles furent récoltés près de Genale, environ 100 kilomètres au sud-ouest de Mogadishu. L'habitat était décrit comme une eau stagnante de longue date provenant de fuites d'écoulement d'un canal d'irrigation proche, sans toutefois de connexion directe entre la mare et le canal ou avec toute autre rivière. La mare était peu profonde, 30-60-cm de profondeur, avec beaucoup de végétation aquatique tel que roseaux et nénuphars. Jubb (1981) mentionne que "la résistance de ces poissons fut non intentionnellement démontrée lorsque certains d'entre eux furent accidentellement mis dans un récipient ayant contenu au préalable un spray de pyrèthre. Bien que selon toutes apparence ils apparaissaient morts, ils récupérèrent rapidement après avoir été transféré dans un sceau d'eau douce fraîche".

Selon Wildekamp (1984), N.patrizii est très commun dans les mares temporaires et les chenaux de la zone du bas Juba et du bas Uebi Scebeli, en Somalie du sud. Cette zone se situe environ à 90-100 km au sud-ouest de la capitale Mogadishu et est plutôt marécageuse; et ceci plus spécifiquement dans la zone où les deux fleuves se rejoignent. Dans le sud de la Somalie la petite saison des pluies débute de la mi Novembre à la mi Décembre; la grande saison des pluies s'étend de début Mars à la mi Mai; la période la plus propice à la collecte de Nothobranchius dans la région se situe dès lors à la fin de la grande saison des pluies [mi Juin] [Figure 2]. Les Nothobranchius se trouvent dans les régions recevant une pluviométrie annuelle moyenne suffisante, permettant également la croissance des cultures alimentaires de base de la population. De la carte sur la distribution des cultures vivrières présentée à la Figure 3, il semblerait que l'on puisse éventuellement aussi trouver des Nothobranchius dans la partie Nord-Ouest du pays, près de la frontière Éthiopienne, vers Djibouti.

Selon Wildekamp (1984) qui visita la région du sud et du centre de la Somalie en Mai - Juin 1983, la région du bas Uebi Scebeli, grossièrement entre Afgoi et Merka, se situe au niveau de la mer, dans une vaste plaine, séparée de l'océan par une large ceinture de dunes de sable. Il mentionne également que la capture de Nothobranchius dans cette région est bien moins aisée, comparé aux régions situées plus au Nord-Ouest de la moitié sud de la Somalie. Souvent l'eau ne peut être atteinte qu'à grande peine à cause des nombreux buissons d'épineux et des rivages marécageux et, une fois l'eau atteinte, l'épuisette ne peut être que difficilement mue à cause d'une végétation aquatique très dense {principalement composée de nénuphars Nymphea zanzibarensis}. Près de Shalanbod, dans des chenaux le long de la route menant à Genale, Wildekamp (1984) découvrit des N.cyaneus à demi adultes [lieux de collecte sites S7 et S8]. Dans les mêmes eaux il découvrit également de très jeunes N.patrizii, dont les mâles commencèrent à peine de prendre la livrée adulte. Comme espèces d'accompagnement Wildekamp (1984) découvrit de nombreux jeunes spécimens du poisson-chat prédateur Clarias gariepinnis (Burchell, 1822), supposés réclamer une bonne partie de la population de Nothobranchius.

Proche de Genale, sur la rive gauche dans un marais, qui n'avait pas encore été envahi par Oreochromis spilurus [une autre des espèces introduites/distribuées largement dans le cadre de la lutte antipaludique] de très jolis spécimens de N.patrizii [lieu de collecte S9] furent découverts par Wildekamp (1984). Le jour suivant, également proche de Genale, mais cette fois sur la rive droite du marais, Wildekamp (1984) collecta N.patrizii [lieu de collecte S10]. Près de Corriole [= Qoryooley], N.cyaneus et N.patrizii furent découvert vivant en syntopie [= dans un même endroit] [lieu de collecte S11]. Dans le système hydrographique du fleuve Uebi Scebeli [ou Schebeelle], la dureté de l'eau allait de 19 à 31 DH (dureté totale) en entre 4 et 14 DH de dureté en carbonates. Le niveau d'acidité était toujours supérieur à un pH de 7,5 et le contenu en oxygène était bas, comme on pourrait attendre d'une eau marécageuse: 1,2 à 3,2 mg/l avec une température de l'eau allant de 28° [82°F] à 33° C [91°F] (Wildekamp, 1984).

