L'HISTOIRE DU CHEVAL DE TRAIT BELGE

Les souches et les ancêtres du cheval de trait

Les souches de la race
Quelles étaient au départ les diverses variétés de chevaux de trait élevées et comment fut réalisé leur amalgame en un type unique?
Au moment de la création de la Société Nationale du cheval de trait belge, trois variétés distinctes de chevaux étaient élevées au nord du sillon Sambre et Meuse. Ces chevaux avaient des origines variées dus aux croisements sporadiques entre sujets indigènes et Flamands, Boulonnais, Percherons, Shire, etc.
Ces souches de base étaient les suivantes:

Les Gros de la Dendre
Dans le nord du pays, avec la Dendre comme frontière méridionale, était pratiqué l'élevage de forts chevaux descendant des Shire importés d'Angleterre en 1775. Pratiquement tous de robe baie, ces animaux étaient bien charpentés mais assez grossiers et lymphatiques. Dès 1860 des étalons de la Dendre faisaient la monte dans d'autres régions du pays. Certains d'entre eux étaient même utilisés dans le nord de la France. D'autre part étant donné l'excès de consanguinité qui se manifestait dans l'élevage flamand on fit appel à des etalons provenant d'autres régions. L'étalon de la Dendre qui se révéla le meilleur raceur s'appelait François, le Gros de Wijnhuyze, né en 1838. C'est lui qui est à la base de ce grand seigneur que fut Orange Ier, père de Jupiter, grand-père de Brin d'Or, de qui descendent tous nos chevaux de trait actuels, de Rêve d'Or et de Mont d'Or. On peut donc affirmer que la lignée de la vallée de la Dendre détermine l'ensemble de l'élevage contemporain.

BayardLes Gris de Nivelles et du Hainaut
Au sud de la frontière linguistique était élevé un cheval moins gros, mais plus vif et plus nerveux. La caractéristique de cette variété résidait dans sa robe grise, en fait il s'agissait de rouans, d'aubères et de gris -fer cap de maure. La base de cet élevage se rattachait à un étalon gris -fer Baptiste de la Croyette, né en 1833 près de Nivelles et ancêtre du fameux Bayard, le plus célèbre reproducteur de cette lignée. Ce chef de race issu de Mouton de Gouy procréa une superbe descendance dont Gerfaut, père de Major et grand-père de Gerfaut II. Le gris du Hainaut constituait le complément idéal pour le cheval de la Dendre.


Les Colosses de la Méhaigne
Le Namurois en général et la région de Perwez-Eghezée en particulier, possédait de grandes et prospères exploitations agricoles, dirigées par des riches propriétaires terriens et occupant un nombreux personnel. Chaque ferme assurait son propre élevage et entretenait au moins un étalon maison orgueil de ses patrons. Chaque écurie élevait son propre type de cheval. C'étaient en général des animaux puissants, aux allures énergiques. Les robes foncées, bai et alezan brûlés et noir, de préférence sans marque étalent majoritaires. Les meilleurs étalons de cette souche furent Jean I et son fils Jean Bis. Ils procréèrent des chevaux de haute qualité dont Duc et Prince du Chenoy.

Vers un type uniforme
Ces trois anciennes souches réunissaient tous les elements nécessaires pour constituer un cheval de trait idéal. C'est la synthèse de ces différents types qui permit d'arriver à ce chefd'œuvre vivant qu'est le cheval de trait belge. Ce génial brassage de ces différents courants de sang furent surtout l'œuvre de Jules Hazard de Leers -et-Fosteau, de Remy Vanderschueren de Vollezele et son fils Jules Vanderschueren.

