Frans
La cueilette des mûres
| à bord debout au parapet tu regardais la côte dérivant dans le soir tu pensais à ton père tu pensais à ta mère la distance n'éloigne pas car partout sont des chemins, même sur l'eau tu cherchais dans l'écume les signes |
___________________________________________
Éditions Le Castor Astral, collection "Escales du Nord" (désormais "Escales des lettres"). Collection bilingue français-néerlandais. Traduit du néerlandais (Belgique) par Philippe Noble.
"Miriam Van hee est l'une des voix les plus subtiles de la nouvelle poésie néerlandaise. Ses poèmes s'éloignent autant des recherches expérimentales que des tendances actuelles d'une certaine poésie prosaïque. Son lyrisme est discret, mais son désir de réconciliation avec la vie dans ses flux et ses reflux lui confère une démarche dont la simplicité et l'efficacité ne cessent d'émouvoir. Dans le recueil La Cueillette des mûres , Miriam Van hee nous parle de voyages, d'animaux, d'art et d'amour, toujours sur le mode de la circonspection qui lui est propre. La certitude que tout se transforme et passe s'y révèle comme une source de chagrin, mais aussi comme une occasion de découvrir que tout chagrin est vain et qu'il nous faut apprendre à vivre dans l'éphémère."
Des mots simples, de simples mots mis côte à côte en une alchimie que même la relecture tant de fois répétée ne parvient à percer. Pourquoi une telle émotion en si peu de lettres : « nous connaissions la langue/et pourtant nous ne savions rien » ? Quel est le secret de Miriam Van hee ? Peut-être, tout simplement, que le silence glissé entre les lignes sait-il nous toucher comme nul autre. Sans trop en faire, elle ne laisse effleurer au fil de ses notes que l'essentiel d'une mélodie tant de fois jouée ailleurs sans autant de succès. Peut-être sait-elle la patience, « ainsi ai-je attendu à la fenêtre/les mots/pour recommencer », faisant et défaisant, telle une Pénélope de la poésie néerlandaise, cueillant dans la lumière du jour et des nuits, la beauté de vivre la fragilité des choses. Les émotions humaines qu'elle réveille dans nos âmes si changeantes proviennent peut-être des apparences trompeuses qu'elle éclaire d'une lumière qui change de couleur. Chez elle, même la nuit il fait clair, car elle cueille l'espérance dans les moindres signes de chance, dans l'écume de la fuite du temps. Un bruissement, un flocon de neige, une voiture sur une route mouillée, le vent dans l'escalier, un cheval dans un pré, des ailes qui battent dans le ciel, le sang qui palpite dans le cœur… C'est tantôt frais, tantôt ombragé, comme la météorologie de nos états d'âmes. Désirs, souvenirs, peurs, pensées, rêves, « quand l'attente dure trop/la joie prend un éclat de chagrin ». Elle dépoussière le monde à sa façon, libre d'aller et venir en pays étranger, sur un continent inconnu pourtant avenant, et invite le lecteur à partager l'émotion de vivre le bonheur mal cherché : « écris-tu ce que tu vois et quelqu'un va le lire/et te dire qui tu es ».
N'attendez pas trop, pour la découvrir. Vous éprouverez autant de plaisir à lire son précédent recueil, Le Lien entre les jours . Elle fait autant de bien qu'une hirondelle haut sur un fil, au-dessus d'un champ. Lire Miriam Van hee, c'est « comme recevoir/l'attention de quelqu'un, même/si l'on était tout seul ».
Miriam Van Hee a reçu le prix Poesias 2007, prix européen de poésie francophone.