Au nord de Mogadishu, de Balad à Jawhar, les conditions du terrain se modifient avec une sensible réduction de la pluviométrie. Cette zone forme en réalité la connexion entre la ceinture de dunes côtières de sable et les sables du désert de l'Ogaden plus au nord. Wildekamp (1984) rapporte "la région est en effet sèche, uniquement de la poussière et, ici et là, un buisson isolé d'épineux jusque l'on arrive l'étroite vallée que le fleuve Uebi Scebeli s'est frayé dans la plaine". Dans le bas de la moitié du cours de l'Uebi Scebeli, à hauteur de la ville de Giohar [=Jawhar], où on trouve de nombreux marais et petits chenaux, près d'un petit village, plutôt un quartier de Giohar [=Jawhar], appelé Old Giohar, Wildekamp (1984) découvrit une population différente de N.patrizii. Ici, la livrée du corps était plus brune et les marques en forme de V sur le corps étaient absentes. Wildekamp (1984) ajoute que de nos jours, cette population de Nothobranchius représente celle qui fut découverte le plus au nord dans les plaines côtières de l'Afrique de l'Est. Probablement qu'elle n'est pas présente plus au nord du fait de conditions de terrain moins propices". Cependant d'après les observations faites plus haut et sur la base de la carte de distribution des zones de cultures vivrières [Figure 3], on pourrait peut-être encore trouver de rares populations isolées de Nothobranchius dans le Nord-Ouest de la Somalie et même, pourquoi pas, à Djibouti. Cependant, jusqu'à nos jours, rien n'a été rapporté de cette région nordique.

Dans la région du bas Juba, l'influence de la mousson devint à nouveau perceptible à hauteur de Buale [= Bu'aale]. De Gelib [=Jilib] en passant par Giamana [=Jamaame] vers Kismayo, Wildekamp (1984) pêcha et collecta en divers endroits le long de cette dernière route; ceci produisit toujours une même image: N.patrizii et N.cyaneus, interchangeant avec Clarias et Protopterus sp. [=poisson dipneuste].

 

Figure 4: Lieux de collecte de N.patrizii en Somalie - 1: Harenga swamps - 2: route Shalanbod-Genale - 3: près de Qoryooley ou Corriole - 4: Jawhar ou Giohar - 5: Genale - 6: route Jamaame à Kismayo - 7: Goba A.

 

Plus au sud de l'embouchure du fleuve Juba, le long de la route menant à la frontière Kenyane, à hauteur et juste avant le village de Goba [=Golba], Wildekamp découvrit une autre population de N.cyaneus ayant une tache rouge dans la nageoire caudale. Chez l'un des spécimens cette tache était tellement apparente qu'on aurait cru être en présence de N.jubbi. A cet endroit, une autre population de N.patrizii fut également découverte: corps très sombre et larges taches sur les nageoires dorsale et anale. Remarquable était également le bord noir dans la partie arrière de la nageoire caudale.

En juin - juillet 1983, Manfred Forstner et Manfred et Brigitte Willert entreprirent un voyage au Kenya. Leur base d'opération était Mombasa. D'ici, différentes expéditions de collecte furent organisées. Durant l'une de ces expéditions, ils sont allés vers le nord vers le système de drainage de la rivière Tana. Après Malindi, environ 3 km après le village de Gongoni, ils collectèrent dans une mare N.cyaneus {température de l'air 23,5°C, température de l'eau 27,3°C.}, à 22 km avant Garsen, dans une sorte de plaine herbeuses inondée ayant une température de l'eau de 29°C°, ils capturèrent N.cyaneus et N.jubbi ensemble dans la même mare. 53 km au nord de Garsen, dans la direction de Garissa, N.cyaneus fut capturé en même temps que N.microlepis. Un peu plus au nord, le climat était devenu trop sec et ils ne purent plus trouver de biotopes appropriés. Sur la route du retour vers Mombasa, 45 km au nord de Malindi, ils capturèrent à nouveau N.cyaneus et N.jubbi vivant dans la même mare, mais également des spécimens, qui ressemblaient à un croisement entre les deux espèces. Étonnement, N.patrizii fut également découvert dans cette même mare.

