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Animal de compagnie : responsabilité civile du propriétaire


Les bêtises de votre animal vous font sourire ?

Ne riez tout de même pas trop vite et soyez attentif car les « polissonneries » de votre compagnon pourraient très bien vous attirer quelques ennuis, tout incident ou accident qu'elles causeraient entraînant, aux yeux de la Loi, votre responsabilité en tant que propriétaire ou gardien de l'animal !


1. Le principe juridique

La vie en société implique pour chacun des droits et des obligations : « Mes droits s'arrêtent et mes obligations commencent là où commencent les droits des autres ». Encore faut-il s'accorder sur ces limites que chacun tendrait à fixer ... selon ses propres critères ! C'est pourquoi le législateur a établi des règles communes qui servent de référence pour tous.

Dans le cadre de notre système juridique, l'animal est considéré comme faisant partie du patrimoine d'une personne, au même titre que les autres objets ou biens mobiliers en sa possession. Toutefois, la présence d'un animal n'étant pas nécessairement sans risques pour les tiers, les droits et obligations respectifs de chacun, en matière de détention d'animaux, ont donné naissance au régime de « responsabilité civile du fait des animaux que l'on a sous sa garde ». Lequel est résumé dans l'article 1385 du code civil qui stipule que:

« le propriétaire d'un animal ou celui qui s'en sert, pendant qu'il est à son usage, est responsable du dommage que l'animal a causé, soit que l'animal fut sous sa garde, soit qu'il fut égaré ou échappé ».

Le code civil énonce en réalité un régime de présomption de responsabilité à charge du gardien. Il s'agit d'une présomption légale, c'est-à-dire que la loi présume que le gardien de l'animal a commis une faute et qu'il est en conséquence responsable des dommages causés par celui-ci.

Le gardien ne pourra pas apporter la preuve contraire. La seule chose qu'il puisse faire, c'est d'essayer d'établir qu'il y a une cause étrangère qui pourrait l'exonérer soit totalement soit partiellement de sa responsabilité.

Prenons un exemple. Celui d'une maman venue aider bénévolement dans le cadre de la préparation d'un repas organisé au profit d'un mouvement de jeunesse. Ayant emmené son chien, elle l'attache à la grille du local des jeunes. Pendant qu'elle s'affère aux préparatifs, un enfant est mordu.

Cette mère de famille sera présumée responsable et condamnée à réparer. La cause étrangère qu'elle invoquait, en l'espèce le fait que l'enfant aurait excité le chien, n'ayant pas été retenue.


2. Les animaux visés

Les animaux visés par le législateur sont ceux qui sont susceptibles d'avoir un gardien. C'est donc le cas de tous les animaux de compagnie.

Si l'animal provoque un accident ou s'il cause des dommages à des tiers, le législateur présume en effet qu'il y a une faute dans la garde ou, en d'autres termes que le propriétaire ou le gardien a manqué à ses responsabilités.

Ceci vaut même si la garde de certains animaux (par exemple les chats) est rendue difficile par suite de leur caractère d'indépendance.


3. Qui est le gardien de l'animal ?

Le texte de la loi dit « le propriétaire ou celui qui s'en sert » est responsable du dommage causé par son animal.

Le gardien sera donc soit l'un soit l'autre, selon que c'est l'un ou l'autre qui a la pleine maîtrise de l'animal. La pleine maîtrise équivaut au pouvoir d'usage, de direction, de contrôle et de surveillance de l'animal.

Le propriétaire de l'animal, d'un chien par exemple, possède en principe la pleine maîtrise de l'animal. Cependant, dans certains cas, cette maîtrise (la garde) peut être transférée à des tiers : un parent, un voisin, le vétérinaire, un toiletteur, le propriétaire d'une pension animalière, etc. Ceci est une question de fait, ce qui veut dire que, en cas de litige, le juge appréciera souverainement sur base des preuves fournies par les parties (facture du vétérinaire, contrat de toilettage, contrat de pension ...).

Si quelqu'un nie que l'animal qui a causé le dommage est à lui ou qu'il en est le gardien, la victime pourra utiliser tous les moyens de preuve légaux afin de prouver le contraire.

En réalité, la simple garde matérielle de l'animal ne suffit pas pour être considéré comme le gardien de l'animal. Il faut au moins que le gardien ait un pouvoir d'usage égal à celui du propriétaire. Ainsi on considère généralement que la maîtrise de l'animal exclut une garde purement matérielle ou occasionnelle ou de courte durée.


