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Qu'avons-nous aimé ?

Reçu à l'Abbaye St Foy à Conques

 (fin 2006)   ... Ben, ...des tas de choses... Eh oui, pas déçus, du contraire !

 

 Alors comment faire la synthèse de 360 kms et de 384 heures de pérégrination sur un tronçon du Chemin de St Jacques ?

Par bribes et morceaux... Impossible de tout exprimer dans un espace forcément réduit...

 

 Imaginons une interview à Cahors, en fin de périple ...

 

" Bonjour monsieur le "Belge". Vous habitez la région bruxelloise. Parlez-vous français ? "

    "(clin d'oeil) Eh oui, je suis francophone et mon accent "belch" est à peine perceptible ".

" Comment vous sentez-vous physiquement après ces 16 jours de marche ininterrompue ? "

    "Un peu fatigué quand même. L'entraînement préalable a permis de très bien démarrer. Après 3 jours, mais cela était attendu, les     muscles tiraient un peu. Puis comme d'autres l'ont dit, le corps s'habitue à cet exercice journalier. Ce n'est qu'au 9ème ou 10     ème jour, qu'une fatigue plus générale peut s'installer. Cela n'empêche pas d'avancer, 4 kms / h au lieu de 5 sur terrain normal.     Certains préconisent de prendre 1 journée de repos, ou une étape courte, tous les 10 jours, et cela peut être vrai. "

 

" Ce mois de juillet 2006 a été particulièrement chaud. Avez-vous souffert de la canicule ? "

    " Il est vrai qu'après le 7ème jour, sur le coup de 13 - 14 h, la température était de 35 à 40 ° en plein soleil. Cette chaleur et la soif     qu'elle engendrait, diminuaient un peu nos capacités. Il faisait chaud, très chaud; l'eau venait parfois à manquer et les robinets     publics se faisaient parfois rares. Heureusement, le Chemin - GR prévoit des tronçons à l'ombre. Les "lève-tôt" avaient peut-être     raison de partir "à la fraîche", tout gaillards à 6 h du matin, mais  nos organismes avaient d'abord besoin de récupération et de     sommeil, et nous ne pouvions pas démarrer avant 8 ou 9 h du matin. Il faut dire que de ce fait, nous rencontrions un     environnement social réglé au même horaire (magasins, sites à visiter, ...)."

 

" Le tronçon que vous avait fait est une partie du Chemin de St Jacques et en même temps un GR. Il y a donc des randonneurs et des pèlerins, qui ne marchent pas nécessairement avec le même esprit. Qu'en pensez-vous ? "

    " Il n'y a pas 2 catégories distinctes. Nous avons rencontré des gens différents mais ayant en commun un esprit véritable de     rencontre et de fraternité. Avec des fortes convictions religieuses ou aucune, cela n'était pas ou peu exprimé. Avec le sentiment     d'effectuer une marche différente, oui certainement. Chacun avait son projet, et marchait seul, à deux, en groupe, avec l'envie de     partager des émotions, des idées, des aspects pratiques. Tous, certainement, savaient que beaucoup d'autres avant     eux, étaient passés "par là" . Ceci et cela donnaient une dimension particulière, simple et riche à la fois. Le fait d'être sur le     Chemin de pèlerinage de St Jacques, même pour les "peu ou pas" catholiques engendre au minimum  un sentiment     profond d'être humain, social et reconnaissant de pouvoir vivre dans une nature aussi belle. "

 

" Le Chemin est parsemé de rencontres. Que gardez-vous comme souvenirs ? "

" Ces rencontres forment un album de coeur. Certaines fugaces mais non sans sentiments, d'autres plus longues avec     de la profondeur d'échange. Alors,  parmi des dizaines, nos pensées iront,