Historique

Bien que décrite en 1927 par Vinciguerra, ce n'est que le 24 septembre 1973 que le Dr. Djelantik, travaillant pour l'Organisation Mondiale de la Santé [O.M.S.], découvrit à nouveau N.patrizii {et raviva l'intérêt pour cette espèce}, dans un marais alimenté par de l'eau s'échappant d'un canal d'irrigation dans les environs de Jerrow, dans le système inférieur du fleuve Uebi Scebeli. Sur une très longue distance ce fleuve coule parallèle à la côte et à l'océan, incapable de percer la ceinture côtière de dunes de sable. Finalement, il se termine en une vaste zone marécageuse proche de l'embouchure du fleuve Juba. Il ne s'écoule pas directement dans le fleuve Juba comme le mentionne de nombreuses cartes (Wildekamp, 1984). Ce n'est qu'en de très rares occasions de pluies extrêmement abondantes sur le plateau Central Éthiopien que ceci se produirait.

 

Figure 5: Lieu de collecte de N.patrizii au Kenya - 1: Garsen - 2: 45-km au nord de Malindi.

 

Dans le cadre d'un projet de recherches pour la lutte contre le paludisme financé par O.M.S., le Dr. Richard Haas [Université d'état de Californie, Fresno] découvrit N.patrizii dans un marais proche du village de Genale {environ 50 km vers le sud sur la route principale menant de Mogadishu vers le Kenya, quasiment sur l'équateur} en Janvier - Février 1979. Cette population fut distribuée parmi les aquariophiles, en même temps que N.microlepis de Warfa et de N.spec "Warfa blue", qui fut identifiée par la suite comme N.cyaneus. Le Dr. R. Haas rapporta uniquement des morceaux de terre asséchée. Les oeufs enfouis dans la boue éclorent mais ne produirent que N.patrizii. Cependant il ne parvint pas à faire éclore de cette manière la seconde espèce vivant en sympatrie avec N.patrizii (Wildekamp, 1984).

Haas (comm. pers.) rapporta de Somalie deux bonnes poignées de boue provenant de deux sites; Warfa (N. microlepis et le poisson qu'il dénomma en ce temps "Warfa blue" [depuis décrit sous N. cyaneus]) et de Genale (N. patrizii). "Ces échantillons de sol constituèrent deux prises effectuées au hasard au milieu des mares. Je séchai la boue en Somalie et ramenai à la maison le sol dans deux sachets en plastique, enfouis dans ma housse de toilette pour éviter la douane. Après 6 semaines je versai de l'eau sur la boue. Je ne me rappelle plus combien d'alevins j'obtins lors de la première mise sous eau, mais j'effectuai cette même opération 4 semaines plus tard et obtins de nouveaux alevins. De ces derniers j'envoyai des oeufs ou des alevins à chaque contact sérieux dans l'AKA [Américan Killifish Association] et à Foersch et à Knaack en Europe. Foersch publia vers 1981 sur les deux espèces, patrizii et microlepis, dans DATZ. De toute façon, il n'y avait rien de spécial à la manière avec laquelle je manipulai la boue ou les oeufs. Le miracle était en fait que je parvins à obtenir des oeufs juste par un simple ramassage de boue effectué plus ou moins aveuglément au hasard. Ceci me fait suggérer qu'il doit y avoir un grand nombre d'alevins de produit lorsque les pluies arrivent, si je pu obtenir assez d'alevins à partir de deux poignées collectées entièrement au hasard".

L'aire de distribution de N.patrizii en Afrique de l'Est comporte les systèmes hydrographique du moyen et du bas Uebi Scebeli et du bas Juba en Somalie et, vers la frontière Kenyane, la zone de Golba.