4. La preuve du dommage

La relation de causalité entre l'animaml et le dommage de la victime n'est pas présumée.

C'est la victime qui doit apporter la preuve de ce que son dommage résulte bien de tel animal qui était sous la garde de telle personne. La loi considère en effet que le gardien est responsable des dommages provoqués par l'animal.

S'il y a une demande de dédommagement, le gardien de l'animal ne peut donc pas se dégager de ses responsabilités, même s'il peut prouver qu'au moment des faits, il n'avait pas le contrôle de l'animal. Par contre, il pourra invoquer la « cause étrangère » pour s'exonérer.


5. La cause étrangère

La cause étrangère c'est le cas fortuit ou la force majeure, en ce compris le fait ou la faute d'un tiers, par exemple l'excitation au moyen d'un bâton d'un chien réputé dangereux, un bruit violent effrayant l'animal, etc.

La faute de la victime peut, en certains cas, être considérée comme la cause étrangère, exonérant totalement ou partiellement le gardien. On pense ici à l'enfant qui caresse un chien inconnu, attaché dans son enclos, qui excite un chien au travers d'une haie, qui joue avec un chien qu'il ne connaît pas, qui s'approche d'un chien tenu en laisse tout en l'excitant par l'appât de biscuits, etc.

On invoquera parfois aussi devant les tribunaux le fait que la victime a accepté pour elle certains risques (cfr les exemples ci-dessus). En général cette théorie sera appréciée par les tribunaux en tenant compte des circonstances de fait.


6. Actions récursoires (en recours) du gardien

Dans certains cas, le gardien présumé responsable pourra, après avoir indemnisé la victime, se retourner contre ou mettre en cause le propriétaire de l'animal, par exemple contre le vendeur si un chien n'avait pas été vacciné contre la rage, ou contre l'organisateur d'un sport ou d'un jeu s'il y a eu des fautes dans l'organisation de la compétition ou du jeu. Le juge examinera chaque cas afin de déterminer les responsabilités.

En pratique il est important que le gardien, contre qui une action en justice a été instaurée, appelle immédiatement les autres responsables éventuels dans le litige. Ainsi le juge pourra se prononcer dans un même jugement sur l'action dela victime et sur l'action récursoire.


7. Comment se prémunir ?

Première chose à faire et qui tombe sous le sens : être attentif à l'animal et l'avoir toujours sous contrôle, particulièrement s'il s'agit d'un chien. On comprend ici toute l'importance qu'il y a à bien éduquer son chien, à le rendre sociable et obéissant. De même, lorsque vous ne pouvez vous en occuper personnellement, veillez à le confier à des personnes en qui vous avez toute confiance, qui connaissent bien votre animal et sont capables de le maîtriser en toutes circonstances.

Ne laissez pas non plus votre chien vagabonder sur la voie publique ou troubler le voisinnage par des aboiements excessifs. Vous vous éviterez - et à lui aussi - bien des ennuis.

Enfin, veillez à être bien assuré. C'est normalement le cas si vous possédez (ce qu'exige d'ailleurs la Loi) une assurance « responsabilité civile », appelée aussi « assurance familiale ». Celles-ci couvre chiens et chats. Mais mieux vaut tout de même en parler à votre courtier ou à votre compagnie d'assurance car pour certains animaux, du fait de leur taille, de leur race, de leur « réputation », de leur éventuel dressage ou de leur fonction (chien de garde), une extension de prime ou une assurance spéciale pourraient être exigées.

 Mieux vaut toujours prévenir que guérir !



EXEMPLE

Un chien sur la chaussée

Rappelez-vous cette étouffante soirée d'été et le violent orage qui éclata soudain, indisposant hommes et bêtes. A telle enseigne que Goguette, l'espiègle chienne de la maison, passablement énervée par les circonstances, échappa à la vigilance de son maître pour se précipiter dans la rue et disparaître derrière un rideau de pluie. Quelques mètres plus loin, passe la nationale ... Goguette s'y précipita en trombe, provoquant un accrochage entre 3 véhicules...