 Parmi les pèlerins : aux quatre Bretonnes qui avaient laissé maris et enfants à la maison pour vivre ensemble du Puy en   Velay à Espalion; au couple de Parisiens qui avait décidé de faire un essai de 4 jours, et charmé de cette expérience; au   couple de Marseillais, randonneurs assidus, qui terminaient leur périple avec leur maman arrivée à Conques pour les   deux dernières étapes; au couple d'enseignants belges dont la femme, entorse oblige, attendait son mari à chaque arrivée   avec un verre de bière; au jeune couple, Allemande et Lituanien, l'une de plus en plus pâle au fil des étapes, l'autre   croulant sous le poids de son sac comprennant tout le matériel de survie y compris 3 dictionnaires de langue; à la   courageuse Suissesse, équipée de nouveau matériel complet, qui me demandait, 8 kms après Le Puy, si je savais où se   trouvait le bureau de Poste le plus proche pour pouvoir alléger son sac; à la Mamy sportive, qui avait déjà marché jusqu'à   Santiago et qui n'était pas suivie par sa fille et sa petite-fille surprises par les difficultés de la marche; au pèlerin solitaire   qui ne pouvait plus porter de sac et qui tirait son matériel sur un caddy bricolé; à la sympathique comédienne parisienne,   rencontrée dans l'Aubrac, avec un barda descendant jusqu'à mi-cuisse, un drap noué sur l'épaule contenant le reste de   ses affaires, sandales aux pieds parce qu'ampoules dès le 2ème jour; le jeune qui marchait vite avec un sac de 20 kgs,   parti   de Louvain (Belgique) avec deux autres camarades et un accompagnateur pour aller en 3 mois et demi jusqu'à   Santiago ...

Parmi les "accueillants": au jeune homme qui gère la maison 'Les Gabales" à Saugues, pous sa sympathie et l'accueil    vrai dans "sa" maison de caractère; à Vincent, le spécialiste de l'aligot à Aumont-Aubrac, au contact simple et habitué aux    pèlerins; à ce couple de jeunes retraités, originaires de Picardie et installés à Espalion qui, en formule de chambre d'hôte    dans une maison à l'allure froide, nous ont accueillis dans une ambiance très amicale; au chanoine prémontré de   Conques et à tous les bénévoles qui réalisent chaque jour un vrai accueil "pèlerin"; à la charmante dame, un peu   dépassée parfois, à  Marcilhac s/Célé, avec son formidable petit déjeuner aux 11 confitures "maison"; au couple de  Pasturat , qui allie très bien vie professionnelle et accueil des marcheurs, avec un repas bon et convivial, ...".

 

" Vous avez choisi de vous arrêter parfois pour voir et visiter certains sites remarquables disposés sur le Chemin. Quels sont ceux qui vous ont le plus intéressés? "

    " Le tronçon choisi était parsemé de monuments, endroits, sites, à voir. Les photos du journal de voyage  donnent quelques aperçus, malheureusement  parcellaires.

    Nous avons apprécié les nombreuses haltes dans les églises et chapelles (souvent d'origine romane) ouvertes. Pas uniquement pour la fraîcheur qu'elles procurent le temps d'une halte, mais surtout pour l'ambiance qu'elles dégagent. Au Puy en Velay et à Conques, c'est l'accueil et la présence religieuse qui nous ont particulièrement touchés; la vallée du Célé, sur le GR 651, la grotte du Pech Merle (et ses peintures rupestres) ainsi que le musée rural à ciel ouvert de Cuzals, nous ont vraiment émerveillés.  En 360 kms, vous passez d'une région à l'autre (Aubrac, Margeride, vallée du Lot, vallée du Célé, Béarn), les paysages changent et vous avez ce sentiment formidable d'avancer, de progresser..."

 

" Beaucoup disent que le ressourcement passe par le contact permanent avec la nature. Est-ce vraiment sensible et transcendant ? "

    " Nous rejoignons pleinement ceux qui témoignent de la renaissance du lien profond entre l'Homme et la Nature sur le Chemin.     Tous nos sens s'aiguisent et permettent de retrouver des sensations occultées par une vie "civilisée", confortable mais     finalement assez pauvre. Nos jambes sont faites pour marcher, pour avancer et permettre de découvrir.

    C'est vrai qu'après quelques jours, le corps s'habitue à l'effort physique, les préoccupations quotidiennes deviennent simples, et     l'esprit peut se consacrer plus librement à des réflexions existentielles fondamentales. Paradoxe d'une vie simplifiée et d'un     esprit plus riche...

     Et puis, pour ceux qui vivent un stress professionnel important (comme moi,), marcher sans "voiture", "gsm", "P C", "radio",     "télévision", "horaires stricts", "obligations socio-professionnelles", ..., vivre chaque moment simplement, c'est un réel plaisir.

    ...A Conques, à la bénédiction des Pèlerins, nous avons reçu un mini (poids oblige) "Evangile selon St Mathieu" . Moi qui ne suis     pas catholique pratiquant, j'ai ainsi eu l'occasion, au fil des pauses, de relire et d'approfondir certains passages... Parce que     j'étais sur le Chemin..."