Au Kenya l'espèce n'est présentement connue que du bas Tana. En 1985, 1987 et 1989, M. Willert & W. Langnickel collectèrent cette espèce dans le bassin du bas Tana où elle vit en syntopie avec N.jubbi et N.willerti. Elle y fut découverte à hauteur de Mnanzini [dans une mare résiduelle d'un petit ruisseau s'écoulant vers le bas Tana, à 1-km de la jonction de la route de Mnanzini avec la route de Garsen à Garissa, dans la direction de Mnanzini" {01°59'S-40°08'E}]. M. Forstner, Manfred et Brigitte Willert collectèrent N.patrizii en Juin et Juillet 1983, lors de leur voyage retour du nord, à 45-km au nord de Malindi, Kenya, en même temps que N.cyaneus et N.jubbi. Ce lieux de collecte est probablement lié au système hydrographique du bas Galana [Figure 6]. Cette espèce n'était alors connue que des régions situées bien plus au nord du Kenya et du sud de la Somalie.

 

Figure 6: Carte de distribution de N.patrizii dans le Sud de la Somalie et au Nord du Kenya.

Livrée

En 1927 Vinciguerra fournît une description très simplifiée de la livrée de l'espèce: "chez les mâles, le corps est jaunâtre avec plusieurs étroites lignes transversales brunâtre et vagues, alternant avec d'autres plus prononcées. Les nageoires verticales sont couvertes d'une série de taches brunes, leur procurant une couleur noire. La nageoire caudale est blanchâtre, mais chez les spécimens vivants cette couleur était rouge intense. Les femelles ont la même livrée que les mâles, mais bien plus effacée" [cette dernière observation n'est pas correcte].

Mâles: Le corps tout entier ainsi que la nageoire anale sont bleu à bleu vert brillant et les bords rouge brun sombre des écailles composent un patron de réticulation prononcé sur l'entièreté du corps. Les nombreuses petites taches colorées, densément implantées, ainsi que les lignes sur la nageoire dorsale et anale forment une très belle décoration. La nageoire caudale arrondie ainsi que le pédicule caudal sont d'un rouge profond brillant ce qui forme un contraste impressionnant avec le reste du corps sombre. Les nageoires dorsale et anale des mâles, utilisées pour envelopper la femelle au moment de la ponte, sont très larges.

Femelles: les femelles sont, comme chez la plupart des autres espèces de Nothobranchius, plus tôt sans couleurs impressionnantes, de gris à brun clair. Ici également, le corps est couvert d'un patron de réticulation créé par les bords plus sombres des écailles. Le couvercle des ouïes présente un reflet légèrement bleu vert. Cette couleur n'apparaît cependant jamais sur d'autres parties du corps. Toutes les nageoires sont transparentes.

Relations

Watters et al. (1998) considèrent que le groupe d'espèces N.guentheri est composé de petites espèces. Ils considèrent que les espèces N.albimarginatus, N.eggersi, N.korthausae et N.lourensi forment un premier groupe d'espèces soeurs au sein du groupe d'espèces N.guentheri. Une autre espèce, non encore décrite, provenant du système de la rivière Kilombero en Tanzanie est également éventuellement à inclure dans ce groupe d'espèce soeurs.

Watters et al. (1998) considèrent également un second groupe d'espèces soeurs au sein du groupe d'espèces N.guentheri. Ce second groupe soeur est composé de N.annectens, N.guentheri propre et N.rubripinnis. Ce groupe soeur partage les synapomorphies d'une tache rouge sur l'opercule et un patron de marques circulaires rouges en forme de chevrons sur la partie postérieure du corps. Les synapomorphies d'une queue rouge sans aucune bande marginale noire et le patron en forme d'arcs dans les nageoires dorsale et anale sont également partagées avec N.palmqvisti et N.patrizii, qui pourrait éventuellement également être inclus dans ce second groupe d'espèces soeurs. Les femelles de toutes ces espèces partagent également les lignes circulaires grises sur leur corps (Watters et al., 1998).

Maintenance & Reproduction

De nos jours, N.patrizii peut facilement être reproduit dans de l'eau ayant les caractéristiques suivantes: pH de 6,8 à 7,0; dureté entre 9-16 et température entre 23 et 25°C. Une eau d'une telle qualité peut facilement être obtenue en mélangeant de l'eau de pluie avec de l'eau ordinaire du robinet. L'ajout de sel [1 cuillère à dessert pour 10 litres d'eau] est également recommandé comme mesure préventive contre la maladie des points dorés. L'aquarium de maintenance devrait être densément planté de fougères/mousses de java ou de plantes similaires en vue de procurer aux femelles et aux mâles subalternes suffisamment d'opportunités de cache. De fréquents changements partiels d'eau sont également nécessaires pour le bien-être des poissons. Des températures trop élevées réduiront substantiellement la durée de vie des poissons.