La responsabilité

Ce témoignage est fictif mais pas si irréaliste que cela. Il suffit pour s'en convaincre, de lire la rubrique des faits divers qui relatent de temps à autre ce genre d'incident. Sans aller jusqu'à imaginer des dommages corporels ou des conséquences plus dramatiques, intéressons-nous aux dégâts matériels occasionnés. Qui est responsable, sachant que les conditions météorologiques étaient exécrables, que la chaussée était glissante, que le premier automobiliste a effectué une manœuvre d'évitement et que le second roulait à une vitesse excessive ?

Selon l'article 1385 du Code Civil, « le propriétaire d'un animal ou celui qui s'en sert, pendant qu'il est à son usage, est responsable du dommage que l'animal a causé, soit que l'animal fut sous sa garde, soit qu'il fut égaré ou échappé ».
Dans le cas qui nous occupe, Goguette a bien échappé à son maître qui sera déclaré responsable.


Le respect du Code de la Route

Toutefois, si les animaux, par leur imprudence, peuvent causer des dommages, les conducteurs, eux, peuvent les prévenir. L'automobiliste doit en effet veiller à rester prudent, c'est-à-dire prévoir les obstacles et anticiper toutes situations comme celles où surgit un animal dont il est généralement difficile de prévoir la réaction.
Peut-être est-ce l'occasion de rappeler que la vitesse maximale autorisée en agglomération est de 50 km/h. Ensuite, qu'il est recommandé de maintenir une distance de sécurité suffisante entre les véhicules pour pouvoir réagir face à un obstacle imprévisible (telle cette chienne qui déboule sur la chaussée). Il est évident que la réaction de l'automobiliste va dépendre de la taille de l'animal : un cheval galopant en plaine se remarque plus facilement qu'un chien de petite taille débouchant entre deux voitures en stationnement !

Le code de la Route prévoit en son article 10.3 que les conducteurs qui s'approchent d'animaux de trait, de charge, de monture ou de bestiaux se trouvant sur la voie publique doivent ralentir et au besoin s'arrêter. Cette obligation ne s'impose toutefois que s'il s'agit d'animaux qui empruntent normalement la voie publique et que s'ils manifestent un comportement de frayeur. Sont donc exclus les animaux qui se seraient échappés, en d'autres termes, qui ne seraient pas « sous contrôle ».
L'automobiliste peut donc être confronté à des situations bien différentes.
Il faut encore savoir que de très nombreuses décisions de justice ont condamné des conducteurs qui avaient freiné brusquement en vue d'éviter de tuer ou de blesser un animal. Pourquoi ? On considère en effet qu'en freinant brusquement ou en faisant une manœuvre d'évitement, le conducteur risque de mettre la vie des occupants de son véhicule ou des occupants des véhicules qui le suivent en danger. Ce qui est condamnable.

Ce n'est que si le conducteur est en présence d'un animal de grande taille (cheval, vache ...), que le choc avec son véhicule pourrait entraîner une embardée telle que la vie des occupants, ou sa propre vie, serait en danger. Dans cette situation, le freinage brusque ou l'arrêt du conducteur ne serait pas considéré comme fautif.


Le respect d'autrui

Une obligation générale de prudence et de bon sens s'impose à l'automobiliste à l'approche d'animaux. Ainsi serait-il contraire au bon sens de circuler à vive allure ou d'effrayer des animaux par l'utilisation intempestive de l'avertisseur sonore ou par tout autre bruit excessif du véhicule. N'oublions jamais que la réaction des animaux est par nature imprévisible et qu'un stress brutal et violent peut les faire échapper au contrôle de leur maître.

Un conducteur faisant preuve d'une telle inconscience (ou provocation), pourrait voir sa responsabilité engagée en cas de sinistre et ce, non seulement par rapport au maître de l'animal mais aussi par rapport à des tiers qui auraient subi des dégâts.


Derniers conseils pour la route ...

- Si vous êtes automobiliste ...
sachez que, suite à un stimulus qui effraie l'animal (détonation, orage, bruit violent ...), 81% des chiens manifestent un comportement de fuite. Ayez donc toujours ce chiffre présent à l'esprit quand vous prenez le volant. Mieux vaut anticiper qu'écraser l'animal ou avoir un accident. Roulez donc « préventivement » !

- Si vous possédez un chien ...
Lors de sa promenade, surveillez attentivement votre compagnon. Dans tous les cas, soyez en mesure de contrôler ses actes. S'il n'obéit pas parfaitement à vos injonctions, mieux vaut le tenir en laisse. Pour le protéger lui ... et les autres.

Veillez bien sûr à être couvert par une assurance en responsabilité civile.

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