 

" Vous avez marché à deux. Cette marche a-t-elle apporté quelque chose d'important dans votre relation ? "

     " Oui, manifestement. Passer 24 h / 24, pendant plus de 2 semaines, à partager tous les instants de ce Chemin, permet de voir     les limites de chacun, de mieux cerner les intérêts communs, d'affermir encore les liens affectifs de la relation. Je crois     sincèrement que marcher en couple, (récent ou ancien) est une  expérience fantastique. La simplicité de la vie permet d'être, et     de voir ou de retrouver l'Autre dans sa personnalité de base. Arriver sans conflit, avec un partage de nouvelles émotions     communes, donne beaucoup de sérénité dans un couple."

 

" Concernant les lieux d"hébergements. Avez-vous de bons, et de moins bons souvenirs ? "

     " Notre projet privilégiait les chambres d'hôtes, parce que pour nous, ce morceau du Chemin était aussi des vacances et que     nous ne marchions pas dans une idée de pénitence. "Chambre d'hôtes" indique habituellement un accueil dans une maison     avec âme et repas chez l'habitant. Les expériences ont été assez différentes. Nous avons beaucoup aimé "Les Gabales" à     Saugues pour la maison et son intérieur de caractère, ainsi que "le Magnolia" à Espalion pour un vrai accueil chez l'habitant .

    Lorsqu'il n'y a pas eu possibilité de prendre une chambre d'hôtes, nous avons opté, selon les circonstances, pour un gîte ou un     hôtel. Les gîtes privés ont l'habitude d'accueillir des randonneurs et pèlerins; tout le monde y est à l'aise. Dans la vallée du Célé,     il y a moins de possibilités d'hébergement; l'hôtel "Les Grottes" à Cabrerets, avec sa terrasse au bord du Célé, était très bien."

 

" Et le mot de la fin ? (en 2006)

    "A notre retour, les contacts avec nos amis et connaissances, intéressés certes par ces "vacances" hors des "sentiers battus",     nous ont laissé le sentiment que le bonheur trouvé sur le Chemin est avant tout un bienfait personnel, un amalgame de vécus     et de sensations. Donc difficile à partager avec ceux et celles qui n'ont jamais ou peu marché.

    L'espérance de "ressourcement" a été atteint, sans aucun doute. Nous n'étions pas à Katmandou, dans le Grand Canyon ou en     pleine Amazonie, mais sur ce Chemin; nous étions loin de la "Civilisation", du moins loin de ses côtés extrêmes,     contraignants et négatifs. Nous avons retrouvé une vie simple, dans un avancement véritable.

    ... Alors les mots de la fin, puisqu'il en faut: si vous en avez vraiment envie, si vous le sentez de l'intérieur, faites-le. Marcher sur      le Chemin. Partez d'où vous voulez, arrêtez-vous lorsque vous l'avez choisi. En toute simplicité, en toute humilité.

    Une parole qui nous apparaît comme très vraie est : "A chacun son chemin...". Il n'y a pas UNE manière de le faire. Chacun son     choix pourvu qu'il respecte les Autres.

    Un grand bravo à ceux qui, discrètement, l'ont effectué dans leur totalité.

    Nous avons fait un petit tronçon, en le vivant pleinement. Nous repartirons lorsque nous sentirons que c'est le moment ...

    Ultreia !"

 

Notre début de CREANCIALE (2006)

1. Le Puy en Velay

2. St Privat d'Allier

9. Golinhac

10. Conques

3. Saugues

4. St Alban de Limagnole

11. Livinhac-le-Haut

12. Figeac

5. Aumont

6.Nasbinals

13. (Pas de tampon de Boussac)

14. Marcilhac s/Célé

7. St Chély d'Aubrac

8. Espalion

15. Cabrerets

16. Cahors

 

 

Un petit mot en 2007.

  ... Oui, l'appel du Chemin existe vraiment.

Repris dans nos vies professionnelles respectives, ce début de "via podiensis" a été mis de côté. Nous avons continué à marcher le dimanche, pour retrouver les sensations propres à la marche. Mais il y avait un goût de trop peu ...

Il manquait l'avancement, la découverte sans cesse renouvelée de paysages, des lieux empreints d'histoire, des rencontres à la fois fugitives mais marquantes, le "je ne sais quoi" du Chemin qui élève spirituellement le fait de mettre un pas devant l'autre.