A partir de la maturité sexuelle, les mâles sont particulièrement agressifs envers leurs congénères. Les spécimens les plus robustes repousseront les plus faibles vers les parties les plus éclairées de l'aquarium. Lorsque le bac est suffisamment grand, il est rare de trouver des nageoires déchirées ou des poissons blessés. Dans un large aquarium on peut facilement maintenir plusieurs mâles ensemble si on donne à chacun un volume individuel de 10 à 15 litres d'eau. Il convient toujours d'éviter de placer dans un bac trop petit 2 mâles ensemble; dans ce cas le plus fort poursuivra toujours le plus faible et ce dernier ne survivra qu'exceptionnellement la confrontation.

Pour la reproduction, on utilise un trio mais il toujours préférable d'utiliser plusieurs femelles par mâle [3 à 4 femelles par mâle]. Une litière de mousse de tourbe d'une épaisseur de 10-mm maintenue dans un récipient ouvert d'une hauteur de 10-cm est souvent utilisé comme dispositif de ponte. Ce dispositif permettra de concentrer les oeufs, tout en empêchant en même temps que le substrat de ponte ne se pollue trop rapidement d'excréments. On laisse le poisson pondre pour une période de 3 à 7 jours, après quoi on retire la tourbe, la presse gentiment dans la main pour en faire écouler l'excédant d'eau, puis le substrat est laissé à sécher un peu plus jusqu'au moment qu'il atteigne la consistance bien connue du tabac (couche extérieure devenant brun claire). Enfin, le substrat de ponte contenant également les oeufs est enfermé avec suffisamment d'air dans un sachet en plastique en vue de la longue période d'incubation. Les oeufs de N.patrizii sont rangés pour une période de 3 à 4 mois à une température plus ou moins constante d'environ 24°C.

Foersch (1981) mentionne que le Dr. R. Haas, qui lui avait envoyé quelques oeufs de N.patrizii, l'informa que les premiers oeufs seraient prêts à éclore après 3 mois d'incubation mais que la majorité d'entre eux exigeraient environ 6 mois pour se développer complètement. Foersch (1981) reporta qu'il conserva les oeufs à une température ambiante entre 24 et 27°C. Après 3 mois de conservation, Foersch (1981) mouilla les oeufs et 15 alevins éclorent presque immédiatement. Il observa les oeufs restants sous une lumière et trouva encore cinq oeufs présentant des signes reconnaissables de développement embryonnaire complet [iris visible] et un "oeuf-en-repos" encore toujours en diapause I. Ces derniers oeufs furent à nouveau conservés et produirent cinq alevins en bonne santé 17 jours plus tard. Avec une longueur de 4-mm les alevins sont apparemment petits mais capables de manger immédiatement les plus petites nauplies d'Artemia salina fraîchement écloses. Durant les premiers jours, Foersch (1981) mis les alevins dans un bocal en verre dans lequel il put mieux les observer et dans lequel ils pourraient nager au milieu de la nourriture. Dès qu'ils étaient en mesure de prendre de petits Cyclops et des verres de Grindal, la vitesse de croissance augmenta et après 6 à 7 semaines les premiers avaient atteint la maturité sexuelle.

Foersch (1981) rapporte en outre qu'il récolta beaucoup d'oeufs de ces premiers poissons mais qu'à cause d'un manque d'espace il ne put faire éclore les oeufs qu'après une période de six mois de conservation. Il obtint néanmoins beaucoup de nouveaux alevins, alors qu'encore beaucoup plus d'eau développés pouvaient être observé dans la tourbe. Il assécha à nouveau la tourbe et l'humidifia à nouveau 6 semaines plus tard et encore une fois il obtint beaucoup de nouveaux alevins.