Orange
Orange Ier, le pilier historique de l'élevage
La légende de cet étalon bai est indissociable du souvenir de son premier propriétaire, le folklorique Auguste Oreins.Celui-ci acquit en 1866 avec ses économies un gros poulain bai dans la vallée de la Dendre. Devenu adulte, souvent primé, l'étalon surnommé Gugusse tant il était intelligent et atta ché à son maître, monté par celui-ci, roulait de ferme et ferme pour y faire la saillie au prix de 10F or.Les fermiers qui connaissaient le penchant d'Auguste pour la dive bouteille, le retenaient plusieurs jours chez eux pour être certains d'avoir leurs juments pleines. Il connut un énorme succès. Après bien des péripéties Gugusse, rebaptisé du nom plus digne d'Orange Ier, aboutit dans les écuries Jules Hazard et y fonda la plus belle écurie du pays. Il mourut en 1885 à l'âge de 22 ans. Ces deux produits les plus célèbres furent Brillant et Jupiter. Quant à Auguste Oreins, inconsolable du départ de son vieux compagnon, il s'adonna de plus en plus à la boisson et mourut, véritable épave humaine, à l'âge de 55 ans.

Brillant
Jupiter
Brillant & Jupiter
Brillant, né à Thieusies -lez-Soignies, fut le cheval de trait le plus célèbre d'Europe. Cheval de piste, de show, il obtint tous les premiers prix. En 1878 lors de l'exposition universelle de Paris, il fut sacré champion international devant les meilleurs représentants des races anglaises, françaises et italiennes. Il se couvrit de gloire à Londres, Lille, Hambourg et Amsterdam. Mais Brillant ne parvint malheureusement pas à transmettre toutes ses qualités à ses descendants car il ne rencontra que des juments médiocres.


Jupiter quant à lui fut un raceur incomparable. Il naquit à Lillois en 1880 chez Staquet, qui le conduit en France où il remporta d'énormes succès. En 1889 les éleveurs Boucquéau et Degrez de Thisnes -lez-Nivelles l'importaient de nouveau en Belgique, où il fut sacré champion national la même année. Ce merveilleux cheval alezan doré mourut prématurément en 1893 chez Warocqué au château de Mariemont. Il laissa une descendance remarquable, surtout des alezans.

Brin d'Or
Brin d'Or, ce patriarche
En 1893 naquit un lourd poulain bai avec liste et balzanes Brin d'Or. La mère Garlouche était fille du bai Tardif et de la lourde jument Marguerite, elle-même fille de Brillant et petitefille de Bayard. Elle réunissait donc les différents courants de sang originels du cheval de trait belge. Le père officiel était Jupiter. Mais le grand hippologue Arnold van Broekhuyzen et d'autres contemporains estiment sans doute que la vraie paternité de Brin d'Or serait attribuée à un étalon bai taré dans le genou d'où son nom Brèche-Knietje qui officiat à la ferme de Malhian à Gouy-lez-Piéton. Il était fils de Gerfaut II et donc issu de la lignée de Bayard. De toute façon il provenait d'un des précieux courants d'élevage et rien n'enlève donc à ses mérites personnels.Le poulain était vraiment magnifique et faisait l'admiration générale. A l'âge de quatre mois, à peine sevré, il fut vendu pour 1.000 F à l'industriel Jules Van Landuyt près de Grammont. Chez son associé Télesphore D'Hauwer de Vollezele le cheval fit une brillante carrière et remporta tous les premiers prix. De 1899 à 1903 il fut loué à Jules Hazard pour y assurer la succession de son grand-père Orange Ier. Il produisit une pléiade de juments d'élite dont de nombreuses championnes nationales et son célèbre descendant Indigène du Fosteau. Cet étalon raceur exceptionnel mourut inopinément à l'âge de dix ans à la suite d'une hernie inguinale étranglée, à la fin du contrat de location au Fosteau. Il traça ainsi un trait définitif sur sa carrière de reproducteur à la veille de sa restitution à son propriétaire.


Quelques grands sires marquèrent l'âge d'or
Albion d'Hor
Albion d'Hor
Avenir d'Herse
Avenir d'Herse
Successeur d'Herse
Successeur d'Herse
Espoir de Quaregnon
Espoir de Quaregnon
Costaud de Marche
Costaud de Marche
Vadrouille d'Enée
Vadrouille d'Enée
Matador de Buvrinnes
Matador de Buvrinnes
Fifils du Château
Fifils du Château

Texte: Pierre Wolfs et Lutgarde De Greeff  -  Photos: Antoine Hallet
©eds · All Rights Reserved · E-mail: notrechevaldetraitbelge@pandora.be