Forts de notre première expérience, nous avons personnalisé le tronçon de 2007.

- Chambres d'hôtes, non parce que la communauté des gîtes nous dérange, mis parce qu'elles permettent souvent une rencontre intéressante avec des habitants prêts à parler d'eux et de leur milieu de vie.

- Etapes peu classiques, avec des longueurs différentes (parfois 15 kms, parfois 28) afin d'avoir le temps de visiter des endroits choisis (après recherches documentaires). En effet, en 2006, ayant plus suivi les guides du Chemin et du GR 65, nous avions parfois eu l'impression d'être passé trop vite dans des lieux qui nous plaisaient et que nous ne reverrions plus.

- Chapelles, églises, abbatiales, monastères, cloîtres, ..., autant d'endroits marqués par l'histoire et l'empreinte de générations précédentes, tous baignés par une atmosphère particulière où l'âme se sent apaisée.

 

2007 nous a donc permis de vivre au mieux ce qui correspondait à nous. Encore un fois, l'expression "A chacun son Chemin" prend toute son importance. D'autres le font autrement que nous, et c'est très bien. Peut-être, parmi les visiteurs de ce site, certains se diront que notre façon de marcher correspond à leurs aspirations. Nous déposons un témoignage, qui n'a de valeur que lorsqu'il est complèté par d'autres.

C'est une certitude, nous repartirons l'année prochaine, pour continuer, pour avancer.                          

  Ultréia !

  

 

CREDENCIALE  - suite Etapes 2007 et 2008.

17. Escayrac 18. Montlauzun 24. La Romieu 25. Laressingle 32. Maslacq 33. Navarrenx
19. St Hubert (près de Durfort) 20. Moissac 26. Eauze 27. Nogaro 34. Lichos 35. Ostabat
21. Auvillar   28. Barcelonne du Gers 29. Miramont-Sensacq 36. Bussunaritz 37. St Jean Pied-de-Port
22. Miradoux 23. Lectoure 30. Arzacq-Arraziguet 31. Pomps 38. Roncevaux  

 

Epilogue - fin 2008.

...3 tronçons sur le Chemin, 3 années consécutives ... A deux, ensemble, et c'est moi qui parle pour nous.

... Un peu moins de 800 kms sur la via Podiensis, très peu par rapport à des milliers de pèlerins.

Une quarantaine de jours de bonheur, vraiment, à avancer, avec sur le dos le strict minimum d'affaires personnelles soigneusement choisies.

A la maison, des milliers d'objets auxquels on tient, que l'on croit vraiment indispensables. Des centaines de "sacs à dos" intransportables ...

Et puis, sur le Chemin, on se rend compte que, comme le vagabond (dans sa "version anoblie" de pèlerin) , on peut prendre le bonheur au jour le jour, à vivre avec tous ses sens, à n'être qu'un homme au milieu de la nature, un être social avide de rencontres et de partage, avec ses questions existentielles qui meublent le silence de la marche ...

... Dans notre démarche à nous, il y avait aussi le bonheur de le faire ensemble, de partager la même avancée.

 

...C'est bien à Roncevaux que nous arrêtons notre progression sur le Chemin de St Jacques de Compostelle. Parce que, en 3 ans, nous avons  fait ce que nous voulions. Parce que le "Camino Françès" nous laisse perplexe.

La dernière étape de 2008 (St Jean Pied-de-Port à Roncevaux) nous a surpris, avec sa cohorte de pèlerins, motivés certes, mais déjà embarqués dans un mouvement mystique et physique intense .

1ère étape pour beaucoup d'entre eux, avec l'objectif lointain mais primordial d'arriver à Compostelle.

...Pas de temps à perdre, un sourire de circonstance mais on avance ... L'impression pour nous qu'ils étaient dans leur bulle... Fini le Chemin avec sa composante française, avec le plaisir "du temps qui a le temps", de cette quiétude au détour du sentier ou de l'accueil à l'étape ?

...Certaines lectures et témoignages nous ont donné quelques inquiétudes par rapport à notre projet initial. Nous n'avons jamais été des pèlerins  "de Compostelle", mais bien des pèlerins en quête de ce qui a été créé pour le bonheur des Hommes et en recherche de ce qui le dépasse ..., sur le Chemin de St Jacques.       

 

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