L'éclosion des oeufs développés peut s'effectuer dans une eau âgée ordinaire [ayant reposé pendant 1-2 semaines] et/ou fraîche (18°C). Dans un récipient d'un litre de contenance, l'eau est versée sur la tourbe contenant les oeufs. Ce mélange est ensuite bien agité pour que les oeufs tombent au fond du récipient. Ensuite, les paillettes de tourbe qui flottent encore sont enlevées à l'épuisette en vue d'éviter qu'elles n'empêchent les jeunes alevins d'atteindre la surface de l'eau [remplissage d'air de la vessie natatoire]. Les oeufs peuvent être immergés à une profondeur de 5 à 10-cm sans effets néfaste sur le processus d'éclosion. Parfois, 24 heures d'immersion sont nécessaires avant que n'apparaissent les premiers alevins, les derniers peuvent même demander jusqu'à une semaine. Par trio bien nourri, on peut facilement s'attendre a récupérer aux alentours d'une trentaine d'oeufs par jour. Comme les jeunes alevins sont très petits au moment de l'éclosion [4-mm de long] on peut ajouter, durant les premiers jours, des produits qui stimulent le développement d'infusoires [brisures de 1 ou 2 feuilles sèches ou de l'eau verte]. Les alevins les plus grands peuvent se nourrir immédiatement de nauplies d'Artemia fraîchement écloses (du type le plus petit).

Comme les jeunes croissent relativement vite, le niveau d'eau est régulièrement augmenté durant les changements partiels et réguliers d'eau. Après 6 à 7 semaines, ils peuvent atteindre la maturité sexuelle. Ils sont particulièrement actifs et constamment en mouvement à la recherche de conjoint et de nourriture. Il s'agit d'une espèce très productive.

Jubb (1981) rapporta quelques unes des observations faites par le Dr. A.A.M. Djelantik sur le comportement de N.patrizii:

  1. "Durant les premières semaines après la capture des poissons de leur milieu naturel, le phénomène le plus particulier qui put être observé fut celui du marivaudage incessant des femelles par les mâles. Ils formèrent des couples chez lesquels le mâle nagea excité autour et au dessus des femelles, guidant celles-ci finalement vers le fond de l'aquarium. Ici les mâles prirent une position en angle vis-à-vis de la femelle, couvrant celle-ci de leur grande nageoire dorsale et la poussant vers le substrat, parfois par des mouvements brefs, parfois tout posément";
  2. "Ce flirtage cessa après trois semaines et repris à nouveau durant la cinquième semaine mais avec bien moins d'intensité qu'auparavant. Durant les périodes d'accalmie, les mâles restaient pour la plupart du temps sur le fond de l'aquarium, alors que les femelles nageaient librement. Cependant, à chaque fois qu'une femelle s'approchait de trop près du fond elle fut immédiatement pourchassée par un mâle. Ceci se déroula dans les trois aquariums. Il semblait que le mâle gardait quelque chose sur le fond qui devait être protégé.";
  3. "Les mâles sont très féroces et aiment se battre. Dans un quatrième aquarium, alors qu'ils étaient rassasié (car ils avaient plein de nourriture à disposition), deux mâles furent observés s'attaquant l'un l'autre avec une telle férocité que l'un fut blessé et succomba plus tard. Lorsque les aquariums furent posés proche l'un de l'autre, les mâles s'attaquaient au travers des vitres";
  4. "Une autre observation intéressante porta sur la couleur des mâles qui n'était pas toujours aussi vive. La nageoire caudale rouge était intensément rouge durant les phases d'excitation, tels que pendant les combats et les flirts, et bien moins vive durant les périodes de repos. Les jeunes mâles sont dépourvus de couleurs, le rouge de la nageoire caudale et le bleu et le turquoise du corps ne se développent que lorsque le poisson devient mature";
  5. "Les femelles ne s'attaquent jamais. Elles sont plus attirées par la consommation de larves de moustiques. Elles ont tendance à consommer plus qu'elles ne peuvent emmagasiner dans l'estomac, et il fut observé à plusieurs reprises qu'une femelle ouvrait parfois la bouche pour régurgiter une larve encore vivante. Lorsque plus de 20 larves par poisson par jour furent distribuées, toutes furent facilement consommées, la quantité de matière fécale produite augmentait cependant proportionnellement".

Littérature